00:00Comment une telle inversion a-t-elle été possible?
00:04Notez qu'on l'a presque analysé, cette inversion, tout au long de la semaine précédente,
00:08parce qu'on l'a vu se déployer devant nous.
00:10C'est-à-dire qu'on comprend tout de suite, Charlotte l'a dit très justement,
00:13tout de suite on nous dit qu'Antin était potentiellement d'extrême droite.
00:17Il est d'extrême droite, donc déjà il y avait une forme de facteur d'explication,
00:20de relativisation de sa mort.
00:22Et pendant toute la semaine se construit un récit qui va culminer donc samedi,
00:27et plus encore dans l'interprétation de la marche, avec cette idée que,
00:30oui, il y a un mort causé par les milices d'ultra-gauche,
00:33mais à terme, la grande menace c'est l'extrême droite en ce pays, encore une fois.
00:37Alors comment on a préparé la criminalisation, la fascisation, la nazification de la marche?
00:42D'abord et avant tout, rappelez-vous, certains ont voulu l'interdire.
00:44Une fois qu'elle a été autorisée, le discours dominant, c'est une marche néo-fasciste est autorisée à Lyon.
00:51Sachant cela, les médias mainstream mobilisent leurs experts habituels,
00:56qui sont des militants souvent de gauche radicale, grimés ou maquillés en experts ou en journalistes,
01:02et qui sont dès lors mobilisés pour imposer un récit indépendant des faits.
01:09Donc, par exemple, il y a un éditorialiste connu sur le service public
01:12qui va faire jouer la musique allemande nazie sur le mode
01:15« Regardez ce qui va se passer, regardez ce qui s'est passé ».
01:18De la même manière, aujourd'hui, la Mathilde Panot de France Inter,
01:21Charlène Von Honecker, nous fait le coup aussi avec sa chanson.
01:25Elle en rajoute une couche sur le mode de la nazification.
01:27Mais comment ça s'opère en direct?
01:29Premièrement, je l'ai dit, on prend des experts orientés, militants,
01:33dont le premier objectif est de repérer dans une foule, il y a plus de 3000 personnes.
01:37Essentiellement, des gens normaux, des gens ordinaires,
01:40des gens qui veulent témoigner de leur douleur par rapport à la mort de Quentin.
01:44Inévitablement, comme dans tout événement public,
01:46quelques barjots, quelques idiots, quelques imbéciles,
01:49quelques nazions attirés par la possibilité de se faire voir.
01:52Mais comment fonctionne le service public, pas seulement le service public,
01:55mais l'ensemble des médias?
01:56On va chercher dans la manifestation tout ce qui peut confirmer le préjugé initial.
02:02Donc là, on se met à la recherche des saluts nazis, quitte à les inventer.
02:05On en trouve trois sur plus de 3000 personnes présentes.
02:08Ces trois saluts serviront désormais à définir la marche.
02:11On cherche des symboles censés confirmer.
02:13On va chercher les tatouages des uns et des autres.
02:16Est-ce que ce tatouage qu'une personne a sur le bras, si on le voit à moitié,
02:19est-ce que ce n'est pas un tatouage fasciste ou nazi, potentiellement?
02:22On part à la recherche du tatouage coupable.
02:25On écoute les slogans scandés par la marche.
02:27Pour l'essentiel, on l'a dit, c'était la Marseillaise.
02:30Pour l'essentiel, on l'a dit, c'était un cri d'amour ou de détresse pour Quentin.
02:34Dans les faits, on réussit à capter les deux ou trois slogans imbéciles
02:37qu'on a pu entendre chez quelques fous furieux qui voulaient contaminer la marche.
02:40Et on transforme ces quelques slogans imbéciles en slogans pour l'ensemble de la marche.
02:45On transforme les quelques barjots en porte-parole de l'immense majorité des gens honorables.
02:50Et aussi, on scrute parmi les milliers de personnes les quelques barjots véritables.
02:56En disant, regardez, il était là.
02:57S'il était là, tous sont coupables par association.
03:00Par ailleurs, on sous-estime une chose qui me semble assez importante.
03:02On a parlé des slogans fascistes, racistes, tout ça.
03:05On a sous-estimé la possibilité que ces marches, cette marche, aient été infiltrées.
03:09Je prends juste la peine de le dire, ça me semble sérieux.
03:11L'infiltration des antifas dans une telle marche pour la gâcher
03:14ne me semble pas complètement inimaginable.
03:16Et de même, l'infiltration possible d'agents qui décideraient de je ne sais quelle officine,
03:21de chercher à fasciser cette marche, à provoquer les symboles qu'ils pourront ensuite dénoncer,
03:25ça ne me semble pas inimaginable.
03:28Donc, tout le système médiatique s'est mis en place.
03:30Et là, l'ERN, désormais, doit se justifier.
03:31Ça compte là-dedans.
03:32Parce que le Bloc Central a dit, nous dénonçons tous les extrêmes.
03:35L'EFI nous a dit, c'est pas de notre faute.
03:37Et au bout d'une semaine, vous noterez qu'ils sont positionnés avantageuses.
03:39Le Bloc Central nous dit, nous dénonçons tous les extrêmes.
03:42Autrement dit, aujourd'hui, l'EFI, demain, l'ERN.
03:44L'ERN, dans les circonstances, se sent obligé de se justifier.
03:47En disant, oui, oui, nous aussi, nous dénonçons...
03:49Il n'y a pas le même discours que le Bloc Central, mais un ton plus haut.
03:52Nous aussi, nous dénonçons tous les extrêmes, de gauche comme de droite,
03:55légitimement par l'idée qu'en France, il y a une menace d'ultra-gauche et d'ultra-droite.
03:59Et finalement, l'ultra-droite est plus dangereuse.
04:01Nous sommes devant une opération psychologique de manipulation géante de l'opinion.
04:05Nous en avons été témoins, je dirais même victimes.
04:08Mais comment aurait-on pu raconter autrement cette marche, Mathieu Bocoté?
04:12Avec un souci minimal d'honnêteté, par exemple.
04:15Raconter, d'abord et avant tout, après le massacre de Quentin,
04:18qu'il y a une marche, qu'il y a une dimension politique, évidemment.
04:20Évidemment qu'il y a une dimension politique qui dira le contraire.
04:22Que dans cette marche, oui, il y a quelques barjots.
04:24Mais pour l'essentiel, il ne représente pas l'essentiel des manifestants.
04:27On aurait pu le dire, ça n'aurait pas été compliqué.
04:29Ça impliquait, cela dit, que les journalistes qui surveillent l'événement
04:31ne soient pas à la recherche du dérapage, quitte à le provoquer.
04:34À la rigueur, on aurait pu, Charlotte l'a fait très justement,
04:37comparer cette manifestation aux émeutes postonels.
04:42On aurait pu se demander laquelle est un véritable trouble à l'ordre public.
04:45On aurait pu aussi se demander de quelle manière, dans l'état d'esprit dominant aujourd'hui,
04:513200 manifestants pacifiques qui ne cassent rien sont plus dangereux pour le régime
04:55que des émeutiers qui détruisent tout, mais qui sont présentés comme des révoltés de la justice sociale.
05:00On aurait pu parler, je l'ai dit, des provocations des antifas.
05:04On aurait pu aussi, je pense, j'insiste là-dessus,
05:06se questionner sur les chiffres qu'on nous a lancés depuis dix jours,
05:08en disant, depuis 86, X nombre de morts de l'ultra-droite, X nombre de morts de l'ultra-gauche.
05:12Ces chiffres sont bidouillés, ces chiffres sont grossiers, ces chiffres sont mensongers,
05:17mais ils nous sont présentés, tout le monde les reprend,
05:19et pour ne pas avoir l'air de minimiser la souffrance des uns des autres,
05:21on légitime un récit qui nous explique que finalement, la France serait au seuil du fascisme.
05:26Au terme de cela, me semble-t-il, nous sommes devant un complet renversement du réel
05:31par le récit fantasmé et mensonger.
05:33Sous-titrage Société Radio-Canada
05:35Sous-titrage Société Radio-Canada
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