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  • il y a 11 heures
Dans son édito du 17/03/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Alors, c'est une formule qui revient sans arrêt.
00:02Les deux Frances, mais encore faut-il les caractériser.
00:06Premier élément, si je peux me permettre,
00:07alors en politique, qu'on s'entend de la politique,
00:09ce n'est pas le dialogue, le rassemblement autour du bien commun.
00:12Ça, c'est ce qu'on souhaiterait.
00:13La politique, c'est l'affrontement.
00:15La politique, c'est le conflit.
00:16Et en ce moment, il y a donc un conflit.
00:18Alors, en général, le conflit, on peut souhaiter dans un pays
00:20qu'il soit entre des idéologies, entre des philosophies,
00:23entre deux visions différentes du même pays.
00:25Mais là, on est dans quelque chose d'autre.
00:27C'est la France elle-même qui devient objet d'appropriation.
00:30Donc, ce n'est pas deux visions de la France.
00:32Ce n'est pas deux philosophies de la France.
00:34Ce n'est pas deux projets pour la France.
00:35C'est deux Frances.
00:36Donc, finalement, le mot « France » se désincarne.
00:39Le mot « France » se détache du réel.
00:41Et ça devient un objet de conquête.
00:42Donc, il y a ceux qui sont attachés à une définition
00:45pour dire plus historique, plus classique de la France.
00:47Il y a ceux qui veulent s'emparer de ce mot
00:49pour en faire, on connaît la formule, une nouvelle France.
00:52Que recoupe ce clivage ?
00:54Il y a une formulation assez radicale,
00:56pour ne pas dire inquiétante,
00:57disons-le, d'Isabelle Saporta,
00:59qui dit sur une autre chaîne,
01:01elle dit, le conflit, il faut être clair,
01:03il faut arrêter d'utiliser des termes trop compliqués,
01:05c'est le conflit entre la France blanche
01:07et la nouvelle France.
01:09J'avouerais que j'ai été étonné
01:10par une telle racialisation du débat
01:12de la part d'éditorialistes centristes aussi recommandables.
01:14Mais cela dit, la formule est brutale,
01:17mais elle a le mérite de nous permettre
01:18de comprendre comment chacun voit les choses
01:21lorsqu'ils sont désinhibés.
01:23Alors, comprenons bien,
01:24pour Mme Saporta,
01:25mais aussi pour tous ceux,
01:26parce qu'il faut comprendre que cette vision-là,
01:28c'est celle de l'extrême-centre
01:29qui qualifie les patriotes normalement,
01:31les nationalistes au sens large,
01:33les souverainistes.
01:34Dans leur esprit,
01:34ils sont attachés d'isiter la France blanche.
01:36Et eux, c'est la Nouvelle-France
01:37ou la République,
01:38il y a différentes manières de le nommer.
01:39Donc, quelle est la France blanche ?
01:41C'est intéressant.
01:41Comment apparaît la France traditionnelle
01:43pour ces gens-là ?
01:44On ne parle plus de la République,
01:45la manière de la fameuse République
01:47à laquelle tu entends l'extrême-centre.
01:48Donc, ce n'est plus la République
01:49et ses idéaux liés à la Révolution.
01:51Ce n'est plus la religion,
01:52la France catholique.
01:53Ce n'est même plus l'histoire,
01:55la France millénaire,
01:56depuis Clovis,
01:56depuis la France capétienne.
01:58Trouvez votre référence.
01:59Ce n'est plus la France
02:01en termes historiques, culturels.
02:02Ce n'est plus la France des mœurs.
02:06Rappelez-vous, dans les années 80,
02:07je pense que c'est dans le Globe,
02:08on dénonçait la France béret-baguette.
02:10Ah ça, béret-baguette,
02:10c'était le début du fascisme.
02:12Eh bien, là, tout ça, finalement,
02:14on se débarrasse des mœurs,
02:15on se débarrasse de la culture,
02:16on se débarrasse de l'histoire,
02:17on se débarrasse de la religion,
02:18on se débarrasse de l'identité.
02:19Et ce qu'on voit, tout simplement,
02:21c'est une France dite blanche
02:23et qui est présentée négativement.
02:26Cette France blanche
02:26qui ne veut pas mourir
02:28parce qu'apparemment,
02:29elle devrait vouloir mourir.
02:31Et on a, de l'autre côté,
02:32donc, cette forme,
02:33dans l'analyse de ceux qui pensent ainsi,
02:34c'est une prédominance du fait ethnique.
02:36Manifestement, le fait ethno-culturel,
02:37on a tout fait pour le gommer
02:39depuis 30 ou 40 ans.
02:41Manifestement, il remonte
02:42à la surface aujourd'hui
02:43et il est nommé de manière décomplexée
02:44chez les gens qui sont pourtant
02:46des gens très recommandables.
02:48Donc, quelle est la Nouvelle-France ?
02:49L'autre pôle.
02:51Monsieur Mélenchon le sépare
02:53de la créolisation.
02:54La créolisation, c'est-à-dire
02:55le grand brassage universel
02:56censé accoucher d'un autre peuple
02:58qui n'est plus du tout
02:59celui qui était là auparavant.
03:01Monsieur Mélenchon, d'ailleurs,
03:02se réclame du grand remplacement.
03:04Théorie conspirationniste
03:05et raciste d'extrême droite,
03:06si j'ai bien compris.
03:07Quoi qu'il en soit,
03:07il s'en réclame.
03:08Monsieur Mélenchon trouve
03:09que les Français de souche
03:11causent problème en France.
03:12Et là, monsieur Mélenchon
03:13était néanmoins déclassé
03:15parce que la créolisation,
03:16vous savez,
03:16c'est mélanger tout le monde ensemble.
03:18Eh bien, monsieur Mélenchon
03:19était déclassé par son héros du jour,
03:22monsieur Bali Bagayoko,
03:24je vais finir par le prononcer correctement,
03:26qui a dit ce matin,
03:27si je ne me trompe pas,
03:28je cite le plus correctement du monde.
03:30Cette Nouvelle-France,
03:31on lui pose la question,
03:31c'est qui la Nouvelle-France ?
03:33Cette Nouvelle-France,
03:34ce sont celles et ceux
03:35qui sont les héritiers de l'immigration.
03:37Je n'aime pas trop le terme racisé,
03:39mais la Nouvelle-France,
03:40ce sont les enfants de la République
03:42et héritiers de l'immigration
03:43qui l'assument en tant que telle
03:45et marchent sur leurs deux jambes
03:46leur capacité d'être très humaniste
03:48au regard de ce qui se passe dans le monde
03:50et qui, dans le même temps,
03:51représente aujourd'hui
03:52cette fierté qu'elle a France
03:53qu'on applaudit sur les terrains de foot
03:54mais qu'on n'a plus de mal
03:55à pouvoir imaginer
03:56dans les lieux de pouvoir
03:56comme la mairie d'une ville importante
03:57comme Saint-Denis.
03:58Je reviens à l'essentiel.
04:00On nous explique donc
04:00que la France aujourd'hui,
04:02la Nouvelle-France,
04:03la France de référence de la Mélenchonie,
04:05c'est la France des enfants de l'immigration.
04:08Donc, que faire des gens
04:09qui ont le malheur d'honnêtre
04:10que des Français d'origine française?
04:11Il doit bien en rester un ou deux, je devine.
04:13Que faire de ces gens
04:14qui ont le malheur, autrement dit,
04:15d'être les héritiers
04:16d'une longue lignée
04:17que l'on nomme désormais France Blanche?
04:19Sont-ils membres même
04:20de la Nouvelle-France
04:21proposée par M. Mélenchon
04:22ou par M. Bagayoko?
04:24Est-ce qu'ils existent?
04:25Et de même,
04:26on nous dit les enfants de la République.
04:27Donc, est-ce que la notion
04:28d'enfants de la République
04:29est compatible, encore une fois,
04:30avec l'idée de la continuité historique
04:32longue en France?
04:33Bien sûr que non.
04:34Et c'est à ce moment
04:34que Saint-Denis devient
04:35un symbole absolument important
04:37parce qu'on s'est emparés
04:39d'une ville
04:40qui est une forme de capitale
04:41symbolique, en quelque sorte,
04:42pour la France.
04:42Et vous savez,
04:43à l'échelle de l'histoire,
04:44il faut s'emparer
04:44de la capitale de l'autre
04:45pour être capable
04:46d'y exercer sa souveraineté,
04:47pour planter son drapeau,
04:48pour montrer qui est le maître
04:49désormais quelque part.
04:51Je note, soit dit en passant,
04:52que si la logique communautariste
04:54portée par LFI
04:55va jusqu'au bout d'elle-même,
04:57il y aura la multiplication
04:57de petites républiques
04:59ethno-soviétiques en France.
05:00On comprend que c'est la logique
05:01fondée sur l'idée
05:02qu'il ne doit pas y avoir
05:03trop de représentants
05:04de l'ancienne France
05:05qui ne sont pas des enfants
05:05de l'immigration.
05:06Donc, de ce point de vue,
05:07il y a une forme de...
05:08Ils ne le disent pas comme ça,
05:09je ne sais même pas
05:10s'ils le pensent,
05:10mais ils le font,
05:11une forme de logique
05:12de déplacement de population,
05:14de nettoyage, en quelque sorte,
05:16comme on dirait
05:16en d'autres contextes,
05:17pour débarrasser
05:18ces territoires conquis
05:19de la nouvelle France,
05:20des vieux restes
05:21de ce qu'ils appellent,
05:22je sais, on comprend bien,
05:22la France blanche,
05:23des Français de souche,
05:24et ainsi de suite,
05:25qui manifestement fait tâche
05:26dans leur nouveau projet.
05:27Mais ce combat des deux Frances
05:28est-il inévitable, Mathieu?
05:30L'intégration ou l'assimilation,
05:32est-ce qu'elle ne pourrait pas
05:33refaire une seule France?
05:35Je retrouve ici
05:35votre côté vintage.
05:37Je te remercie.
05:39Vous le digérez mal.
05:42Alors, c'est un langage
05:44très 1980-90,
05:46le langage de l'intégration
05:47et de l'assimilation.
05:48C'est très bien,
05:49l'intégration et l'assimilation.
05:50J'ai répété ces mois-là
05:51toute ma vie.
05:53Je sens d'ailleurs
05:54qu'on veut me grand-emplacer.
05:55Oui, voilà.
05:56Vous n'allez pas le digérer.
05:58Je vous ai 45 secondes.
05:59Non, je dis simplement,
06:00c'est un vocabulaire
06:01peut-être un peu usé.
06:03La question des institutions
06:04et des politiques d'intégration,
06:05elle est fondamentale.
06:07Je ne dis pas le contraire.
06:08Mais quand la démographie s'impose,
06:10quand le nombre,
06:11le nombre et le nombre,
06:12dis-je,
06:13balaie les institutions,
06:14balaie toutes les doctrines
06:15d'assimilation, d'intégration,
06:17dès lors, on bascule
06:17dans un autre monde
06:18où ces mots,
06:19finalement,
06:20ce sont des mots creux.
06:21Alors, je disais,
06:22les institutions, c'est bien,
06:24la démographie, c'est mieux.
06:25Quelle était la condition
06:26de l'assimilation?
06:27Ce n'était pas d'abord
06:27des politiques très musclées
06:29d'assimilation.
06:30C'était la présence
06:31d'une masse autochtone telle
06:32qui faisait en sorte
06:33que ceux qui arrivaient
06:34n'avaient d'autre choix
06:35que d'imiter la population
06:37d'accueil
06:38pour être intégrés socialement.
06:40Quand vous n'avez pas le choix
06:41pour profiter du logement,
06:42quand vous profitez,
06:42en fait,
06:43de tous les avantages
06:43qui existent
06:44au fait de la coopération sociale,
06:46vous n'avez pas le choix
06:46de vous assimiler.
06:47L'assimilation fonctionne,
06:48avec ou sans politique, d'ailleurs.
06:50Quand vous êtes
06:51dans un environnement
06:51ou sur plusieurs lieux
06:52du territoire,
06:53un basculement démographique
06:54que d'autres nomment autrement,
06:56un basculement démographique
06:57a eu lieu
06:57et que désormais
06:58la masse majoritaire,
06:59c'est la masse issue
07:00de l'immigration
07:01et que cette masse
07:02n'a jamais eu l'occasion
07:03de s'assimiler
07:04ou de s'intégrer
07:05et que plus encore
07:06elle est travaillée
07:06par une religion
07:07qui historiquement
07:08se vit sur le mode
07:09de la contre-conquête
07:11décoloniale,
07:11eh bien,
07:12les conditions élémentaires
07:14de l'assimilation
07:14ne sont plus remplacées.
07:16Pas remplacées,
07:16on est rassemblées.
07:17Décidément.
07:18Je n'y peux rien.
07:19Alors, dans cette logique,
07:20dans cette logique,
07:21certains, M. Mélenchon,
07:22j'y reviens,
07:22parlent de grands remplacements.
07:24Dès lors que le grand remplacement
07:26pour M. Mélenchon
07:26devient un projet,
07:28la question de savoir
07:29est-ce qu'on peut s'y opposer?
07:30Est-il légitime de s'opposer
07:31à ce que Jean-Luc Mélenchon
07:32appelle un projet
07:33de grand remplacement?
07:34Ce qui est certain,
07:35me semble-t-il,
07:36c'est qu'on doit poser à nouveau
07:37la question de l'identité
07:38autrement qu'en termes
07:40vaguement républicains.
07:41On pourrait dire
07:42qu'il y a un problème
07:43une question de base.
07:44Est-ce que, finalement,
07:44non seulement on peut
07:45stopper toute forme
07:46d'immigration massive,
07:47est-ce que, par ailleurs,
07:48des gens qui ont pour vocation
07:49de repartir,
07:50les fameux OQTF et d'autres,
07:52peuvent ou doivent repartir
07:53dans les circonstances,
07:54est-ce qu'il est possible
07:54de reprendre en main
07:55la démographie française?
07:57Moi, je n'utilise pas
07:58les termes France blanche
08:00et Nouvelle-France,
08:00je n'ai pas envie
08:01de parler en termes ratios,
08:02mais on pourrait parler
08:02de la France historique
08:03et de la post-France,
08:05de la France historique,
08:06c'est-à-dire qui s'inscrit
08:07dans une continuité
08:08où, finalement,
08:09Marc Menand et Gabriel Cluzel
08:11participent au même pays
08:12même s'ils ne font pas
08:12les mêmes prières.
08:14Une forme de continuité historique,
08:16une France qui est capable
08:16d'assimiler, ensuite,
08:17Alexandre Devecchio,
08:18qui crée un livre magnifique
08:19« Nous vivions côte à côte »
08:20qui raconte l'histoire
08:21d'assimilation de sa famille.
08:23Et ça, soudainement,
08:23c'est la France historique
08:24qui conjugue, donc,
08:25les deux souches
08:26plus les assimilés.
08:28Et les assimilés,
08:29au bout d'une ou deux générations,
08:29deviennent des deux souches.
08:31Et qu'est-ce qu'on voit
08:31à travers ça?
08:32On voit un pays se dessiner.
08:33Mais, donc, il change,
08:34mais qu'il demeure fidèle
08:35à lui-même.
08:36Mais il se peut
08:36qu'on bascule aujourd'hui
08:37dans une toute autre époque
08:38que cela relève simplement
08:39de la nostalgie.
08:40Il est possible, en fait,
08:41que dans l'avenir,
08:42si la masse démographique
08:43se transforme vraiment
08:44sous la pression
08:45justement des mouvements
08:45démographiques massifs,
08:47il risque d'y avoir
08:48des réserves de français
08:50à l'ancienne,
08:50en quelque sorte.
08:51Des réserves de français
08:52à l'ancienne
08:52qui seront désormais
08:53bannies de l'univers
08:54social légitime,
08:55de la France périphérique,
08:57une France,
08:57d'une certaine manière,
08:58à la manière des réserves
08:59amérindiennes aux Amériques,
09:00aux États-Unis.
09:01La question est de savoir
09:01dans ce combat
09:02qui sera Sitting Bull.
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