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En France, les habitants ont un lien viscéral avec la forêt. Le massif forestier des Landes de Gascogne a pour emblème le pin maritime. Cet arbre d'or règne sur plus d'un million d'hectares. L'une des plus grandes forêts d'Europe n'a pourtant rien de naturel : elle est le fruit d'une plantation massive à la fin du XIXe siècle pour civiliser une terre marécageuse et sablonneuse. Mais à travers la forêt, émane également le souffle spirituel. Entre Toulouse et Marseille, la Sainte-Baume est une forêt relique, où a été construit un sanctuaire, dédié à la disciple de Jésus, Marie-Madeleine. Au fil des siècles, le lieu est devenu un important pèlerinage du monde chrétien. Année de Production :

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00:00Générique
00:41De l'océan Atlantique jusqu'à l'intérieur des terres, il est l'arbre d'or de l'Aquitaine.
00:48Le pin maritime règne sur plus d'un million d'hectares, constituant le massif forestier des Landes de Gascogne.
01:00L'une des plus grandes forêts d'Europe n'a pourtant rien de naturel.
01:04Elle est le fruit d'une plantation massive à la fin du XIXe siècle pour civiliser une terre marécageuse et
01:10sablonneuse.
01:12La grande entreprise de Napoléon III, menée depuis Paris.
01:20Mais la région entretient avec son arbre totem un rapport ambigu.
01:24S'il génère toujours une grande richesse économique, il est à l'origine d'un traumatisme.
01:30La disparition de toute une société agro-pastorale.
01:34Une histoire que certains Landais s'attachent aujourd'hui à ressusciter.
01:43Jusqu'à la deuxième moitié du XIXe siècle, la Lande, cette étendue de terre où ne poussent que quelques plantes
01:50sauvages,
01:51forme l'essentiel du paysage.
01:56Pour le poète Théophile Gautier, elle est d'ailleurs un Sahara français poudré de sable blanc,
02:04d'où surgissent de l'herbe sèche et des flaques d'eau verte.
02:08Seuls quelques bergers sur échasse, indispensables pour parcourir des grandes distances et traverser les marécages, sont présents.
02:18Le Grand Plateau Landais, c'était quelque part un gigantesque désert.
02:21On l'appelait ça la Grande Lande, on l'a comparé au Kamchatka, on l'a comparé à la Tartarie.
02:28On a eu quantité de métaphores exotiques parce qu'on n'arrivait pas à comprendre l'identité exacte de ce
02:32pays,
02:33qui était en fait beaucoup plus complexe qu'un simple désert de sable.
02:36Et on se disait, qu'est-ce que c'est que cette espèce de paysage d'Afrique, de Sahara, à
02:41l'intérieur même de la France ?
02:42C'est un scandale. Il faut coloniser ce pays. Et il y a eu quantité d'entreprises coloniales qui sont
02:48nées à partir de la fin du XVIIIe siècle.
02:50Beaucoup n'ont pas compris la nature de ce sol, qui est un sol très pauvre, un sol de sable
02:55très pauvre.
02:57Cette terre quasi-vierge fait la convoitise de certains industriels,
03:02qui tentent d'implanter du riz, du tabac, du coton et même des dromadaires en 1827.
03:08Sans succès, les dunes poussées par le vent et l'océan menacent toutes les cultures.
03:15En sous-sol, une couche imperméable empêche les eaux de pluie de s'infiltrer,
03:20transformant la surface tantôt en marécage, tantôt en désert aride, suivant la saison.
03:27Le pin maritime, existant déjà ici de manière éparse,
03:32est la seule espèce capable, grâce à ses racines, de percer cet obstacle et d'assainir le territoire.
03:39Les avantages du pin maritime, c'est d'abord qu'il pousse très facilement,
03:43et c'est qu'il est d'un grand rendement,
03:44et qu'on avait compris depuis au minimum la fin du Moyen-Âge,
03:47que c'était le meilleur moyen de mettre en valeur ces terres, et donc de s'enrichir.
03:52Le pin est ce qu'on appelle une essence de lumière,
03:55et il se prête beaucoup mieux à la colonisation des espaces déserts.
04:00Donc, pour mettre en valeur des terrains sableux,
04:03le meilleur moyen, c'était le pin, qui en plus était rentable,
04:06puisque le pin produisait de la résine, de la poie,
04:08et il était de bien meilleure qualité, évidemment,
04:10que le bois de chêne, qui n'est pas de très très grande qualité dans les Landes.
04:15Le 19 juin 1857, Napoléon III, persuadé que le pin fera la fortune de la région,
04:21promulgue la loi relative à l'assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne.
04:27Communes et propriétaires terriens doivent planter massivement.
04:32La société locale, organisée autour des bergers échassiers, est menacée.
04:41On disait à l'époque, ces gens sont des sauvages,
04:44ils se promènent sur les chasses, ils sont vécus de peau de bête.
04:47Donc, on considère que les Landais sont des sauvages,
04:49et qu'ils sont incapables de cultiver leur pays,
04:52et donc, ils font une intervention autoritaire,
04:54et à ce moment-là, on parle de colonisation.
04:55Du coup, il y a un aspect extrêmement autoritaire,
04:58sous prétexte de salubrité publique,
05:00dans l'action de Napoléon III,
05:02car en gros, on nous a expliqué que les Landes, en quelque sorte, n'étaient rien,
05:06et que du jour au lendemain, elles sont passées à la lumière,
05:09au progrès, à la civilisation, à la richesse.
05:12Au cœur de la future forêt,
05:15Napoléon III, que l'histoire reconnaîtra comme le régénérateur des Landes,
05:19achète près de 7 000 hectares de terre sur ses deniers personnels.
05:25Le domaine impérial de Solferino,
05:27du nom de la bataille qu'il vient de remporter en Italie,
05:31voit le jour en 1863.
05:35Le village de Solferino, il est une réalisation en miniature
05:40des pensées progressistes de Napoléon III.
05:43Il y avait la révolution industrielle en Grande-Bretagne,
05:46qui l'a beaucoup inspirée,
05:48et en même temps, il voulait soigner la population agricole,
05:51donc il a créé des domaines agricoles.
05:54L'idée, c'était qu'il y ait une vie en communauté,
05:56avec des commodités communes,
05:59et c'était des maisons qui étaient quand même assez bien équipées,
06:02et c'est vrai que les maisons landaises au sol de terre battue,
06:05avec peu d'aménagement,
06:07n'avaient rien à voir avec ces maisons à étage.
06:08Il n'y avait pas du tout de maisons à étage dans les Landes, par exemple.
06:11Là, on a des cotages avec un étage, un escalier,
06:14tout ça, c'est des trucs inconnus.
06:16Donc c'est quand même aussi une sorte de modernité, ce village.
06:21Dans ce village expérimental,
06:24sorte d'utopie agricole et sociale
06:26qui doit accompagner le développement de la forêt,
06:29les fermes, appelées à l'anglaise « cottage »,
06:32sont mises à la disposition d'ouvriers agricoles
06:35en échange de 75 journées de travail par an.
06:39Le couple impérial entend coloniser cette région peu peuplée.
06:46Ici, c'est l'avenue du Centenaire,
06:48qui était le cours Napoléon.
06:49Où se trouve l'église Sainte Eugénie,
06:51qui est au milieu de la route,
06:53à l'intérieur de laquelle se trouvent les vitraux
06:55avec les lettres E de l'Eugénie
06:58et N de Napoléon.
07:00Il y a le vitrail qui est en étoile,
07:02et dans chaque branche, il y a l'illustration
07:04d'une culture qui a été faite à Solferino.
07:06Il y a un épi de maïs, du seigle,
07:11une fleur de tournesol,
07:12il y a aussi une pomme de pin,
07:13évidemment, pour la forêt des Landes.
07:17L'expérience du village de Solferino
07:19s'arrête brusquement en 1870
07:21avec la chute du Second Empire.
07:25Mais rien ne peut retenir la marche conquérante
07:28de la gigantesque forêt,
07:29qui continue à croître.
07:32Balafré par les routes et le chemin de fer
07:34de l'époque napoléonienne,
07:36le village de Labouère
07:38reste le témoin de cette lande sacrifiée.
07:41Ici, on veut rétablir une autre histoire
07:44que celle qui glorifie la plantation des pins.
07:47Félix Arbaudin.
07:52Donc tu vois, là c'est les résignés.
07:55Là on voit la forêt de pins,
07:57donc il n'y avait plus de bergers,
07:59ou quasiment plus,
08:00parce qu'ils pouvaient plus se déplacer
08:02dans la forêt,
08:03plus surveiller leurs troupeaux.
08:05Et très souvent, ils se reconfusent.
08:08Donc ils se faisaient embaucher
08:10par les propriétaires.
08:13Ils devenaient résignés, quoi.
08:14Ouais.
08:15Dans tous les sens du terme.
08:17Ouais, résignés.
08:20Ces milliers de photographies sont l'œuvre de Félix Arnaudin.
08:24Fils de la bourgeoisie locale,
08:26il refuse la transformation de la lande de son enfance.
08:30Pendant 50 ans,
08:32il s'attache à documenter des traditions
08:34et des paysages qui meurent sous ses yeux.
08:38sans lui, on ne saurait rien des véritables landes
08:42et de cet extrême horizon, comme il disait.
08:46Et il s'est engagé à tout sauver.
08:52Avant 1875, il y avait sur cette grande lande,
08:56essentiellement des bergers sur les chasses,
08:58et un million de bêtes.
09:00À partir du moment où la loi d'assainissement
09:02a été promulguée par Napoléon III,
09:05ça a été un choc, un bouleversement total
09:06pour les gens.
09:10Il y a énormément de bergers qui se sont suicidés
09:12parce qu'ils étaient dépossédés de leur terre.
09:15Il y avait un droit de paquage
09:16sur toutes les communes.
09:18Et les bergers qui ont mis le feu
09:21aux premières forêts
09:22en signe de révolte
09:24étaient condamnés à mort.
09:29Les bouleversements de cette époque
09:31renferment les racines
09:32d'une identité politique landaise
09:34de révolte et de futur syndicalisme,
09:37dont Félix Arnaudin
09:38fut le premier défenseur.
09:42Pour lui, il y avait une vie naïve et libre
09:47qui se transformait en devoir de profit,
09:51d'argent à tout prix.
09:53C'est comme ça qu'il a interprété les choses.
09:56Il était visionnaire
09:57parce qu'il avait dit
09:58que ça créait de grands incendies
09:59et que les tempêtes allaient dévaster cette forêt.
10:02Il était farouchement opposé
10:04à ces pains en rang d'oignons,
10:07comme il disait,
10:08qui bornent la vue et bêtent la pensée.
10:11Mon arrière-grand-oncle,
10:12je pense que c'était une personne
10:14un peu farfelue.
10:15pourquoi, dans cette famille
10:17de petites bourgeoisies landaises,
10:22pourquoi lui s'est dit
10:23« Non, je ne veux pas que ça disparaisse,
10:25je veux faire des photos,
10:27je veux immortaliser cette lande. »
10:30Alors, les gens l'appelaient souvent,
10:32en patois,
10:33« loupec ».
10:34« Loupec », ça veut dire « le fou ».
10:38À l'aube du XXe siècle,
10:40les pains envahissent progressivement
10:42un million d'hectares de landes.
10:44Les usines de papeterie prospèrent,
10:47la France a besoin de bois
10:48pour achever sa révolution industrielle.
10:51La richesse de l'arbre d'or
10:53se trouve surtout dans sa résine,
10:55dont l'exploitation pour l'industrie chimique
10:57fait vivre des milliers de familles.
11:00La sève contenue dans l'écorce du pain
11:03permet d'obtenir l'essence de térébenthine,
11:05produits détachants et solvants
11:07que l'on retrouve dans les peintures.
11:10« Que canti, yo que canti,
11:15canti paal per you,
11:18canti paal ma mio,
11:22que j'oppré de you. »
11:27Mon père était résigné,
11:29mon grand-père aussi,
11:30et donc c'était le travail,
11:34le seul travail qu'il y avait
11:36véritablement dans cette forêt ici.
11:38Il y avait des milliers et des milliers
11:39de personnes qui travaillaient
11:41dans la forêt.
11:43Le métier était quand même très physique.
11:46On parcourait, je ne sais pas,
11:48au moins 15 kilomètres par jour
11:50et puis par tous les temps.
11:51C'était là,
11:53il ne s'agissait pas de se mettre
11:55à l'ombre quand il faisait trop chaud
11:58ou à l'abri quand il pleuvait.
12:01Mais ces pains qui rapportent tant
12:03sont particulièrement vulnérables
12:06aux catastrophes naturelles
12:07du fait de leurs plantations industrielles
12:10mal pensées au 19e siècle.
12:13En 1949,
12:15le feu du siècle détruit
12:16une grande partie de la forêt
12:18et prend la vie de 82 personnes.
12:21Puis les tempêtes,
12:23comme celle de 1999,
12:25mettent à nouveau à mal
12:26toute une économie.
12:28Il devient urgent de repenser
12:30l'exploitation de la plus grande forêt
12:32artificielle d'Europe.
12:35Près de Loucha,
12:37au sud de Bordeaux,
12:38c'est un nouveau massif
12:40qui se développe.
12:41Fini la monoculture de pain,
12:44ici,
12:45chênes,
12:46feuillus
12:46et arbustes
12:47sont invités à croître
12:48en harmonie
12:49avec l'arbre roi.
12:51Voilà, donc ici,
12:52on est devant
12:52le pain numéro 228.
12:55Il a une petite plaquette.
12:57Tous les arbres de la parcelle
12:58ont une petite plaquette métallique
13:00avec un numéro.
13:01C'est moi qui les ai posés.
13:02Et celui-ci,
13:03il est un peu courbé en haut,
13:04mais c'est quand même
13:05un arbre assez joli.
13:07J'ai en tête un petit peu
13:08la personnalité
13:09de beaucoup de mes arbres.
13:11et je vis avec eux.
13:15Dans cette partie
13:16du massif forestier,
13:18on défend une sylviculture
13:20irrégulière,
13:21moins industrialisée,
13:23qui donne un bois
13:24de meilleure qualité
13:25et doit permettre à terme
13:26une régénération naturelle
13:28des espèces.
13:31Je pense que ce qui est primordial,
13:34c'est de respecter
13:35le fonctionnement naturel
13:36des milieux,
13:38de la forêt,
13:39conserver au mieux
13:40les habitats
13:42pour une diversité maximale
13:44de la faune,
13:45pareil pour la flore,
13:46c'est-à-dire laisser évoluer
13:48au mieux cette machine
13:50très dynamique
13:51qui est un milieu naturel,
13:52une forêt.
13:53et si on la laisse faire,
13:55c'est spectaculaire.
13:56Dans certains cas,
13:58en 5 ou 10 ans,
14:00on a un changement radical
14:01et positif.
14:04Un siècle et demi
14:05après la plantation massive
14:07imposée depuis l'État central,
14:09les Landais se réapproprient
14:11enfin l'histoire
14:12et la marche de leur forêt.
14:28Il y a ici comme un souffle,
14:30quelque chose qui bat secrètement,
14:33une force primale
14:34qui vous ramène à vos origines.
14:42À une quinzaine de kilomètres
14:44de la côte méditerranéenne,
14:46entre Toulon et Marseille,
14:48la Sainte-Baume,
14:50une forêt relique
14:51préservée depuis la fin
14:53de l'ère glaciaire
14:54il y a 12 000 ans.
14:59Et au cœur de cette forêt,
15:01comme fondue dans la roche,
15:03c'est un sanctuaire
15:04qui a été construit,
15:05dédié à la disciple de Jésus,
15:08Marie-Madeleine.
15:10Un lieu devenu au fil des siècles
15:12un important pèlerinage
15:14du monde chrétien.
15:16La Sainte-Baume
15:18est une montagne sacrée.
15:20Son histoire
15:21est celle d'un lien puissant
15:23et mystérieux
15:24entre une forêt
15:26et les hommes
15:27qui, encore aujourd'hui,
15:28comme une expérience initiatique,
15:31la traversent
15:32pour se retrouver.
15:33J'avais vraiment la sensation
15:35d'être attiré par cette forêt.
15:36Ce n'est pas pour rien
15:37si avant Marie-Madeleine,
15:39on dit qu'elle était célébrée
15:40par la déesse Artemis.
15:42Si vous voulez,
15:43cette forêt,
15:44cette montagne,
15:44la Sainte-Baume,
15:45on dit la Sainte-Baume,
15:46c'est vraiment un symbole
15:48de féminité.
15:48De nombreuses personnes
15:50qui sont venues ici
15:51ont eu leur vie changée.
15:53C'est vraiment
15:54une forêt qui marque.
16:051148 mètres de haut
16:06en son point culminant
16:07sur 12 kilomètres de long,
16:10la Sainte-Baume
16:11est une barrière
16:12toute de calcaire.
16:14À son pied,
16:15sur la face nord,
16:16sa forêt relique,
16:18130 hectares luxuriant
16:20au milieu de la sèche Provence.
16:23Pour se rendre compte
16:24de cette bizarrerie,
16:26il faut d'abord
16:26se balader à sa périphérie,
16:28parmi les chênes verts,
16:30dans ce paysage
16:31typiquement méditerranéen.
16:34Ce qui est extraordinaire ici,
16:37c'est que sur une distance
16:38relativement courte,
16:40on a un changement
16:42de végétation remarquable,
16:44puisque de ce côté-ci,
16:46on voit une végétation
16:48de garigues,
16:49c'est-à-dire du cyste,
16:50du romarin,
16:52du thym,
16:53de la sarriette,
16:54c'est-à-dire des plantes
16:55que l'on trouve habituellement
16:56dans la garigue sèche,
16:58ailleurs,
16:58en Provence,
16:59bien entendu.
17:01C'est le feu
17:02et le pastoralisme
17:04qui, depuis le néolithique,
17:05il y a environ 6 000 ans,
17:07ont façonné
17:08ce paysage méditerranéen.
17:10D'ici,
17:11le vert tendre
17:12de la Sainte-Baume,
17:13à peine jauni
17:14par l'automne,
17:16détonne.
17:20Alors en fait,
17:21cette forêt
17:21de la Sainte-Baume
17:22est un petit peu
17:24représentative
17:25de ce que pourrait être
17:26la forêt
17:26dans toute la région.
17:28Si l'homme
17:29ne l'avait pas détruite,
17:31ne l'avait pas coupée,
17:33certains parlent
17:33de forêt refuge,
17:35c'est-à-dire
17:35qu'elle s'est réfugiée
17:37ici,
17:37dans ce petit creux-là,
17:39au pied du rocher,
17:41où elle est protégée
17:42à la fois
17:43par des conditions
17:44climatiques
17:45très particulières,
17:46mais aussi
17:46par l'homme
17:47qui n'a pas exercé
17:49d'action destructrice
17:51à son égard.
17:52À quelques kilomètres
17:54à peine
17:54de la mer Méditerranée,
17:56une forêt d'if,
17:57de houe
17:58et de hêtre.
17:59Une odeur
18:00de bois mort
18:01et d'humus.
18:03Des sépultures
18:04ont été retrouvées ici,
18:05remontant à l'âge
18:07du fer
18:07et aux populations
18:09celtes et ligures.
18:11Il y a
18:12un écrivain romain
18:13qui s'appelait
18:14Lucain,
18:15qui vivait au premier
18:16siècle de notre ère,
18:18c'était le neveu
18:19de Sénèque,
18:20qui parle de la période
18:21de Jules César,
18:23c'est-à-dire
18:23cent ans auparavant.
18:24Ce n'était pas
18:25la même période,
18:25c'était cent ans
18:26auparavant.
18:27Et lorsque Jules César
18:29est venu avec ses soldats
18:30pour couper du bois
18:32lors du siège
18:34de Marseille,
18:34les populations
18:37locales
18:37lui ont fait savoir
18:38que ce bois
18:39était sacré
18:40et qu'il ne fallait pas
18:41toucher aux arbres
18:42de la forêt.
18:44Et dans le texte
18:45de Lucain,
18:45il est dit
18:46qu'il y avait
18:46un bois sacré
18:48qui n'avait jamais
18:49été profané.
18:51Et il décrit
18:52des idoles
18:53en bois,
18:55des cultes païens,
18:56etc.
19:01Il faut traverser
19:02la forêt
19:02et marcher
19:03jusqu'au pied
19:04de la paroi rocheuse
19:05pour accéder
19:06au sanctuaire
19:07de Marie-Madeleine,
19:08la prostituée
19:09qui, dans l'Évangile,
19:11est convertie
19:11par le Christ
19:12et assiste
19:13à sa crucifixion
19:14et à sa résurrection.
19:19D'après la tradition
19:21chrétienne,
19:22elle serait arrivée
19:23ici
19:23en l'an 47
19:25de notre ère.
19:31Elle débarque
19:32de Palestine
19:33où elle aurait été
19:34chassée
19:35par les persécutions.
19:36Elle aurait évangélisé
19:37avec son frère
19:39Lazare
19:39et sa sœur
19:40Marthe
19:40avant de se retirer
19:42dans ce lieu
19:43impressionnant
19:44avec
19:45une certaine grandeur
19:46de la falaise
19:47et en même temps
19:48austère.
19:49Une grotte sombre,
19:51il n'y a pas le soleil
19:52de tout l'hiver,
19:53il y a l'humidité,
19:54on entend les gouttes
19:55qui tombent
19:56régulièrement
19:57et donc
19:58le désir
20:00d'être
20:00avec Jésus
20:02qui l'a
20:03sauvé
20:04de la mort
20:04et du péché,
20:06le désir
20:07de se retirer
20:08dans la solitude
20:08avec lui,
20:09de n'être qu'à lui
20:10par amour.
20:15Un peu avant
20:16de mourir,
20:17Marie-Madeleine
20:18redescend
20:19dans la plaine
20:19pour recevoir
20:20la communion
20:21de Saint-Maximin.
20:22Voilà la grotte,
20:24Baumeau
20:25en Provençal
20:26qui donnera
20:27Baume,
20:28devenue
20:28sainte et gardée
20:29à partir du
20:30Vème siècle
20:31par différents
20:32ordres monastiques
20:33qui placent
20:34le massif
20:34sous leur protection.
20:36La Sainte-Baume
20:38attire avec un succès
20:39grandissant
20:40les premiers pèlerins
20:41et au XIIIe siècle,
20:43le roi Saint-Louis
20:44de retour de croisade
20:46se rend ici
20:47tandis que son neveu,
20:48Charles II d'Anjou,
20:50comte de Provence,
20:51se met en tête
20:52de retrouver
20:53les reliques
20:54de la Sainte.
20:55Il les recherche
20:57et il les retrouve
20:58ce qui donne
20:59un élan
20:59à ce pèlerinage
21:01et le comte de Provence
21:02pour ce lieu,
21:04pour donner
21:04un éclat particulier
21:05à ce lieu,
21:06choisit une communauté
21:07qui est apparue
21:07il n'y a pas longtemps
21:08qui sont les Dominicains.
21:09Les Bénédictins
21:10sont des moines
21:11qui visent
21:12à la contemplation
21:13dans une communauté
21:14retirée du monde.
21:16Les Dominicains
21:17contemplent
21:18mais veulent partager
21:19leur contemplation.
21:20Les frères,
21:21du coup,
21:21à la fin du XIIIe siècle
21:23sont installés ici
21:24et en resteront
21:26les gardiens
21:26jusqu'à aujourd'hui.
21:47Il y a toujours eu
21:48derrière moi
21:49le lieu pour les frères
21:51avec la clôture,
21:52ce lieu réservé
21:53à leur contemplation,
21:55justement,
21:55à leur permettre
21:56de pouvoir ouvrir
21:58l'Écriture,
21:58faire de la théologie,
22:00prier
22:01dans le silence
22:02et à ma droite
22:04ici,
22:05des bâtiments
22:06beaucoup plus importants
22:07que ceux
22:08qu'on voit actuellement
22:09sur quatre étages
22:10dont on voit
22:11les pierres d'attente
22:12dans la falaise
22:13encore aujourd'hui.
22:19Ils ne le savent pas toujours,
22:21les pèlerins
22:21de la Sainte-Baume
22:22auxquels se mélangent
22:23aujourd'hui
22:24de simples visiteurs
22:25mais ils empruntent
22:26ce qui devient
22:27à partir du XIVe siècle
22:29l'un des plus importants
22:30chemins de l'Occident catholique,
22:32le chemin des rois
22:34qui traverse une forêt
22:35qui va désormais
22:36être sous protection royale.
22:39Et en 1516,
22:41c'est François Ier,
22:43peu après sa victoire
22:44à Marignan,
22:45qui ici
22:46semble venir
22:47rendre grâce
22:47aux arbres reliques
22:49autant qu'à la Sainte.
22:53François Ier
22:53était un grand mécène,
22:54il est venu
22:55trois fois
22:55à la Sainte-Baume
22:56et la troisième fois,
22:57il a vraiment orienté
22:58son mécénat
22:59sur la protection
23:00à part des ordonnances.
23:01Il y avait des amendes
23:02qui pouvaient être données
23:03aux gens
23:04qui enfreignaient
23:06l'ordonnance
23:07qui avait été faite
23:08de ne pas couper,
23:09de ne pas faire pètre
23:10les troupeaux
23:10et de ne pas utiliser
23:13pour les vaisseaux,
23:14les bateaux
23:14parce qu'on utilisait
23:15le bois pour cela.
23:18Si la forêt,
23:19indemne,
23:20traverse les siècles,
23:21les infrastructures,
23:23elles,
23:23souffrent du passage
23:24du temps
23:25et des visiteurs.
23:28Et c'est parce que
23:28François Ier
23:29fait le constat
23:30d'un délabrement
23:31de l'ensemble
23:31qu'est décidé
23:32l'édification
23:33de sept oratoires
23:35qui balisent
23:36le chemin des rois
23:37puis celui du Saint-Pilon
23:38qu'on emprunte
23:39pour accéder à la crête.
23:42C'était vraiment
23:43pour offrir
23:44un chemin
23:45de pèlerinage
23:46dans la nature
23:46parce qu'ils sont
23:47tous dans la nature
23:48et ils nous font faire
23:49un chemin
23:49on va dire
23:50d'ombre
23:50vers la lumière
23:51que l'on sent
23:52quand on est
23:52au septième oratoire
23:53que là
23:54on arrive sur la lumière.
23:56Et chaque halte
23:57qui se fait
23:58raconte un épisode
23:59de la vie
24:00de Marie-Madeleine
24:00et ça permet
24:02de faire
24:03une halte
24:03consciente
24:04et d'écouter
24:05cette parole
24:05qu'on a aussi
24:06à trouver
24:07quand on se met
24:07en chemin
24:08avec Marie-Madeleine.
24:11La récompense
24:12à près de 1000 mètres
24:14comme sortie
24:14de la Méditerranée
24:16qu'on voit
24:16d'ici nettement
24:17une vague
24:18de calcaire
24:19sur laquelle
24:20le pèlerin glisse
24:21sa foi pour planche
24:22un peu plus près
24:24du cœur
24:24de la Sainte.
24:27Tous les chemins
24:28qui mènent
24:29à la Saint-Bor
24:30convergent
24:31au Saint-Pilon.
24:32C'est un lieu
24:33qu'on peut aborder
24:34par des aspects différents
24:36soit la beauté
24:37et du lieu
24:37mais c'est quand même
24:39le lieu
24:39d'élévation
24:40de Marie-Madeleine.
24:41C'est là
24:41où l'on dit
24:42dans la tradition
24:43qu'elle est portée
24:44cette fois
24:44par les anges
24:45et nourrie
24:46de manière céleste.
24:52C'est un chemin
24:54pèlerin
24:54qui à travers
24:55un chemin
24:56de montée
24:56à l'extérieur
24:57te fait faire
24:58un chemin
24:58de montée
24:59à l'intérieur
25:00de toi aussi
25:01et pour terminer
25:02je dirais vraiment
25:03par le silence
25:04et le recueillement.
25:08Toutefois
25:09c'est plus souvent
25:10dans le bruit
25:11et les fracas
25:11que s'écrit
25:12l'histoire
25:13et pendant la révolution
25:15à la Sainte-Baume
25:16ils sont assourdissants.
25:18Le sanctuaire
25:19est détruit
25:20et la forêt
25:20mise en vente
25:21sauvée in extremis
25:23par le marquis
25:23d'Albertas
25:24qui la rachète.
25:26Les troubles passés
25:27un nouveau lieu
25:28d'accueil
25:29est construit
25:29au pied de la montagne
25:30l'hostellerie
25:32qui héberge
25:33dominicains,
25:34pèlerins
25:34et visiteurs.
25:44Des débats
25:45ont lieu
25:45sur l'avenir
25:46de la Sainte-Baume
25:47et tandis
25:49que la société
25:49s'industrialise
25:51la forêt
25:51devient domaniale
25:53et est de plus en plus
25:54perçue
25:55comme un symbole
25:56de paradis perdu.
26:02Un paradis
26:03où aujourd'hui
26:04à l'heure
26:05où se joue
26:05une révolution écologique
26:07l'on vient
26:07pour sentir
26:08et mieux comprendre
26:09tout ce qui vit
26:10et qui n'est pas humain.
26:14Dès lors
26:15qu'on installe
26:16un miroir
26:16on voit les choses
26:17complètement différemment.
26:18On a une vision
26:20sous nos pieds
26:21et on est
26:22dans la verticalité.
26:23Et ça nous permet
26:24si vous voulez
26:24d'appréhender
26:26à la fois
26:27la nature
26:28mais aussi
26:28nos semblables
26:30d'une autre manière.
26:33Cette forêt
26:34nous donne
26:35un autre regard
26:36sur la nature.
26:38Elle nous permet
26:38d'y installer
26:39de la spiritualité
26:40et un grand respect.
26:41Je pense
26:42que nous sommes
26:43la nature.
26:46Parler aux hommes,
26:47aux arbres,
26:48aux oiseaux.
26:54Les entendre
26:55nous parler,
26:56voilà à quoi
26:57invite la Sainte-Baume.
26:59Étendre la communauté
27:00par-delà l'humain.
27:03Découvrir
27:04une nouvelle carte
27:05du vivant
27:06faite de mutualisme.
27:09Retrouver
27:10une sensibilité
27:11au vivant,
27:12son prodige
27:13et ses métamorphoses.
27:15« Je me suis aperçu
27:17qu'on pouvait
27:19ressentir
27:19une attirance
27:20par rapport
27:21à cette forêt
27:22s'il y avait
27:23quelque chose
27:24de viscéral,
27:24quelque chose
27:25de profond
27:25et de très doux.
27:31quand je passe
27:32dans cette forêt,
27:33j'ai vraiment
27:33l'impression
27:34de rentrer
27:34dans un autre monde,
27:35dans quelque chose
27:36qui me ramène
27:38à avant la naissance,
27:40une renaissance.
27:42Qu'était-on
27:43avant notre naissance ?
27:45Quelques atomes
27:46de feuilles,
27:47de lichens,
27:48un ray de lumière,
27:50un morceau
27:51de Sainte-Baume
27:52disséminé
27:53dans l'univers.
27:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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