00:00Et Mathieu Bocoté, on a vu que LFI est dans la tempête ce soir, son association avec la jeune garde,
00:07sa proximité avec les antifas suite au lynchage à mort du jeune Quentin, déstabilise cette formation politique.
00:15Plusieurs en appellent à la mise en place d'un cordon sanitaire autour du parti de Jean-Luc Mélenchon.
00:21Est-ce que LFI sera désormais le parti diabolisé de notre vie politique et ensuite on ira plus loin ?
00:27J'entends cela depuis quelques jours et j'entends surtout cela depuis cinq ans.
00:34Alors, cette histoire de désormais LFI sera le parti qui portera les cornes sur la tête, j'entends cela depuis
00:412020-2021 assurément.
00:43Rappelez-vous 2021, on est ici sur ce plateau, on a couvert la présidentielle et c'était un sujet déjà
00:50à l'époque.
00:50Est-ce que finalement LFI, pour toute une série d'excès qui était déjà connue à l'époque, sera désormais
00:58le parti diabolisé de la présidentielle ?
01:01Et on se demandait à ce moment-là, Mélenchon serait-il le nouveau Jean-Marie Le Pen ? C'était
01:05le thème de l'époque.
01:06On sait qu'au terme de cette campagne, le diabolisé, c'était Éric Zemmour.
01:09Sans surprise, pourquoi ? Parce que le système, lorsque ça devient important, dit « Grand danger extrême droite, mobilisez-vous
01:15Front républicain ».
01:16Mais en 2021, on se demandait déjà si Mélenchon aurait ce rôle.
01:222023, soit dit en passant, en 2022, il y a eu la NUPES.
01:25Ils ont déjà oublié, mais ils ont été capables de s'allier.
01:27Ces gens-là à gauche, ils se détestent, sauf au moment des élections où ils savent s'unir.
01:322023, le 7 octobre.
01:34Le 7 octobre, on sait ce que ça représente du point de vue du discours de LFI.
01:37Il y a Mme Hassan, Rima Hassan, qui va jouer un grand rôle au moment des Européennes de 2024.
01:43Le discours autour de LFI en 2024, c'est un parti désormais infréquentable, toxique.
01:50Plusieurs l'accusent d'antisémitisme.
01:51Et si on se fie à l'histoire des dernières années, des dernières décennies,
01:54l'antisémitisme, c'est le crime des crimes.
01:56Celui qui est accusé d'antisémitisme, on ne l'approche pas avec un bâton de 20 mètres.
02:01On ne veut jamais lui parler.
02:04Pourtant, au moment des législatives de 2024, qu'est-ce qu'on voit ?
02:08Le NFP prend de forme.
02:10Donc la gauche trouve encore à s'unir.
02:12La veille, ils accusaient Mélenchon de tous les maux.
02:15Le lendemain, ils étaient capables de s'allier avec lui.
02:18Encore une fois, le porteur de cornes changeait l'image
02:22et ça devenait le bon papy de gauche avec lequel on pouvait s'allier.
02:25Pourquoi ? Parce que la méchante extrême droite était au rendez-vous.
02:28Et soit dit en passant, en 2024, tout le discours de LFI au moment du 7 octobre,
02:33le discours de Mme Rima Hassan,
02:34tout le discours de nazification d'Israël qui autrefois aurait pu choquer,
02:38et bien ça n'empêche pas la gauche, dont M. François Hollande, par exemple,
02:42de s'allier avec ces gens-là.
02:43Ça n'empêche pas la gauche, dont M. Hollande,
02:45de s'associer avec Raphaël Arnaud, soit dit en passant,
02:48qui sera alors le candidat qui va se faire élire d'ailleurs.
02:53Donc le grand récit de la diabolisation de LFI, je l'ai entendu.
02:57Je ne dis pas que ça ne sera pas vrai cette fois,
02:59mais je dis qu'on nous l'annonce depuis cinq ans et ça n'arrive jamais.
03:02Pourquoi? Parce que fondamentalement, la diabolisation ne dépend pas du diabolisé,
03:07mais du diabolisateur.
03:09Et le diabolisateur peut circonstanciellement avoir besoin de diaboliser Mélenchon,
03:14mais sur le fond des choses, on le sait que la catégorie politique de référence,
03:17il suffit de peser sur un bouton rouge,
03:19et pour que tous se mobilisent au garde-à-vous sur le mode de la charge unique,
03:23qu'est-ce que c'est? C'est ce qu'ils appellent l'extrême droite.
03:26Donc Mélenchon peut de temps en temps être brandi comme un petit diablotin,
03:29en dernière essence, pour l'instant.
03:30Il ne se peut que ça change, on lui pardonne toujours.
03:34Autre élément, pourquoi le diabolisateur, on sait ce qu'il préfère.
03:37On constate aussi que l'antisémitisme, c'était auparavant un marqueur très dangereux.
03:41On constate qu'aujourd'hui, l'antisémitisme,
03:43s'il ne provient pas des descendants présumés de l'action française
03:46ou de Brasilec ou de Robatet,
03:48et s'il provient plutôt d'autres aires géographiques,
03:51j'espère le dire dans des termes suffisamment neutres pour ne pas avoir de poursuites,
03:55s'il provient d'autres aires géographiques, il est moins grave.
03:58Du moins, on l'aura compris dans le jeu politique.
04:00Alors, qu'est-ce qui vaut vraiment la diabolisation aujourd'hui?
04:02Quand vient le temps d'être diabolisé,
04:04l'opposition à l'immigration massive,
04:05si vous vous réclamez de la théorie du grand remplacement,
04:08là, vous serez diabolisé.
04:09La défense de la liberté d'expression, la vraie,
04:11au point de la défendre à la manière d'Elon Musk,
04:14là, vous serez diabolisé.
04:15L'hostilité à l'Union européenne,
04:17une lecture divergente des causes de la guerre en Ukraine,
04:21l'hostilité aux différentes avancées sociétales,
04:23à ça, vous serez diabolisé pour vrai.
04:25Donc, on y revient.
04:25Et là, aujourd'hui, M. Hollande, apparemment,
04:27dans un grand élan de conscience, dit,
04:29« LFI, c'est l'extrême-gauche.
04:30Me découverte, mon bonhomme! »
04:31Pardon, M. le Président, pardonnez-moi.
04:33Et il nous dit, « Jamais je n'accepterai de m'allier
04:36avec eux pour la prochaine étape. »
04:37Puis-je lui dire en tout respect que je ne le crois pas?
04:39Et ensuite, Mme Aurore Laluc, qui est proche de M. Glucksmann,
04:43nous dit qu'elle préférait voter pour une chèvre
04:46plutôt que pour le RN.
04:48Ce n'est pas très gentil d'assimiler les filles à des chèvres,
04:51mais quoi qu'il en soit, c'est ce qu'elle nous dit à sa manière.
04:53Donc, ce n'est pas impossible qu'il soit le nouveau diable,
04:56mais bien franchement, pour l'instant, j'y crois à moitié.
04:59On devine, Mathieu Bocoté, que derrière cette diabolisation,
05:02il y a des calculs politiques.
05:04Lesquels voyez-vous?
05:04Il y en a trois. D'abord, il y a la gauche modérée,
05:07qui hier, je le redis, n'a jamais hésité à s'allier avec LFI,
05:12mais qui subissait difficilement le fait d'être vassalisé par LFI.
05:16Parce que LFI aimait, lui, un côté trumpiste chez LFI.
05:19Ils aiment vassaliser leurs alliés.
05:20Ils aiment les humilier de temps en temps.
05:22Ils aiment leur rappeler qu'ils ne sont rien,
05:23qu'ils doivent se soumettre, sinon ils seront exécutés politiquement.
05:26Eh bien là, la gauche dite modérée,
05:29qui est une gauche dite modérée de style,
05:31parce que dans les faits, elle partage les mêmes idées qu'LFI avec des nuances,
05:33eh bien là, elle a la possibilité de s'affranchir de la tutelle de LFI.
05:38Surtout, en exécutant publiquement Mélenchon,
05:41elle croit retrouver justement une forme d'espace politique qui lui est propre.
05:46Mais qu'on soit clair,
05:48la démélanchonisation de la gauche ne veut pas dire sa déradicalisation.
05:52Ça veut simplement dire que la gauche, sans Mélenchon,
05:54elle ne sera pas plus modérée,
05:56elle sera moins caricaturale.
05:59Ça, c'est autre chose.
06:00Mélenchon a un style sud-américain,
06:02un style un peu, on pourrait dire, de leader autocratique fort, type castriste.
06:05Bon, mais imaginons qu'il dégage.
06:07Sa vision de la société va demeurer présente dans ce parti.
06:10Quoi qu'il en soit, la social-démocratie se dit,
06:12on se débarrasse de lui, on redevient hégémonique à gauche,
06:15on se débarrasse d'un parti qui a mauvaise réputation,
06:17et désormais, on peut peut-être faire élire notre candidat,
06:20Glucksmann, Hollande,
06:21c'est le retour de la social-démocratie classique.
06:23Mais celui qui se dit, en ce moment, c'est vraiment notre chance,
06:25c'est l'extrême-centre.
06:27L'extrême-centre, on l'a vu hier avec M. Lecornu,
06:29qui a fait une tirade tout à fait convaincante
06:32dans la dénonciation...
06:34Convaincante.
06:35De son point de vue.
06:36Il était vigoureux, il était convaincant
06:39dans sa manière de dénoncer les filles.
06:41Il n'en demeure pas moins que je vois
06:43dans cet espèce de moment d'accès de colère
06:46de l'extrême-centre,
06:47il se rachète une conscience à peu de frais,
06:51il se rachète une virginité,
06:53vous savez, il y a des gens qui ont une volonté
06:54de se racheter une virginité à peu de frais
06:56dans les circonstances,
06:56en devenant les plus anti-LFI.
06:59Ils deviennent désormais les...
07:00En fait, d'une certaine manière pour eux,
07:02c'est la Providence qui leur mord la nuque
07:04en ces terribles événements des derniers jours.
07:06Ça leur donne l'occasion de se présenter
07:08comme les grands défenseurs de la démocratie,
07:11de la liberté d'expression,
07:12les grands défenseurs du centre,
07:13de l'esprit raisonnable et de la raison,
07:15contre LFI,
07:16sans rien changer à leur programme
07:18et en faisant tout pour qu'on oublie leur bilan.
07:20Peut-on rappeler que le Bloc central
07:22met de l'avant en ce moment son indignation absolue
07:25devant LFI,
07:26mais que demain matin,
07:27ils vont redécouvrir la haine de l'extrême droite
07:30si les circonstances l'exigent.
07:31Et pour le RN, évidemment, on le comprend,
07:33c'est le rêve, le très grand rêve,
07:35d'être délivré à jamais des cornes du diable.
07:38Donc le RN dit,
07:39il faut un nouveau cordon sanitaire,
07:41mais pas pour nous, pour eux, pour eux, pour eux.
07:43Et de ce point de vue,
07:43le RN espère sauver sa réputation de cette manière.
07:48Je vais prendre une dernière réflexion,
07:49si vous me permettez,
07:49sur la présidentielle.
07:51Merci.
07:53L'affaire Quentin qui rebrasse les cartes politiques
07:55a un an de la présidence.
07:56Voilà, voilà.
07:57Je pense que LFI n'est pas mort.
08:00Elle n'est pas morte.
08:01Il faut simplement,
08:02ceux qui applaudissent de manière précoce son enterrement,
08:04alors que le parti n'est pas enterré,
08:06c'est se rassurer à peu de frais.
08:07LFI a un électorat fidèle,
08:09qui croit vraiment avoir devant lui
08:11le fascisme en marche.
08:12Ils ont vraiment l'impression
08:13que LFI est leur instrument
08:15pour lutter contre ça.
08:17Ils ont l'impression aussi,
08:17le vote des banlieues
08:19est un vote qui n'accède à la vie politique
08:21que par LFI.
08:22Et c'est la stratégie Mélenchon
08:23qui avait fonctionné avec Raphaël Arnaud.
08:25Donc, LFI va par ailleurs se victimiser,
08:27comme jamais.
08:28N'en doutez pas,
08:29un seul instant,
08:30la victimisation va reprendre.
08:31Au bout de la semaine,
08:32ils vont nous expliquer
08:33que c'est eux les véritables persécutés politiques.
08:35J'ai cru comprendre.
08:36Donc, ce sont eux les vrais persécutés.
08:38La mort de Quentin,
08:39la mort atroce de Quentin,
08:41dans les faits,
08:41c'est une blessure à LFI,
08:43nous dira-t-on.
08:43Et à la fin,
08:44au moment des prochaines élections,
08:45je vous l'annonce,
08:46le système va traquer
08:47les brebis galeuses du RN,
08:49va chercher les candidats toxiques
08:51de ce qu'ils appellent
08:51l'extrême droite.
08:52Tout le système médiatique
08:54reprendra ses accusations.
08:55Et à ce moment-là,
08:56Jean-Luc Mélenchon
08:56sera oublié encore une fois.
08:58L'extrême centre,
08:59peut-être,
09:00voit dans cela
09:00l'occasion de triompher.
09:02À nouveau,
09:02nous connaissons la ruse.
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