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  • il y a 3 mois
L'invité de 6h20 est Philippe Lohéac, délégué dénéral de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), alors que les députés commencent à examiner, lundi, en deuxième lecture, les deux propositions de loi relatives à la fin de vie.

Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-lundi-16-fevrier-2026-7219010

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Transcription
00:00Il est 6h20, c'est une réforme sociétale majeure, un texte de nombreuses fois amendé, reporté,
00:06une loi sur un sujet aussi grave que complexe, la fin de vie, le fait de pouvoir disposer de sa
00:10mort.
00:11Le débat sur le droit à l'aide à mourir revient en seconde lecture à l'Assemblée après son rejet
00:15fin janvier par le Sénat.
00:17Trouver un compromis relève-t-il d'une mission impossible ?
00:20Le travail parlementaire pourra-t-il être mené à son terme d'ici à la fin du quinquennat, comme l
00:24'a promis Emmanuel Macron ?
00:25Bonjour Philippe Loéac.
00:27Bonjour Mathilde Munoz.
00:28Vous êtes délégué général de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité,
00:32association créée en 1980 et qui compte aujourd'hui 85 000 adhérents.
00:36Est-ce que vous êtes confiant ?
00:39On est raisonnablement confiant dans le fait que c'est une réforme de société que les Français attendent depuis longtemps.
00:44Tous les sondages constants indiquent qu'entre 85% et 95% des Français sont favorables à cette loi de
00:51légalisation.
00:52Non pas pour en bénéficier eux-mêmes, mais simplement pour ouvrir le champ des possibles,
00:55pour permettre cette possibilité pour ceux qui en ont besoin.
00:58En vérité, dans ce débat, on est sur une question du pouvoir.
01:01Est-ce que le pouvoir sur notre propre vie nous appartient ?
01:05A nous, que nous soyons personnes en fin de vie, femmes, gays ?
01:10Ou est-ce que c'est un pouvoir qui doit appartenir aux religions,
01:13qui ne supportent pas qu'on dévie du chemin tracé ?
01:17Ou bien d'une certaine partie des médecins paternalistes,
01:20qui décident qu'ils ont le droit de vie ou de mort sur chacun d'entre nous ?
01:24Mais vous comprenez que c'est quand même un sujet qui renvoie forcément à l'intime.
01:27Chacun se forge ses convictions en fonction de son vécu,
01:31de sa construction intellectuelle, culturelle, religieuse en effet.
01:35Ça ne doit pas intervenir dans le débat selon vous ça ?
01:37Si, bien sûr.
01:38Pour chacun, chacun de nous aura le droit de choisir ce qu'il décide pour lui-même.
01:43Personne n'aura le droit de décider pour les autres.
01:45Et c'est cela que nous reprochons dans ce débat.
01:47C'est que l'altruisme, l'ouverture aux autres,
01:51devrait nous permettre de comprendre qu'il faut ouvrir ce champ des possibles
01:54pour que chacun puisse décider pour lui-même quand le moment sera venu.
01:57On a des cas de personnes qui se sont opposées,
01:59je pense à une ancienne secrétaire d'État, Lionel Jospin,
02:02à cette réforme de société,
02:03et qui le moment venu, parce qu'ils avaient la possibilité d'avoir accès à la Suisse,
02:09ont pu payer les 12 000 euros pour y aller.
02:11Nous, on souhaite que cette loi soit une possibilité pour tout le monde
02:14et que chacun en bénéficie s'il le souhaite ou pas.
02:16Et même si on est opposé, qu'on considère que les autres, son voisin, ses proches,
02:21pourraient, s'ils le souhaitent, avoir cette possibilité.
02:24Et qu'un médecin ou un soignant ait le droit de dire
02:26« Non, non, je n'injecterai pas ou je ne donnerai pas le produit létal ».
02:30Évidemment, c'est un geste qui est un geste d'importance,
02:34et la clause de conscience est indispensable dans ce type de réforme de société.
02:39Donc je vous repose juste ma première question.
02:40Est-ce que vous pensez, comme celui qui porte cette loi depuis le début,
02:43Olivier Falorni, que ce texte, il pourrait être entré en application dans un an ?
02:48Début de l'an prochain, c'est ce qu'il dit.
02:49Bien sûr, le 27 mai, l'Assemblée nationale en première lecture a voté un texte d'équilibre
02:54qui satisfait l'année dernière, le 27 mai 2025, un texte d'équilibre.
02:59Et on va aller, avant la fin de l'année probablement, à un texte d'équilibre
03:04qui permettra à chacun de trouver une possibilité de bénéficier d'une aide active à mourir,
03:08s'il le souhaite, sans obliger personne et surtout pas les médecins.
03:12Et sur la tenue des débats, parce que jusqu'à présent, ça a été plutôt cordial,
03:15sauf là, la dernière fois au Sénat, fin janvier, ça a été un peu plus tendu.
03:19Vous vous attendez à quoi, là ?
03:20Oui, on comprend bien que l'élection présidentielle commence à se dessiner
03:24dans le paysage politique français et que certains groupes du Sénat, en particulier,
03:29ont voulu se positionner sur un débat, ramenant leurs électeurs
03:33à des positions très conservatrices sur les sujets de société.
03:38Voilà, on s'y attend.
03:39Vous pensez vraiment que c'est la proximité de la présidentielle ?
03:42Mais l'Assemblée nationale aura le dernier mot.
03:43Et l'Assemblée nationale est beaucoup plus équilibrée que le Sénat
03:46et représente le peuple français.
03:48Alors, il y a plusieurs choses qui font débat.
03:50Il y a le principe même d'aider quelqu'un à mourir.
03:52On l'a abordé, évidemment, ça.
03:53On ne mettra pas tout le monde d'accord sur ce sujet-là.
03:56Sur les modalités d'application, en gros, de qui donne la mort ?
03:59Est-ce que vous comprenez qu'il puisse y avoir débat ?
04:02Le fait de dire si le malade en est capable, c'est forcément lui ou pas ?
04:06Alors d'abord, je vais vous reprendre, pardonnez-moi.
04:08Ce qui donne la mort, c'est la maladie.
04:11Et avant tout, c'est la vie.
04:13L'aide active à mourir, elle ne fait qu'anticiper
04:16à un moment qui est inévitable,
04:18lorsque la médecine s'est déclarée impuissante à guérir
04:20et que les souffrances sont réfractaires.
04:22Ça n'est pas rien de rappeler ça.
04:23C'est poser le cadre.
04:25Non, le médecin ne fera jamais mourir son patient.
04:28Après, nous, on souhaite que le patient ait le choix
04:31entre l'euthanasie, l'administration d'un produit létal par un tiers,
04:35et le suicide assisté, l'auto-administration de ce même produit létal,
04:39en fonction des possibilités de chacun, des possibilités physiques
04:42et des possibilités, disons, culturelles et intellectuelles de chacun.
04:46Vous l'avez rappelé, effectivement, les critères pour être éligibles,
04:49une souffrance insupportable, impossible à apaiser par des traitements,
04:52évidemment, être atteint d'une maladie incurable.
04:55Est-ce que cette loi pourrait concerner combien de personnes en France ?
04:58Est-ce qu'on a une idée d'un ordre de grandeur ?
04:59C'est très compliqué, évidemment.
05:00Écoutez, le CCNE, Comité Consultatif National d'Éthique,
05:04nous indique que dans les soins palliatifs,
05:069% des personnes demandent une aide active à mourir,
05:09et 3% la réitèrent, même si les soins sont bien menés.
05:13On estime que 3%, c'est le chiffre de personnes
05:15qui pourraient bénéficier d'une aide active à mourir.
05:18Et si on regarde la Belgique, les Belges sont un peu nos frères,
05:22là-bas, c'est 3,5% des décès,
05:25qui sont le fait de l'administration d'un produit létal.
05:28Donc, on aura ce niveau.
05:29Donc, c'est marginal.
05:31Je le conçois, c'est très marginal.
05:33Pour autant, la démocratie s'enrichit de protéger les minorités.
05:37Et en la matière, il n'est pas anormal d'écouter des personnes
05:41qui ont cette demande légitime,
05:43parce qu'elles sont arrivées au bout de leur vie
05:45et que la médecine s'est déclarée impuissante
05:47à les guérir et à les soulager.
05:48Vous évoquiez les soins palliatifs.
05:50C'est une autre proposition de loi.
05:52Les deux textes ont été dissociés.
05:54Il y a encore des gens qui meurent dans des conditions
05:56qui ne sont pas dignes aujourd'hui en France ?
05:57Bien sûr.
05:58Il y a des gens qui n'ont pas accès aux soins palliatifs.
06:00Il y a des gens qui se trouvent confrontés à des médecins
06:02qui refusent de mettre en place la loi Leonetti
06:04et la sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès.
06:07Il y a des personnes qui sont obligées de s'exiler en Belgique
06:10où c'est devenu de plus en plus compliqué.
06:12à peu près 110 à 120 personnes françaises partant en Belgique chaque année.
06:18Et puis la Suisse qui autorise le suicide assisté pour les étrangers
06:21mais à des coûts qui ne sont pas négligeables
06:23puisque c'est à peu près 12 000 euros pour un Français
06:26qui souhaite bénéficier du suicide assisté en Suisse.
06:28Et donc on suivra attentivement évidemment cette nouvelle lecture,
06:31seconde lecture qui débute aujourd'hui à l'Assemblée
06:33sur ce texte sur l'aide, sur le droit à l'aide à mourir.
06:37Merci beaucoup Philippe Loéac, délégué général de l'Association
06:40pour le droit de mourir dans la dignité.
06:42Vous étiez l'invité du 5-7.

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