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Regardez L'esprit de l'info avec Alain Duhamel avec Thomas Sotto du 02 mars 2026.
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00:00RTL Matin, c'est notre époque.
00:02C'est notre époque, jusqu'à 9h30 des 9h10 sur RTL.
00:05On est avec Alain Duhamel, notre éditorialiste.
00:08Bonjour et bienvenue Alain.
00:09Bonjour.
00:09On va se poser une question ce matin.
00:10Question à la fois simple et vertigineuse.
00:12Le droit international est-il mort ?
00:14La loi de la jungle a-t-elle gagné la partie ?
00:16Alors il s'est passé beaucoup de choses évidemment depuis ce week-end,
00:19depuis l'attaque israélo-américaine sur l'Iran.
00:21D'abord, qu'est-ce que vous retenez-vous ?
00:22Quelle est pour vous l'image la plus marquante ?
00:26L'image la plus marquante, c'est forcément les bombardements
00:29qu'on nous a montrés des points névralgiques à Téhéran.
00:36Ça n'est pas inattendu, mais c'est impressionnant.
00:38L'élimination de Raménaï ?
00:40Oui, par exemple.
00:41On a l'impression que c'était simple finalement.
00:44Oui, mais c'est toujours pareil.
00:45Israël a un système de renseignement incomparable,
00:48donc ils savent exactement qui et où.
00:50Donc Israël peut dire aux Américains
00:52c'est là qu'il faut taper avec les armes dont disposent les Américains.
00:56Bon, c'était ça le plus impressionnant.
00:59Le plus important, c'est de savoir jusqu'où vont aller les Américains
01:04et que va devenir ce régime.
01:07Et ça, pour le coup, à partir du moment où il n'y a pas de troupes au sol
01:12envoyées par les Américains,
01:14la réponse, qui d'ailleurs est préférable à mes yeux,
01:17c'est que ça viendra...
01:20De l'armée iranienne.
01:21Ben oui, et des Iraniens eux-mêmes.
01:23Ça veut dire que si le régime ne tombe pas, pour vous,
01:25tout ça n'aura servi à rien ?
01:27Alors, tout ça aura servi...
01:29Si un ayatollah remplace un autre ayatollah ?
01:30Je ne crois pas que ce qui se passera puisse être identique à ce qui a existé.
01:37Parce qu'il y avait un côté irréductible dans le régime iranien,
01:43en dehors du fait qu'il était totalement despotique et dangereux pour les autres.
01:47Là, il va y avoir quand même énormément de changements.
01:50Il va y avoir énormément de changements intérieurs, de toute façon.
01:53Et puis, ce qu'il ne faut pas négliger,
01:56l'Iran avait des alliés, soit des États, soit des mouvements.
02:01Par exemple, au Liban, tout proche.
02:03Bon, les rapports ne seront plus les mêmes.
02:06Il n'y aura plus de livraison d'armes automatiques, etc.
02:09Enfin, on entre dans une phase qui est vraiment différente.
02:13Je dirais qu'on entre dans une phase différente par de très mauvais moyens.
02:18Les Israéliens, si on fait le bilan finalement,
02:21ont quasiment anéanti ou considérablement affaibli le Hamas, le djihad islamique.
02:25Maintenant, c'est l'Iran avec les Américains.
02:26Est-ce qu'il faut féliciter Trump et Benjamin Netanyahou d'avoir fait le sale boulot ?
02:31Ce n'est pas très politiquement correct, mais est-ce qu'on en est là ?
02:33Écoutez, égoïstement, pour Netanyahou,
02:38il ne peut être que satisfait de ce qui se passe.
02:41L'Iran a toujours été une menace,
02:43une menace autoproclamée en plus,
02:45pas une menace hypocrite,
02:47une menace ostensible.
02:49Ce que disait encore l'ambassadeur.
02:50Oui, donc qu'Israël puisse se réjouir de ce point de vue,
02:55oui, Israël peut se réjouir.
02:57Maintenant, pour l'équilibre de la région,
03:00qui est une région,
03:02alors toutes les régions sont importantes,
03:03mais celle-là l'est notamment pour des problèmes énergétiques.
03:07pour toute la région,
03:08on entre dans une période,
03:10dans une phase de grande déstabilisation.
03:13Vous êtes très inquiet, vous ?
03:14Je ne suis pas inquiet au sens de...
03:17Je n'imagine pas ce que j'ai bien connu,
03:20pourtant, les deux premières crises pétrolières.
03:22Je n'imagine pas ça aujourd'hui,
03:24parce que les choses se passent différemment.
03:26En revanche, c'est toute une région qui est fragilisée,
03:29et c'est le droit international
03:31qui est, non pas bafoué,
03:34mais ridiculisé.
03:35Justement, on va y venir,
03:36parce que si personne ne pleure la mort de Ramenei,
03:39à part peut-être le président turc Erdogan
03:42et Vladimir Poutine
03:43qui ont envoyé des messages de condoléances,
03:45certains contestent la méthode.
03:46Écoutez ce que disait, par exemple,
03:47Marine Tondelier, la patronne des Verts,
03:49c'était chez nos confrères de France 3 hier.
03:51Franchement, on espère la libération du peuple iranien
03:54et on leur souhaite la liberté
03:56pour eux-mêmes et pour leur pays.
03:58C'est tout ce qu'on peut leur souhaiter.
03:58Par contre, je le dis,
04:00la manière dont s'ils prennent les Etats-Unis
04:02est inacceptable.
04:03Il nous reste une boussole dans ce monde,
04:05c'est le droit international.
04:06Et si on ne le respecte pas,
04:08s'il est plus grand de ce monde,
04:09après Poutine en Ukraine
04:10et maintenant Trump au Venezuela,
04:12puis en Iran,
04:14marche dessus,
04:14alors ce sera quoi ?
04:15Ce sera la loi du plus fort,
04:16tout le temps, partout.
04:17Vous êtes d'accord avec Marine Tondelier ?
04:19Ce n'est pas ma boussole la plus régulière,
04:22mais sur ce point, oui.
04:24Je pense que c'est vrai.
04:25Je pense que le droit international,
04:28aujourd'hui, est complètement bafoué.
04:30On voit que les Nations Unies,
04:32l'ONU, ne servent plus à rien.
04:34Au Conseil de sécurité,
04:35vous avez trois pays
04:36qui mettent un veto tout le temps,
04:37la Chine, la Russie
04:38et maintenant les Etats-Unis.
04:39Eh bien oui.
04:39Donc ça ne sert à rien.
04:40Donc il n'y a plus de boussole.
04:41Donc il n'y a plus de boussole
04:43et les Nations Unies,
04:44c'est une coquille vide maintenant.
04:46Et puis le pays le plus puissant du monde,
04:51l'homme le plus puissant du monde,
04:53les Etats-Unis et Trump,
04:56se comportent exactement
04:58comme s'ils étaient les empereurs du monde.
05:00Ils ne sont pas simplement les plus puissants.
05:02Ils considèrent qu'il n'y a aucune règle à respecter,
05:05que la règle, c'est eux,
05:07que la règle, c'est leur bon vouloir,
05:08que la règle, c'est leur décision à eux.
05:10Et c'est-à-dire que c'est la négation
05:13d'un ordre international
05:14qui n'a jamais été parfait,
05:15il ne faut pas être hypocrite,
05:16mais qui avait quand même progressé.
05:19Avant, on faisait semblant.
05:20Quand W Bush voulait attaquer l'Irak,
05:24il faisait semblant.
05:25On m'entend.
05:25Il produisait des fausses preuves.
05:27Voilà, c'est ça.
05:28Il faisait voter des résolutions.
05:29Maintenant, tout ça n'existe plus.
05:30Est-ce que la France a une responsabilité là-dedans ?
05:32Est-ce que la France devrait dire,
05:33ou l'Europe peut-être,
05:34ou le reste du monde, dire
05:35« Eh les amis là,
05:36il y a des instances,
05:38il faut qu'on se réunir.
05:38Est-ce qu'il faut sauver au moins les apparences ? »
05:40Alors, je pense que s'il y avait
05:41une prise d'opposition européenne,
05:43collective,
05:44pour rappeler qu'il y a des règles
05:46à respecter,
05:47et qu'il y a des procédures qui existent,
05:49qui sont faites pour ça,
05:51je pense que ça serait une très bonne chose.
05:53Par ailleurs,
05:54vous avez bien remarqué
05:55que la France a manifesté
05:57beaucoup plus de réserves
05:58que d'enthousiasme,
05:59heureusement,
06:00devant ce qui s'est passé,
06:02et qu'en Europe,
06:05personne n'a applaudi.
06:07même Mélanie,
06:08qui est théoriquement
06:09la grande alliée de Trump,
06:11elle n'a pas trépigné de joie.
06:13Au contraire,
06:14elle est embarrassée.
06:15Mais ils sont sincèrement embarrassés
06:17ou ils sauvent les apparences ?
06:18Ah non,
06:18je pense que les pays européens
06:20sont embarrassés.
06:21Je pense que,
06:22de tout ça,
06:23il ne peut pas sortir de bonnes choses.
06:25C'est vrai,
06:26bien entendu,
06:27en ce qui concerne l'Iran lui-même,
06:29mais c'est vrai
06:30pour toute la région.
06:31Il faut quand même se rendre compte
06:32que la déstabilisation de l'Iran,
06:34c'est aussi la déstabilisation
06:36de tout le Moyen-Orient.
06:37Et que ça n'est l'intérêt de personne.
06:40La liberté de navigation
06:41dans cette région,
06:42c'est quelque chose
06:43qui est essentiel.
06:44Trois d'Ormous.
06:45Voilà, etc.
06:46Donc,
06:46à partir du moment
06:47où on envoie
06:50complètement en l'air
06:51toutes les règles internationales,
06:53à partir de ce moment-là,
06:54ce qui était sécurisé
06:57redevient maintenant dangereux.
06:58Ça veut dire que Donald Trump
07:00et Benjamin Netanyahou,
07:01contrairement à ce qu'ils nous disent,
07:04rajoutent encore plus
07:05d'instabilité au monde,
07:06même s'ils ont l'impression,
07:08sans doute sincère,
07:09de régler un problème.
07:10En fait,
07:10ils en créent d'autres ?
07:11C'est évident.
07:13Je ne suis pas en train de pleurer
07:15sur la mort de Khomeini.
07:16On l'a bien compris.
07:17Il n'y a aucune ambiguïté là-dessus.
07:18Et encore moins sur le régime
07:20qu'il a laissé.
07:21Régime qui, pour l'instant,
07:23tient.
07:23On verra si ça continuera.
07:24Mais qui, pour l'instant,
07:25tient.
07:25Qui est un régime obscurantiste,
07:28régressif,
07:29dangereux,
07:29qui a tous les défauts du monde,
07:31tyrannique.
07:32Bon, donc,
07:33ce n'est pas ça du tout
07:34qu'il s'agit de regretter.
07:35Mais en revanche,
07:37ils s'assiaient,
07:38les Etats-Unis et Israël,
07:40s'assiaient sur les règles internationales,
07:42s'assiaient sur le droit international,
07:45le tournent en ridicule
07:46et montrent que ce qui...
07:49On en revient à ces périodes.
07:51Alors, jadis,
07:53on a tous étudié ça,
07:54les luttes entre les grands empires, etc.,
07:56où on ne respectait pas les règles.
07:58Bon, ben,
07:58on ne respecte plus les règles.
08:00Et les Etats-Unis,
08:01qui ont quand même été
08:02à l'origine
08:03de la société des nations,
08:05par exemple,
08:05après la guerre de 14-18,
08:08et qui, donc,
08:08ont cherché
08:09à créer des règles,
08:10sont ceux qui,
08:11aujourd'hui,
08:12les bafouent,
08:13vous pensent que c'est réversible ou pas ?
08:16Quand les gens prennent l'habitude
08:17de la loi de la jeune,
08:18c'est difficile de...
08:20Le principal coupable,
08:22c'est Trump.
08:23Bon,
08:24Trump n'est pas éternel.
08:26Il se peut qu'il ait un successeur,
08:28qu'il soit un président raisonnable,
08:31comme il y en a eu,
08:32heureusement,
08:33un bon nombre aux Etats-Unis.
08:35Et à ce moment-là,
08:35on peut espérer
08:36qu'on revienne à quelque chose.
08:38Mais reste que,
08:40on peut dire que,
08:40pendant cette période,
08:42le droit international,
08:43les règles internationales
08:44sont littéralement
08:45mis entre parenthèses,
08:47effacés.
08:48Comme si tout ce qui a été créé
08:51en 1945,
08:52après la Deuxième Guerre mondiale,
08:54brusquement,
08:55ont le déchiré.
08:56Et qui le déchire ?
08:58Ceux qui l'ont voulu.
08:59Ceux qui l'ont écrit.
09:00Ceux qui se sont battus pour ça.
09:02En France,
09:03côté français,
09:03il y a eu un conseil de défense
09:04hier soir encore à l'Elysée.
09:06Ce matin,
09:07le ministre des Affaires étrangères,
09:09Jean-Noël Barraud,
09:10recevait, je crois,
09:11il y a 8h30,
09:12les ambassadeurs
09:13de tous les pays concernés
09:15au Moyen-Orient.
09:16Jordan Bardella,
09:17il demande à Emmanuel Macron
09:18de réunir les dirigeants
09:19des partis politiques
09:19pour un point complet
09:20sur la situation.
09:22C'est de la politique
09:23ou c'est utile aujourd'hui ?
09:25Alors,
09:26je ne sais pas
09:28si ça peut être utile.
09:30Je suis un peu sceptique.
09:31Mais,
09:32je dirais
09:33que c'est assez légitime.
09:34Je ne suis pas suspect
09:36d'admiration
09:36pour Jordan Bardella,
09:37mais l'idée de dire
09:38que dans une crise
09:39de cette importance
09:41qui, justement,
09:42met en cause
09:43au-delà
09:44du Moyen-Orient
09:45les règles
09:46de droit international,
09:47que le président
09:48reçoive
09:49les chefs
09:49des partis
09:51représentés
09:51au Parlement,
09:52ça me paraît
09:53tout à fait légitime
09:54comme demande.
09:55Et je trouve
09:55que ce serait
09:55une très bonne chose.
09:56Emmanuel Macron
09:57qui est du côté
09:57de Brest aujourd'hui,
09:59à l'île longue,
09:59la base nucléaire française,
10:01parce qu'il va prononcer
10:02un discours
10:03sur la dissuasion nucléaire.
10:04Qu'est-ce qui se joue
10:05vraiment, Alain ?
10:06Aidez-nous à comprendre
10:07parce qu'on en a parlé jeudi
10:08avec Étienne Gernell
10:09qui a fait son édito
10:10là-dessus sur RTL Matin.
10:12Et puis là,
10:12évidemment,
10:12avec tout ce qui s'est passé
10:13ce week-end,
10:13on se dit,
10:14bon,
10:14un discours sans importance.
10:16S'il est important,
10:16ce discours ?
10:17Bien sûr qu'il est important
10:18parce que,
10:19d'une part,
10:20il va y avoir
10:22la réaffirmation
10:22des règles d'engagement
10:24si la France,
10:26Dieu sait qu'il ne faut pas
10:27le souhaiter,
10:28mais si la France
10:28un jour était visée.
10:30Mais ce qui,
10:31là,
10:31va être précisé,
10:32c'est au-delà
10:34de la défense
10:35de la France,
10:36dans quelles mesures
10:37et par quels moyens
10:38est-ce qu'on manifeste
10:39notre solidarité
10:40avec les autres pays européens ?
10:42Donc en gros,
10:42est-ce qu'on partage
10:42le parapluie ?
10:43Alors non,
10:43on ne partagera pas
10:44le parapluie
10:45et la force nucléaire
10:46restera forcément
10:48toujours
10:50l'apanage,
10:51l'apanage douloureux
10:53pour un chef de l'État
10:54qui sera le président français.
10:56Ça,
10:56ça ne bougera pas.
10:57Mais en revanche,
10:58mais depuis le général de Gaulle,
11:00il a toujours été question
11:03du fait qu'en dehors
11:05de la défense nationale,
11:08il puisse y avoir aussi
11:11l'attention portée
11:13au risque de nos alliés
11:15et en particulier
11:15de nos alliés européens.
11:17Ça a toujours existé.
11:18Et c'est ça qu'on peut essayer.
11:21Alors,
11:21je ne crois pas
11:22qu'on puisse en faire un dogme,
11:24mais on peut donner
11:24en revanche des pistes
11:26sur les comportements
11:27à avoir,
11:28sur le degré
11:29de solidarité
11:30avec les autres pays européens
11:31s'ils étaient menacés
11:32et il y en a
11:33qui sont menacés.
11:34En tout cas,
11:34c'est un moment clé
11:36pour l'Europe
11:36et pour son avenir.
11:37C'est presque
11:38exister
11:39ou tomber dans les alliés.
11:40Vous avez tout à fait raison,
11:41c'est un moment clé
11:42pour l'Europe,
11:42mais c'est aussi
11:43un moment clé
11:44pour le rôle spécifique
11:46de la France en Europe
11:47qui est un rôle
11:47qui tend à s'estomper
11:49mais qui a quand même
11:50encore un certain nombre
11:51de critères essentiels
11:53et parmi ces critères
11:54il y a effectivement
11:56la force nucléaire
11:57qui nous donne
11:58une arme supplémentaire
11:59que les autres n'ont pas
12:00ou comme la Grande-Bretagne
12:02ont mais pas dans
12:03les mêmes conditions
12:03d'indépendance que nous.
12:05Donc,
12:05on a quelque chose
12:07à offrir
12:08à nos partenaires.
12:09Pas une aide automatique
12:10mais un souci.
12:12Merci beaucoup
12:13Alain Duhamel
12:14pour cet éclairage
12:15encore très clair,
12:16très précis.
12:16Moi je suis très très fan,
12:17je pourrais continuer avec vous
12:18jusqu'à 15h.
12:18Sauf qu'à 15h
12:19ce sera le discours
12:20d'Emmanuel Macron.
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