00:00France Inter, la grande matinale.
00:04Il est 7h49, Benjamin Duhamel, votre invité, est ministre démissionnaire de l'économie.
00:11Bonjour Roland Lescure.
00:12Bonjour.
00:12Merci d'être avec nous ce matin au micro de France Inter pour votre toute première interview comme ministre démissionnaire,
00:18qui sera d'ailleurs aussi peut-être votre dernière. C'est assez maigre comme bilan à Bercy, ça, non ?
00:23Oui, enfin au moins il est sans tâche, on peut dire ça.
00:25Ça c'est sûr, oui.
00:25Écoutez, je suis ministre de l'économie et des finances démissionnaires, vous l'avez dit, c'est une situation inédite, elle est incompréhensible.
00:33Donc moi, en tout cas, je ne suis pas là pour fanfaronner, je suis là pour expliquer, rassurer et montrer qu'il y a un pilote dans l'avion à Bercy, il est devant vous.
00:41Peut-être un pilote avec un avion qui reste sur le tarmac, vous comprenez que ceux qui nous écoutent ce matin se disent que c'est un peu incongru, voire lunaire,
00:49d'avoir un ministre qui a été ministre au fond seulement quoi, une nuit, venir ce matin parler d'économie au micro ?
00:54Je veux rassurer, la réalité c'est que quand vous êtes aux affaires courantes, vous continuez à travailler.
00:58Vous ne pouvez pas prendre de décision exécutive, c'est la règle, mais évidemment...
01:02Qu'est-ce que vous faites alors toute la journée ?
01:04Vous arrivez au bureau, vous avez des réunions, des décisions à prendre, vous attendez juste la chute et d'être remplacé par un autre ministre ?
01:11Non, j'ai constitué un cabinet, en tout cas je suis en train de le faire.
01:14Je travaille sur le budget qui, je veux être très clair, pour des raisons constitutionnelles, doit être déposé d'ici le 13 octobre.
01:24Il reste quelques jours.
01:25Il le sera ou pas ? Ces délais sont impossibles à tenir.
01:27Vous dites qu'on travaille sur un budget, on ne sait même pas quelles orientations budgétaires vont être décidées.
01:31Alors ce qui est clair, c'est que le budget qui j'espère sera déposé, sera différent de celui qui sortira de l'Assemblée Nationale.
01:38Mais un budget, ça se prépare, et ensuite ça se négocie, ça se travaille.
01:44On va en parler dans un instant, mais c'est important sur le budget.
01:46Vous pensez que cette fois, la France aura un budget au 31 décembre ?
01:49Parce que là, en l'état, on ne voit pas comment les délais pourraient être tenus.
01:51Alors d'abord, ils peuvent être tenus à condition qu'il y ait un budget déposé le 13 octobre.
01:55Et ensuite, ça dépend en partie de moi, et ça dépend en partie de celles et ceux qui, aujourd'hui, doivent négocier,
02:04Patrick Cohen l'a dit, pour trouver des compromis et faire en sorte que la France avance.
02:07Alors justement, Roland Lescure, parlons de la réforme des retraites dans les colonnes du Parisien Elisabeth Borne,
02:12celle qui avait porté cette réforme comme Premier ministre, ouvre la porte à une suspension, au nom dit-elle, de la stabilité.
02:17Question simple, est-ce que vous aussi, vous êtes favorable à une suspension de la réforme des retraites
02:21pour précisément trouver un compromis avec les socialistes ?
02:24Écoutez, je suis intimement persuadé, au jour d'aujourd'hui, et vu l'urgence, qu'il y a des voies de passage.
02:30Mais il ne faut pas se leurrer.
02:32Quelle que soit la manière dont on modifie la réforme des retraites, ça va coûter beaucoup d'argent.
02:39Et donc moi, en tant que ministre des Finances, mon rôle, c'est de dire à ceux qui négocient,
02:44si vous avez des plus, il va falloir mettre des moins devant, parce qu'au total, il va quand même falloir équilibrer tout ça.
02:50On peut tous dire qu'on peut raser gratis.
02:52La réalité, c'est que le budget qui, j'espère, sera déposé, sera discuté et sera voté avant le 31 décembre.
03:00Il va falloir qu'il soit équilibré.
03:01Vos services de Bercy, c'est ce que dit le Parisien, auraient été saisis par le Premier ministre Sébastien Lecornu
03:06pour chiffrer le coût d'une suspension de la réforme des retraites.
03:10Est-ce que, un, c'est vrai ? Et deux, si oui, combien ça coûterait de suspendre la réforme des retraites ?
03:15Écoutez, je vais vous confirmer une chose, c'est qu'à Bercy, on travaille.
03:19Qu'à Bercy...
03:20Vous travaillez sur une hypothèse de suspension de la réforme des retraites ?
03:23On évalue des scénarios.
03:24On est là pour éclairer des négociations.
03:27Et donc, oui, on travaille sur un certain nombre de scénarios,
03:30y compris, évidemment, sur certaines hypothèses qui ont été mises dans l'atmosphère
03:34par des gens de tout bord.
03:37Ce que je peux vous dire, parce qu'il y a évidemment plein de variations sur le même thème,
03:41c'est que modifier la réforme des retraites,
03:44ça va coûter des centaines de millions en 2026 et des milliards en 2027.
03:50Et moi, mon rôle, c'est de dire aux gens...
03:52Pardon, centaines de millions, des milliards, concrètement,
03:53si on décidait là de suspendre la réforme des retraites pour,
03:56admettons, jusqu'à la campagne présidentielle de 2027, ça coûte combien ?
03:59Moi, je ne négocie pas avec vous, Benjamin Nuhem.
04:01Non, ça, ça ne m'a pas échappé.
04:02Oui, mais c'est important.
04:03Ce serait peut-être plus facile, d'ailleurs.
04:04Ça serait peut-être plus facile, peut-être aussi moins efficace sur les résultats.
04:09On a besoin qu'une majorité de l'Assemblée nationale se mette d'accord
04:14pour ne pas censurer un gouvernement et faire passer un budget.
04:17Il faut que tout le monde fasse des concessions.
04:20Ce que je peux vous dire aussi, c'est que moi, évidemment, je suis prêt à en faire,
04:23mais pas à n'apporter le prix.
04:24Donc, plusieurs centaines de millions à court terme, plusieurs milliards à long terme.
04:27Vous n'irez pas plus loin sur le chiffrage pour précisément ne pas négocier au micro de France Inter.
04:31Est-ce que la France peut se permettre de suspendre la réforme des retraites ?
04:35Vous avez passé Roland Lescure, vous les macronistes, depuis 2023,
04:38des mois à expliquer que ce serait le chaos financier, chaos économique
04:41s'il y avait suspension de la réforme des retraites.
04:43Est-ce que la France peut se permettre une telle suspension ?
04:46C'est facile de mettre des plus dans l'atmosphère.
04:48Face à des plus, il va falloir des mois.
04:50Et ça, c'est des choses qu'on va devoir négocier.
04:52Donc, ce que je vous dis, c'est que moi, je suis prêt à faire des concessions.
04:54Ce que je vous dis aussi, c'est qu'elles auront tout un prix
04:57et qu'il va falloir les financer.
04:59Moi, j'étais avec mon collègue allemand hier au téléphone.
05:03Il me dit, est-ce que la France tient ?
05:04Je lui dis, oui, la France tient.
05:05Et oui, comme vous le faites très bien en Allemagne.
05:07La taxe sur les marchés financiers, si d'aventure,
05:10vous décidiez de suspendre la réforme des retraites ?
05:11Non, mais ce n'est pas le sujet de la suspension.
05:13Si on ne trouve pas des recettes en face
05:15ou des économies supplémentaires
05:17qui permettent d'équilibrer les comptes,
05:19ce risque, il existe.
05:20Aujourd'hui, je pense que ceux qui veulent négocier,
05:24j'espère en tout cas le font de bonne foi.
05:26Mais en tout cas, Roland L'Esclure,
05:28on fait des concessions, on avance.
05:30Que Bercy, vos services, travaillent bien
05:31sur une hypothèse de suspension de la réforme des retraites.
05:34Mes services, ils travaillent sur plein d'hypothèses.
05:36Actuellement, c'est leur boulot.
05:38Ce n'est pas parce qu'on est ministre des missionnaires
05:39qu'on ne fait pas un peu de langue de bois.
05:40Non, je ne suis pas d'accord.
05:42Aujourd'hui, la négociation, elle doit se faire
05:45dans une salle, derrière des portes,
05:47avec des gens qui sont éclairés.
05:48Parce que négocier avec du vent, c'est bien joli.
05:50Moi, je suis là pour éclairer les négociations
05:52et leur dire, si vous voulez ça, ça ou ça,
05:54ça coûtera si, si et si.
05:56Roland L'Esclure, en plus de la suspension
05:58de la réforme des retraites,
05:59les socialistes demandent un Premier ministre de gauche.
06:01Il y a certains de vos ex-collègues députés
06:03qui hurlent en disant, pas question pour nous.
06:04Est-ce que vous, ça vous poserait un problème, un Premier ministre de gauche ?
06:07Non. À une condition, quand même.
06:10C'est qu'il puisse faire
06:12ce qu'on n'a pas réussi à faire depuis un an.
06:14C'est-à-dire à trouver une majorité
06:16absolue capable de voter un budget.
06:19Donc là, vous ne seriez pas dérangé
06:20par un Premier ministre de gauche, c'est important.
06:22Il y a un certain nombre de semaines qui nous donnent des leçons
06:23en disant, concédez, concédez, concédez.
06:26Bon courage à celle ou celui
06:27qui pourrait se retrouver dans cette position.
06:29Et s'il est issu de la gauche et que ça fonctionne,
06:31bravo.
06:32Parce que, quand vous êtes aux commandes,
06:35ce qui est le cas de Sébastien Lecornu aujourd'hui,
06:37vous avez toute la charge sur les épaules.
06:39Et puis, on a beaucoup de gens face à nous
06:40qui nous disent, on peut faire ci, on peut faire ça.
06:43Non.
06:43Aujourd'hui, si on est capable ensemble
06:45de trouver une solution, on y arrivera.
06:47Chacun va devoir faire un effort.
06:49Vous pourriez, vous, être Premier ministre ?
06:50Non.
06:50Vous êtes issu de la gauche, non ? Impossible ?
06:52Pourquoi ? La tâche est trop dure ?
06:53Je suis ministre de l'Économie et des Finances, ça me suffit.
06:55Des missionnaires.
06:55Un mot juste avant de parler
06:56de certaines phrases politiques
06:59sur le risque de crise financière.
07:01Il y a plusieurs éléments qui sont frappants.
07:03L'écart de taux d'intérêt entre la France et l'Allemagne,
07:05ce qu'on appelle le spread, a augmenté.
07:07À 10 ans, la France emprunte maintenant
07:09plus cher que l'Italie,
07:10qu'on qualifie d'homme malade de l'Europe.
07:11On est au même niveau.
07:13Le simple fait d'être kiff-kiff est un fait en soi.
07:15Est-ce qu'il y a un risque de crise financière, Roland L'Esclure ?
07:18Non, ce qui est clair aujourd'hui, c'est que les incertitudes politiques
07:21créent des inquiétudes économiques.
07:23Et pas seulement sur les marchés,
07:24pour les chefs d'entreprise, pour les salariés.
07:26Donc nous, mon rôle, c'est de rassurer
07:28et de s'assurer qu'on trouve des solutions.
07:31Je ne le ferai pas tout seul.
07:32Le Premier ministre, quel qu'il soit, ne me le fera pas tout seul.
07:35S'il est fort politique...
07:36Il y a un risque de crise financière,
07:37du Fonds monétaire international qui risquera d'arriver.
07:40Il y a un mois, l'Éric Lombard, à votre place,
07:42ne fermait pas tout à fait la porte.
07:44D'ailleurs, il avait été obligé de rétropadeler dans la journée.
07:45Je vais vous dire une chose. D'abord, la France, elle ne va pas si mal.
07:48Au troisième trimestre, on fait mieux que l'Allemagne.
07:51Donc il n'y a pas besoin de gouvernement ou de budget ?
07:52Non, mais on fait mieux que l'Allemagne,
07:54on fait mieux que l'Italie, on fait mieux que les Pays-Bas,
07:55on fait mieux que la zone euro.
07:57En 2025, ce que je peux vous dire,
08:00c'est qu'on avait prévu une prévision de croissance,
08:02on y sera. On avait prévu
08:03un déficit public, on y sera.
08:05Le sujet, maintenant, c'est 2026.
08:07On a quelques jours pour trouver des solutions.
08:09Il y en a. Ça va être difficile.
08:11Et moi, j'y crois.
08:12Roland Lescure, pour terminer, quand Édouard Philippe appelle à une présidentielle anticipée
08:15pour débloquer la situation,
08:17est-ce qu'il dit tout haut ce que les Français pensent
08:18ou est-ce qu'il se trompe ?
08:20Moi, j'aime beaucoup Édouard Philippe,
08:22mais là, je suis en profond désaccord avec lui.
08:25Parce que je pense que ce qu'il dit, c'est dangereux.
08:27Aujourd'hui, les institutions,
08:29c'est ce qui nous protège du chaos
08:31face à un désordre politique que tout le monde reconnaît
08:33et dont tout le monde a marre.
08:36Vous savez qu'en mars prochain,
08:37il y a 35 000 maires qui vont être élus.
08:38Si moi, je leur dis,
08:41à partir du moment que les gens sont en désaccord avec vous
08:43ou que vous aurez commis une erreur,
08:45vous serez destitués,
08:46vous aurez démissionné,
08:47on met les institutions à mal,
08:49je suis en profond désaccord.
08:50Des accords avec Édouard Philippe ?
08:52Vous comprenez les décisions d'Emmanuel Macron ou pas ?
08:55J'imagine que je vois à quoi vous faites référence.
08:57Ce que je peux vous dire,
08:59c'est que ces dernières années,
09:03on a fait des erreurs.
09:04On n'a pas tout fait bien.
09:06Moi, j'en prends ma part.
09:08Je suis désolé de là où on est.
09:10Maintenant, il faut avancer.
09:12Merci Roland Lescure, ministre démissionnaire,
09:14qui confirme donc que les services de Bercy
09:15travaillent sur beaucoup de scénarios,
09:17dont la suspension de la réforme d'un tête,
09:19plusieurs centaines de millions à court terme.
09:21Merci Roland Lescure.
09:26Merci Roland Lescure.
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