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Entre les effets du changement climatique, les activités humaines, agricoles, industrielles et notre propre consommation, l’eau se raréfie et devient un sujet majeur de tensions et de réflexion pour les pouvoirs publics. Et dans le monde agricole se sont deux types d’agricultures, deux modèles et même deux visions opposées sur la question du partage de l’eau qui s’affrontent.Au-delà de la violence des affrontements autour des méga-bassines, notamment à Sainte-Soline, pourquoi le sujet est-il si sensible ? Peut-on concilier ou réconcilier les différents modèles agricoles ? Quel rôle et quelle responsabilité ont les décideurs politiques ? Rebecca Fitoussi et ses invités ouvrent le débat. Année de Production :
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00:00Monde agricole, la fracture de l'eau, signé Christophe et Micha Nick.
00:06Documentaire éclairant sur un sujet que les urbains connaissent peu ou voient d'un peu loin.
00:11Et pourtant, ne sommes-nous pas tous concernés par ce que vivent nos agriculteurs ?
00:14Ne sommes-nous pas tous concernés par les enjeux de raréfaction de l'eau ?
00:18Beaucoup de questions que nous allons nous poser avec nos invités.
00:21Franck Ménonville, bienvenue.
00:22Vous êtes sénateur centriste de la Meuse, vice-président de la Commission des Affaires Économiques,
00:26co-auteur avec Laurent Duplomb de la loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur,
00:32promulgué en août dernier, censuré en partie par le Conseil constitutionnel.
00:36Ce qui vous a amené à déposer une nouvelle proposition de loi, le 2 février dernier, c'est tout récent,
00:40qu'on appelle déjà la loi Duplomb 2.
00:43Celle-ci vise à réintroduire deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes interdits en France.
00:48Ce n'est pas le sujet du jour.
00:49Je précise enfin que vous êtes vous-même agriculteur.
00:52Emma Aziza, bienvenue à vous également.
00:54Vous êtes hydrologue, présidente du Mayan Resilience Center,
00:58un centre de recherche en adaptation climatique qui conseille notamment les collectivités.
01:03Géraldine Bessner, bienvenue à vous également.
01:05Vous êtes journaliste, chef du service Société au Point
01:07et vous menez très régulièrement des enquêtes sur les questions environnementales.
01:11Benoît Biteau, bienvenue.
01:13Vous êtes député écologiste de Charente-Maritime, longtemps député européen,
01:17vous-même paysan et j'ajoute ingénieur, agronome, spécialiste de la gestion de l'eau.
01:22Merci à tous les quatre d'être ici. Beaucoup de choses à retenir de ce film, très complet.
01:25Je voudrais peut-être que l'on réagisse d'abord à la façon dont les réalisateurs présentent les choses,
01:30notamment cette opposition frontale entre deux visions de l'agriculture,
01:34l'une représentée par ceux qu'on appellerait les paysans
01:38et l'autre représentée par ceux qu'on appellerait les exploitants agricoles.
01:43Benoît Biteau, paysans contre exploitants agricoles,
01:47c'est comme cela qu'il faut présenter les choses, ça vous semble juste ?
01:51Moi j'aime bien cette dichotomie, oui.
01:53Je me revendique paysan parce que j'ai beaucoup de mal avec le verbe exploiter
01:56quand on parle de mon métier, quand on parle de la terre,
01:58quand on parle des animaux, quand on parle des hommes, j'ai beaucoup de mal.
02:01Et puis parce que, après c'est très politique et je l'assume,
02:05moi je suis adhérent de la Confédération Paysanne,
02:07je ne suis pas adhérent d'un autre syndicat qui s'appelle
02:09la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles
02:12et donc c'est aussi un moyen de marquer sa différence.
02:15Mais effectivement, c'est une autre façon de concevoir
02:18les modalités de production.
02:20Il y a des modalités de production qu'on connaît depuis plusieurs décennies
02:24qui visiblement n'ont plus d'actualité
02:27quand on voit la crise agricole dans laquelle on est.
02:29C'est une crise structurelle qui n'est plus conjoncturelle
02:32et qui fait que le monde agricole est en grave difficulté.
02:34Et c'est l'aboutissement de la politique
02:37qui a soutenu ce syndicat majoritaire.
02:40Franck Ménonville, je m'adresse à l'autre agriculteur de ce plateau.
02:42C'est une distinction qui vous va ?
02:45Ça dit aussi la fracture du monde agricole
02:46que peut-être beaucoup de téléspectateurs découvrent ?
02:48Non, moi je parle surtout d'agriculteur.
02:50Je me considère avant tout comme agriculteur.
02:53Paysan, c'est une autre définition.
02:55On peut la véhiculer au travers de la Confédération Paysanne,
03:01un certain nombre d'orientations politiques et syndicales.
03:06Mais le paysan, c'est celui qui vit dans le pays.
03:08C'est une vision beaucoup plus large que le métier,
03:11la profession d'agriculteur.
03:13C'est une profession.
03:14C'est un...
03:15Voilà, je préfère ça à la fois à exploitants et à la fois à paysans.
03:20Un équilibre entre les deux pour réconcilier tout le monde.
03:23Géraldine Wessner ?
03:24Non, je trouve ça intéressant parce que ça dit surtout
03:26le parti pris des auteurs du documentaire
03:28qui reprennent le vocabulaire et les éléments de langage
03:32détenant d'un modèle décroissant agricole que vous représentez.
03:35Ce n'est pas du tout décroissant, la Bosnia.
03:37Et quand on va sur le terrain, j'ai passé énormément de temps
03:39à Sainte-Solines et autour, il n'y a pas de gros agriculteurs
03:42autour de ces bassines.
03:44C'est des petites exploitations.
03:46Il y a des en bio, il y a des en conventionnel.
03:49Donc ça me semble un peu factice,
03:51mais ça montre en fait l'extrême politisation du sujet.
03:55Je dois admettre qu'il y a un peu le côté
03:56les gentils contre les méchants.
03:58C'est vrai qu'Emma Aziza, quand on sort de ce film,
04:00on a quand même l'impression qu'il y a des agriculteurs
04:02qui ont une bonne pratique, une pratique vertueuse,
04:04une autre qui ne le ferait pas du tout.
04:06Est-ce que c'est caricatural ?
04:07Est-ce qu'il y a du vrai ? Est-ce qu'il y a du faux ?
04:08Comment vous avez ressenti les choses ?
04:09Je pense qu'il y a une mosaïque de paysages
04:11et derrière de potentiels types de représentations.
04:15Mais la question, c'est que tout le monde est concentré
04:17et concerné par exactement les mêmes faits.
04:21C'est-à-dire qu'on est de plus en plus
04:22sous des tensions majeures qui sont de l'ordre de l'inconnu.
04:26C'est-à-dire qu'on a toujours connu une variabilité climatique naturelle.
04:29Mais ce que l'on vit depuis les années 2017,
04:31c'est une véritable bascule.
04:32Et que ce soit à l'échelle de l'agriculteur,
04:35à l'échelle de l'exploitation ou derrière de l'agro-industrie,
04:38de toutes les façons, il y a des tensions.
04:40Et donc ces tensions sont en train actuellement de se raviver.
04:43Et puis elles font face à une sorte de peau de chagrin
04:46dans les périodes estivales,
04:47notamment dans les années de crise
04:49comme on a pu avoir en 2022-2023.
04:52Et cette peau de chagrin, lorsqu'elle se réduit,
04:54elle vient mettre en contradiction finalement
04:56différents systèmes économiques.
04:59Et donc c'est ces tensions-là que l'on voit naître
05:02entre d'un côté les agriculteurs,
05:04l'adduction en eau potable,
05:05mais aussi tous les autres usages de l'eau.
05:07Et il faut dire, Benoît Bito,
05:08que pendant des années, des décennies même,
05:10on ne s'est pas posé la question de la raréfaction de l'eau.
05:13Je pense notamment, il s'est dit dans le documentaire,
05:14à la période de Gaulle,
05:16où on croyait que l'eau était une ressource infinie
05:20et on ne s'est pas posé la question.
05:21Et beaucoup d'agriculteurs se sont endettés,
05:22se sont allés dans le modèle de l'irrigation.
05:24Qu'est-ce qu'on leur dit aujourd'hui ?
05:26– C'est la vérité.
05:27C'est-à-dire que c'est effectivement,
05:29et ça s'appelle de l'aménagement du territoire,
05:31ça s'appelle des politiques publiques.
05:32Mon père faisait partie de ces gens-là.
05:34C'est un des premiers irrigants, gros irrigants,
05:36sur le secteur où moi j'évolue aujourd'hui.
05:38Et on les a encouragés dans ce modèle-là,
05:40à la fois sur l'irrigation et aussi sur le drainage,
05:42dans une logique de Chadoc
05:43où on évacuait toujours plus vite l'eau
05:46et après on l'a réclamé en été.
05:48Sauf que, y compris économiquement,
05:50y compris économiquement, j'insiste,
05:52ça ne marche plus.
05:54C'est-à-dire qu'il faut retrouver maintenant
05:56des équilibres qui font qu'on doit prendre soin de la ressource
05:59parce qu'on parle beaucoup de souveraineté alimentaire.
06:01On n'a toujours pas compris que ce qui menace
06:03la souveraineté alimentaire,
06:04et ce n'est pas un écologiste avec sa grosse moustache,
06:05sa boue d'oreille et ses cheveux attachés dans le dos
06:07qui vous le dit,
06:08c'est le commissaire européen à l'agriculture lui-même
06:10qui dit qu'aujourd'hui,
06:12ce qui menace la souveraineté alimentaire,
06:14ce n'est pas la disparition de tel ou tel pesticide,
06:16pour faire un petit clin d'œil à mon ami Franck,
06:21ni la possibilité d'irriguer ou pas,
06:23c'est l'effondrement de la biodiversité,
06:25c'est le dérèglement climatique.
06:27Et ça, on pourra le tourner dans tous les sens.
06:29Et donc, il faut qu'on réinvente une agriculture,
06:32et j'ai eu la chance,
06:33et je pense l'honneur,
06:34de pouvoir fréquenter Pierre Pisani à la fin de sa vie.
06:36Il disait qu'on a construit les politiques publiques dans les années 60
06:39parce que le défi à relever, c'était celui-ci.
06:42Aujourd'hui, on doit faire le constat
06:43que les politiques qu'on a imaginées dans les années 60
06:46ne sont plus les bonnes.
06:47– Géraldine Meusner ?
06:47– Non, mais là, il me semble qu'en fait,
06:49on s'éloigne du sujet.
06:50Le sujet, en fait, il est très technique
06:52et il est très local.
06:53Donc, avoir des grands discours comme ça sur l'eau
06:56à l'échelle de pays, voire d'un continent,
06:59c'est sans objet.
07:00On parle d'un endroit très précis,
07:02qui est les Deux-Sèvres,
07:03dans lesquels il y a des tensions, effectivement, en eau,
07:05qui sont, le changement climatique
07:07entraîne non pas une raréfaction de la ressource,
07:09mais une distribution différente dans le temps,
07:12c'est-à-dire qu'on a des précipitations plus importantes
07:14à une période de l'année
07:15et des périodes de sécheresse plus étendues pendant l'été.
07:19Donc, ça impose, effectivement,
07:20de penser différemment l'usage de l'eau.
07:23Dans la Vendée voisine, on a un recul,
07:26on a construit une vingtaine de bassines
07:28qui sont en activité depuis une quinzaine d'années.
07:31Et on a pu observer que cela permet
07:33de limiter les pompages dans la nappe en été,
07:37donc d'améliorer la situation.
07:40La nappe, les nappes souterraines dans la Vendée voisine,
07:42grâce aux bassines,
07:43ont permis d'augmenter de 2 mètres
07:45le niveau de la nappe en été.
07:47Dans les Deux-Sèvres,
07:49c'est ce qu'on veut faire, effectivement.
07:51Dans le documentaire, on dit
07:52qu'il y a 16 bassines creusées.
07:54Ça n'est pas vrai.
07:55Pour l'instant, il y en a une seule en activité,
07:57une deuxième qui est creusée,
07:59mais aucune n'est creusée,
08:00parce que ça a été empêché, justement,
08:02par les activistes depuis des années.
08:04Donc, on oublie de le dire,
08:06l'objet de ces retenues d'eau,
08:08c'est de préserver la ressource
08:11pour pouvoir affronter, justement,
08:13le changement climatique.
08:15Franck Ménonville ?
08:15Ce que dit Mme Vosner est une vérité absolue.
08:19On a aujourd'hui une évolution climatique
08:23qui fait qu'il pleut plus brutalement
08:26à certaines périodes de l'année.
08:29Je crois que l'émission est quand même
08:31à point nommé,
08:32parce que quand on voit ce qu'il y a
08:34dans ce que vit toute la façade ouest
08:36et le sud-ouest,
08:38des inondations terribles,
08:39on a une concentration de l'eau,
08:41les épisodes sévenoles dans le sud, etc.,
08:44sont de plus en plus violents.
08:47Et donc, la réalité,
08:49c'est qu'il faut,
08:50comme toutes les civilisations
08:52l'ont réalisé au travers de leur histoire,
08:54des Grecs aux Romains, etc.,
08:56travailler avec cette évolution-là,
08:58s'y adapter.
08:59Et bien évidemment,
09:00je pense que c'est sans doute pas
09:02la solution parfaite partout
09:03d'aller irriguer en pompon dans la nœud profonde.
09:06Par contre,
09:09créer des retenues
09:10pour éviter que l'eau circule très vite
09:12et aille directement à la mer,
09:15je pense que c'est bien évidemment intelligent.
09:17Alors attendez,
09:17c'est l'une des questions
09:18de nos téléspectateurs.
09:20Daniel de Réville,
09:21puisqu'on donne la parole
09:22aux téléspectateurs dans cette émission,
09:24nous dit,
09:24sans aller jusqu'à créer des méga-bassines,
09:26on pourrait imaginer créer des retenues d'eau
09:28ou des bassins au moment des fortes pluies.
09:30C'est vrai qu'il y a une forme de logique
09:31que je voudrais entendre,
09:32Emma Aziza, sur cette question.
09:33Ça marche ou ça ne marche pas ?
09:34Premièrement,
09:35des retenues collinaires,
09:36il y en a,
09:37des dizaines,
09:38des centaines
09:38suivant tous les territoires.
09:40C'est réparti à peu près partout,
09:41il y en a plus de 100 000 en France.
09:43Donc en fait,
09:43c'est quelque chose
09:43qui est connu depuis la nuit des temps.
09:45On fait des sortes de mini-barrages
09:47qui permettent,
09:48dès lors que vous avez un dénivelé,
09:51de pouvoir conserver les eaux
09:52qui ruissellent,
09:53de les retenir en amont
09:54et de pouvoir les utiliser
09:55avec un effet retard.
09:56D'accord.
09:57Je crois qu'on parle
09:57de deux choses différentes.
09:58Quand on parle de retenue,
09:59de substitution,
10:01on parle bien d'un trou
10:02qu'on va creuser dans la terre,
10:03qu'on va d'ailleurs
10:05empaquer avec du plastique
10:06tout au fond.
10:07Et le problème majeur,
10:09c'est qu'on va créer
10:09des eaux croupissantes.
10:11Les eaux croupissantes,
10:12ça signifie plusieurs choses.
10:13Ça signifie premièrement
10:14qu'on va avoir effectivement
10:16un taux d'évaporation.
10:17Alors,
10:17il est beaucoup discuté.
10:18Je crois qu'on manque
10:19clairement de données,
10:20mais en tous les cas,
10:21si vous mettez de l'eau...
10:23Vous aviez dit 30% pendant longtemps,
10:25mais il est de 3%.
10:26Alors,
10:27moi,
10:27je vous invite
10:28à acheter une petite bassine
10:29en plastique en plein été
10:31à 40 degrés
10:32et de regarder
10:32si à la fin de l'été,
10:33vous n'avez que 3%
10:34qui se sont évaporés.
10:36On sait.
10:373% ?
10:39Je trouve que ce qui est intéressant,
10:41c'est de voir à quel point
10:43tout se cristallise
10:44sur des chiffres.
10:44La question,
10:45elle n'est pas là.
10:45La question,
10:46c'est qu'à partir du moment
10:47où vous laissez de l'eau
10:48en plein air
10:49qui va croupir,
10:50vous allez avoir
10:50des matières organiques
10:52qui vont arriver
10:52et donc qui vont se désagréger
10:54et à un moment donné
10:55qui vont donner
10:56des risques de salmonelle,
10:57des risques de cyanobactéries.
10:59C'est ce que l'on relève
11:00et ce qui a été relevé d'ailleurs
11:02suivant différentes analyses
11:04qui ont été faites.
11:05On a même des développements
11:06algaires très importants,
11:07ce qui fait qu'à la fin,
11:09c'est contre-productif
11:10parce que quand vous venez
11:11pour pomper l'eau,
11:12vous avez un colmatage
11:13qui se fait
11:14dans les stations de pompage.
11:15Donc aujourd'hui,
11:16ce n'est pas la bonne solution.
11:17Il y a des bonnes solutions
11:18et la bonne solution,
11:19c'est plutôt
11:20de récolter l'eau,
11:21de lui permettre
11:22d'avoir la plus grande
11:23verticalité possible
11:24et éventuellement
11:25d'avoir quelques cuvelages enterrés.
11:27C'est ce qui est utilisé
11:28notamment dans les villes
11:29pour arroser les canopées.
11:30On est en dehors
11:31derrière du contexte agricole.
11:33Mais je crois
11:34que c'est très important
11:35d'arrêter,
11:35de stigmatiser tout,
11:37de prendre des chiffres,
11:38d'inventer un chiffre
11:39à 3%
11:40et d'inventer un chiffre
11:41à 30 ou 40%,
11:42ce qu'il faut comprendre.
11:43Juste peut-être
11:44pour terminer sur ce point.
11:46On a tous en tête
11:47la grande sécheresse
11:48de 1976.
11:50C'était une sécheresse froide.
11:51C'était une sécheresse
11:52qui s'est mise en place
11:54parce qu'on a eu
11:55une absence de pluviométrie
11:56sur un long moment.
11:58Aujourd'hui,
11:58ce que l'on vit,
11:59ce sont des bascules
12:00très rapides
12:00et très violentes.
12:02Effectivement,
12:02on a une alternance
12:04de pluie
12:04de plus en plus diluvienne.
12:06Un chiffre assez marquant,
12:08c'est que plus de 50%
12:08des personnes
12:09qui ont été inondées en France
12:10l'ont été en dehors
12:11de zone inondable
12:12sur ces 5 dernières années.
12:13Ça veut dire
12:14que les pluies tombent
12:14plus massivement,
12:15plus vite
12:16et elles ruissellent
12:16plus rapidement.
12:17Ça, c'est un fait.
12:18Mais en parallèle,
12:19on vit tout de même
12:20des sécheresses,
12:21parfois même des non-hivers
12:22puisque parfois,
12:23on n'a pas de pluviométrie
12:24durant la phase hivernale.
12:26Donc, on n'a pas
12:26de possibilité de recharge.
12:28Et donc,
12:28ce que l'on vit aujourd'hui,
12:29ce sont des sécheresses chaudes
12:30qui sont liées directement
12:31au phénomène caniculaire,
12:33c'est-à-dire que tout bascule
12:34en 3 semaines.
12:35Et c'est ça qui est nouveau.
12:36Benoît Bito.
12:37Sur les bassines de Vendée,
12:38ce que c'est pas
12:39Madame Vossner,
12:40c'est que j'ai été
12:40haut fonctionnaire
12:42recruté par l'État français
12:43pour sortir la France
12:44du contentieux
12:44Marais-Poix-de-Vin
12:45sur le Marais-Poix-de-Vin,
12:47précisément,
12:47avant d'être agriculteur.
12:49Et les 10 premières bassines
12:51sur la Vendée,
12:51je les connais par cœur
12:52puisque c'est moi
12:52qui ai conduit
12:53une enquête publique,
12:54qui ai monté le financement,
12:55c'est des financements
12:55à 100% d'argent public
12:57parce que c'est des bassines
12:58à titre expérimental.
12:59Et qu'est-ce qu'elles nous disent alors ?
13:00Ce qu'elles disent,
13:01c'est qu'effectivement,
13:02on a des avancées,
13:04je ne peux pas contester,
13:05mais ce n'est pas exclusivement
13:06lié à la présence des bassines.
13:08C'est parce qu'on a fait,
13:10ce qu'on ne fait pas
13:11sur les méga-bassines
13:12qui crispent sur le territoire
13:13et qu'on voit
13:13dans le documentaire,
13:14c'est qu'on n'a pas respecté,
13:17ou plutôt en Vendée,
13:18on a remis en selle
13:19la logique de complémentarité
13:21de deux marais,
13:22le marais mouillé,
13:22le marais desséché.
13:23On a recréé des zones humides,
13:26on a reméandré les cours d'eau,
13:27on a durci la réglementation
13:29avec des seuils de coupures
13:31qui font qu'effectivement,
13:33à côté des méga-bassines,
13:34il y a eu d'autres événements.
13:36Et attribuer la réussite
13:37de ce qui s'est passé
13:37sur le bassin de l'Autise
13:39aux méga-bassines,
13:40c'est proprement scandaleux
13:41comme propos.
13:42Ce que j'entends,
13:42c'est qu'on ne peut pas dupliquer
13:43un modèle d'un département
13:45à l'autre,
13:45d'une zone à l'autre.
13:46C'est vrai que ça s'entend ?
13:47Mais bien évidemment,
13:48je pense que de toute façon,
13:49c'est la combinaison
13:50de modèles adaptés
13:51sur les territoires.
13:52Oui, on ne peut pas généraliser
13:53et se dire que les méga-bassines,
13:59lacs de Madine,
14:00lacs artificiels,
14:02un peu plus de 1 000 hectares
14:03pour réguler l'eau
14:04et approvisionner l'eau
14:06de Metz en eau.
14:08Et on a deux énormes lacs,
14:11le lac de la Forêt d'Orient
14:12et le lac du Dern,
14:14qui ont été faits,
14:15ces trois lacs,
14:16dans les années 70,
14:18pour réguler l'eau
14:19et pour protéger aussi
14:21les crues de Paris.
14:25C'est exactement ce qui est fait.
14:27C'est-à-dire que chez nous,
14:28la Marne, la Seine, etc.,
14:31l'été, l'hiver est très...
14:34Voilà, et au bord des bords, etc.
14:39Donc il y a un excès d'eau
14:40qui est stocké actuellement
14:42dans ces lacs
14:44et surtout dans ces deux grands lacs
14:46qui font l'un plus de 3 000 hectares,
14:48le lac du Dern,
14:49et qui sont rejetés
14:52à partir des périodes
14:53de printemps et d'été.
14:55C'est une régulation.
14:56Il faut de toute façon
14:58réguler l'eau.
14:59Et s'adapter en fonction du territoire.
15:00Bien évidemment, aujourd'hui,
15:01quand il pleut,
15:02ce que nous vivons dans le sud-ouest,
15:06le seul gain
15:06de ce qui se passe actuellement,
15:08c'est que l'eau,
15:08en une heure,
15:09deux heures ou trois heures,
15:10va à la mer.
15:11Il faut avoir la capacité
15:14de ralentir,
15:15de stocker.
15:17Et puis, effectivement,
15:19on parle du partage de l'eau,
15:20mais bien évidemment,
15:21les modèles agricoles
15:22ont toujours évolué.
15:23Moi, par exemple,
15:24chez moi,
15:24on ne faisait pas de maïs,
15:26on ne faisait pas de tournesol.
15:28Le climat,
15:29ça est radouci.
15:30Aujourd'hui,
15:30le maïs peut se concevoir
15:33avec des indices
15:33beaucoup plus élevés
15:34qu'avant.
15:35Le tournesol
15:36fait son développement.
15:38Voilà.
15:38Et là aussi,
15:39je pense qu'il n'y a rien.
15:40Moi, je pense qu'il faut
15:41surtout pas toujours évoquer.
15:45Ce qui est intéressant,
15:46encore une fois,
15:46dans ce débat,
15:47c'est la manière
15:48dont en France,
15:49parce que c'est vraiment
15:49franco-français,
15:50cette politisation extrême,
15:52où quand on entend
15:54dans ce documentaire
15:55« si on ne fait rien,
15:56on n'aura plus d'eau
15:57au robinet »,
15:58c'est faux.
15:59Ça n'est pas vrai.
16:01Il faut avoir une idée
16:02des ordres de grandeur.
16:03La France reste
16:04un pays choyé,
16:05très arrosé.
16:07Elle doit s'adapter
16:08à des changements
16:09profonds
16:12climatiques,
16:12mais pour vous donner
16:14un ordre de grandeur,
16:16de tout ce qui tombe
16:17sur la France,
16:18à peu près 500 milliards
16:19de mètres cubes par an,
16:20la France en retient
16:224,7%.
16:23L'Espagne,
16:25c'est près de 50%.
16:27On utilise pour notre agriculture
16:292 milliards de mètres cubes
16:30d'eau,
16:303 milliards.
16:31L'Espagne,
16:32c'est 22 milliards
16:33de mètres cubes.
16:34Et de toute la surface
16:36agricole irriguée,
16:38c'est moins de 7%.
16:39Même dans les Deux-Sèvres,
16:41où il va y avoir
16:41ces bassines,
16:42l'irrigation est minoritaire.
16:44La majorité du maïs,
16:46qui est d'ailleurs
16:46utilisé pour la
16:47polyculture élevage,
16:48pour nourrir les bêtes,
16:49n'est pas irriguée,
16:51y compris dans les Deux-Sèvres.
16:53Donc,
16:53se dire aujourd'hui
16:56tout est atroce,
16:57il faut tout arrêter,
16:59parce qu'on va être desséchés,
17:01ça n'est pas
17:02une réalité factuelle.
17:04Maintenant,
17:05qu'il faille discuter
17:06de nouveaux modèles,
17:08de trouver des cultures...
17:09Là-dessus,
17:09vous êtes tous d'accord.
17:10Mais bien sûr,
17:10dans les Deux-Sèvres,
17:11par exemple,
17:11il est évident
17:12qu'on ne va pas pouvoir garder
17:13la même part de maïs,
17:14pas parce que le maïs
17:15demande beaucoup d'eau,
17:16il demande plutôt
17:17moins d'eau que le blé.
17:18Mais il la demande
17:20au moment de l'été,
17:21en été.
17:22Donc,
17:22à un moment
17:23où on a un problème...
17:26Attendez,
17:27Emma Aziza
17:27puis Benoît Mito.
17:28Non, non,
17:29parce que ce sont des données
17:30vraiment factuelles.
17:31Le maïs fourragé,
17:32c'est 250 litres d'eau
17:33par kilo
17:34de matière sèche produite.
17:36Le blé,
17:36c'est 600 litres.
17:37Oui, mais dans une période
17:38où l'eau n'est pas en pédurie.
17:39Exactement.
17:40Mais donc,
17:40à un moment donné,
17:40vous êtes d'accord ?
17:41C'est déjà ce qu'il commence
17:41à faire dans les Deux-Sèvres.
17:43On met de plus en plus
17:44de cultures de céréales divers,
17:47par exemple,
17:48de maraîchage, etc.
17:49Ce sont des changements
17:50qui doivent être mis en place,
17:53opérés.
17:54Mais le gros débat,
17:55c'est qu'aujourd'hui,
17:57beaucoup d'activistes disent
17:58faites-le
17:59ou vous n'aurez pas de bassine.
18:00Et les paysans disent
18:01mais nous,
18:02on veut bien le faire,
18:02mais il faut d'abord
18:03qu'on ait accès à la bassine.
18:04Et puis,
18:05on tourne en rond
18:05parce que pour l'instant,
18:06ces bassines n'existent pas.
18:08C'est pas ce que la France
18:09a promis à l'Europe.
18:10C'était pas les bassines d'abord.
18:12Pour sortir du contentieux européen
18:14en 2005,
18:15fermeture du contentieux,
18:16ce que promet
18:17le gouvernement français,
18:18à l'époque,
18:19c'est M. Raffarin
18:20qui avait conduit
18:22la sortie du contentieux,
18:23c'est d'abord
18:24on réaménage le territoire,
18:25d'abord on respecte
18:27le marais mouillé,
18:28d'abord on refait les prairies,
18:30d'abord on accueille les crues
18:31et ensuite,
18:32quand on aura remis en place
18:34l'aménagement du territoire
18:35qui permet le fonctionnement
18:36du cycle de l'eau,
18:38si à la marge,
18:39il y a encore des pénuries,
18:42on fera les mégabassines.
18:43On fait l'inverse aujourd'hui.
18:45Ce qui est important de comprendre,
18:46c'est que cette cristallisation,
18:47elle existe pourquoi ?
18:48Parce que quand en 1976,
18:50on a eu cette sécheresse
18:53historique qui a touché la France,
18:55a été mis en place,
18:56ce système en différents niveaux
18:58qui fait qu'en phase de crise,
19:00vous avez une interdiction
19:01d'irrigation,
19:02vous n'auriez pas
19:03la mise en place
19:05de cette structure,
19:06vous n'auriez pas
19:07ces interdictions.
19:08Donc qu'est-ce qu'on cherche
19:08à faire en créant des bassines ?
19:10On cherche tout simplement
19:11à prendre de l'eau
19:12avant qu'elle soit interdite
19:13et donc on cherche
19:14à prélever du stock
19:15dans une nappe souterraine
19:17avant et à la mettre
19:19en surface,
19:20alors que derrière,
19:21on sait très bien
19:21que ça va avoir
19:22des effets délétères
19:23et tout ça parce que
19:24ce sera interdit
19:25juste après.
19:26Et donc le vrai sujet,
19:27il est là,
19:28le vrai sujet,
19:28c'est cette bascule
19:29qui est extrêmement rapide,
19:31extrêmement violente.
19:32Dans les années 2010,
19:33quand vous regardez
19:33les datas,
19:34vous avez 2% du territoire
19:36qui est concerné
19:36par des niveaux
19:37de crise et d'alerte rouge.
19:39Quand vous regardez
19:39les années de 2017
19:40à 2022,
19:41c'est presque 90%
19:42du territoire.
19:43Donc en gros,
19:44clairement,
19:44on a dit à tous
19:45les agriculteurs
19:45arrêtez d'irriguer.
19:46Ils ont cherché
19:47des solutions
19:48de contournement
19:49pour pouvoir irriguer.
19:50Je voudrais,
19:51pardon,
19:51je voudrais qu'on avance
19:52un tout petit peu,
19:53excusez-moi,
19:53parce que ce documentaire
19:54montre aussi la violence
19:56qu'engendre ce sujet
19:57et c'est assez frappant.
19:58Le film donne la parole
19:59notamment à tous ceux
20:00qui optent pour ce fameux
20:01modèle sans irrigation,
20:03plutôt éco-responsable
20:04et qui ont subi menaces,
20:06intimidations,
20:06incendies volontaires.
20:07Encore très récemment,
20:09le magazine Reporter
20:10a relayé ce qui est arrivé
20:10à Pascal Biteau,
20:11président de l'association
20:12SOS Rivière et Environnement,
20:14figure de mobilisation
20:15contre les méga-bassines.
20:16Son domicile a été vandalisé
20:18fin janvier,
20:19ce n'était pas la première fois
20:19que ça arrivait.
20:20Et je voudrais qu'on réécoute
20:21le ton employé
20:23par un représentant syndical
20:24pro-méga-bassines.
20:26Il s'adresse au maire
20:27dans cette séquence.
20:29Effectivement,
20:29la scène dit beaucoup
20:30des humeurs des uns et des autres
20:31et on va en parler après.
20:33Je vais vous le redire,
20:35c'est que si aujourd'hui
20:36il y a des dégradations
20:37et si vous refaites
20:38un événement comme ça
20:39l'année prochaine,
20:40on reviendra.
20:42On reviendra.
20:42Parce que là,
20:42on est juste venus
20:43gentiment,
20:45gentiment,
20:45voilà,
20:46mais on reviendra
20:46et on ne vous oubliera pas.
20:48Et si on vient
20:48nous victimiser
20:49partout en France
20:50parce qu'on ne pourra
20:51plus rien faire
20:52au niveau hydraulique,
20:52on ne vous oubliera pas
20:53monsieur le maire.
20:54Dans un débat très courtois
20:55qu'on a eu,
20:56on n'oubliera pas.
20:57Voilà.
20:58On ne vous oubliera pas.
21:01Franck Ménonville,
21:02elle est assez échoquante
21:03cette séquence du film.
21:05Elle dit beaucoup
21:05de la violence
21:06et je ne dis pas
21:07qu'elle ne vient que d'un camp.
21:08Elle vient effectivement
21:09des deux camps
21:09mais enfin,
21:10qu'est-ce qui se passe ?
21:11Je pense que nous vivons
21:15une fracture
21:17dans le débat local
21:18et je pense qu'on ne doit
21:20que le déplorer.
21:22et pour en sortir,
21:23je pense qu'il faut
21:24objectiver un certain
21:24nombre de sujets.
21:27Et j'ai l'impression
21:28qu'on n'arrête pas
21:28d'objectiver.
21:29On donne des chiffres,
21:29des études et finalement...
21:30Non, non, non.
21:30Moi, je suis désolé.
21:32Ce documentaire est à charge
21:33du début à la fin.
21:35Il faut quand même se le dire.
21:37Je vais être un peu caricatural
21:38mais il y a les gentils
21:39de la Confédération Paysanne,
21:41les méchants de la FNSEA
21:42et les très méchants
21:42de la CR.
21:43Je pense que c'est
21:44un peu plus complexe que ça.
21:45Moi, chez moi,
21:47il y a les trois mouvements
21:50qui représentent
21:51en complémentarité
21:52l'agriculture
21:53de façon pacifique.
21:55Il n'y a pas de tension
21:57supérieure à ça.
21:58Ce qui me donne aussi
21:59la parole à ceux
21:59qui irriguent
22:00et qui disent
22:00à quel point
22:01ce sont endettés.
22:01proposer les irrigants
22:02et les non-irrigants.
22:04Ce qui doit être
22:06nous mobiliser,
22:07c'est comment arriver
22:09à maintenir
22:10une agriculture
22:11performante
22:14face au réchauffement
22:15et à l'évolution climatique
22:17et sans altérer
22:18les milieux
22:20qui nous entourent.
22:21Je pense qu'on est tous
22:22sur le plateau.
22:23Personne n'a envie
22:23de voir disparaître
22:25ou abîmer
22:26le marais point de vin.
22:27Et à l'inverse,
22:28on doit aussi
22:29permettre
22:30à nos agriculteurs
22:31de s'adapter.
22:33Je vais me répéter,
22:34mais je l'ai dit tout à l'heure,
22:35sur 18 mois,
22:35il pleut toujours autant
22:37en France.
22:37La répartition est inégale.
22:39Il faut travailler à cela.
22:41Nos ancêtres
22:42l'ont toujours fait.
22:43Moi, chez moi,
22:44les aménagements hydrauliques
22:45ont été faits
22:45par les moines
22:46au Moyen-Âge.
22:47Voilà, je pense que...
22:49Comment faire descendre
22:49cette tension ?
22:50Déjà, en évitant
22:52de monter en...
22:54Enfin, la violence,
22:56il faut bien voir
22:56d'où elle vient au départ.
22:58Elle vient d'une petite
22:59organisation,
23:00Bassine, non merci,
23:01qui se rejoint
23:02avec les soulèvements
23:03de la terre,
23:04qui, au moment
23:04de Sainte-Solene,
23:05va faire un tour d'Europe
23:06pour ramener
23:07des black blocs
23:08sur le lieu
23:08de la manifestation.
23:10C'est ce que
23:10l'ont indiqué
23:11la police.
23:13Pour casser,
23:14détruire.
23:15Là,
23:16les agriculteurs
23:17irrigants
23:18sont,
23:19depuis des années,
23:21harcelés.
23:21Des incendies,
23:22on vient saccager
23:23leur matériel
23:24d'irrigation.
23:25les hydrogéologues
23:27du BRGM
23:27ont dû,
23:28pendant six mois,
23:29se déplacer
23:30en voiture de fonction
23:31parce que les antibassines
23:32venaient crever le pneu,
23:34venaient les agresser
23:35pour les forcer
23:36à se taire.
23:37Il y a une violence
23:37inouïe
23:38de la part
23:39des antibassines
23:40qui...
23:41Qui a été jugée
23:42à Sainte-Solene.
23:44Qui a été jugée.
23:45Le 2 février dernier,
23:47condamnation de quatre militants
23:48qui étaient à l'origine de la violence.
23:49à 800 euros d'amende,
23:50pardon.
23:52Le maire de Mel,
23:53je le rappelle,
23:53a accueilli
23:54sur le territoire
23:55de sa commune
23:55des gens violents,
23:57ultra-radicaux
23:57qui venaient détruire.
23:59C'était écrit...
24:00Mais si,
24:01j'y étais.
24:01Donc je les ai vus.
24:03Donc si vous voulez,
24:05les mettre en vis-à-vis,
24:07déjà,
24:07n'est pas très honnête.
24:09Ensuite,
24:10quand on parle
24:11de changement de modèle,
24:13il faut aussi savoir
24:14ce qu'on veut.
24:15Évidemment,
24:15il y a des arbitrages
24:16à faire.
24:17Il y a des tensions
24:17sur la ressource en eau.
24:19Aujourd'hui,
24:20la France importe
24:2270% de ses fruits,
24:2430% de ses légumes.
24:25On les importe d'Espagne.
24:27Donc on importe
24:28toute cette eau d'Espagne
24:30parce qu'on refuse
24:31de produire chez nous.
24:32Qu'est-ce que la France veut ?
24:35Mais c'est une réalité.
24:37Nous importons...
24:38C'est des raccourcis simplistes,
24:39ça s'appelle.
24:39Mais c'est pas simpliste,
24:40justement,
24:41c'est le cœur du...
24:42C'est des raccourcis simplistes
24:43parce qu'à un moment donné,
24:45on se posait la question
24:46de pourquoi est-ce qu'on est
24:46dépendant d'importations
24:47qui viennent d'Espagne.
24:48Tout simplement
24:49parce qu'on a décidé,
24:50nous, d'être exportateurs.
24:51C'est le principe
24:52des vases communiquants.
24:53Les surfaces
24:53qu'on n'utilise plus
24:54pour faire de la production
24:56qu'on pourrait consommer localement
24:57parce qu'on a décidé
24:58d'exporter du maïs,
24:59par exemple...
24:59La balance commerciale agricole
25:01est à zéro aujourd'hui.
25:03Vous êtes contents ?
25:03On n'exporte plus.
25:04Je vais parler
25:05de la balance commerciale
25:05si on veut.
25:07Depuis le port de la Palisse
25:08à proximité du Marais-Poix-de-Vin
25:09qui n'a de cesse
25:10d'augmenter ses flux
25:12depuis le Marais-Poix-de-Vin.
25:14Donc, si on importe,
25:16c'est parce qu'on a mobilisé
25:17nos surfaces pour exporter.
25:18Si on revisitait un petit peu
25:20la façon dont on produit en France
25:22et qu'on voulait,
25:23à dessein,
25:24produire ce qu'on va manger localement,
25:26on serait moins dépendant
25:26de l'Espagne.
25:27Un mot de cette violence,
25:27Benoît Vuitton.
25:28Un mot de cette violence
25:29à la Calendaciste.
25:30On aurait aussi des intérêts agronomiques
25:31parce qu'on verrait
25:33amplifier la diversification
25:34des cultures.
25:35On reviendrait sur un principe
25:36agronomique de base
25:37qui s'appelle la rotation
25:38des cultures.
25:38On aurait besoin
25:39de moins d'irrigation,
25:40on aurait besoin
25:40de moins de pesticides,
25:41on aurait besoin
25:42de moins d'engrais de synthèse.
25:43À un moment donné,
25:44ça devient manichéen
25:45entre un cercle vicieux
25:46qu'on veut continuer
25:47à alimenter
25:48et un cercle vertueux.
25:49Sur la balance commerciale,
25:50pourquoi est-ce que
25:51la balance commerciale
25:52est déficitaire ?
25:52C'est parce que les produits
25:54avec lesquels
25:55je ne suis pas fâché du tout,
25:56qui s'appellent le cognac
25:57par exemple,
25:58on ne les exporte plus
25:59pour des raisons géopolitiques.
26:01C'est la raison
26:02de l'effondrement
26:02de la balance commerciale.
26:04Mais ce n'est pas
26:04parce qu'on exporte
26:05moins de maïs,
26:06c'est absolument faux.
26:06On va arriver à la fin.
26:08Je voudrais vous entendre là-dessus.
26:09Moi, j'étais à Sainte-Soligne,
26:10je le revendique.
26:12Il y avait 30 000 citoyens.
26:13Il n'y avait pas 30 000 blablocs,
26:14il y avait 30 000 citoyens.
26:15Et il y a un éléphant
26:16dans la pièce quand même.
26:17On parle de l'eau,
26:19article 1 de la directive
26:20cadre européenne sur l'eau,
26:21article 1 de la loi
26:22sur l'eau et les milieux aquatiques,
26:24l'eau est un commun.
26:25Ce qui convoque
26:25au moins une dimension,
26:26c'est celle du partage.
26:27Avec les mégabaccines,
26:28on ne partage plus l'eau,
26:29on la confisque
26:30pour une minorité,
26:315 à 6 % des agriculteurs.
26:32Mais cette violence,
26:33il l'a condamné,
26:33le nobito, j'imagine.
26:34Et il y a un autre éléphant
26:35dans la pièce,
26:36c'est l'argent public.
26:37C'est-à-dire que moi,
26:38je veux bien que les agriculteurs
26:39veuillent créer des équipements
26:41pour stocker de l'eau,
26:47qui ont déménagé le territoire,
26:49qui ont arraché les haies,
26:50qui ont redressé les ponds d'eau,
26:51qui ont retourné les ponds d'eau,
26:53mais bien sûr,
26:53qui ont retourné les prairies.
26:54Alors que dans ce changement climatique,
26:57ce qu'on doit faire,
26:58c'est précisément intégrer
26:59que les régimes pluviométriques
27:00ne sont plus les mêmes
27:02et qu'il faut aménager le territoire
27:04pour accueillir.
27:05Est-ce que ce verbe n'est pas merveilleux ?
27:07Accueillir l'eau,
27:08la ralentir, la retenir.
27:10Est-ce qu'on peut nourrir tout un pays
27:11avec des agriculteurs
27:12qui n'irrigent pas ?
27:13J'ai une révolution à vous proposer.
27:16Vous savez,
27:17le taux d'irrigation dans le monde,
27:18c'est 18%.
27:20La France, c'est moins de 7%.
27:22Encore une fois,
27:23il faut arrêter de dépeindre
27:24l'agriculture en France
27:26n'irrigue déjà quasiment pas.
27:28On va arriver à la fin de cette émission,
27:29préparer tout sur une conclusion.
27:30J'ai une révolution à vous proposer,
27:32c'est de nourrir des herbivores
27:33avec de l'herbe
27:33plutôt qu'avec du maïs.
27:35Et ça se passe super bien.
27:36Et quand on nourrit des herbivores
27:37avec de l'herbe,
27:41on valorise les prairies
27:42qui peuvent aussi accueillir les crues.
27:44C'est aussi manichéen,
27:45encore une fois,
27:46entre un cercle vicieux et un cercle vert.
27:47Et Maziza ?
27:48Moi, ce que je peux vous dire,
27:48en tous les cas,
27:49c'est que j'observe
27:49et j'analyse le cycle de l'eau
27:51et ses dérèglements
27:52depuis les années 80
27:53jusqu'à aujourd'hui.
27:54On voit très bien
27:55à quel point
27:56la courbe est linéaire,
27:58c'est celle de la température.
28:00Et par endroit,
28:01déjà,
28:01on ne peut pas faire
28:02de généralisation
28:04derrière
28:05sur l'intégralité de la France.
28:06Il y a des lieux,
28:07par exemple,
28:07qui sont moins concernés
28:08par le réchauffement,
28:10par ce réchauffement moyen
28:11de la température.
28:12C'est plutôt le Grand Est.
28:14Et on se rend compte
28:14que malgré tout,
28:15là-bas,
28:16il y a des explosions
28:17du nombre de jours
28:18d'arrêtées sécheresses.
28:19Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ?
28:20Qu'est-ce qu'il se passe ?
28:21Eh bien,
28:21je me suis rendu compte,
28:22par exemple,
28:23que c'est la température
28:24minimale journalière
28:25qui augmente
28:26beaucoup trop haut
28:27et juste au-dessus
28:28de ce qu'on appelle
28:29le point de rosée,
28:30c'est-à-dire
28:30qui permet normalement
28:31à la plante
28:31de récupérer l'eau atmosphérique
28:33et ensuite de l'intégrer.
28:34Et donc,
28:35on a du stress hydrique
28:36généralisé dans des secteurs
28:38alors que ce sont
28:38des signaux faibles.
28:39Je crois qu'il faut sortir
28:41de ce débat
28:42qui n'est absolument pas
28:42constructif.
28:43On a l'impression
28:43qu'on parle de la même chose.
28:44Ça fait des mois,
28:45des années,
28:46qu'on confronte
28:47les uns avec les autres.
28:48Je crois qu'il faut sortir
28:49de cette oscillation émotionnelle
28:50qui ne mène à rien
28:51mais il faut comprendre
28:53avec lucidité
28:54la réalité des faits.
28:55La réalité,
28:56c'est que le climat
28:56vraiment change partout.
28:58Il n'y a pas un point
28:59en France
28:59que j'ai enregistré
29:00où la température
29:01n'est pas en augmentation constante.
29:03Par contre,
29:04eh bien,
29:04en fonction des sols,
29:05en fonction du microbiote
29:07dans les sols,
29:07en fonction de la chimie
29:08qu'on a utilisée
29:09dans les sols
29:10et en fonction de la vie
29:11qu'il va y avoir autour
29:12et effectivement
29:13de la manière
29:13dont on a géré
29:14ces zones humides,
29:15ces eaux qui,
29:16à l'époque d'ailleurs,
29:17étaient un danger.
29:18L'eau était un danger.
29:19On ne laissait jamais
29:20d'eau stagnante
29:20parce que derrière,
29:21il y avait des risques
29:22de maladie.
29:23Donc aujourd'hui,
29:24derrière,
29:24on stocke de l'eau croupissante.
29:26On croit que c'est
29:27le seul modèle.
29:28On voit très bien
29:28qu'il y a des agriculteurs
29:29qui changent de modèle,
29:30qui créent tout simplement
29:31par exemple des petits bourrelets
29:33avec des espaces
29:34qui vont récupérer
29:35les eaux de ruissellement,
29:36qui vont permettre
29:37la réinfiltration,
29:38qui transforment leurs terres
29:39et on voit très bien
29:40qu'il y a des conséquences directes.
29:42Ces agriculteurs
29:42sont beaucoup moins
29:43touchés par les sécheresses.
29:44Donc les solutions,
29:45on en a énormément
29:46mais tant qu'on sera
29:47dans la dogmatisation
29:48et dans cette logique derrière
29:50où on met les uns
29:51contre les autres,
29:52on n'avancera pas.
29:53Vous avez ouvert
29:53le cycle de conclusion.
29:54Franck Moulonville ?
29:55Je pense que la solution,
29:58elle est multifactorielle.
30:00Elle est technique d'abord
30:01pour les agriculteurs.
30:03On n'en a pas beaucoup parlé
30:04mais il y avait un agriculteur
30:05qui était par exemple
30:06en agriculture de conservation.
30:08C'est une technique
30:09où on maintient des couverts,
30:11etc.
30:12C'est très important.
30:14Il y a un élément
30:15qui n'a pas été évoqué,
30:17c'est les progrès génétiques
30:18aussi des plantes.
30:19On travaille aujourd'hui
30:20pour avoir des cultures
30:22et des plantes
30:23qui moins consommatrices en eau.
30:25Il y a des technologies
30:25qui sont en train
30:26d'avancer dans ce domaine-là.
30:31il y a de l'amélioration
30:33aussi du pilotage
30:34de l'irrigation.
30:35L'irrigation aussi,
30:36pourquoi faire ?
30:37Voilà,
30:39Géraldine Bosner évoquait
30:40la balance commerciale.
30:42Donc vous êtes plutôt optimiste ?
30:45Je suis optimiste
30:46si on s'en donne les moyens.
30:47Je pense qu'il faut jouer
30:48sur différents facteurs.
30:50Bien évidemment,
30:51il faut stocker l'eau
30:53quand on en a trop.
30:54Ça, c'est clair.
30:55Tous les pays d'Europe du Sud
30:57le font depuis des années.
30:58On devient un peu plus
30:59un pays du Sud
31:00chaque année
31:01avec l'évolution climatique,
31:02avec la brutalité
31:04de la pluviométrie
31:05et la raréfaction
31:07de la pluviométrie
31:08à d'autres périodes.
31:09Donc ça doit se gérer.
31:11Ça doit être aussi,
31:12bien évidemment,
31:12une évolution
31:13des pratiques agricoles.
31:15Je l'évoquais
31:15dans le Grand Est.
31:16On n'a jamais eu
31:17autant de tournesol
31:18qu'aujourd'hui.
31:18Le tournesol est une culture
31:19qui a besoin de température,
31:21de lumière
31:22et un peu moins d'eau.
31:25Je pense que c'est multifactoriel.
31:27En tout cas,
31:28ce qu'il y a de sûr,
31:28c'est que c'est pas
31:29en s'affrontant
31:30les uns contre les autres
31:31et en étant dans
31:32de l'extrémisme
31:34et de l'ogmatisme
31:36qu'on peut résoudre cela.
31:37Par contre,
31:37il faut aussi faire parler
31:40la science
31:41et les réalités techniques
31:43et agronomiques.
31:43Géraldine Messner ?
31:44Non, moi je pense qu'en fait,
31:46il y a énormément
31:47de solutions
31:48qui sont déjà en place
31:49et que opposer
31:51des modèles...
31:52Quand on dit
31:53des modèles,
31:55ça n'existe pas,
31:56c'est un langage militant.
31:57En réalité,
31:58il y a des agriculteurs
31:59qui s'adaptent
32:00au contexte pédoclimatique
32:01de chaque territoire.
32:03Évidemment,
32:03il va y avoir besoin
32:05de changements
32:06extrêmement importants,
32:07extrêmement lourds
32:08pour tous les agriculteurs.
32:10Il va falloir changer
32:11les assolements.
32:12On ne cultivera plus
32:13de maïs
32:13dans certaines régions.
32:14Il va falloir
32:15effectivement diversifier
32:17les rotations,
32:18augmenter la couverture
32:19des sols.
32:20L'agriculture de conservation,
32:21c'est une vraie promesse.
32:23C'est difficile encore
32:24d'y accompagner
32:25les agriculteurs
32:25parce que ça demande
32:26tout un changement
32:27de pratique.
32:28Pour ça,
32:29il y a une palette
32:30d'outils.
32:31On a parlé
32:32de l'irrigation.
32:33L'irrigation de précision,
32:34c'est quelque chose
32:35de très utile,
32:36très efficace.
32:36C'est très cher
32:37et il y a encore
32:38trop peu d'agriculteurs
32:39qui en sont équipés.
32:41Mais c'est moins gourmand
32:41en eau ?
32:42Tu peux baisser
32:43la consommation d'eau
32:44de 50 à 70 %.
32:46Ce n'est pas rien,
32:47c'est fondamental.
32:48Ne rien faire
32:49et la pire option,
32:50on le voit d'ailleurs
32:51déjà dans les Pyrénées-Orientales
32:52où en fait,
32:53quand on ne fait rien,
32:53on accélère
32:55les déserts
32:56et les électifications
32:57des sols.
32:58Un sol qui n'est plus cultivé,
32:59il se dessèche,
33:01il devient de la friche,
33:02de la broussaille,
33:02des risques incendies,
33:03etc.
33:04Donc,
33:05dans tous ces secteurs,
33:06il va falloir
33:06accompagner ces changements
33:08qui sont très importants,
33:09mais il y a deux choses
33:11qui sont fausses.
33:11De dire qu'on irriguera moins,
33:13ce n'est pas vrai.
33:14On irriguera plus,
33:15il va falloir le faire mieux
33:16et de façon plus efficiente.
33:18de dire qu'on ne stockera rien,
33:20ce n'est pas vrai non plus
33:21ou alors on ne cultivera plus,
33:23qu'on soit en bio
33:24ou en maraîchage,
33:26toutes les cultures
33:26ont besoin d'eau.
33:28Maintenant,
33:28ce qu'il faut,
33:28c'est de l'intelligence
33:30pour le faire
33:31de la façon
33:32la plus efficiente possible
33:33et dans la concorde.
33:35Et pour la concorde,
33:36il faut éviter
33:37les discours politiques
33:39globalisants
33:40et revenir
33:41à un peu plus de rationnel.
33:42– Alors moi,
33:43je veux bien qu'on fasse
33:45de la rationalité.
33:46Moi, je suis élu,
33:47donc je prends ma casquette d'élu
33:48et je considère
33:49que j'ai au moins
33:50une mission,
33:51c'est celle
33:52de servir l'intérêt commun.
33:53Et pour servir l'intérêt commun,
33:54il faut s'éclairer
33:55de la science
33:56et ce qui manque
33:58dans ce débat
33:58et d'ailleurs,
33:59si tous les recours
34:00ont été gagnés
34:01contre les mégabassines,
34:01moi, je suis élu
34:02sur une circo
34:03où il y a sept mégabassines
34:04condamnées par le Conseil d'État.
34:05Elles sont interdites.
34:06C'est précisément
34:07parce que la science
34:08nous dit
34:09que ce n'est pas
34:09la bonne réponse
34:10et puis c'est l'autre pan
34:12et je l'ai dit tout à l'heure
34:13et c'est peut-être
34:13l'éléphant dans la pièce,
34:14c'est l'argent public.
34:15C'est-à-dire que
34:15quand on a autant
34:16d'argent public
34:17sur la table,
34:17– Votre conclusion alors,
34:18Benoît Mito ?
34:18– Eh bien,
34:18il faut servir
34:19l'intérêt commun
34:20et donc projection
34:21sur la base de la science,
34:23approche globale,
34:24vision à long terme.
34:25C'est ça
34:25et c'est ce qui manque
34:26dans le débat.
34:27On est sur de la vision
34:29pas plus loin
34:30que le bout du nez
34:30et c'est ce qui amène
34:32les tensions du moment.
34:34– Et on s'arrêtera là-dessus,
34:35merci.
34:35Merci à tous les quatre
34:36d'avoir participé
34:37à cet échange
34:37que je savais sensible.
34:39Merci d'y avoir participé
34:40de façon constructive.
34:41Merci à vous
34:42de nous avoir suivis
34:43comme chaque semaine.
34:44Émissions et documentaires
34:45à retrouver en replay
34:46sur notre plateforme
34:47publicsénat.fr.
34:48À très vite, merci.
34:52– Sous-titrage ST' 501
35:04– Sous-titrage ST' 501
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