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  • il y a 12 minutes
Retrouvez Le 18/19 d'Hedwige Chevrillon en replay et en podcast.

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00:00L'IFM Business et la Tribune présente
00:04Le 18-19 d'Edvie Chevrillon
00:09Bienvenue dans le 18-19, mon premier invité c'est Claude Blanchemaison, il est ambassadeur de France, il a été
00:15ambassadeur en Inde et puis aussi en Russie.
00:17Bonsoir Claude Blanchemaison, merci d'être là.
00:20Beaucoup de questions à vous poser, évidemment sur l'Inde, parce qu'avec Emmanuel Macron qui est arrivé hier en
00:25Inde,
00:25qui a rencontré le premier ministre Narendra Modi, c'était à Bombay, la capitale économique, où se déroule ce sommet
00:32d'intelligence artificielle.
00:33On ira, du reste, on sera en ligne avec Bombay d'ici une dizaine de minutes.
00:37Et puis il y a aussi cette question, bien sûr, de cette vente de Rafale.
00:41On a le sentiment qu'il y a une nouvelle alliance qui est en train de se créer entre la
00:47France et l'Inde,
00:48et aussi l'Europe et l'Inde, parce qu'un partenariat stratégique a été signé,
00:53et je recevais un chef d'entreprise qui disait, ça ouvre un peu toutes les portes.
00:57Vous, vous avez été ambassadeur en Inde, alors c'était il y a quelques années,
01:00mais comment est-ce que vous voyez ce partenariat stratégique ?
01:05Oui, en effet, un partenariat stratégique qui est qualifié depuis hier, je crois, de global et spécial,
01:12pour montrer que, et M. Modi, le premier ministre indien, a dit que ce partenariat, désormais, n'avait plus de
01:19limites.
01:20Donc c'est en effet quelque chose de très particulier, qui a été commencé à l'époque où Jacques Chirac
01:26était président de la République,
01:28et où il m'avait nommé ambassadeur en Inde, et en effet, il avait décidé de faire de l'Inde
01:33le partenaire de la France en Asie,
01:35le partenaire stratégique de la France en Asie, et en tout cas dans l'océan Indien.
01:39Alors depuis, ça s'est beaucoup développé, parce qu'il y a eu des travaux communs menés par les services
01:45de renseignement,
01:46les services spéciaux, notamment contre le terrorisme,
01:49puis évidemment des échanges très nombreux entre les différentes branches de l'armée,
01:55la Navy, mais aussi l'aviation, et l'armée de terre, des exercices communs,
02:00Et puis ça aboutit en effet à la vente de Rafale, les premiers ont été livrés pendant le Covid.
02:07Ça c'était, il y a eu François Hollande, Emmanuel Macron.
02:09Voilà, et maintenant il y a un coup d'accélérateur soudain en effet,
02:12et vous l'avez dit, à la fois pour la France et pour l'Union Européenne,
02:16c'est probablement aussi l'effet Trump,
02:18parce que l'Union Européenne n'arrivait pas à venir à bout de son accord de libre-échange avec l
02:24'Inde,
02:24peut-être parce qu'il y avait aussi des irritants pour l'Inde dans cet accord,
02:28notamment en matière agricole,
02:30et finalement les coups de boutoirs donnés par Donald Trump ont précipité les choses,
02:36parce qu'il est apparu évident qu'il fallait trouver des partenaires stratégiques,
02:40et pour l'Europe, pour la France ça existait déjà depuis longtemps,
02:44mais pour l'Europe il fallait que ce soit en effet l'Inde, il n'y avait pas d'autres
02:47possibilités.
02:47Mais on voit quand même, puisque vous disiez que le top départ,
02:49enfin entre guillemets, ça a été donné avec Jacques Chirac,
02:53vous-même lorsque vous étiez en Inde,
02:54ça fait quand même une vingtaine d'années,
02:5728 ans même, vous voyez, j'ai essayé d'être polie,
03:00de faire plus sérieusement,
03:02on voit que ça a été quand même difficile pour que ça se traduise en commandes,
03:07notamment en commandes évidemment de Rafale et d'autres,
03:10qu'il y ait des constructeurs automobiles qui aillent s'installer là-bas,
03:15parce que l'Inde commence juste quand même à s'ouvrir et à accepter
03:19qu'il y ait une production chez elle, mais aussi en dehors.
03:23Elle est en train de faire concurrence avec la Chine ?
03:26Oui, alors sur le plan de l'armement, évidemment,
03:28l'Inde, depuis son indépendance, dépendait très fortement de l'Union soviétique,
03:33puis de la Russie.
03:34Et effectivement, il y a eu la volonté de diversifier progressivement les approvisionnements,
03:40et Maudit a accéléré ce processus.
03:42Et diversifier, effectivement, ça pouvait être avec les Américains,
03:46mais comme vous le savez, les Américains gardent toujours la double clé sur l'armement qu'ils cèdent,
03:50notamment sur les F-35, alors que ce n'est pas le cas de la France.
03:53Et puis, dans le cas de la France, il y a une confiance qui s'est construite depuis ces 28
03:57ans
03:57de travail en commun, et les Indiens ont confiance.
04:00Ils savent que la France ne jouera pas un jeu de double clé sur le matériel militaire qu'elle vendra.
04:07Mais justement, cette situation géopolitique que vous décrivez, Claude Blanche-Maison,
04:11est-ce que c'est une opportunité incroyable pour l'Inde de devenir la puissance économique et politique ?
04:22Jusqu'à présent, elle n'avait pas trouvé complètement sa place à la table des nations ?
04:27Elle était un peu au fond, vous savez, comme le cousin de province.
04:30Oui, enfin, il y avait quand même le dividende démographique, comme on dit,
04:34qui faisait que ce pays est devenu le pays qui a la population la plus nombreuse dans le monde,
04:40avec surtout une population jeune, beaucoup plus jeune que celle de la Chine,
04:44donc beaucoup plus dynamique.
04:45Alors, c'est à double tranchant parce que chaque année, évidemment, il y a beaucoup de jeunes,
04:49il y a des millions de jeunes qui arrivent sur le marché du travail.
04:51C'est compliqué pour leur trouver des emplois, même si plus de la moitié de l'économie indienne reste informelle.
04:58Donc, par conséquent, ils trouvent des petits jobs et ils se débrouillent.
05:01Mais il y a un problème, en effet, d'emploi pour les jeunes.
05:04Alors, l'Inde a, comme vous le savez, d'excellentes écoles d'ingénieurs.
05:08Oui, au point qu'Emmanuel Macron a dit, mais il a dit aux ingénieurs indiens, venez en France.
05:15Voilà, absolument.
05:16C'est Mniru qui avait commencé à multiplier ces écoles d'ingénieurs.
05:20D'excellentes écoles aussi de business.
05:23Et moi, à l'époque où j'étais en Inde, il m'est arrivé d'aller dans des écoles, dans
05:28des business schools indiennes.
05:29Il m'est même arrivé de trouver des jeunes collègues d'HEC qui me disaient, c'est très difficile à
05:36suivre parce que le niveau en mathématiques est beaucoup plus élevé que chez nous.
05:39Donc, ce n'est pas rien, si vous voulez, il y a là un potentiel.
05:42Et effectivement, il y a aussi des laboratoires de recherche en Inde.
05:47Et lorsque, à l'époque où j'étais en poste, Claude Allègre avait fait une grande visite en Inde qui
05:52avait duré presque une semaine.
05:54Et il disait, l'Inde est un grand pays scientifique.
05:56Et moi, je veux faire un G12, 12 pays, les pays les plus développés dans le domaine scientifique.
06:01Et il y avait évidemment l'Inde.
06:03Oui, mais c'est un peu justement l'objectif de ce sommet de l'intelligence artificielle qui se déroule en
06:09ce moment.
06:09Je rappelle qu'on sera en direct avec Benoît Ranini, qui est en direct de Bombay, qui nous expliquera un
06:15peu sur place comment ça s'est passé.
06:17Est-ce qu'on peut parler, parce que là, pour l'instant, Andra Modi, il est là, il est bien
06:21en place, mais il va y avoir des élections.
06:23Est-ce qu'on peut parler d'une démocratie indienne ?
06:26Alors, c'est très difficile de parler.
06:29Je vois que le diplomate est en train de reprendre le dessus.
06:33Je vais vous dire très simplement, ça ne peut pas être une démocratie, comme la Suisse, évidemment, compte tenu du
06:38niveau de développement,
06:39de l'hétérogénéité des niveaux de développement dans la population, compte tenu de son histoire aussi.
06:43Après tout, l'Inde n'a été indépendante qu'en 1947.
06:47Donc, depuis 1947, elle a fait beaucoup de chemin.
06:51La constitution indienne a été écrite par, en fait, des Indiens qui avaient fait leurs études de droit en Grande
06:59-Bretagne, bien entendu,
07:00et qui avaient donc été aux bonnes écoles.
07:02Donc, ils ont fait une constitution qui est un panachage des institutions britanniques et des institutions américaines.
07:09Et ça veut dire que, alors, moi, je répondrais simplement à votre question, est-ce que l'Inde est une
07:14démocratie ?
07:14Je dirais oui, dans la mesure où le signe extérieur de la démocratie, c'est l'alternance au pouvoir.
07:20Et il y a une alternance au centre, et il y a une alternance dans chacun des 29 États qui
07:24constituent l'Union indienne.
07:26Et par conséquent, ce n'est pas du tout monolithique.
07:29Le BJP n'est pas au pouvoir partout.
07:30Est-ce que, ce qui est important, notamment, pardon, on est sur BFM Business pour aller chez l'entreprise, c
07:34'est la stabilité politique.
07:36C'est un peu ce qui fait défaut actuellement à la France.
07:38Est-ce que vous pourriez dire, oui, il y a une stabilité politique en Inde aujourd'hui ?
07:45Oui, parce que cette Constitution fonctionne assez bien, au bout du compte.
07:51Les pères de la Constitution, donc les avocats d'origine britannique, ont fait trois colonnes.
07:58Les sujets de compétence fédérale, bien sûr, les sujets régaliens.
08:01Les sujets de compétence des États, il y en a 29 maintenant.
08:04Et puis, une grande zone grise qui est de compétence mixte.
08:07Et c'est assez astucieux parce que ça oblige chacun des États à être en négociation permanente avec le centre.
08:13Et en effet, il y a d'une part des représentants du centre qui sont des gouverneurs, à côté des
08:18chiefs ministères élus.
08:19Et puis, il y a aussi les États qui désignent au centre des représentants, un petit peu comme des préfets
08:25à l'envers, qui représentent l'État à des lits.
08:28D'accord.
08:30Négociation permanente.
08:31Négociation permanente.
08:31Et donc, c'est très stable, à mon sens, et ça fonctionne assez bien.
08:35Claude Blanche-Maison, on va partir à Bombay.
08:37On nous attend Benoît Ranini, qui est le président de TNT Consultants.
08:42C'est un des meilleurs experts en intelligence artificielle.
08:44Bonsoir, Benoît Ranini.
08:46Merci d'être là.
08:47J'espère que l'intelligence artificielle va faire qu'on va pouvoir vous entendre.
08:52S'il fallait tirer les enseignements de ce sommet de l'intelligence artificielle,
08:55pour vous, c'est un sommet, un de plus ?
08:58Ou alors, vraiment, il y a un basculement vers une nouvelle gouvernance de l'intelligence artificielle ?
09:03Comment est-ce que vous avez perçu les choses ?
09:07Alors, bonsoir Edmi.
09:09D'abord, je suis à Delhi.
09:10Ah, d'accord.
09:11C'était hier, c'était à Mumbai.
09:13Oui.
09:13Le sommet d'intelligence artificielle est à Delhi.
09:17Moi, ce que j'ai noté de ces trois jours, en suivant la délégation du président Macron,
09:22c'est que, d'une part, il y a un très fort renfort de la relation entre l'Inde et
09:28la France et l'Europe.
09:30Il y a plus de 1 000 entreprises qui développent leur affaire maintenant en Inde.
09:35Et l'intelligence artificielle, effectivement, est un domaine où, d'abord, l'Inde est très à la pointe, comme la
09:44France.
09:44Et donc, on a des zones de collaboration et de travaux communs extrêmement intéressantes.
09:50Et ça fait partie des sujets qui font que l'Inde, l'Europe et la France vont développer, dans les
09:59prochaines années, de plus en plus d'affaires ensemble.
10:01Et alors, les affaires, ça va être sur quoi ?
10:04Au-delà des rafales, j'imagine que vous ne parlez pas forcément des rafales.
10:08Ça va être sur quoi ? Autour de quoi ?
10:09C'est-à-dire, qu'est-ce que va apporter l'Inde, dont on dit que c'est la nouvelle
10:13usine de la tech mondiale ?
10:16Vous voyez, rentrons dans le concret.
10:19Alors, déjà, d'une part, l'Inde, c'est un énorme marché intérieur et qui va devenir de plus en
10:24plus grand.
10:25Donc ça, c'est un point important quand il y a une entreprise française ou européenne,
10:28se dire qu'il y a un marché dont le PIB va passer de 4 000 milliards à 7 000
10:34milliards dans les trois prochaines années,
10:36avec une casse moyenne de 400 millions d'habitants.
10:39pour vendre des produits français ou européens, c'est plutôt de bonne loi.
10:46Deuxièmement, on parle beaucoup de la défense, parce que c'est vrai que c'est un pilier fort dans la
10:49relation Inde-France,
10:52mais il n'y a pas que ça.
10:54Les constructeurs automobiles, les avions de ligne, les tramways, les métros sont français.
11:04Et aujourd'hui, c'est un énorme potentiel.
11:07C'est ce que disait l'ambassadeur Claude Blanche-Maison, qui est en plateau avec moi.
11:12Alors, il y avait beaucoup de dirigeants politiques de haut niveau,
11:15puisqu'il y avait le président de la République française,
11:17mais il y avait aussi tous les géants de la tech qui étaient là,
11:21Sander Pitcha, Oussam Altman, le patron d'NVIDIA, enfin bref.
11:25Ils étaient tous là, c'est quand même assez révélateur, non, Benoît ?
11:30D'une part, il faut quand même avoir en tête que l'Inde,
11:33c'est le pays qui produit le plus d'ingénieurs dans le monde.
11:35Oui, ce que vous disiez, monsieur l'ambassadeur.
11:39Faire de la tech sans ingénieur, ce n'est pas possible.
11:43Deuxièmement, aujourd'hui, on voit qu'avec l'arrivée de l'intelligence artificielle,
11:47on doit mettre en place des infrastructures plus ou moins souveraines,
11:52mais en tout cas de très grandes capacités.
11:55Donc aujourd'hui, il y a un énorme marché des data centers qui va s'ouvrir en Inde.
12:00Et qui dit un marché des data centers, dit aussi un marché de l'énergie verte,
12:05parce qu'on ne produira pas d'intelligence artificielle sans data center.
12:09On ne produira pas de data center sans énergie verte abondante et pas chère.
12:14Oui.
12:16Donc, vous n'avez pas complètement répondu à ma question, pardon.
12:20Il s'est passé vraiment quelque chose à ce sommet.
12:24C'était le quatrième, parce que le troisième était, on s'en souvient, à Paris.
12:28Donc, c'est une nouvelle gouvernance qui est en train de se dessiner, encore une fois ?
12:33Aujourd'hui, pour moi, ce qui se passe dans ce sommet, parce qu'il n'est pas totalement terminé,
12:37c'est le fait que, d'une part, l'Inde va devenir une place forte de l'intelligence artificielle,
12:45avec des investissements colossaux issus de l'Europe, mais aussi des États-Unis.
12:51Il ne faut pas se cacher, il ne faut pas se voiler à la face.
12:53Donc, l'Inde va devenir un géant de l'IA, parce qu'ils ont des ressources, ils ont des ingénieurs,
13:01ils ont des investisseurs, maintenant, locaux et internationaux, qui vont créer les infrastructures nécessaires.
13:08Et il y a aussi cet énorme marché, domestique et export, où on va mettre en place les infrastructures,
13:16l'IA, la data, les cas d'usage, pour développer des nouveaux services.
13:20– Oui, en fait, ce que ça veut dire, c'est que, pardonnez-moi, c'est juste que l'Inde
13:24ne veut plus seulement
13:25être l'atelier numérique du monde, elle veut vraiment avoir un rôle actif,
13:30une conscience stratégique, comme dise quelqu'un, une troisième voie entre l'hyperpuissance américaine
13:36et la tentation hégémonique chinoise, ce que vous disiez, monsieur l'ambassadeur, avec le planchézon.
13:42Oui ? Benoît ?
13:44– Oui, c'est tout à fait évident.
13:46Aujourd'hui, la stratégie du Premier ministre Modi, Make in India, c'est faire de l'Inde
13:53une alternative réelle et crédible du manufacturing chinois,
13:57en mettant en avant à la fois l'ingénierie, la tech indienne et l'IA indienne.
14:04C'est-à-dire qu'on ne veut pas produire les produits d'hier, on veut produire les produits de
14:08demain,
14:09et les produits de demain, ils seront embedded, embedded de technologie, embedded de logiciel.
14:14– Embarqué.
14:17– Et vu que l'Inde est très fort là-dedans, ça va leur donner un avantage concurrentiel.
14:21– Très intéressant. Merci beaucoup Benoît Rallini, j'espère qu'on aura l'occasion d'en reparler
14:26quand vous serez de retour à Paris. Merci beaucoup, bonne fin de sommet.
14:31Claude Blanchemaison, on voit bien quand même que derrière, c'est toute l'industrie indienne
14:38qui s'est mise en marche.
14:40– Qui s'est mise en marche, c'est ce partenariat entre la France et l'Inde, en effet,
14:43maintenant, mise, comme ça vient d'être dit, vise les infrastructures,
14:47mais aussi, évidemment, tout ce qui touche à l'intelligence artificielle,
14:50puisque c'est l'avenir.
14:52Et l'Inde étant, comme la France, très attachée à l'autonomie stratégique,
14:57n'est pas hostile à une régulation de l'intelligence artificielle,
15:00alors que les Américains veulent que, naturellement, ce soit totalement non régulé.
15:06Et là aussi, c'est un point commun, parce qu'ils tiennent évidemment à leur autonomie stratégique,
15:12comme nous, nous en sommes les avocats à l'intérieur de l'Europe,
15:15eh bien, ça veut dire qu'on pourra aussi tomber d'accord sur des éléments de régulation
15:20de cette intelligence artificielle, ce qui est très important pour tous les secteurs
15:23dans lesquels elle va s'appliquer.
15:25– Est-ce que l'Inde peut prendre la place de la Chine, qui aussi évolue beaucoup,
15:30parce que nous, on a des images, des usines un peu terribles,
15:32comme on a aussi les mêmes images dans la tête en Inde,
15:35avec tout ce qui s'est passé, notamment, alors même si c'était au Bagladesh,
15:39c'est aussi souvent pas très loin de l'autre côté de la frontière.
15:42Mais l'Inde, en fait, quand on parle avec des chaînes d'entreprises français
15:46qui ont investi là-bas, ils se disent, mais les usines, aujourd'hui,
15:48elles sont incroyables modernes, l'intelligence artificielle est là.
15:51On le voit, l'innovation dans les voitures électriques,
15:55l'émergence dingue de BYD.
15:58Est-ce que l'Inde peut prendre quand même la place de la Chine un jour ou l'autre ?
16:02– Alors, évidemment, la Chine a aujourd'hui une avance incontestable
16:06par rapport à l'Inde.
16:08Et puis, quand on décide quelque chose en Chine,
16:11tout est monolithique, puisque c'est le parti qui décide
16:13pour l'ensemble du pays, et il n'y a pas de discussion.
16:15L'Inde est, comme on le disait tout à l'heure, une démocratie.
16:18Et quand on construit des lignes de transport rapides,
16:21par exemple pour le chemin de fer, il faut négocier
16:23avec tous les gens qui sont sur le passage.
16:25Par conséquent, c'est plus compliqué.
16:26Et l'Inde a aussi la réputation d'être un marché compliqué,
16:30avec un héritage bureaucratique qui est assez important,
16:34et puis parce qu'il faut négocier avec les différents États
16:37dans lesquels on veut travailler.
16:40Donc, je pense qu'en effet, les Indiens se fixent comme objectif
16:45de rattraper un jour la Chine,
16:46mais bon, il y a encore une marche de progression importante.
16:50Et il nous reste moins de cinq minutes, Claude Banchemaison.
16:54Je voudrais qu'on parle avec vous de cette réunion qui a été très importante
16:57la fin de semaine dernière, cette conférence de Munich,
17:00où il s'est dit pas mal de choses, parce que pendant que nous parlons,
17:03il y a une réunion à Genève entre les Russes et les Ukrainiens,
17:09et avec les Américains.
17:11Et ça se passe, pour l'instant, ça se passe mal, très mal,
17:14parce qu'évidemment, ce qui est sur la table du côté des Russes,
17:16c'est les territoires qui ont été occupés,
17:19et pour le côté ukrainien, il y a une heure de question.
17:21Mais la tension est très forte, et de nouveau une pression américaine,
17:25de nouveau du côté, il change tout le temps de côté,
17:27du côté des Ukrainiens en disant, il faut que Zelensky trouve un accord.
17:31Qu'est-ce qui s'est dit à Munich ? Qu'est-ce qui se dit là ?
17:34Moi, je pense que, peut-être contrairement à certains observateurs,
17:37j'oserais dire ce soir qu'il y a deux bonnes nouvelles, quand même.
17:41La première, c'est que la conférence sur la négociation sur l'Ukraine
17:46a été rapatriée à Genève, c'est-à-dire en Europe,
17:49parce que c'est bien la sécurité européenne qui se joue dans cette affaire ukrainienne.
17:54Et puis, deuxièmement, M. Wang Li, le ministre chinois des Affaires étrangères,
17:59à Munich, à la conférence de Munich, dans son discours,
18:01il a dit, sur l'Ukraine, évidemment, il ne pourra pas y avoir véritablement d'accord,
18:07tant que les Européens ne seront pas à la table de négociation.
18:12Parce que c'est la sécurité en Europe qui se joue,
18:14il ne peut pas y avoir de décision,
18:17et les décisions ne seraient pas appliquées par les Européens
18:19s'ils n'étaient pas partis à la négociation.
18:22Donc, le Chinois a appelé les Européens à être partis à la négociation.
18:25Et M. Ischinger, qui est l'inventeur du forum de Munich,
18:30lui a posé ensuite une question.
18:32M. le ministre, vous étiez il y a quatre ans,
18:34à la veille de l'invasion de l'Ukraine par les Russes,
18:38vous étiez là, dans le même fauteuil, à Munich,
18:40et vous nous avez dit, il y a quatre ans, avant l'invasion,
18:43nous, on attache beaucoup, nous, Chinois,
18:44on attache beaucoup d'importance au droit international,
18:47au respect du droit international,
18:50et bien sûr, à la souveraineté nationale, ça, bien sûr,
18:53mais aussi à l'intégrité territoriale des États.
18:55Est-ce que vous pourriez répéter aujourd'hui,
18:58quatre ans après le début de la guerre, la même chose ?
19:00Et le Chinois a répondu oui, et il a répété ses principes,
19:02en disant la Chine est attachée à ses grands principes.
19:04Est-ce qu'on peut aller, on va rappeler que ces conférences de Munich,
19:06c'est la conférence sur la sécurité mondiale,
19:09est-ce qu'on peut se dire que c'est peut-être les Chinois qui ont la clé,
19:13puisque Trump, il n'a pas la clé,
19:15même si c'est lui qui fournit les armes,
19:16et puis l'argent, mais on voit bien comme il fournit...
19:20Il fournit plus l'argent, c'est l'Europe maintenant,
19:21qui achète des armes américaines.
19:22Oui, absolument, et qui est devenu le premier à fournir ça,
19:24vous avez raison.
19:25Enfin, bon, les Américains jouent quand même un rôle très important,
19:28et est-ce que c'est les Chinois qui peuvent avoir la clé,
19:30ou alors c'est nous et les Chinois ?
19:34Je pense que c'est nous et les Chinois,
19:36je pense qu'en effet on est au tout début d'une négociation,
19:39qui va durer encore longtemps,
19:41probablement à Genève en effet,
19:43et qu'à un moment donné il va apparaître que,
19:47il serait probablement logique
19:48que tous les membres permanents du Conseil de sécurité y soient,
19:52pas seulement les Russes et les Américains,
19:54qui prennent en étau l'Ukraine,
19:56qui est très faible évidemment,
19:57dans cet étau entre les Russes et les Américains,
19:59qui sont d'accord sur un certain nombre de sujets,
20:01pour écraser l'Ukraine,
20:03et pour faire partir M. Zelensky.
20:04Donc en effet, ça changerait un peu la donne,
20:06si les Européens étaient là,
20:08et si les Chinois,
20:09en tant qu'ultime cinquième membre permanent du Conseil de sécurité,
20:13y étaient aussi.
20:14Quand on dit les Européens,
20:15il faudra aussi ajouter bien entendu la Grande-Bretagne,
20:18c'est pas l'Europe institutionnelle,
20:19c'est aussi avec la Grande-Bretagne,
20:20et avec bien sûr la Turquie,
20:22puisque la Turquie est gardienne de la mer Noire.
20:26Est-ce que vous pensez que là,
20:28on a vu quand même les Ukrainiens reprendre des territoires occupés autour de Donetsk ?
20:37Est-ce que l'équilibre est où aujourd'hui ?
20:42C'est non seulement la résilience ukrainienne,
20:44mais c'est l'inventivité tactique,
20:46et l'inventivité en termes d'armement des Ukrainiens.
20:49Je pense qu'il faudrait que nos écoles militaires
20:51se mettent à l'écoute de ce qui se passe en Ukraine.
20:53À mon avis, c'est ce qui se passe un peu,
20:54on voit déjà l'évolution sur les drones,
20:56vraiment la nouvelle guerre.
20:57Complètement nouvelle, une guerre des drones,
20:59et qu'ils ont été capables d'inventer des drones maritimes
21:01qui ont détruit un tiers de la flotte russe dans la mer Noire.
21:05Les Russes ne peuvent plus circuler en mer Noire sans être inquiétés,
21:09et ça c'est les Ukrainiens qui ont trouvé le moyen tout seuls,
21:13avec des armes fabriquées par eux,
21:15et pas par des Américains qui auraient la double clé,
21:17pour arriver à ce résultat.
21:19Merci beaucoup,
21:20j'espère que vous viendrez de vous éclairer.
21:22Merci beaucoup Claude Blanche-Maison d'avoir été avec nous,
21:24donc je rappelle ambassadeur, entre autres,
21:26en Inde, en Russie,
21:28et vous avez publié justement
21:30« Fragments d'un parcours aventureux »,
21:34vous allez dire amoureux forcément,
21:36d'un parcours aventureux,
21:38c'est publié chez les éditions Intemporis.
21:39Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
21:41– Sous-titrage Société Radio-Canada –
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