- il y a 2 heures
Elle a fait de ses rêves une réalité. Elle, l'enfant sage et triste de banlieue qui rêvait d'une vie parisienne et entrainante, n'était jamais allée au théâtre lorsqu'elle fut admise à la Comédie française. Visage familier du cinéma et des séries télévisées, épouse de Pierre Arditi, voilà 50 ans qu'elle s'épanouit à la ville et sur scène au milieu des comédiens. Peut-on dissocier sa vie artistique et sa vie familiale ? D'où lui vient sa passion du théâtre et cette soif de comédie ? Evelyne Bouix est l'invitée de Rebecca Fitoussi dans l'émission Un monde, un regard. Année de Production :
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00:06Musique
00:23Dans ces entretiens, nous passons toujours un moment agréable.
00:27Mais celui-ci pourrait l'être tout particulièrement.
00:30Agréable parce que simple, sans grandiloquence, sans gravité, sans colère.
00:35Agréable et plein de vie, plein de sourire et de bons souvenirs.
00:39Notre invité est une grande actrice d'une troublante simplicité,
00:42d'une rare humilité et pleine de spontanéité.
00:46Moins voyante et moins bruyante que son partenaire de vie et parfois de scène,
00:50mais certainement pas effacée pour autant.
00:52Ne lui dites pas par exemple qu'elle manque d'assurance
00:55ou qu'elle a l'air d'être une petite chose fragile.
00:57Non, elle est tenace, solide, mordante si la situation l'exige.
01:02J'ai l'air douce, polie et gentille,
01:04mais je suis du signe du taureau, il ne faut pas me chercher, dit-elle.
01:07Ses proches sont là pour en témoigner, sa fille notamment.
01:10Et puis sa carrière le prouve.
01:12On ne joue pas dix ans pour Claude Lelouch
01:14sans une force et une détermination certaine.
01:16On ne joue pas pour Robert Hossein ou Jean-Michel Ribes
01:18sans un féroce amour de la caméra.
01:21Pour Caroline Huppert ou Bernard Murat
01:23sans un amour viscéral pour la scène.
01:25Ou dans des dizaines de téléfilms
01:27sans avoir à cœur de défendre des histoires et des écritures.
01:31Le rôle qu'elle joue aujourd'hui au Théâtre de Paris
01:33ne lui ressemble-t-il pas d'ailleurs ?
01:35Cette femme déterminée qui cherche la vérité coûte que coûte
01:38dans On ne se mentira jamais.
01:40Déterminée mais tendre et attachante.
01:43Un peu double comme elle ?
01:44Posons-lui toutes ces questions.
01:45Bienvenue dans Un monde, un regard.
01:47Bienvenue Evelyne Bouix.
01:48Merci d'avoir accepté notre invitation au Sénat.
01:50L'occasion de cette pièce signée Éric Assous
01:53mise en scène par Jean-Luc Moreau
01:55aux côtés de Nicolas Briançon.
01:56On va y revenir.
01:57Êtes-vous un peu comme Marianne,
01:59ce personnage de la pièce en quête de vérité,
02:01quoi qu'il arrive ?
02:02Je peux l'être,
02:04mais je ne pense pas que je suis jusqu'au boutiste comme elle.
02:06Mais en même temps, quand j'ai décidé quelque chose,
02:09je vais un peu jusqu'au bout.
02:11Parce qu'elle, elle va très loin,
02:13mais elle sent quelque chose.
02:15Elle est très instinctive,
02:16elle est intelligente
02:17et elle est...
02:20Comment dire ?
02:22Très féminine.
02:24Donc elle va user de tout son charme
02:27pour obtenir la vérité.
02:30Marianne est un personnage complexe.
02:31Vous dites d'ailleurs qu'elle est multiple,
02:33déterminée et intelligente,
02:34à la fois exaspérante,
02:37tendre, blessée, en souffrance.
02:39C'est vrai qu'on peut peut-être raconter
02:40un peu l'histoire de la pièce ?
02:41Oui.
02:41En fait, c'est un couple que je forme
02:43avec Nicolas Briançon,
02:45qui sont ensemble depuis 20 ans.
02:47Ils ont un fils de 20 ans.
02:48Ça se passe très bien.
02:49On les voit, ils vont très bien.
02:51Et en fait, cette femme vient d'avoir
02:52un accident de voiture
02:53et elle raconte à son mari
02:56que c'était incroyable,
02:58la vie était incroyable,
02:58parce que le monsieur avec qui ils sont accrochés,
03:02c'est le cousin de sa cousine de Pallier.
03:10Et voilà, et cette cousine de Pallier,
03:12elle, elle a vécu.
03:13Et en fait, c'était quelqu'un qui était,
03:15et c'est très important, excessivement belle.
03:17Donc, c'est quelqu'un qui a des atouts,
03:20qui fait rêver, qui fait...
03:21Qui fait fantasmer.
03:22Qui fait fantasmer.
03:22Le public se l'imagine tout le long de la pièce.
03:25Oui, et les hommes comme les femmes.
03:26Je veux dire, il y a des femmes qui,
03:28d'un seul coup, qui déclenchent des choses.
03:29Et donc, elle, je pense qu'elle est assez fascinée.
03:31Elle dit, je pense que cette femme aurait été moins belle,
03:34moins...
03:35Elle aurait moins creusé.
03:35Elle aurait moins creusé.
03:36Elle aurait moins cherché à savoir.
03:37Elle aurait moins cherché à savoir.
03:38Mais en plus, lui, il lui dit, oui,
03:40elle était sublime.
03:41Oui, oui.
03:42Donc, il s'est dit, bon, c'est pas un problème.
03:43Avec la finesse légendaire de certains hommes.
03:46Donc, l'autre, elle en prend plein la tête.
03:49Et elle se dit, petit à petit, bon...
03:52Et en fait, elle a raison de chercher.
03:54Mais c'est...
03:56Voilà, et l'homme est veule.
03:59Et Nicolas, exceptionnel, il est très...
04:02Oui, mais j'allais vous le dire.
04:03On va revenir, d'ailleurs, sur ce que ça dit du couple.
04:05C'est pas Pierre Arditi, sur scène, avec vous.
04:07J'allais dire pour une fois,
04:08parce que c'est vrai que c'est arrivé plusieurs fois
04:09dans votre carrière.
04:10Est-ce que ça change quelque chose ?
04:11Que ce ne soit pas votre partenaire à la vie ?
04:13Non, pas du tout.
04:14Non, parce qu'en fait, quand on est sur scène,
04:15quand je suis avec Pierre sur scène,
04:16c'est un acteur.
04:17C'est jamais mon mari.
04:18Je le vois, c'est un acteur.
04:20Il n'y a pas du tout de...
04:21Quand on est sur scène...
04:23Il n'est plus votre partenaire de vie.
04:24Il n'est plus mon partenaire de vie du tout.
04:26D'accord.
04:27Du tout, du tout.
04:27Et on ne se lâche pas plus, quand même,
04:29quand ce n'est pas du tout son partenaire de vie,
04:30que c'est un acteur, ami dans le bien.
04:33Est-ce qu'on n'est pas plus à l'aise, finalement ?
04:34Est-ce que ce n'est pas plus confortable ?
04:37Je ne sais pas, parce que...
04:39Je vous pose une colle.
04:40Oui, c'est une colle, mais je n'ai pas réfléchi, en fait.
04:42Non, non, je pense que c'est...
04:44En tous les cas, Pierre, quand je joue avec lui...
04:46Bon, sauf si c'est on joue de nos vies.
04:48Donc, on sait, je sais que c'est lui.
04:49Et Salomé, elle avait écrit une pièce sur nous.
04:52Donc ça, oui.
04:53Mais autrement, non, c'est un personnage, quoi.
04:57On rentre chacun dans nos personnages.
04:59Et cette pièce, alors, qu'est-ce qu'elle dit du couple, d'après vous ?
05:02Qu'est-ce qu'elle dit de...
05:03Elle dit qu'en fait, les sentiments,
05:06les sentiments, ils sont...
05:08On est passé à plein de choses,
05:09mais les sentiments, ils ne changent pas.
05:11En fait, la jalousie,
05:13on n'a pas changé le sentiment dans la vie.
05:15On a changé, ça a évolué.
05:17On a l'intelligence artificielle, on a ça.
05:18Mais le sentiment humain,
05:21quand on aime quelqu'un,
05:23ça n'a pas bougé depuis des siècles, quoi.
05:25Le désir de quelqu'un,
05:27la frustration de ne pas être regardée,
05:29la frustration que la personne qu'on aime
05:31regarde quelqu'un d'autre,
05:33ça, ça n'a pas changé.
05:34Donc, ça raconte que c'est immuable, en fait.
05:36Que quoi qu'il arrive...
05:38Et on voit bien, les gens qui regardent le spectacle,
05:40ils sont...
05:41Voilà, ils rigolent,
05:42parce qu'il y a des trucs terribles qui se disent,
05:44et les gens rigolent en même temps.
05:45On se dit, mais c'est incroyable, quoi.
05:47Parce que, bon, à la première,
05:49les gens rigolaient,
05:50alors qu'ils se défendaient, le pauvre.
05:52Ils disaient des trucs,
05:53et les gens, c'était genre,
05:53ouais, d'accord, tu ne vas pas nous la faire,
05:55non, si on l'a fait avant toi.
05:56Et donc, ça a changé.
05:57L'évolution a changé.
05:59Et c'est troublant, en fait.
06:01C'est troublant.
06:02Puis ça dit la fragilité d'un couple,
06:03même un couple solide, je trouve.
06:05On sent qu'un grain de sable.
06:06C'est un grain de sable.
06:08C'est une histoire qui date de 25 ans.
06:10Oui, 25 ans, mais il n'a pas dit des choses.
06:12Et là, elle lui tend les perches, quand même.
06:14Elle lui dit, mais dis-moi, dis-moi la vérité.
06:17Elle lui dit, elle le cherche, quoi.
06:19Et lui, à chaque fois, je pense que s'il lui avait dit,
06:21à un moment donné, écoute, bon, je vais te dire la vérité,
06:23je pense que ça aurait arrangé les choses.
06:25Mais non, il bat en touche à chaque fois,
06:27il raconte, il passe à autre chose.
06:29Et donc, ça, elle ne le supporte pas.
06:30Je pense qu'elle ne supporte pas ce...
06:32Et justement, cette thématique, vérité, mensonge,
06:34ces dix dernières années, vous avez quand même joué
06:36dans des pièces qui tournent toujours un peu autour
06:37de cette thématique.
06:39Le mensonge de Florian Zeller,
06:40fallait pas le dire de Salomé Lelouch, votre fille,
06:43on ne se mentira jamais d'Erik Assouz.
06:45Il y a quand même une petite obsession
06:46autour du vrai et du faux.
06:47Oui, c'est vrai.
06:47Oui, c'est un sujet qui vous touche, qui vous parle.
06:49Moi, c'est un sujet qui me parle,
06:50parce que c'est un sujet qu'on vit tous les jours, en fait.
06:53C'est un sujet...
06:54Excusez, mais hop, bien sûr, ça me parle.
06:56Pourquoi ? Parce qu'on ment dans le quotidien, vous pensez ?
06:58On est dans la dissimulation ?
07:00On ment pour des petites choses, je pense,
07:04je pense qu'on ne s'en rend même pas compte, des fois, qu'on ment.
07:06Parce que c'est plus simple, ça va plus vite, c'est plus facile.
07:09Mais c'est rien, c'est des petits mensonges par omission.
07:12Après, bon, après, il y a les grands mensonges.
07:15Mais les grands mensonges, ça, c'est chacun, comme on sent,
07:18je pense qu'il y a des grands mensonges qu'il faut garder.
07:22Il ne faut pas tout dire.
07:23Moi, je pense qu'il ne faut pas tout dire.
07:25Et après, quand il y a des rencontres qui sont exceptionnelles,
07:28on ne peut pas les cacher.
07:30Il faut les dire.
07:30Quand on rencontre des gens qui vous font chavirer
07:32et que l'autre n'a plus cette place-là,
07:34je pense que, voilà, donc il y a des choses qu'il faut dire.
07:36Ça dépend des moments, ça dépend...
07:38Et est-ce que jouer, c'est mentir ?
07:42Oui, mais quand on ment, on le fait avec un tel aplomb
07:44qu'on est persuadé que c'est vrai.
07:46On est persuadé que c'est vrai, les acteurs.
07:48On ment, mais par définition, ce qu'on dit est vrai.
07:51Vraiment.
07:52Il faut le ressentir sincèrement, en tout cas.
07:53Oui, avec un aplomb, avec un aplomb, quoi.
07:56Parce qu'autrement, l'autre, le public ne le croit pas.
07:59Le partenaire non plus.
08:00Et vous êtes une grande traqueuse.
08:01Je crois savoir que vous vous signez avant de monter sur scène,
08:04que parfois, il faut presque vous pousser pour monter sur scène.
08:07Oui, ça, c'est pour les seules en scène, il faut me pousser.
08:09Oui, pour les seules en scène.
08:11Quand je suis avec un partenaire, non, quand même pas.
08:13Mais les seules en scène, oui, il a fallu des fois me pousser, quoi.
08:16Parce que j'avais trop peur.
08:17Vous dites, je suis une pétochard.
08:19De revenir au théâtre, c'est compliqué pour moi.
08:21Quand on est sur les planches, le rythme est intense.
08:23On vit deux vies.
08:24Je ne suis pas comme Pierre, Pierre Arditi,
08:26pour qui la vie, c'est le théâtre.
08:27Et vous dites, vous dites quelque chose de très fort,
08:29la scène est une arène.
08:31Ah oui.
08:32Et pourtant, vous y retournez.
08:33Oui, donc, il y a un côté maso.
08:35C'est sûr.
08:36Mais oui, c'est une arène.
08:37C'est-à-dire que d'un seul coup, il y a des gens devant vous,
08:40vous leur racontez une histoire,
08:41et vous avez intérêt à être assuré.
08:43Parce qu'il faut qu'ils croient à cette histoire,
08:45il faut qu'ils soient avec vous.
08:47Donc, ce n'est pas rien.
08:48Pour moi, ce n'est pas rien.
08:50Ça me fait peur.
08:51Et quand on joue,
08:53quand il y a la caméra,
08:54ça ne me fait pas peur du tout.
08:55Mais oui, c'est ce que j'ai vu, effectivement,
08:58que la caméra,
08:58alors pas du tout, pas du tout le trac.
09:00Vous parlez même d'une amie,
09:01quand vous parlez de la caméra.
09:02Oui, quand elle se rapproche,
09:03comme ça, j'aime bien, je la vois,
09:06elle se rapproche et tout.
09:07Non, c'est comme une amie
09:08où elle déclenche des choses.
09:09Alors que le public réel,
09:12vous est hostile, a priori ?
09:14Non.
09:14Non.
09:15Ce n'est pas hostile, c'est que j'ai peur.
09:17Alors après, quand il a commencé,
09:19quand j'ai commencé à les...
09:20Mais ce n'est pas au tout début.
09:22Après, quand j'ai joué plusieurs fois,
09:24après, je vois que...
09:26Je m'habitue, en fait.
09:28Mais je ne pourrais pas faire du théâtre
09:29tout le temps.
09:30Ah oui ?
09:30Non, parce que ça me demande trop.
09:31Vous vous tissiez un lien de confiance
09:32avec le public ?
09:34Oui.
09:35Peut-être plus la pièce avance
09:36et plus vous êtes en confiance,
09:37plus vous vous sentez en confiance.
09:39Oui.
09:39Parce qu'il a ri,
09:40parce qu'il a réagi.
09:41Oui, bien sûr.
09:42C'est intéressant.
09:43Et alors, la caméra, pas du tout.
09:45Comment vous définissez
09:45ce rapport à la caméra ?
09:47Je disais qu'effectivement,
09:48elle peut déclencher les pleurs.
09:49On vous dit pleure, pleure.
09:51Oui, c'est un peu déclenché.
09:52C'est un truc de malade.
09:53Mais je pense que...
09:54Je pense que c'est schizophrène un peu.
09:56Je pense que quand on est dans une équipe...
09:59Donc, d'abord, on regarde moins les choses.
10:01Les gens, ils font la lumière,
10:02ils font le truc, chacun le truc.
10:03Bon, alors, t'as ton cap, t'as ton machin.
10:05Et il y a une équipe.
10:06Et puis, tout le monde fait le même film, quand même.
10:07C'est une équipe.
10:08On n'est pas tout seul.
10:09On n'est pas tout seul.
10:10On est regardé, mais on n'est pas tout seul.
10:12Au théâtre, on est tout seul devant le public.
10:13Il n'y a personne d'autre.
10:14Vous êtes sur scène et il n'y a personne d'autre.
10:17Il y a le public.
10:18Donc, on est à nu.
10:20Et la caméra, c'est la caméra que vous aimez
10:21ou c'est le regard derrière la caméra ?
10:23Le regard du réalisateur, la réalisatrice.
10:25C'est-à-dire la caméra.
10:27Non, je trouve ça joli, une caméra.
10:30Mais c'est aussi le regard qu'on a...
10:32C'est-à-dire qu'on a envie de faire plaisir
10:34à la personne qui vous a demandé,
10:36qui vous a choisi.
10:38On a envie qu'elle se dise
10:40« Bon, je ne me suis pas trompée.
10:41C'est vraiment la personne que j'ai. »
10:44Donc, on a envie de faire plaisir.
10:45On ne joue pas pour rien.
10:47On joue aussi pour faire plaisir.
10:49Oui, je vous pose la question
10:49parce qu'à propos de votre expérience d'actrice
10:51dans les films de Claude Lelouch,
10:52dont vous avez partagé la vie pendant un moment,
10:54vous dites « Claude, ne vous lâche pas.
10:56Vous avez tout le temps envie de l'épater,
10:58de l'émerveiller. »
10:59Ça rejoint ce que vous venez de dire.
11:00C'est un spectateur inouï.
11:01Il fait confiance à l'acteur.
11:03S'il vous a choisi, c'est qu'il a confiance.
11:06C'est cette méthode-là, peut-être,
11:07qui vous a fait tant aimer la caméra ?
11:09Oui, parce que c'était un...
11:11En plus, avec Claude, on n'a pas de place.
11:14C'est-à-dire, vous savez,
11:15on a une place quand on tourne.
11:17Lui, c'est lui qui se met à votre disposition.
11:19C'est-à-dire, il tourne autour de vous,
11:20il se met là, vous pouvez faire ce que vous voulez.
11:22Donc, il y a une liberté qui est incroyable
11:25quand on travaille avec lui.
11:26Il y a une grande liberté de jeu.
11:28C'est, entre autres, lui qui vous a fait aimer
11:30jouer devant une caméra, vous diriez ?
11:33Après, plus on fait ce métier,
11:35plus on aime jouer dans la caméra,
11:38plus on est à l'aise.
11:40Je crois que plus les acteurs travaillent,
11:42meilleurs ils sont.
11:43Vraiment.
11:44Il fut un temps, quand même,
11:45où les actrices étaient un peu des poupées
11:47ou des fervaloirs au cinéma.
11:48Vous le disiez vous-même,
11:49les grands rôles étaient assez rares pour les femmes.
11:51Vous trouvez que c'est en train de changer ?
11:53Oui, je trouve que...
11:55C'est-à-dire qu'il y a toujours
11:56beaucoup plus de rôles encore d'hommes que de femmes.
12:00C'est une évidence.
12:01Je trouve qu'à la télévision, par contre,
12:02il y a beaucoup de rôles de femmes.
12:04Et puis, surtout au cinéma,
12:06le problème que c'est les réalisateurs,
12:08les gens qui écrivent,
12:09les auteurs écrivent pour les personnes de leur âge.
12:11Et en fait, ils sont jeunes.
12:13Donc, il y a moins de...
12:15Ils écrivent pour les gens de...
12:18Donc, quand on vieillit,
12:20pour une actrice, il y a moins de rôles.
12:21Forcément, puisque les auteurs, ils écrivent...
12:25Et comment vous expliquez le fait
12:27que peut-être la télé est plus ouverte, alors, finalement ?
12:29Au rôle de femme et au rôle de tous les âges ?
12:31Oui, je crois que c'est...
12:33Moi, j'ai des rôles très beaux à la télé.
12:36Notamment dans des séries policières.
12:37Oui, policières, je pense.
12:39Mais il y en a d'autres.
12:40Il y a des rôles...
12:42Je ne sais pas.
12:42Je ne me l'explique pas.
12:43Sauf ce que je viens de vous dire.
12:45Je pense que le cinéma...
12:47Et puis, il y a tellement peu de rôles de femmes
12:49que, en fait, les vedettes féminines au cinéma
12:53se partagent les rôles,
12:55les peu de rôles qu'il y a.
12:56Donc, pour les actrices normales,
12:59entre parenthèses, c'est plus compliqué.
13:01C'est intéressant parce que vous dites
13:03que vous vous trouvez bonne actrice
13:04et que vous n'avez jamais ressenti
13:06le syndrome de l'imposteur.
13:07Et je trouve ça très fort aujourd'hui d'entendre ça.
13:10Je ne suis pas sûre qu'il y ait beaucoup de femmes
13:11qui soient capables de dire
13:12« Je suis bonne dans ce que je fais
13:13et je n'ai jamais eu le syndrome de l'imposteur. »
13:15Je crois que je l'ai eu au début.
13:17Vous l'avez eu au début ?
13:18Oui, je l'ai eu au début, mais à force de...
13:20Non, parce que je vois les autres aussi.
13:22Donc, je vois, je dis...
13:24Bon, j'ai pas...
13:26Mais c'est le travail, en fait.
13:28Je pense qu'il faut travailler.
13:30Il n'y a pas de...
13:30Les gens que je trouve, moi, fordables,
13:33c'est des gens qui travaillent.
13:34Il n'y a pas...
13:35Alors, évidemment, vous avez comme ça
13:36des gens qui ont un physique exceptionnel.
13:39Mais ces gens-là, pour que ça continue,
13:41ils travaillent.
13:42Et on doit travailler.
13:44C'est quoi, travailler pour un acteur ?
13:45C'est travailler, c'est-à-dire
13:46c'est se mettre dans le rôle,
13:50c'est voir comment il peut être...
13:51C'est travailler avec le metteur en scène aussi,
13:53c'est voir comment il peut être...
13:54Le travail que j'ai fait avec...
13:56Jean-Luc Moreau était très important.
13:58On a parlé aussi du personnage.
14:01Comment elle est ?
14:02Si elle est multiple ?
14:03Elle est enfantine ?
14:05Elle est agaçante ?
14:08Au début, la piège, elle est...
14:09Oh, qu'est-ce qu'elle est chiante !
14:11Elle est courbe !
14:12Lorsque je n'arrête pas de poser des questions...
14:14Oh là là, elle ne va pas le...
14:15Voilà !
14:16Parce que c'est comme ça, quoi !
14:17C'est pas évident, hein !
14:18J'ai un document à vous proposer, Evelyne Bouix,
14:21qui a été délivré par nos partenaires,
14:22les Archives Nationales.
14:23Je vais le mettre entre les mains
14:24et puis je vais le décrire
14:25pour les gens qui nous écoutent.
14:27Il s'agit d'une photo prise en mars 1957
14:30et c'est le wagon-restaurant
14:32de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits
14:34affecté au train présidentiel.
14:36Et vous faites fouille de la tête
14:37parce que vous avez compris où je veux en venir.
14:39C'est peut-être un des trains
14:40sur lesquels votre père a effectué des réparations
14:42puisqu'il était mécanicien
14:44pour la Compagnie Internationale des Wagons-Lits.
14:46Il vous a déjà emmené dans un de ses trains ?
14:48Il vous a fait découvrir son univers ?
14:49Non, parce qu'il était mécanicien
14:51dans les gares de triage.
14:52Donc, il n'a pas fait...
14:54Non, non, il n'a pas fait découvrir.
14:55J'avais aussi mon grand-père, lui,
14:56qui était cuisinier.
14:57Ah !
14:58Il a fait rentrer mon père comme mécanicien.
15:01Mais lui, il était cuisinier dans ces trains-là.
15:04Et moi, je les ai pris, évidemment.
15:06Et c'était exceptionnel.
15:07J'ai racheté plein de couverts, d'argenterie.
15:11C'est vrai ?
15:11Oui, mais c'était tellement magnifique.
15:13C'était tellement beau.
15:14C'est vrai que ça m'a fait beaucoup rêver,
15:15les Wagons-Lits.
15:16Oui, vraiment.
15:16C'est intéressant, parce que je ne le savais pas.
15:18C'est un truc familial, parce que mes oncles
15:19travaillaient aussi aux Wagons-Lits.
15:21C'était vraiment quelque chose d'important
15:24dans notre famille.
15:25Votre mère, elle, était agente de maîtrise en pharmacie.
15:28Et leur point commun à tous les deux, à vos parents,
15:30c'est qu'ils travaillaient beaucoup.
15:31Ils vous ont entouré de beaucoup d'amour.
15:33Vous le dites souvent.
15:34Mais ils vous ont souvent laissé seul
15:35dans ce pavillon familial qui se trouvait
15:36en banlieue parisienne.
15:37Vous savez tout.
15:38Je sais tout.
15:39J'ai travaillé, justement.
15:40Et c'est précisément cette solitude de fille unique aussi
15:43qui a fait que ça a fait de vous
15:45une petite fille rêveuse.
15:47Vous rêviez de quoi ?
15:48Qu'il m'arrive des choses.
15:50Ah oui ?
15:51Je rêvais surtout que j'adorais mes parents,
15:53mais surtout de quitter la banlieue où j'étais.
15:55Je voulais aller à Paris.
15:57Je voulais rencontrer des gens.
15:59Je voulais fréquenter d'autres gens.
16:03Je ne voulais pas du tout rester avec...
16:06C'était le fait d'être seule
16:06ou c'était la vie de vos parents
16:08que vous trouviez un peu tristoune ?
16:10Les deux.
16:10Je pense que c'était le fait d'être seule
16:13pendant tous les jeudis à l'époque.
16:14C'était le jeudi.
16:15J'étais seule tout le temps.
16:16Et puis mes parents travaillaient beaucoup.
16:18Donc j'étais toute seule très tôt.
16:20J'étais en nourrice à 6h du matin
16:22parce qu'ils partaient travailler.
16:23Parce qu'ils travaillaient loin.
16:26Donc du coup,
16:26c'est cette espèce d'ennui immense
16:29que j'ai ressenti
16:30parce que je n'étais pas cagelée, chouchoutée.
16:32Donc je me suis inventée une autre vie.
16:34Et ça passait après par le cinéma.
16:37Donc je voyais ces gens
16:38qui avaient d'autres vies
16:39et je voulais avoir d'autres vies.
16:41Donc j'ai choisi ce métier pour ça.
16:44Donc merci l'ennui finalement
16:45parce que c'est ce qui vous a aussi.
16:46Dès l'âge de 11 ans,
16:47je crois que vous voulez devenir actrice.
16:49Ça vous vient très très tôt.
16:50Oui, très tôt.
16:51Elle me faisait rêver.
16:51Toutes ces femmes me faisaient rêver en fait.
16:54Le métro boulot dodo,
16:55ce n'était pas votre truc.
16:56Non, je n'avais pas envie.
16:57Ils savaient vos parents
16:57que vous aviez envie de sortir de ça ?
16:59Ils en avaient conscience ?
17:00Peut-être qu'ils n'avaient pas eu un modèle
17:02qui vous avait séduite ?
17:03Non, parce qu'ils étaient tellement mignons
17:05que je ne leur disais pas.
17:06Je ne voulais pas les blesser.
17:07Je ne voulais pas.
17:07Mais ils avaient compris.
17:09Ils m'ont laissé très tôt
17:10aller prendre des cours de théâtre.
17:11Non, non, ils avaient compris.
17:13Mais je n'allais pas leur dire
17:14que je n'ai pas envie de vivre comme vous.
17:16Et qui vous faisait rêver
17:17parmi les actrices ou les acteurs ?
17:19À l'époque,
17:20c'était beaucoup des films américains.
17:22Vous savez,
17:23moi je voyais beaucoup de films
17:25en noir et blanc le dimanche soir.
17:27Et donc je rêvais
17:28sur beaucoup les actrices hollywoodiennes.
17:31Il y avait beaucoup de comédies,
17:33de Mankiewicz.
17:34Il y avait tout, tout, tout, tout.
17:36Il y a des noms d'actrices
17:37qui vous reviennent ?
17:37Ou d'acteurs, peut-être ?
17:38Je ne sais pas.
17:39Je ne sais pas.
17:41Il y en a tellement.
17:42Toutes, en fait, je pense.
17:43Il n'y a pas une actrice.
17:45Catherine Hepburn, Audrey Hepburn.
17:47Je veux dire,
17:47toutes ces actrices
17:48m'ont fait rêver.
17:50Et puis l'école,
17:51je crois que ce n'était pas votre truc.
17:52Non.
17:53Ce n'était pas l'univers
17:54dans lequel vous sentiez le mieux.
17:55À l'adolescence,
17:56vous rencontrez un surveillant
17:57qui partage votre passion
17:58pour le théâtre
17:58et qui vous emmène à Paris
18:00pour découvrir un cours
18:01de théâtre privé.
18:02Et là, c'est le déclic.
18:03Là, c'est le monde.
18:05Là, je vois des gens
18:05qui vont sur...
18:07Voilà.
18:07Puis d'abord,
18:08je vois des gens ensemble.
18:09Moi, j'étais fille unique.
18:09Je n'avais pas de repères.
18:11Je n'avais pas de gens
18:12autour de moi, en fait.
18:13Je n'avais pas...
18:14Donc, d'un seul coup,
18:15je vois des gens ensemble
18:16qui se parlent,
18:16qui travaillent des textes,
18:17qui parlent d'auteurs.
18:19Voilà.
18:19Donc, je me suis dit,
18:20c'est bien.
18:21À l'effet troupe, alors.
18:22C'est l'effet troupe ?
18:23D'abord, c'est l'effet
18:24qu'on est ensemble.
18:26On est ensemble,
18:26on va voir des spectacles ensemble.
18:28On travaille des textes ensemble.
18:30Je fréquente des auteurs
18:31que je ne connaissais pas.
18:32Je découvre le monde, en fait.
18:34Je découvre le monde.
18:34Et puis, vous passez une audition
18:35pour jouer à la comédie française,
18:37alors que vous n'étiez jamais
18:38à le théâtre de votre vie.
18:40Je trouve ça incroyable.
18:41Et là, vous commettez
18:42des maladresses, d'ailleurs.
18:43Je crois que vous fâchez
18:43l'acteur principal.
18:44Oui, c'est-à-dire,
18:45je ne savais même pas...
18:46Bon, la comédie française,
18:47je pense...
18:47Je passe par la mauvaise porte,
18:49qui était la porte des sociétaires.
18:51Et je tombe sur Georges Aminel,
18:52qui, après, est devenu un ami,
18:53évidemment.
18:53Mais c'était l'époque
18:54où, vous savez,
18:55il y avait des grandes...
18:55Vous ne savez pas,
18:56vous êtes trop jeunes,
18:56mais il y avait des capes.
18:57Et alors, je lui coince sa cape.
18:59Et donc, il...
19:00Ouais !
19:01Il me gueule dessus et tout ça.
19:02Je dis, oh, merde !
19:03Putain !
19:04Et je le retrouve après sur scène
19:06quand je passe mon audition.
19:07Je lui dis, oh, ben non,
19:08alors là, ça ne va pas le faire.
19:09Et en fait, bon...
19:11Ça se passe bien.
19:12Ça se passe bien.
19:12Tellement bien
19:13que vous obtenez le rôle.
19:14Est-ce que quand vous obtenez le rôle,
19:15vous vous dites, ça y est,
19:16je quitte ma vie un peu tristoune
19:19de banlieusarde ?
19:22Ben oui, je pense.
19:23Mais j'allais encore à l'école quand même
19:25parce que je prenais le train
19:26pour aller jouer à la comédie française.
19:27Mais à la comédie française,
19:28vous savez, c'est en alternance
19:29et pas tout le temps.
19:30Donc, c'était...
19:31Mes parents venaient me chercher
19:32à la gare le soir.
19:34Et j'allais à l'école.
19:36Donc, oui, je me dis, ça y est,
19:37je vis une autre vie, quoi.
19:39Et vos parents, ils validaient ce...
19:41Ils étaient trop mignons.
19:42Mes parents, ils ont tout validé.
19:44Ils ont compris que, de toute façon,
19:47il n'y avait pas d'autre solution
19:48parce que je ne m'intéressais à rien.
19:51Ben si, en l'occurrence.
19:53Oui, non, mais autrement,
19:54je ne m'intéressais pas à grand-chose.
19:55Donc, c'était intéressant.
19:57En préparant cet entretien,
19:58j'ai lu que votre père
19:59avait quand même posé une condition
20:00à cette carrière d'actrice
20:01et que vous gardiez votre nom de famille.
20:03Oui, c'est vrai.
20:03Parce qu'à l'époque,
20:04on changeait de nom.
20:05Oui, souvent.
20:05Mais encore aujourd'hui,
20:06ça peut se faire.
20:07Oui, c'est le pseudonyme.
20:07À l'époque, c'était...
20:08Les pseudonymes, c'était...
20:09Et alors, il me dit
20:10« Bon, d'accord.
20:10Je suis d'accord que tu fasses ça.
20:11Il n'y a pas de souci.
20:12Je suis d'accord. »
20:12Il me dit « Mais il y a une condition. »
20:14Je lui dis « Oui, papa. »
20:15Il me dit « Tu gardes ton nom.
20:16Tu étais bouyx.
20:17C'est une bouyx.
20:17Et tu t'appelleras toujours bouyx. »
20:19Et je lui dis « Oui, papa.
20:20Il n'y a pas de problème.
20:20En plus, je l'aime, mon nom.
20:21Ce n'est pas un nom que... »
20:23Vous avez une idée de pourquoi
20:25il voulait absolument
20:25que vous gardiez votre nom ?
20:26C'était la fierté familiale ?
20:27Oui, je crois que c'était
20:27C'était la fierté familiale.
20:29Lui, il avait essayé
20:29de faire une carrière dans le sport
20:32et je crois qu'il avait...
20:34Bon, il avait été déçu.
20:35Il y avait des choses
20:36qui ne sont pas passées
20:37comme il le voulait.
20:37Donc, je pense qu'il voulait
20:39que son nom...
20:40Voilà, que son nom...
20:41Je pense, hein.
20:42Mais c'est moi, peut-être,
20:43qui me fait des films.
20:44Soit inscrit quelque part.
20:45Soit gravé quelque part.
20:46En l'occurrence, son nom est gravé
20:47dans l'histoire du théâtre et du cinéma.
20:49C'est un beau cadeau.
20:50C'est mignon.
20:51Oui, oui.
20:51À la lueur de celle que vous êtes aujourd'hui,
20:53quel conseil donneriez-vous
20:58est confiance, est confiance.
21:00Moi, je n'avais tellement pas confiance
21:04en moi.
21:05Après, comme vous dites,
21:06je dis, bon, je sais ça,
21:07mais ça, je ne l'ai pas su tout de suite.
21:08Mais confiance...
21:10J'avais peur des gens, en fait.
21:12Les gens me faisaient peur.
21:13Les êtres humains, au-delà ?
21:15Oui, j'avais peur.
21:16Et fait fille unique, là aussi,
21:17que vous pensez ?
21:17Je ne sais pas,
21:18mais les gens me faisaient peur.
21:19Je n'étais pas à l'aise.
21:20J'étais hyper timide.
21:20Je sais, quand on me parlait,
21:22j'étais pivoine.
21:24J'étais complètement comme ça.
21:27Et si on vous avait dit
21:28que vous feriez la carrière
21:30que vous avez faite,
21:30vous auriez dit quoi ?
21:31Vous auriez ri ?
21:32Ah non, j'aurais dit,
21:33bah oui.
21:33Ah oui ?
21:34C'est paradoxal, oui.
21:36C'est paradoxal, parce que
21:37j'avais confiance en moi
21:39et en même temps,
21:40j'étais terrorisée.
21:41C'est un mélange pervers.
21:42J'étais terrorisée en même temps.
21:44C'était normal
21:44que je fasse un petit bout de chemin.
21:47Pas un énorme,
21:48mais un petit bout de chemin.
21:49Mais vous finissez quand même
21:49par quitter l'école
21:50sans avoir passé le bac,
21:51si j'ai bien compris.
21:52Et ça, aujourd'hui,
21:53est-ce que vous le conseilleriez
21:54à des jeunes filles ?
21:55Ou est-ce que c'était l'époque
21:56qui permettait ça ?
21:57C'était l'époque qui permettait ça.
21:59On pouvait faire ça.
22:00Je pense qu'il y a des gens
22:02qui sont, comme on dit dans la pièce,
22:04aptes ou pas, aptes aux études.
22:06Donc moi, j'avais...
22:08Aptes à entendre la vérité.
22:09Aptes à entendre la vérité.
22:10Je suis apte, Serge.
22:13Moi, mes parents ont très vite compris
22:14que j'étais pas apte aux études
22:16et que c'était dramatique.
22:19Ils me payaient des cours en plus
22:20de mathématiques.
22:22C'était de l'argent foutu en l'air.
22:24Vraiment, non ?
22:25C'était quand même un dossier.
22:27Donc, je sais pas
22:28si vraiment des gens ont une passion.
22:31Puisque maintenant,
22:31vous voyez que des gens
22:32comptent bac plus 5
22:33avec des trucs
22:34et qu'ils trouvent pas de travail.
22:35Je veux dire,
22:36c'est les études.
22:37Ça a beaucoup évolué.
22:38Bien sûr, si vous êtes
22:39très très fort pour les études
22:41que vous voulez faire un truc
22:42à une grande école,
22:44bien sûr qu'il faut des études.
22:45Mais si vous avez pas envie
22:45de faire ça et que...
22:47Je sais pas.
22:48Ça dépend des opportunités.
22:48Elle est dans sa passion,
22:49dans la direction de sa passion.
22:50Bon, j'ai des photos
22:51à vous proposer,
22:52Évelyne Bouygues,
22:52ça fait partie des rituels
22:53de cette émission.
22:57La première,
22:58bon, vous allez vite le reconnaître.
22:59On a déjà un petit peu parlé de lui,
23:00mais je voudrais qu'on s'arrête
23:01quand même une seconde
23:02sur votre mari,
23:03Pierre Arditi,
23:03qui a publié ses mémoires.
23:05Le souvenir de presque tout
23:06aux éditions du Cherche-Midi.
23:08Une histoire d'amour qui dure,
23:09un homme haut en couleur.
23:10Votre couple est devenu mythique
23:11dans le monde du spectacle.
23:13Beaucoup ont découvert
23:13qu'il avait aussi une plume,
23:15une belle plume.
23:15Et vous, vous le saviez ?
23:17Je le savais
23:18parce que je sais
23:19comment il écrit.
23:20et puis il me racontait
23:21ses histoires.
23:22Mais un jour,
23:22je lui ai dit,
23:22mais écris, écris,
23:23parce que c'était...
23:24Et il écrit,
23:25mais magnifiquement.
23:26C'est un auteur.
23:27C'est vraiment un auteur.
23:28C'est vous qui l'avez poussé
23:29à écrire ?
23:30Non, je ne l'ai pas poussé
23:31à écrire,
23:31mais je lui ai dit,
23:32mais si,
23:32quand on lui a proposé,
23:33je lui ai dit,
23:33mais fais-le, fais-le,
23:34parce qu'il faut que tu le mettes,
23:36il faut que ça existe
23:37sur le papier,
23:38mais il écrit magnifiquement bien.
23:40Il écrit...
23:41C'est un vrai artiste,
23:42en fait.
23:43C'est un vrai,
23:43vrai, vrai artiste complet.
23:45Oui.
23:45Moi, je suis incapable d'écrire.
23:46C'est un vrai artiste complet,
23:47puis c'est une vraie écriture.
23:49C'est pas...
23:49Il y a plein de gens
23:49qui écrivent maintenant,
23:51mais non, c'est...
23:52Vous avez appris des choses,
23:53vous, dans ce livre,
23:53ou vous saviez déjà tout ?
23:54Non, je savais,
23:55parce qu'il me racontait,
23:56il me disait,
23:56au fur et à mesure,
23:57donc je savais tout.
23:58C'est intéressant,
23:59parce que ni l'un ni l'autre
23:59n'empiète sur le terrain de l'autre,
24:01en fait,
24:01dans vos carrières respectives.
24:02C'est peut-être aussi pour ça
24:03que ça marche si bien
24:05et ça dure si longtemps,
24:06que personne ne va
24:07sur le terrain de l'autre ?
24:08Non.
24:09Il vous laisse faire vos choix,
24:09vous le laissez faire les siens ?
24:11Ah oui, on ne l'est jamais.
24:11Je n'ai jamais ces trucs,
24:12il ne l'est jamais.
24:13C'est vrai ?
24:13Jamais, jamais il a l'air.
24:14Il vous conseille quand même ?
24:16Non.
24:16Même pas ?
24:16Non, non.
24:17Non, il me dit,
24:18tu le sens, tu ne le sens pas ?
24:19Je dis, je ne sais pas,
24:19il faut que je réfléchisse,
24:20mais non, non.
24:22Non, puis lui,
24:23de toute façon,
24:23il fait ce qu'il veut.
24:25Il n'y a pas du tout...
24:26Ça ne rentre pas en ligne de compte,
24:27ça, chez nous,
24:28dans notre famille.
24:30J'ai une deuxième photo,
24:32alors ce n'est pas vraiment une photo,
24:32mais c'est une lettre
24:34reçue par, écoutez bien,
24:35un certain Alexandre Concalves
24:37de Oliveira,
24:38qui est buraliste
24:39à Uzès, dans le Gard.
24:40C'est une lettre d'excuse
24:42d'un homme
24:43qui veut se faire pardonner
24:44les multiples vols de bonbons
24:45qu'il a commis
24:46chez ce commerçant
24:47lorsqu'il était enfant.
24:48Et c'est une lettre
24:49qu'il a accompagnée
24:50d'un billet de 50 euros.
24:51Est-ce que vous voyez
24:51où je veux en venir ?
24:53Je ne sais pas.
24:54Parce que j'ai lu,
24:55mais peut-être que je me trompe,
24:56que vous aimiez bien voler aussi
24:58quand vous étiez petite.
24:59Oui, quand j'étais petite, oui.
25:01Mais oui, alors que j'avais des parents
25:02qui étaient le contraire de ça.
25:03J'étais éduquée,
25:04j'étais la franchise,
25:06j'étais éduquée,
25:06mais c'était plus fort que moi
25:08quand j'allais pour les rentrées
25:09des classes,
25:10les protèges-caillets,
25:11j'adorais la rentrée des classes,
25:12ça sentait bon et tout ça.
25:13Je piquais des crayons,
25:14je piquais tout, quoi.
25:16Et mes parents,
25:17ils auraient vu ça,
25:18ils auraient été meurtris,
25:20mais ils n'auraient pas compris
25:21avec l'éducation que j'ai eue.
25:22Ils ne l'ont pas su ?
25:23Ils ne le savaient pas ?
25:23Non, non, ils ne le savaient pas.
25:24D'accord.
25:25Parce qu'on parle même de kleptomanie,
25:27vous dites vous-même,
25:27j'étais kleptomane, quoi.
25:28Non, j'étais kleptomane.
25:29Vous avez envoyé un petit billet
25:30de 50 euros aux commerçants ?
25:32À tous les commerçants.
25:33OK, vous avez volé des choses ?
25:35Non, non, je n'ai pas été comme ce monsieur,
25:38non, je n'ai pas fait ça.
25:39Ce qui est drôle,
25:39c'est qu'à un moment donné,
25:40vous êtes prise la main dans le sac
25:41par un vigile, je crois,
25:43et alors là,
25:43c'est vos talents de comédienne
25:45qui font...
25:46Je lui dis, j'ai pleuré,
25:47je lui dis, c'est la première fois,
25:49monsieur, je vous en supplie,
25:50je vous en supplie,
25:51je pleurais, je pleurais.
25:52Il a eu pitié de moi.
25:53L'alarme facile, ça vous a aidé ?
25:55Non, c'était pas...
25:56Je m'étais convaincue
25:57que c'était une injustice.
25:59Ah bon ?
25:59Oui, d'être prise.
26:00C'était une injustice.
26:01Pourquoi j'étais prise ?
26:02C'était injuste.
26:03C'est drôle.
26:04Oui.
26:04J'ai une dernière question
26:06qui est en lien avec le décor
26:07qui nous entoure,
26:08Evelyne Bouix.
26:09Nous sommes entourés
26:09de quatre statues
26:11qui représentent chacune une vertu.
26:14Il y a la sagesse,
26:16la prudence,
26:17la justice
26:18et l'éloquence.
26:19Est-ce qu'il y a une de ces vertus
26:20qui vous parle particulièrement ?
26:21La justice.
26:22La justice ?
26:23Pourquoi, celle-ci ?
26:25Pourquoi ?
26:25Parce que je...
26:28Il y a plein de choses
26:29qui me font sortir de moi,
26:32que je trouve injustes.
26:34Aujourd'hui, dans le monde...
26:35Oui, dans le monde.
26:36Dans le monde,
26:37on a ça sous nos yeux tout le temps.
26:39Je veux dire,
26:40les lois pour les uns,
26:41les autres,
26:41il n'y a pas de loi.
26:42Donc, vraiment,
26:43mais même sur des choses,
26:46sur la mauvaise foi,
26:47même les choses toutes petites,
26:49que d'un seul coup,
26:49les gens se disent
26:50« Non, ce n'est pas comme ça. »
26:51Je dis « Mais en fait,
26:52quoi ?
26:52Tu dis « Ce n'est pas comme ça. »
26:53Tu viens de faire le contraire.
26:55Donc, même,
26:55ça peut être minuscule,
26:57mais la justice en général,
26:59vraiment.
26:59Il manque peut-être la vérité
27:00dans ses vertus aujourd'hui.
27:02C'est le thème de votre pièce.
27:03Merci infiniment,
27:04tout à l'heure,
27:04d'avoir été votre invitée
27:06dans cette belle émission.
27:06Merci de vos confidences.
27:08Et de vous être livrée
27:09comme vous l'avez fait.
27:09Je savais que cet entretien
27:11serait agréable.
27:11Je l'avais annoncé
27:12au début d'émission.
27:13Merci à vous de nous avoir suivis
27:14comme chaque semaine.
27:15Émission à retrouver en replay
27:16sur notre plateforme
27:17publicsena.fr
27:18et en podcast.
27:18Merci beaucoup.
27:19À très vite.
27:19Sous-titrage Société Radio-Canada
27:21Sous-titrage Société Radio-Canada
27:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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