00:017h49 sur France Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez la nouvelle présidente de l'Institut du Monde Arabe.
00:06Bonjour Anne-Claire Le Gendre.
00:07Bonjour Benjamin Duhamel.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Au lendemain de votre nomination,
00:12pour ceux qui ne vous connaissent pas, vous étiez jusqu'alors conseillère d'Emmanuel Macron
00:14pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, diplomate de carrière.
00:18Vous arrivez à l'Institut du Monde Arabe dans un contexte particulièrement délicat
00:21après la démission de Jack Lang au cœur d'une polémique sur ses liens avec le pédocriminel Jeffrey Epstein.
00:25Une perquisition a eu lieu lundi dans le cadre de l'enquête pour blanchiment de fraude fiscale aggravée
00:30qui vise Jack Lang et sa fille. Je vous cite, vous avez déclaré hier vouloir ramener de la sérénité et
00:36de la collégialité.
00:37Est-ce que c'est une façon polie de dire que vous allez remettre de l'ordre et sortir les
00:41cadavres du placard, Anne-Claire Le Gendre ?
00:43Alors, il est évident que mon rôle aujourd'hui c'est de ramener cette sérénité.
00:47Vous imaginez bien que les équipes de Lima ont été particulièrement placées dans une situation difficile ces dernières semaines
00:56par cette affaire qui venait toucher la réputation de l'Institut.
01:00Et donc, mon rôle, c'est de préserver l'intégrité de cette institution.
01:05C'est aussi la raison qu'avait évoqué Jack Lang pour sa démission.
01:09Donc, aujourd'hui, on va en effet mener un certain nombre, un audit.
01:14C'est ce qu'a annoncé aussi le ministère des Affaires étrangères hier, qui a parlé d'une inspection de
01:20l'Institut du monde arabe.
01:21Est-ce que cette audite vous rendrait son résultat public ?
01:24Alors, c'est une décision...
01:25Puisque vous promettez de la transparence, là encore, je rebondis sur un mot que vous avez utilisé hier.
01:29Tout à fait, je crois qu'on doit la transparence au public.
01:32Ce sera l'inspection générale des Affaires étrangères qui mènera cette inspection pour ce qui est du ministère des Affaires
01:38étrangères.
01:38Donc, je ne serai pas à la conduite de cette inspection et je n'en aurai pas là.
01:42Mais vous souhaitez que la transparence soit faite et que le grand public puisse consulter cette audite.
01:46Il y a un certain nombre de décisions qui vont être prises rapidement.
01:49Le fait de limiter à 64 ans l'âge du président de l'Institut du monde arabe, limiter les mandats
01:54successifs,
01:55créer un comité chargé de la déontologie et des rémunérations.
01:58Si je comprends bien Anne-Claire Lejean, votre mandat, c'est de faire de l'anti-Jack Lang ?
02:02Non, mon mandat, c'est de ramener cet institut dans un état de fonctionnement et de confiance vis-à-vis
02:10du public
02:10et de ses financeurs qui soit idéal.
02:14Ce n'est pas le cas aujourd'hui.
02:15Parce qu'il ne l'était pas ?
02:16Je ne sais pas.
02:17Si vous dites que ce n'était pas idéal, c'est que ça ne l'était pas.
02:19Non, mais je constate qu'aujourd'hui, il y a un doute.
02:22Et donc, il faut pouvoir lever ce doute.
02:24Mais ce que je constate aussi, c'est que nos partenaires, et je pense à nos grands mécènes,
02:29continuent de nous soutenir et ils nous l'ont dit.
02:31Et hier était présent à la réunion du conseil d'administration la totalité des membres de la Ligue arabe
02:37qui ont marqué leur confiance à l'institution et à ma présidence.
02:42Mais vous dites, Anne-Claire Lejean, on ne fait pas de l'anti-Jack Lang.
02:45Par exemple, si on fixe l'âge limite à 64 ans, je rappelle que Jack Lang avait 86 ans.
02:48Là, c'est bien précisément pour éviter de se retrouver dans la position d'un président d'une institution,
02:53renouvelée plusieurs fois et qui se retrouve à continuer à la diriger à 86 ans.
02:57Alors, il y a plusieurs sujets.
02:58Tout d'abord, il y a les statuts.
02:59Vous évoquez les statuts, ça c'est une décision que doit prendre le conseil d'administration.
03:02Donc, ce sera une décision collégiale qui sera prise ensemble.
03:05Il y a d'autres sujets de gouvernance qui se posent à l'institution,
03:09qu'il va falloir pouvoir traiter et qui tiennent plus à ces modalités de fonctionnement.
03:13Donc, il y a un effort de modernisation qui va être fait.
03:16Et ensuite, il y a évidemment une question de déontologie.
03:19Cet institut doit être exemplaire.
03:21Il ne l'était pas jusque-là ?
03:22Je ne le sais pas.
03:23Ce que je constate, c'est qu'il y a des équipes extrêmement engagées
03:27et qui ont mené un travail de programmation qui a été reconnu.
03:32Et à cet égard, vous pouvez noter que la présidence Jack Lang
03:38a quand même été celle qui a redonné une visibilité à l'Institut du Monde Arabe.
03:42Donc, je tiens à saluer ce travail de programmation.
03:44Je tiens à saluer le travail des équipes.
03:46Et mon objet, à moi, ma mission, c'est avec eux de ramener cette sérénité
03:51et d'offrir à l'institution un plus beau rêve.
03:54Sérénité, confiance, transparence, on l'entend ce matin.
03:56Je voudrais vous poser une question précise, là encore, sur la gouvernance.
03:59Jack Lang percevait une rémunération de 9 250 euros brut par mois.
04:03Son prédécesseur, Renaud Muselier, lui, n'avait pas de rémunération.
04:05C'est Jack Lang qui a fait voter ce salaire par le Conseil d'administration,
04:09son propre salaire en arrivant.
04:10Est-ce que vous occuperez cette fonction à titre bénévole ?
04:13Est-ce que vous garderez la même rémunération que Jack Lang ?
04:16Est-ce que vous allez baisser votre salaire, Anne-Claire Lejandre ?
04:18Alors, je n'ai pas la capacité moi-même de baisser mon salaire.
04:20C'est une décision du Conseil d'administration.
04:23Si vous leur demandez, j'ai quelques idées qu'ils l'accepteraient.
04:25À ce stade, c'est le même salaire qui a été retenu.
04:29Donc, ça sera potentiellement un sujet qui sera abordé lors des prochains Conseils d'administration.
04:33Mais est-ce que vous pourriez exercer cette fonction de manière bénévole,
04:35comme le faisait Renaud Muselier auparavant ?
04:37Alors, je n'ai pas personnellement de rentes qui me permettent d'exercer un métier
04:43sans pouvoir recevoir de salaire.
04:45Donc, a priori, non.
04:47Bon, ça, c'est une information.
04:49Ce qui se lit aussi dans la presse ces derniers jours sur les portraits qui sont consacrés à Jack Lang,
04:53c'est la façon qui l'avait, disent certains témoins, de ne pas payer ses notes.
04:58Par exemple, quand il s'agissait de quitter la mairie de Blois,
05:00de faire un pot de départ et de laisser la facture de ce pot de départ à son successeur.
05:05Est-ce qu'il a laissé la facture de son pot de départ à l'Institut du Monde Arabe, Jack
05:08Lang ?
05:09Pas à ma connaissance, mais je crois que je ne suis pas là pour parler de Jack Lang.
05:12Moi, je ne suis pas là pour parler de l'Institut du Monde Arabe.
05:15Cette institution, aujourd'hui, ce qu'on veut pour elle, c'est non seulement, en effet, redonner de la confiance,
05:20mais surtout appuyer son rayonnement.
05:21Et ça, c'est un projet, au-delà de la modernisation que vous évoquiez,
05:26qui va m'occuper pleinement et qui va nous occuper avec les équipes.
05:29Pourquoi c'est important à l'Institut du Monde Arabe ?
05:32Parce qu'aujourd'hui, il y a une modernité arabe que, je pense, nos concitoyens ne connaissent pas suffisamment.
05:38C'est toute une selle culturelle arabe qui se déploie, notamment dans le Golfe.
05:43Il y a une effervescence culturelle, une effervescence intellectuelle, une effervescence technologique.
05:49Et ça, c'est une modernité que l'Institut doit pouvoir apporter à nos concitoyens.
05:54C'est intéressant ce que vous dites, Anne-Claire Lejean, parce qu'il faut rappeler, effectivement,
05:56l'origine de ce qu'est l'Institut du Monde Arabe, créé, inauguré en 1987 sous François Mitterrand.
06:02A l'origine, le financement était réparti entre les États arabes, je crois, de mémoire, à hauteur de 40%,
06:09et le reste par l'État français.
06:11Sauf qu'au fil des ans, les États arabes se sont désengagés.
06:13Aujourd'hui, ils ne contribuent qu'à très peu.
06:16Je crois que l'État irakien verse un million d'euros par an, mais c'est davantage une exception qu
06:20'une règle.
06:21L'établissement français coûte plus de 12 millions d'euros par an aux contribuables français.
06:26Est-ce que là, il n'y a pas une sorte de détournement de ce qu'était initialement l'Institut
06:32du Monde Arabe ?
06:32Et par voie de conséquence, est-ce que vous allez demander aux États arabes,
06:35qui siègent au Conseil d'administration, de davantage financer l'Institut du Monde Arabe ?
06:38Tout d'abord, je vous reprends sur la partie financement, puisqu'il y a aussi un fonds de dotation.
06:42Et ce fonds de dotation est en fait le produit des dotations qui ont été faites par les pays arabes,
06:49et qui permet de financer, au titre de ces revenus financés, l'Institut du Monde Arabe.
06:53Il y a un financement qui est plus aussi équilibré qu'il ne l'était il y a quelques années.
06:56Je suis tout à fait d'accord avec vous.
06:58En effet, depuis 2013, il n'y a plus de contribution volontaire des pays arabes annuels.
07:03Donc évidemment qu'il faudra pouvoir avoir cette conversation avec les États membres de l'institution.
07:09On parlait de gouvernance, on parlait de réforme des statuts.
07:12Ça fait évidemment partie de la discussion que je vais avoir avec les pays arabes dans les mois à venir.
07:17Aujourd'hui, ce que nous voyons, c'est que nous avons des pays membres qui contribuent sur soit des événements,
07:24soit des restaurations partielles du bâtiment.
07:27Donc il y a eu des contributions du monde arabe ces dernières années.
07:31Vous mentionnez l'Irak qui s'est engagé pour 5 ans à raison de 1 million par an.
07:36Il y a par exemple les Émirats Arabes Unis qui aujourd'hui financent en partie le centre de langue ainsi
07:42que le Qatar.
07:42Donc on voit qu'on arrive à obtenir des financements des pays arabes,
07:46mais qu'ils ne sont plus systématiques comme ils pouvaient l'être par le passé.
07:49Un dernier mot, Anne-Claire Lejambe.
07:50Je voudrais solliciter votre casquette d'ancienne conseillère d'Emmanuel Macron pour l'Afrique du Nord.
07:54Vous avez été en première ligne sur la question des relations avec l'Algérie.
07:57Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, a été reçu hier à Alger par le président algérien,
08:02avec, semble-t-il, une amorce de dégel, une relance, disent-ils, de la coopération sécuritaire à un plus haut
08:07niveau.
08:07Vous qui avez l'expérience de tête à tête avec le président Tebboune, je crois que vous l'avez rencontré
08:11trois fois,
08:12est-ce que cela préjuge d'une véritable amélioration ?
08:15Ou est-ce qu'il ne faut pas en attendre grand-chose forcément dans un premier temps ?
08:21Alors je ne sais plus la conseillère du président de la République.
08:23Donc je vais garder une certaine réserve.
08:26Mais il est évident que c'est un signal positif.
08:29Laurent Nunez s'est rendu à Alger avec, pour mandat, de relancer un certain nombre de politiques.
08:36Vous savez que la coopération sécuritaire, la coopération policière avait déjà repris.
08:41Et un certain nombre d'autres coopérations, notamment sur les questions de mobilité, de visa.
08:46Mais la clé passe par le président algérien.
08:49Vous qui l'avez vu trois fois, si on veut améliorer la relation avec l'Algérie,
08:52ça ne peut pas passer par quelqu'un d'autre.
08:53Notamment en ce qui concerne le sort de notre confrère Christophe Glez, qui est encore en prison.
08:57C'est le chef de l'État.
08:58Il paraît évident que c'est lui qui fixe, évidemment, la ligne que suit l'Algérie vis-à-vis de
09:03la France.
09:04Merci beaucoup, Anne-Claire Lejean, d'être venue ce matin au micro de France Inter.
09:07Merci beaucoup.
09:08Merci, Benjamin Duhamel.
09:09Merci, Benjamin Duhamel.
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