- il y a 24 minutes
L'invitée de 8h20 est Gisèle Pelicot, qui publie un livre coécrit avec la romancière Judith Perrignon, intitulé "Et la joie de vivre". Elle revient sur son histoire tragique et la manière dont elle est devenue, malgré elle, un symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes.
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-16-fevrier-2026-2462596
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00:00Son visage est connu dans le monde entier, elle est devenue, sans le vouloir, le symbole de la lutte contre
00:05les violences sexuelles,
00:06le symbole de la dignité aussi lors d'un procès qui restera dans l'histoire.
00:10Bonjour Gisèle Pellicot.
00:12Bonjour.
00:12Merci d'avoir choisi France Inter ce matin pour nous parler de votre livre, Et la joie de vivre,
00:17édité chez Flammarion, écrit avec Judith Pérignon, un récit intime et bouleversant de votre histoire.
00:23Gisèle Pellicot, vous êtes entrée dans la lumière à l'automne 2024, lors du procès de votre mari,
00:29et des 50 hommes qui vous ont violé alors que vous étiez inconsciente, c'est daté par Dominique Pellicot.
00:35Je voudrais commencer par le titre de votre livre, Et la joie de vivre.
00:39Il peut paraître étonnant ce titre et en vous lisant, on comprend que cet élément vital est à la fois
00:45une immense revanche
00:46sur ceux qui ont abusé de vous comme si vous étiez morte et que c'est aussi cette pulsion de
00:50vie qui vous a fait tenir face à l'innommable.
00:54On peut avoir traversé ce que vous avez vécu et revendiqué la joie de vivre, Gisèle Pellicot.
01:00Oui, c'est vrai, ça peut paraître étonnant vis-à-vis de certaines personnes, mais cette joie de vivre, il
01:05faut avant tout le préciser, je la tiens de mes parents.
01:10Ce livre, c'est quand même une saga familiale, c'est le parcours de trois générations de femmes avec leur
01:16parcours de vie,
01:18les drames, leur joie, mais aussi leur résilience et surtout cette joie de vivre.
01:23Ça, je pense que toute petite, je me suis rendue compte qu'à travers le malheur, il fallait garder cette
01:28joie de vivre.
01:28Et elle m'appartient encore aujourd'hui, malgré toutes les épreuves que j'ai pu traverser dans ma vie.
01:33Alors, il faut revenir avec vous au point de départ, donc ce 2 novembre 2020, vous êtes convoquée au commissariat
01:41de Carpentras avec votre mari
01:42quelques semaines après son interpellation pour avoir filmé sous les jupes de femmes dans un supermarché.
01:48Le sous-brigadier qui vous reçoit va, en fait, vous montrer des photos de vous inertes et vous annoncer que
01:5653 hommes seraient venus chez vous pour vous violer.
01:59Vous vous dites, à ce moment-là, mon cerveau s'est arrêté.
02:03Oui, parce que quand on vous annonce une telle horreur, à ce moment-là, mon cerveau s'arrête, bien sûr,
02:09parce que je n'imagine pas une seconde que M. Pellicot ait pu commettre ses crimes.
02:14Je n'y crois pas du tout, parce que j'ai quand même partagé 50 ans de ma vie avec
02:19lui.
02:19Je n'ai jamais pu me rendre compte que c'était un homme pervers.
02:24Bien sûr, on a traversé des moments difficiles, comme tous les couples, je crois.
02:28Mais de là à m'annoncer que 53 individus étaient venus dans ma chambre à coucher pour me violer avec
02:35l'accord de M. Pellicot,
02:37parce qu'il a aussi participé à tous ces viols.
02:40Donc je crois que je fais une dissociation, parce que j'écoute ce qu'on me dit, mais je ne
02:47l'entends pas.
02:48Et mon cerveau s'arrête.
02:49Et vous ne vous reconnaissez pas sur les photos ?
02:51Et je ne me reconnais pas sur les photos, absolument pas.
02:53Vous êtes dans un état de sidération, vous le racontez dans votre livre, vous rentrez chez vous,
02:58et d'ailleurs vous racontez que le premier réflexe que vous avez, c'est de faire le ménage.
03:03À quel moment est-ce que vous prenez conscience de l'horreur de ce qui vous est arrivé ?
03:09Quand je rentre chez moi, le fait que ma maison est en désordre, parce qu'ils ont cherché les médicaments.
03:14Et puis moi, tout ce que j'ai entendu dans ce commissariat, bien sûr je me dis que c'est
03:17faux, qu'il va revenir.
03:20J'ai mon petit bulldog aussi, je décris la scène, ce petit bulldog qui est devant la grille, qui attend
03:24son maître,
03:25et je me dis que tout ça va s'arrêter, ce cauchemar va s'arrêter.
03:29Et puis, il n'en est rien, et je dois, le lieutenant Perret me demande d'appeler une amie,
03:35parce qu'il ne faut pas que je reste toute seule.
03:37J'appelle ma meilleure amie, Sylvie, et quand elle arrive, je crois que c'est à ce moment-là,
03:41elle s'assoit face de moi, et je lui dis, tu sais, j'ai quelque chose de très grave à
03:45t'annoncer.
03:46Dominique m'a violée et fait violée.
03:48Et là, je vois dans son regard qu'elle aussi n'y croit pas.
03:51Parce que tous les amis, toute la famille, tous ceux qui le connaissaient,
03:55ne pouvaient pas imaginer l'horreur de cette nouvelle, en fait.
03:58Et c'est le fait de prononcer ces mots qui vous font prendre conscience de ce qui vous est arrivé.
04:03Et là aussi, et vous le décrivez très bien dans votre livre,
04:06vous prenez conscience de ce qui vous est arrivé pendant dix ans,
04:09avec notamment des problèmes de santé que vous aviez, ou du moins que vous croyez avoir.
04:15Vous aviez des absences, vous aviez peur d'être atteinte d'une tumeur au cerveau,
04:19et d'en mourir comme votre mère.
04:21Vous avez subi une errance médicale, vous allez voir des médecins qui ont du mal à saisir ce qui vous
04:25arrive.
04:26Et en fait, vous vous rendez compte que vous n'étiez pas malade.
04:28Ça, ça a été la bonne nouvelle.
04:30Ce 2 novembre, c'est vrai que ces absences se sont arrêtées définitivement.
04:33Mais c'est vrai que pendant près de dix ans, j'ai traversé l'errance médicale.
04:36J'ai consulté trois neurologues, des gynécologues.
04:39J'ai passé un scanner, et tout le monde est passé sous les radars.
04:42Et moi, à la fin, je me suis dit que forcément, j'allais avoir la même maladie que ma mère,
04:46qui au départ avait démarré à 28 ans, elle est décédée à 35 ans.
04:49Et je me suis dit qu'il fallait que je me prépare à cette éventualité,
04:52que peut-être que mes jours étaient comptés.
04:54Et pendant tout ce temps, Dominique Pellicot, il vous accompagne chez le médecin,
04:58alors qu'il sait parfaitement ce qui vous arrive, puisqu'il vous assomme de sédatifs.
05:01À quel moment vous prenez conscience de la monstruosité de cet homme qui est votre mari ?
05:06On a du mal à imaginer ce parcours,
05:09parce que naturellement, je suis obligée de faire un état des lieux de ce parcours de vie.
05:12Et ça aussi, c'est compliqué, quand on a partagé 50 ans de vie avec cet homme.
05:18Moi, je n'ai jamais vu la face B de cet individu.
05:21J'ai vu la face A, c'est-à-dire un homme intentionné, bienveillant.
05:24Et quand je l'ai vu s'occuper de ses enfants, ses petits-enfants,
05:28il m'a fallu énormément de temps.
05:30Je crois que le parcours est difficile à définir,
05:34parce que j'avais besoin de penser, moi,
05:36que ces 50 ans n'avaient pas été qu'un mensonge pour continuer à vivre.
05:39Sinon, j'étais morte.
05:40Parce que sinon, vous l'écrivez, vous dites,
05:44si j'efface tout, je suis morte, et depuis longtemps.
05:46Ça veut dire que pour tenir, vous êtes obligée de vous rattacher
05:50à cet homme que vous avez aimé,
05:52à cette histoire commune que vous avez construite ensemble.
05:55Tout ne peut pas s'effondrer.
05:57Non, oui, c'est ce que je dis,
05:59c'est qu'on ne peut pas effacer, en effet, de souvenir.
06:01Et la vie ne se rejoue pas.
06:03Donc, c'est vrai qu'on ne peut pas tout mettre à la poubelle d'un coup.
06:06Mais c'est vrai que ça peut paraître difficile d'entendre cela aujourd'hui,
06:10pour certaines personnes.
06:11Moi, j'ai eu besoin de ça,
06:12mais bien sûr que je ne peux pas faire abstraction
06:15à toutes les horreurs qu'il nous a fait subir,
06:17parce qu'il a détruit notre famille.
06:18Et ça aussi, en m'apprenant à me réattribuer ma vie,
06:23parce qu'il a fallu aussi que je me réinvente ma vie.
06:26Parce qu'on a 73 ans,
06:28et comment on fait pour se relever de tout ça ?
06:31Et donc, j'ai cheminé.
06:33Il faut aussi dire que j'étais accompagnée par des psychiatres,
06:36des psychologues.
06:36Je ne m'en suis pas sortie toute seule.
06:38C'est ça aussi qu'il faut dire,
06:39que quand on est victime de viol,
06:41de toutes ces horreurs,
06:42il faut se faire aider.
06:44Parce qu'on a un sentiment de honte,
06:45mais pas que de honte,
06:46de solitude aussi.
06:47On est dans une extrême solitude.
06:49Moi, j'ai eu la chance d'être accompagnée par des psychiatres,
06:51par des psychologues,
06:53par mes amis aussi.
06:54Ma famille, ça a été plus compliqué,
06:56parce que ça a été une déflagration qui a tout emporté.
06:59Et il est faux de penser qu'un tel drame rassemble une famille.
07:02Chacun essaye aujourd'hui de se construire comme il peut.
07:05Votre récit, Gisèle Pellicot,
07:07c'est aussi l'histoire d'une famille qui explose.
07:12L'histoire de votre relation avec votre fille Caroline.
07:16Vous dites, nous étions différentes face à la vie
07:18et à ces tragédies.
07:20J'ai été le silence.
07:21Elle réclamait le bruit.
07:23Expliquez-nous.
07:24C'est normal que...
07:26Moi, j'étais une maman...
07:28Quand j'apprends les faits,
07:29la révélation des faits,
07:31naturellement, c'est la déflagration,
07:32c'est le tsunami.
07:33Je dis même que c'est un TGV
07:34que je prends en pleine figure.
07:36Et il me faut l'annoncer à mes enfants.
07:37Je crois que ça a été le moment le plus douloureux de ma vie.
07:40Pourtant, j'ai vécu des moments compliqués.
07:42Mais celui-là a été extrêmement difficile.
07:44Comment annoncer à ses enfants
07:45ce que leur père a pu me faire ?
07:47On découvrira la suite plus tard,
07:49parce qu'il y a quand même des photos de ces belles-filles,
07:51des photos de ma fille.
07:52Et quand ils me rejoignent,
07:54au commissariat de Carpentras,
07:56le lendemain,
07:56parce qu'ils font en sorte de ne pas me laisser seule.
07:58Ils ont très, très peur pour ma vie.
08:01Caroline rentre dans une haine et une colère
08:03qui est légitime.
08:04Parce que moi, naturellement,
08:06j'ai essayé de les protéger,
08:08de ne pas montrer que j'étais dévastée.
08:10Je ne voulais surtout pas m'écrouler
08:12parce que ce n'était pas leur rôle de me porter, en fait.
08:15Et Caroline explose.
08:16Mais c'est normal.
08:18Elle a eu une réaction normale.
08:19Mais je suis tellement impuissante
08:21que je n'arrive pas, moi,
08:23à lui expliquer les choses.
08:25Elle vous en veut de ne pas être plus en colère ?
08:27Oui, elle m'en veut
08:28parce qu'elle ne comprend pas
08:30que je ne rentre pas dans la colère
08:32ni dans la haine.
08:32Et je lui explique
08:34que je ne suis pas construite comme ça.
08:35J'ai été dans l'indignation,
08:37la trahison.
08:39Il a pulvérisé notre famille.
08:41Il n'y a même pas à redire
08:42ni à relever quoi que ce soit là-dessus.
08:43C'est une évidence.
08:44Mais Caroline est différente de moi
08:46parce que déjà, moi,
08:47j'ai ce parcours de petite fille
08:49où j'ai dû toujours tenir debout.
08:51Et comme j'ai toujours porté
08:52beaucoup d'attention à l'autre,
08:54c'est compliqué de se dire
08:55que si je rentre,
08:57si je fais comme elle,
08:57on va s'écrouler toutes les deux.
08:59Et je ne me l'autorise pas non plus.
09:00Et puis arrive, Gisèle Pellicot,
09:02le procès.
09:03Au départ, pour vous,
09:04le huis clos total est une évidence,
09:06c'est-à-dire des audiences
09:07sans public, sans journaliste.
09:09Et puis, il y a ce moment
09:11où vous changez d'avis.
09:13Vous arrivez et vous dites,
09:15voilà, vous appelez vos avocats,
09:16je veux que ce soit en public.
09:18Qu'est-ce qui vous fait changer d'avis ?
09:21Comment est-ce que vous expliquez
09:23ce changement ?
09:25Il m'a fallu quatre ans
09:26pour prendre cette décision
09:27parce que, justement,
09:28je ne voulais pas qu'on me voit,
09:29je ne voulais pas qu'on me connaisse.
09:31Vraiment, je ne voulais pas
09:32que mon visage soit publié
09:33dans la presse.
09:34Et au fur et à mesure,
09:35j'ai commencé aussi
09:36à reprendre confiance en moi
09:37et à me réattribuer ma vie.
09:39Et quand je marche sur cette plage,
09:41là où je suis toute seule,
09:42je réfléchis
09:43et j'appréhende ce procès
09:44parce qu'on est au mois de mai 2024
09:45et ce procès approche
09:47en septembre 2024.
09:48Et je me dis quand même
09:49qu'il serait peut-être bon
09:50que je me réveille
09:53et que j'ose m'opposer au huis clos.
09:56Et je pense aussi
09:57à mes enfants
09:58qui me l'avaient suggéré
09:59un peu, peu de temps avant,
10:01quand on a eu
10:02la révélation des faits
10:03et je leur avais dit
10:04non, je ne pourrais pas le faire,
10:05je n'y arriverai pas.
10:06Et puis au fur et à mesure,
10:07j'avance
10:08et je me dis
10:08bien si je vais le faire.
10:09Parce que non seulement
10:11cette honte,
10:12c'est la double peine
10:13qu'on s'implige à soi-même,
10:14mais je n'ai pas pensé
10:15qu'à moi à ce moment-là,
10:16j'ai pensé aux autres victimes.
10:17Il fallait vraiment
10:19que tout le monde puisse se dire
10:21il faut le faire,
10:22il ne faut pas qu'on ait honte,
10:23il faut s'opposer au huis clos.
10:24Quand j'appelle mes avocats,
10:26ils sont étonnés
10:27parce qu'ils savaient
10:28que je voulais le huis clos total
10:29et j'appelle, je crois,
10:31j'appelle Maître Camus,
10:32Maître Babonneau
10:33et là ils me disent
10:34écoutez Gisèle,
10:35il va falloir se préparer autrement
10:36parce que vous n'avez pas visionné
10:38les vidéos
10:39et il va falloir les regarder.
10:40Et ça, je ne l'étais pas autorisée
10:42parce que j'avais peur
10:43de re-subir encore ces viols
10:45une deuxième fois.
10:46Pourquoi est-ce qu'on a honte
10:48quand on traverse
10:49ce que vous avez vécu,
10:50qu'on a été la victime
10:51de quelqu'un qui encore une fois
10:52vous a fait violer,
10:54s'est daté pendant 10 ans ?
10:55Pourquoi ce mot honte ?
10:56Je crois que ce mot honte,
10:58toutes les victimes l'ont.
10:59Je pense que c'est le mot
11:00que toutes les victimes
11:01prononcent en premier.
11:02On a honte parce que
11:04c'est la double peine pour nous
11:06parce qu'on a été violé,
11:07on a cette honte
11:08et qu'on a du mal
11:10à se séparer de ce mot,
11:11la honte, du mot honte.
11:13Et je sais que
11:15c'est la double peine
11:16et c'est vraiment une souffrance
11:17qu'on s'inflige à soi-même
11:18à ce moment-là.
11:18On se sent coupable
11:19de ce qu'on a subi
11:20parce qu'on se dit
11:21qu'est-ce qu'on a fait ?
11:22Pourquoi on nous a fait
11:23subir tout ça ?
11:24On s'interroge aussi.
11:25Oui, cette honte,
11:27je pense que
11:28toutes les victimes
11:28ressentent cette honte
11:29et cette solitude aussi
11:30parce qu'on n'ose même pas
11:32en parler.
11:32Moi, quand je me suis installée
11:33sur l'Île-de-Ré,
11:34je ne voulais pas
11:35qu'on sache qui j'étais.
11:38Je ne parlais jamais
11:39de mon histoire.
11:40Gisèle Pellicot,
11:41sur ce procès,
11:43ce qui est aussi frappant,
11:44c'est que
11:46beaucoup s'attendaient
11:47à voir arriver
11:48une femme
11:50en difficulté,
11:52certains disaient même
11:53presque ravagée
11:54par ce qui était en train de lui,
11:55par ce qui lui était arrivé.
11:56Et en fait,
11:57vous êtes arrivée debout,
11:59digne,
12:00élégante même.
12:01Et d'ailleurs,
12:01vous racontez dans ce livre
12:03que vous portiez
12:03une attention toute particulière
12:05à la façon aussi
12:06dont vous étiez habillée
12:07pour montrer
12:07que vous étiez forte.
12:11Est-ce que vous avez conscience
12:12que c'est cette force-là
12:13qui a émue
12:15et qui a donné
12:15ces scènes incroyables
12:16d'applaudissements
12:18d'une foule
12:19de plus en plus importante
12:20de femmes
12:21de plus en plus jeunes
12:22qui venaient
12:23devant le palais de justice
12:24et que c'est ça
12:25qui a parlé
12:25à tant de femmes ?
12:27Cette force-là,
12:28je l'ai sûrement en moi,
12:29mais pas que.
12:30Parce que si elle n'avait pas
12:31été avec moi,
12:32elle me l'a aussi
12:33donné cette force.
12:35Plus elles étaient là,
12:36c'est ce que je disais,
12:37leur présence dehors
12:38apaisait pour moi
12:39ce qui se passait
12:39à l'intérieur
12:40de cette salle d'audience.
12:41Et l'élégance,
12:42comme vous dites,
12:42je l'ai soignée,
12:43c'était une manière aussi
12:44de redresser ce corps supplicié.
12:46Tout ce que le viol
12:47cherche à détruire.
12:48Parce que quand on est
12:49victime de viol,
12:49on a tendance à se dire
12:51bon, il faut que je montre
12:52une image de moi
12:53et je voulais montrer
12:54à toutes ces femmes
12:55bien sûr que ce n'est pas facile,
12:56bien sûr qu'il faut lutter,
12:58mais elles étaient là
12:59avec moi,
13:00on était ensemble
13:01et ça c'était hyper important
13:02pour moi.
13:02Ce jour d'automne 2020,
13:04vous êtes entrée ensemble
13:05au commissariat de Carpentras,
13:07vous n'avez plus jamais été
13:08en tête-à-tête
13:10avec Dominique Pellico,
13:12celui qui a été votre mari
13:13pendant 50 ans.
13:13Vous écrivez dans votre livre
13:15que vous irez le voir en prison.
13:17Vous avez des questions
13:18à lui poser ?
13:19Vous avez des choses
13:20à lui dire ?
13:21C'est quoi ?
13:22Je n'ai pas pu échanger
13:24pendant près de 5 ans
13:25avec M. Pellico
13:26parce que quand je m'adressais
13:27à lui,
13:28je regardais le président
13:29de la cour
13:30parce que je me disais
13:31que si je le regardais,
13:32la charge émotionnelle
13:33serait telle
13:34que je ne serais pas arrivée
13:35à prononcer les mots
13:35que je voulais prononcer.
13:37Mais il est important pour moi,
13:38oui je pense,
13:40et pour sa famille aussi,
13:42de le rencontrer
13:45droit dans les yeux
13:46et de lui dire
13:46pourquoi ?
13:47Pourquoi tu nous as fait ça ?
13:48Pourquoi tu nous as fait subir tout ça ?
13:50Pourquoi tu nous as trahis ?
13:51J'ai des questions bien sûr
13:52à lui poser.
13:53Ce ne sera pas un moment facile
13:55certainement,
13:56mais je pense que
13:57je dois le faire.
13:58Un tout dernier mot Gisèle Pellico,
13:59vous racontez,
14:01vous en avez parlé
14:01dans votre livre
14:02« Avoir retrouvé l'amour ».
14:03Il s'appelle Jean-Loup.
14:06Vous avez aussi donc
14:07« Retrouvé cette joie de vivre ».
14:08C'est le titre de votre livre.
14:10Est-ce qu'aujourd'hui,
14:11malgré tout ce que vous avez traversé,
14:13malgré ces épreuves,
14:13malgré l'horreur,
14:14est-ce que vous êtes
14:14une femme heureuse ?
14:15Oui, aujourd'hui je suis
14:16une femme heureuse,
14:18apaisée, sereine,
14:19parce qu'il faut s'autoriser
14:21à être heureux
14:22et j'ai eu la chance
14:23de rencontrer ce jeune homme
14:26de 73 ans
14:28alors que je ne m'y attendais pas du tout
14:30et lui non plus
14:30parce que je ne me suis jamais confiée
14:34sur mon histoire
14:34et j'ai su qu'il avait lu
14:35un article du Monde
14:36mais il a eu cette pudeur
14:37de ne jamais m'en parler
14:38et ça aussi,
14:39ça a changé.
14:40Lui aussi a subi des épreuves
14:41dans sa vie
14:42et ça a changé nos vies
14:43et on est très heureux aujourd'hui.
14:45On est amoureux
14:45comme si on était des adolescents
14:47et ça aussi,
14:47je veux le dire
14:48que rien n'est perdu
14:50même quand on a 73 ans.
14:51Tout est possible.
14:53Merci infiniment
14:54Gisèle Pellico
14:55d'avoir été au micro
14:56de France Inter ce matin.
14:57Merci beaucoup.
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