Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 heures
Regardez C'est notre époque avec Thomas Sotto du 23 février 2026.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00RTL Matin, c'est notre époque.
00:03C'est notre époque en direct jusqu'à 9h30 avec vos questions au 64 900 et le mot Clématin.
00:08Vous le savez, on consacre ce lundi aux questions de santé, des déserts médicaux aujourd'hui sur RTL.
00:14C'est un de vos sujets de préoccupation majeure à quelques jours maintenant du premier tour des municipales.
00:18Et pour en parler, c'est Natacha Polony qui est avec nous. Bonjour Natacha.
00:20Bonjour.
00:21Directrice de la nouvelle revue L'Audace, dont le numéro 2 sortira le 2 mars en kiosque et en librairie
00:26avec cette une.
00:26La liberté d'expression à l'ère du numérique.
00:30Comment on en est arrivé à cette situation de déserts médicaux ou des Français,
00:34que ce soit dans des grandes villes, dans des campagnes, dans des villages, dans des villes moyennes,
00:39n'arrivent plus à soigner, n'arrivent plus à trouver un rendez-vous, n'arrivent plus à trouver un médecin
00:42traitant ?
00:42Alors la difficulté, c'est qu'il y a une conjonction de facteurs.
00:46Le premier facteur, c'est quand même qu'on a eu des politiques pendant des années, et je dis bien
00:50de droite et de gauche,
00:51qui ont eu cette idée délirante, souvenez-vous, c'était Alain Juppé, Martine Aubry,
00:55c'était de dire, pour faire baisser les dépenses de santé, parce que ça commence à coûter cher,
00:59on va diminuer le nombre de médecins.
01:01Et donc, on a baissé le numerus clausus, c'est-à-dire le nombre de médecins...
01:05Le candidat médecin qui font la fac de médecine.
01:26Exactement, et sans réfléchir au fait qu'il faut 10 ans pour former un médecin,
01:30et que donc, c'est très long à piloter, donc tout ça est absurde.
01:33Alors ça, Emmanuel Macron est revenu sur ce numerus clausus.
01:36En effet. Deuxième problème, on a eu petit à petit une modification du mode de vie des médecins,
01:43et une féminisation de la profession.
01:46Moi, je suis d'une famille de médecins, vous voyez, parents médecins, grand-père médecin,
01:49arrière-grand-père médecin.
01:50Je veux dire, il y a eu une époque où les médecins bossaient 70-80 heures par semaine,
01:55et ça faisait partie de leur vocation.
01:57Avec la féminisation, on a eu des femmes qui voulaient quand même avoir une vie normale,
02:03ce qui est la moindre des choses.
02:05On a des gens même, des hommes médecins, qui disent
02:07« Attendez, moi, 80 heures par semaine, c'est plus possible. »
02:09Et surtout, le médecin a perdu en statut.
02:13Quand vous voyez comment sont traités certains médecins,
02:15ils n'ont pas forcément envie...
02:17Par les patients...
02:19Vous voyez, c'est-à-dire qu'autrefois, on bossait comme un dingue quand on était médecin,
02:24mais il y avait une sorte de prestige social qui compensait...
02:29On était un notable quand on était médecin.
02:29Voilà, on était un notable.
02:30Tout ça a disparu, et donc, les jeunes médecins se vivent désormais
02:35comme des travailleurs normaux,
02:37et donc, ils n'ont pas forcément envie de sacrifier leur vie de famille à ça.
02:42Ça, c'est le deuxième point.
02:43Troisième point, la désindustrialisation.
02:46Quand vous avez des pans entiers du territoire qui sont désertifiés,
02:50où vous n'avez plus de services publics, plus rien,
02:52eh bien, les jeunes médecins rechignent à aller s'installer,
02:54parce qu'ils disent « Mais attendez, moi, je n'ai pas d'école pour mes enfants,
02:57donc je n'ai pas envie. »
02:58C'est la conjonction de tout ça.
02:59Donc, en fait, on les envoie au casse-pipe dans des régions
03:01où ils n'auront pas de patientèle suffisante.
03:02Et à contrario, les patients, ils ont quand même besoin d'être soignés.
03:05Ils auront une patientèle suffisante, mais ils estiment, pour certains,
03:08que les conditions de vie ne correspondent pas à ce qu'ils veulent.
03:12J'ajoute un dernier point.
03:13C'est l'absence de réflexion sur l'articulation entre médecine de ville et hôpital.
03:19Et ça, ça provoque l'engorgement des urgences.
03:21Pourquoi ? Parce que si vous n'avez plus de médecin traitant...
03:23Vous allez aux urgences.
03:25Et quand vous n'avez plus de garde, et ça, ça a été supprimé par Jean-François Matéi,
03:30ministre de la Santé, en 2003, les gardes obligatoires pour les médecins,
03:35ça a été supprimé pour faire plaisir au sein des cas de médecins.
03:37C'était une grosse erreur.
03:38Docteur Polony, vous avez posé le diagnostic.
03:40Marion, en 64 900, vous pose une question simple, mais la plus compliquée sans doute.
03:43Qu'est-ce qu'il faudrait faire, selon vous ?
03:45Alors, ça ne va pas se régler par un coup de baguette magique.
03:47Il va falloir agir sur tous les facteurs.
03:49Il y a des médecins qui vont arriver, puisque le numerus clausus a été lâché.
03:52Voilà, ça va prendre du temps, mais le numerus clausus a été ouvert,
03:55donc il y en a plus qui vont arriver.
03:56Simplement, s'ils vont tous s'installer sur la Côte d'Azur,
03:59parce qu'il y a plein de personnes âgées qui consomment de la médecine,
04:02ça ne va pas aller non plus.
04:04Donc, ce qu'il faut, c'est orienter leur installation.
04:07C'est-à-dire qu'il faut rappeler aux médecins que...
04:10Orienter, ça veut dire quoi ?
04:11Attendez, orienter, ça veut dire forcer, ça veut dire obliger,
04:13c'est à leur dire vous devez rendre un ou deux ans.
04:14Ça veut dire qu'il faut faire un accord avec les syndicats de médecins.
04:17En gros, on vous oblige à vous installer là pour quelques années,
04:21en échange davantage que vous demandez.
04:23C'est-à-dire, par exemple, augmenter pour certains les consultations des généralistes,
04:26parce que payer aussi peu pour une consultation de généralistes,
04:30ça n'est pas normal.
04:30Mais en échange, on leur dit, vous vous installez pendant quelques années
04:34dans des territoires qui sont en manque.
04:35Et il faut rappeler que les médecins qui se vivent comme une profession libérale,
04:40en fait, ne sont pas totalement une profession libérale,
04:43puisqu'ils sont en fait rémunérés grâce au fait que la sécurité sociale rembourse.
04:49Donc, il y a un accord à trouver avec eux.
04:51Mais ce n'est pas en leur disant, ça va être comme ça et pas autrement qu'on va y
04:54arriver.
04:54Parce qu'en effet, quand vous faites dix ans d'études,
04:57vous avez aussi envie d'un certain choix de vie.
04:59On a tout à l'heure écouté dans le RTL événement à 7h10 ce qui se passe à Nevers.
05:04A Nevers, faute de médecins, depuis trois ans, on fait un pont aérien.
05:08Trois médecins qui viennent deux fois par semaine, par avion, pour des consultations.
05:13On marche un peu sur 180 kilomètres, je crois.
05:15Mais on marche totalement sur la tête.
05:17C'est le résultat.
05:18Alors, vous voyez, ça, c'est du court terme.
05:20Donc, pour le court terme, c'est du soin d'urgence.
05:23On a besoin de faire ça parce qu'on s'est mis dans une situation où on n'a plus
05:27le choix.
05:28Le problème, c'est de gérer le moyen terme et le long terme.
05:30Sur le court terme, en effet, si on veut que les gens soient soignés correctement,
05:34il faut organiser ce genre de choses, il faut penser des maisons de santé.
05:37Donc, on y vient petit à petit.
05:40Mais j'ajoute une chose vraiment.
05:41On ne réglera pas ce problème dans les territoires ruraux tant qu'on ne réindustrialisera pas.
05:46Pourquoi ? Parce qu'il faut remettre de la vie dans ces territoires.
05:49Et c'est comme ça qu'on va repeupler petit à petit.
05:52Alors, on a beaucoup de messages au 64 900 sur les spécialistes, pénurie de spécialistes.
05:56On avait un sujet tout à l'heure à 8h avec Agathe Landais sur les dermatologues.
06:00Et là, nos auditeurs sont très sévères avec les dermatologues.
06:03Je vous lis quelques messages.
06:04Les dermatologues font 30% de consultations classiques
06:06et se gardent 70% pour les rendez-vous esthétiques, lasers, etc.
06:09Ces dernières consultations sont hors nomenclature et tarifées comme ils le souhaitent.
06:13Priorité à l'argent.
06:14RT le matin, bonjour.
06:15Sachez que trouver un dermatologue dans le Cambrézi est absolument mission impossible.
06:18Ça, c'est Claudine.
06:19Dans le 49, nous sommes surdotés en dermatologues.
06:22Mais elles, car ce ne sont que des femmes, ne font que de l'esthétique.
06:24On a rendez-vous dans la semaine pour une épilation laser.
06:26Mais impossible d'avoir un rendez-vous pour contrôle de grains de beauté.
06:30On ne s'acharne pas sur les dermatologues, mais c'est quand même un exemple.
06:32Mais évidemment.
06:33Il y a dans certains domaines, bien sûr, des abus.
06:37Et il y a aussi une consommation de ce genre de soins.
06:40Donc là aussi, il va falloir, disons, pointer petit à petit,
06:44discuter avec les syndicats de médecins.
06:46Il va falloir que les médecins fassent le ménage chez eux.
06:52Je cite un autre exemple.
06:53C'est qu'on a un problème actuellement avec les arrêts maladie de complaisance,
06:58ce genre de choses.
06:59On sait très bien qu'il y a certains médecins
07:01qui délivrent plus d'arrêts maladie que la moyenne.
07:05Les conseils de l'ordre ne veulent pas réguler ça.
07:07Ça leur appartient.
07:08Pourtant, c'est à eux de faire ce travail
07:10s'ils veulent éviter qu'il y ait une coercition.
07:13C'est le même genre de choses.
07:14Il va falloir, à un moment donné,
07:16que le conseil de l'ordre des médecins discute avec les pouvoirs publics
07:19et assume une certaine responsabilité.
07:21Encore un message de Jean-Pierre qui nous écrit
07:23« C'est l'administratif qui tue tout dans les hôpitaux.
07:26Le poids de l'administration,
07:27ça fait qu'il y a beaucoup de médecins qui s'en plaignent. »
07:29Alors, ça, c'est un autre problème encore
07:31puisque ça concerne en effet la médecine publique,
07:34pas la médecine de ville, les hôpitaux.
07:36Cela dit, même dans la médecine de ville,
07:38il y a une charge administrative absolument démente.
07:41Mais alors, dans les hôpitaux, ça devient complètement délirant.
07:43Je rappelle le chiffre.
07:4430% en effet de charges administratives.
07:47C'est 15% en Allemagne.
07:50On aimerait comprendre pourquoi.
07:52Donc, il y a une inflation administrative complètement dingue.
07:55Il va falloir rendre la gestion des hôpitaux aux soignants
07:59qui sont ceux qui savent comment on doit fonctionner.
08:02Ça s'est passé pendant le Covid et ça s'est bien passé.
08:05On ne voit pas pourquoi, le reste du temps,
08:06il faudrait qu'ils passent leur vie à remplir des cases.
08:09Et redisons-le, on le dit à chaque fois,
08:11et moi j'insiste pour le dire,
08:12les personnels soignants, médicaux, paramédicaux,
08:14dans les hôpitaux font un boulot incroyable.
08:17Mais ils sont d'un dévouement.
08:18Les heures sup n'ont payé, tout ça.
08:19Ils ne se posent pas la question, ils s'occupent du patient.
08:21Et c'est vrai aussi de la médecine de ville.
08:24Exactement.
08:24Encore une fois, je le redis, je suis d'une famille de médecins.
08:27J'ai vu ma mère rentrer à 10h tous les soirs,
08:30quand j'étais enfant,
08:31parce qu'elle estimait qu'elle devait passer du temps avec ses patients.
08:37Autre secteur en difficulté, il nous reste deux minutes,
08:39mais on va s'en dire quelques mots, c'est l'agriculture.
08:41Il y a des points communs entre ces deux crises ?
08:43La crise médicale des déserts médiocaux et la crise agricole ?
08:45Oui, il y a des points communs.
08:47C'est l'absence totale de vision à long terme des dirigeants.
08:51Et c'est absolument consternant.
08:52On est en train de tuer l'agriculture.
08:55Pourquoi ?
08:56Parce que là aussi, on met sur le dos des paysans
08:58une inflation administrative totalement dingue,
09:01et qu'on ne réfléchit pas à l'impératif de production sur notre sol.
09:05Ce qui nécessite de flécher la commande publique.
09:08Pouvez-vous m'expliquer pourquoi les cantines scolaires,
09:12les EHPAD, etc., nous fournissent 90% de poulets qui viennent d'ailleurs,
09:18qui sont importés ?
09:19La balance commerciale française en produits agricoles
09:23est pour la première fois depuis 1978 déficitaire,
09:26alors même que nous sommes le jardin du monde.
09:29C'est la base de la puissance française, l'agriculture.
09:32Donc on marche sur la tête là aussi.
09:33Une question de Dominique qui est intéressante.
09:35Notre modèle agricole familial n'est-il pas d'une autre époque ?
09:38Est-ce que ce n'est pas aussi ça qu'on paye ?
09:39Alors, ça dépend.
09:41C'est-à-dire que si on considère que la modernité,
09:43c'est de manger une viande ignoble, produite en batterie...
09:46C'est parce qu'il a dit Dominique, il pose juste une question.
09:48Je sais, je sais.
09:49Mais je ne pense pas qu'il le pense, lui.
09:51Mais je réponds de cette façon-là.
09:53Est-ce que nous voulons une agriculture industrielle
09:56qui traite des animaux comme si c'était des boulons ou des clous ?
09:59C'est ça l'enjeu.
10:00Il y a une industrialisation de l'agriculture dans le monde entier.
10:03C'est le contraire de l'agriculture française
10:07qui s'appuie sur un modèle à taille raisonnée, sur une qualité.
10:12Simplement, si on la met en concurrence avec des fermes-usines,
10:16alors on va tuer nos paysans.
10:17Donc il faut savoir ce qu'on veut.
10:19Qu'est-ce qu'on veut manger ?
10:19Parce que pour l'instant, on met des interdits sur le dos des paysans français.
10:23Mais dans les étals, ce que mangent les gens, ça vient d'ailleurs.
10:27C'est bourré de pesticides, c'est bourré d'hormones,
10:29parce qu'on ne réunit pas ceux qui entrent sur le territoire.
10:33C'est ça l'absurdité.
10:34Merci Natacha Polony.
10:35Vous allez aller au salon d'agriculture ou pas ?
10:36Oui, j'y vais tout à l'heure.
10:37Oh, vous allez croiser François Hollande, parce qu'il y va aussi.
10:39Oh, quelle joie !
Commentaires

Recommandations