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  • il y a 21 minutes
Denis Podalydès incarne le commissaire Maigret dans un nouveau film. L'acteur évoque son approche du rôle et son parcours personnel. Il est aussi en répétition pour "Le Cid" qu'il met en scène à la Comédie-Française.

Retrouvez « Le grand portrait » de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-9h10

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00:00La grande matinale Le Mag, c'est parti, nous sommes ensemble jusqu'à 10h avec Charline Vannonecker qui plonge dans
00:07la bataille des municipales à Nice.
00:09Faut dire, il y a du casting. Avec Daphné Burki et sa nouvelle tête, la rappeuse Lays.
00:15A 9h30, vous retrouverez le débat du jour. Le gouvernement publie enfin ses recommandations en matière d'alimentation.
00:22Le texte préconise de limiter la viande. Pour les uns, il faudrait aller beaucoup plus loin.
00:27Pour les autres, il y en a marre qu'on nous apprenne à manger. On en discute tout à l
00:32'heure.
00:32Mais tout de suite, un grand flic, un grand flic, pardon, dans le grand portrait.
00:47Denis Podalides joue le commissaire Maigret, héros de 75 romans policiers publiés dès les années 30.
00:54Pourquoi ça marche, Podalides en Maigret d'aujourd'hui ?
00:58Parce que Podalides, quand il était jeune, faisait toujours un petit peu plus vieux.
01:03Et maintenant qu'il vieillit, il arbore ce petit air juvénile qui fait de lui un type sans âge.
01:09Suranné et résolument moderne à la fois, c'est dans ses cordes.
01:13Et puis Podalides incarne l'homme français par excellence.
01:16Autant Roultabille que Maigret, autant Gaston Leroux que Georges Simenon, autant Molière que Corneille.
01:24L'acteur a été traversé par des centaines de textes de la langue française.
01:30Autant de voix, autant de visages, autant d'époques.
01:33Dans sa propre histoire d'ailleurs, coexistent et chahutent aussi plusieurs Frances.
01:38Mais comme dans une enquête du commissaire Maigret, à la fin, il faut recoller les morceaux.
01:43Portrait numéro 90.
02:07Vous savez que là, il y a des milliers et des milliers de gens qui sont en train
02:11de conduire leur voiture ou de prendre leur petit déjeuner ou de commencer à travailler
02:15qui entendent ces quelques notes et qui instantanément replongent dans les années 80.
02:21Oui.
02:22C'est votre cas aussi ?
02:22C'est mon cas et je ne l'ai même pas, ce thème-là, je ne l'ai pas entendu
02:26pendant
02:26toute la préparation de Maigret.
02:29C'était le Maigret joué par Jean-Richard.
02:31Bien sûr, c'est le premier que j'ai connu.
02:33Je ne dissociais pas Jean-Richard de Maigret, Maigret de Jean-Richard.
02:36C'était un rendez-vous hebdomadaire.
02:39À la télévision.
02:40Ce que c'est qu'une enquête.
02:42Et la voix qui avait quelque chose qui était un peu lisse de Jean-Richard qui nous berçait.
02:51C'était une façon presque de s'endormir.
02:54Alors, vous êtes un nouveau Maigret dans le film, écrit et réalisé par Pascal Bonizère
03:01qui sort mercredi au cinéma.
03:03Maigret et le mort amoureux.
03:05Je vous le dis, c'est un absolu délice.
03:08De la première à la dernière scène, tous ces dialogues sont des moments absolument enchanteurs.
03:15Et puis, on en dira un mot aussi.
03:17Vous êtes en pleine répétition, Denis Podalides, du CID que vous reprenez en tant que metteur
03:23en scène à la comédie française à partir du 26 mars.
03:26Et ça sera même au théâtre de la Porte Saint-Martin.
03:28Parce qu'à la comédie française, la scène se casse la gueule et qu'elle est en pleine répétition.
03:34Écoutez Bruno Crémer.
03:36Bruno Crémer, c'est lui qui a repris le personnage du Maigret après Jean-Richard.
03:40C'est un personnage un peu abstrait.
03:42C'est un personnage qui peut être interprété par beaucoup d'acteurs différents.
03:46J'espère qu'après moi, il y en aura d'autres qui s'amuseront à le faire.
03:50Parce que c'est un personnage très attirant, très mystérieux et qui a un très grand pouvoir.
03:57On sent qu'il est construit de telle manière à être impressionnant.
04:02Par exemple, quand l'acteur arrive sur le plateau, il se passe quelque chose davantage que dans d'autres films.
04:10Maigret, c'est un mythe.
04:13Maigret, c'est un mythe.
04:14C'est intéressant ce qu'il dit Bruno Crémer.
04:16Parce qu'il dit, quand Maigret arrive, il est impressionnant.
04:20Et ça a toujours été interprété par des metteurs en scène comme un personnage physiquement impressionnant.
04:26Qui occupe l'espace, qui est corpulent, qui est bâti, qui est massif.
04:30Ce n'est pas votre cas.
04:32Massif, oui.
04:32C'est le seul adjectif qu'emploie, je crois, Simnon, pour décrire Maigret, qui n'est jamais décrit, dont les
04:40traits du visage, par exemple, ne sont jamais décrits.
04:44Et j'ai été très surpris quand Pascal Bonitzer me l'a proposé.
04:48Parce que c'était l'idée que j'avais de Maigret.
04:51Je lui disais, mais je n'ai rien de ces caractéristiques.
04:54Rien de Depardieu, rien d'Aribor, rien de Jean Gabin.
04:58Rien de tous ceux qui ont joué Maigret.
04:59J'avais Jean Gabin, beaucoup, parce que j'avais revu Les Maigrets avec Jean Gabin.
05:03Et je me sentais très éloigné de ça.
05:05Et Pascal me dit, mais non, c'est à toi que je le propose, c'est bien à toi.
05:10Et puis ensuite, j'ai dit oui.
05:12Et puis John Simnon est venu sur le plateau, le fils de Simnon.
05:16Et c'est lui qui m'a dit ça.
05:17Vous savez, on a fait de Maigrets une figure massive.
05:20Mais en fait, n'importe qui, n'importe quelle figure, n'importe quelle silhouette peut endosser Maigret.
05:26Maigret, ce n'est pas ça.
05:27Et qu'est-ce que c'est ?
05:29Voilà.
05:29Faire le poids.
05:30Je me suis dit, on utilise cette expression.
05:33Faire le poids.
05:35Mais c'est probablement, il y a toute une vision peut-être idéologique aussi dans cette idée-là qu'il
05:40faut, pour que le personnage soit impressionnant, il faut que ce soit un homme massif ou corpulent.
05:45Non, ça ne peut pas être un petit homme.
05:48Je ne suis pas, je ne suis pas, je ne suis pas, je suis plutôt petit ici.
05:53Mais ce corps-là, d'acteur qui est le vôtre et qui a toujours été le vôtre, c'est un
06:02corps facile pour un acteur ou c'est un corps difficile pour un acteur ?
06:07Alors, jeune, j'étais très embarrassé de mon corps. Je faisais des auditions, je me couvrais d'un grand manteau
06:12en espérant qu'il descende jusqu'au pied pour dérober ma...
06:19Oui, je me sentais que... D'ailleurs, j'avais une des premières critiques que j'ai reçues. Il n'a
06:24pas les épaules pour... Je me rappelle de ça.
06:29On voyait les acteurs ou les personnages comme des héros et on voulait leur donner de la stature.
06:36Très tôt, j'ai compris que je ne serais pas ça. Et puis ensuite, c'est des rôles qui m
06:40'ont délié et le temps aussi qu'il a fait, qui fait que j'ai résolu ce problème.
06:48Pas vraiment de manière ni sportive, ni client à je ne sais quelle technique, mais une acceptation de soi, oui,
06:58plutôt.
07:01Le Quai d'Orsay vient de m'appeler.
07:03Et c'est pourquoi ?
07:03Je ne sais pas, sauf que c'est urgent.
07:05Commissaire Maigret, je dois vous avertir que l'affaire est sensible. La victime n'est pas n'importe qui. C
07:10'était l'un de nos plus brillants ambassadeurs.
07:12Mademoiselle Lariot est à son service depuis 40 ans.
07:1446.
07:14Vous n'avez pas appelé la police ?
07:17Je devais d'abord prévenir le ministère. C'est ce que ma conscience m'a dictée.
07:21Je suis suspecte ?
07:22Personne n'est suspect, tout le monde l'est, mademoiselle.
07:26Ma mère lui voit une sorte d'amour mystique.
07:29Pendant 50 ans, j'ai eu l'habitude de vivre avec lui, en pensée.
07:33Bizarre.
07:33J'espère que vous trouverez la canaille qui a fait ça.
07:36La canaille qui a fait ça.
07:39La canaille, le mot d'un notaire, séquence exceptionnelle.
07:43Mais en réalité, tous les acteurs sont exceptionnels dans ce Maigret et l'écriture de Bonnitzer est absolument parfaite.
07:51Il n'y a que des moments de dialogue, de haut vol quand vous êtes en face de Michel Lescaut,
07:56qui est une sorte d'antiquaire obsessionnel et très antipathique.
08:01Quand vous êtes face à Anne Alvaro, que vous connaissez depuis longtemps et avec qui vous avez déjà joué, qui
08:06est enfermée dans son chignon et son crucifix et qui répond à chacune de vos questions par une autre question,
08:12ce qui est absolument exaspérant pour le commissaire.
08:16C'est une plongée quand même, on va dire, dans la psyché d'une femme catholique et d'un milieu.
08:26D'un milieu, oui, il y a ça toujours chez Simenon.
08:30Maigret pénètre un milieu et il a cette faculté de s'y sentir, même si ce n'est pas du
08:35tout le sien, même si tout l'oppose à ce milieu, de s'y sentir à l'aise, comme s
08:41'il y avait un sociologue en lui qui percevait les lois inhérentes à ce milieu.
08:46Et donc, il est sans haine, sans jugement, avec un instinct qui le guide.
08:51Un simple instinct, d'ailleurs, Pascal le disait, ce n'est pas un intellectuel, ce n'est pas quelqu'un
08:56qui construit une théorie, c'est quelqu'un qui avance selon son goût, selon la saveur des choses.
09:02Mais quelle différence il y a entre Maigret et Colombo ?
09:05Ah, je pense que ce n'est pas des personnages éloignés l'un de l'autre.
09:11Et je crois que le plaisir du spectateur dans Colombo comme dans Maigret, est-ce que c'est le même
09:15?
09:16C'est de pénétrer un milieu social ?
09:18Mais à chaque fois que vous pénétrez, quand on se rappelle de Colombo, c'est l'entrée de Peter Folk,
09:22généralement dans un grand salon, chez quelqu'un très riche, très conçu, très sûr de lui, et il va lézarder
09:29peu à peu le...
09:30Et puis l'attachement à l'épouse, à Madame Colombo et à Madame Maigret.
09:34Madame Maigret qui est jouée par Irène Jacob.
09:36Voilà, et là donc, vous entrez dans ce milieu de la grande bourgeoisie et même de l'aristocratie, dans ce
09:43milieu, on l'a dit, empreinte catholicisme, et ça c'est représenté par un Alvaro avec son crucifix du début
09:49jusqu'à la fin, je ne raconte pas la fin, de ce Maigret.
09:53Vous avez vous-même grandi dans une famille catholique de Nippon-Holides.
09:58Oui, oui, qui n'était pas aussi austère que dans le film, pas aussi... Là, on est presque dans le
10:05genre tradi, on est presque Saint-Nicolas-du-Chardonnay.
10:09Et les catholiques de Versailles ?
10:11Alors, il y a des catholiques traditionnels à Versailles, mais moi, c'était pas ça, on n'était pas au
10:17scout d'Europe, on était au scout de France.
10:19On n'était pas au scout de France, oui, on était au scout de France, on n'était pas les
10:24scouts militaires, loin de là.
10:27Mais c'était un milieu tout à fait catholique, j'ai grandi l'odeur de messe, le froid des églises,
10:33le fait de s'asseoir, se relever, se rasseoir et se relever.
10:36Ça, à la messe, l'ennui un peu dominical de la messe, je connais ça très bien.
10:41Et puis l'idée que le catholicisme ne peut pas être, enfin qu'il ne peut pas y avoir d
10:46'autres religions que celle-ci.
10:48Ah oui, que c'était là qu'on disait la religion.
10:51Oui, oui, on ne disait pas les religions. C'est même tard que j'ai pu penser qu'en fait,
10:57il y avait trois grands monothéismes.
11:00Je n'en avais pas idée, il y avait Dieu, Jésus et puis la Sainte Vierge, enfin il y avait
11:06une Trinité.
11:07Écoutez Georges Simonon, écoutez sa voix.
11:09Au fond, l'homme a une grande tendance, je crois, à avoir honte de lui-même.
11:15Et ce qu'il cherche dans le roman, dans la littérature, dans le théâtre, dans le cinéma, c'est de
11:20voir d'autres personnes ayant les mêmes faiblesses, les mêmes lâchetés que lui.
11:25Il veut savoir si le voisin est bâti comme lui, de la même chair très faible, avec les mêmes petits
11:31travers, les mêmes stupidités, les mêmes petites saletés.
11:34Et quand il s'aperçoit que ça existe, il se dit, mon Dieu, je ne suis tout le même donc
11:38pas si mal que ça.
11:39Et ça peut bien l'encourager à supporter le reste de sa vie.
11:42C'est beau, je trouve ça très très beau.
11:44Et très juste.
11:45Et très juste.
11:46Le roman est fondé aussi sur la honte, et la honte de soi, et de la recherche, et l'indulgence
11:54pour la faiblesse humaine.
11:55Mais c'est vrai que Maigret, il a le sens de la faiblesse humaine.
11:58Il a ça. Et il y a un moment absolument incroyable, c'est la rencontre avec une des descendantes d
12:04'une famille, d'une lignée princière de l'aristocratie,
12:06qui est jouée par Dominique Réon, de la comédie française.
12:09Ah non, Dominique, elle pourrait tout la faire hier.
12:12Elle pourrait, ah je croyais.
12:12Elle aurait pu y être, je crois même que ça lui a été proposé.
12:15Proposé, elle ne l'a jamais été.
12:15Mais là, parce qu'elle avait d'autres envies, d'autres engueils.
12:19La rencontre entre la princesse et Maigret, c'est un très très grand moment de dialogue, de cinéma.
12:25Et je me disais aussi, c'est un moment très étonnant, parce qu'en réalité, on touche du doigt la
12:30différence entre la bourgeoisie et l'aristocratie.
12:33Ah oui, oui, oui.
12:35Une aristocratie qui se permet tout.
12:38Qui se permet tout.
12:39Et qui envoie valser les, comment dire, les petitesses de la bourgeoisie.
12:43Et les questions que pose Maigret, c'est les questions de bourgeois et de petits bourgeois.
12:47Les réponses que lui font la princesse.
12:49Oui, oui, oui, oui, c'est parce qu'elle obéit à une autre autorité, à une loi qui est une
12:54loi intérieure.
12:56C'est comme la noblesse d'ancien régime qui ne pouvait pas comprendre que le peuple puisse avoir,
13:05voie au chapitre, les gens ne parlent pas.
13:08Et j'en reviens à cette enfance et cette jeunesse versaillaise.
13:13Je me disais, quel lieu formidable pour observer la différence entre la bourgeoisie, la grande bourgeoisie et l'aristocratie.
13:22Tous ces petits détails de la culture française réunis en un seul lieu.
13:26Et pourtant, il y a comme des fossés culturels entre chacune de ces couches.
13:31Ah oui, oui, oui.
13:33Le sentiment de classe, de manière presque marxiste, j'ai l'impression de l'avoir eu très très tôt.
13:41Pourquoi ?
13:42Parce que je percevais des différences.
13:45Par exemple, ma propre famille, notre femme de ménage, je sentais, on l'adorait.
13:51Et je sentais qu'on n'était pas, mais je ne le sentais pas de manière confuse.
13:56Je percevais qu'il y avait des choses pour nous et des choses qui n'étaient pas pour elle.
14:02Et parfois, on franchissait.
14:05Heureusement, on établissait des passerelles.
14:07Mais il y avait de même qu'entre moi et certains camarades, je sentais qu'ils avaient une autre façon
14:12de vivre.
14:13Et presque d'autres valeurs.
14:15Mais je ne savais pas, je ne savais absolument pas pourquoi, pourquoi le monde était fait comme ça.
14:21Et alors, le catholicisme, c'était une sorte de moyen de rallier tout ce monde-là.
14:25Mais moi, je me suis demandé, vous, de quel milieu exactement vous étiez composite ?
14:32Et vous vous sentiez, c'est ça ?
14:33Je le sentais, parce que du côté de mon père, c'était une petite bourgeoisie coloniale.
14:39Mon père est né en Algérie.
14:41Son père, il avait perdu son père à ce jeune qui était grec, il venait d'Alexandrie, puis avant de
14:46Grèce.
14:48Et après la guerre d'Algérie, il était complètement ruiné.
14:53C'était donc une toute petite bourgeoisie.
14:55Et du côté de ma mère, c'était une bourgeoisie commerçante, beaucoup plus aisée, mais ce n'était pas de
14:59l'aristocratie.
14:59C'était aussi, il y avait une origine paysanne et commerçante dans Paris.
15:07Et donc, ça se distribuait souvent dans les étages et les immeubles.
15:11Vous aviez, curieusement, les gens les plus pauvres habitaient les chambres de bonne.
15:16Sous les combles.
15:17Et plus vous descendiez, plus c'était cossu.
15:20Et nous, on a varié un peu entre les étages.
15:22Mais on était dans un immeuble qui appartenait néanmoins à ma grand-mère.
15:26Vous avez écrit un très, très joli texte l'année dernière qui s'appelle « L'ami de la famille
15:30» que vous avez publié chez Julliard.
15:32Merci.
15:32Que vous avez consacré au sociologue Pierre Bourdieu.
15:36Ah oui.
15:36Et vous avez fait, d'ailleurs, vous l'avez aidé dans un de ses livres qui est un de ses
15:39livres les plus importants.
15:40Vous avez fait de l'enquête sociologique ou de l'enquête de terrain.
15:43Oui.
15:45Et là, vous dites que, justement, le fait d'être issu d'un milieu composite fait que vous avez été
15:53tiraillé entre plusieurs voies.
15:55Et que vous êtes resté longtemps, vous l'écrivez dans ce livre, étonné, indécis, ahuri, sans savoir laquelle adopter, sans
16:05savoir laquelle habiter en réalité.
16:08Oui.
16:08Et qu'au fond, ça vous a collé peut-être longtemps comme étiquette, cet acteur un peu huberlué.
16:16Oui, hurlu-berlu.
16:17J'ai eu ça très, très longtemps.
16:19Si j'ai une critique, le mot hurlu-berlu arrivait assez vite ou ahuri.
16:25Et j'en rendais responsable mes yeux qui sont un peu ronds.
16:29Jeune, on parlait tout à l'heure des difficultés d'avoir ce corps-là.
16:34De s'imposer sur la scène.
16:36Exactement.
16:37Et donc, ça faisait partie des choses que, implicitement, mais je me reprochais, mais il y avait une forme de
16:42narcissisme aussi là-dedans.
16:44C'est l'âge où on se regarde dans la glace en se demandant mais qui je suis.
16:48Heureusement, je ne fais plus ça, je ne fais plus du tout ça.
16:53Mais c'est lié, effectivement, à cette...
16:57Est-ce que je peux dire que c'est un inconfort de classe ?
16:59Non, parce que ce n'est pas du tout comme Annie Ernaud où il y a vraiment une opposition très
17:03forte entre la classe de départ et, disons, la classe d'arrivée où elle arrive en étant enseignante puis écrivaine.
17:10Moi, c'est des classes qui sont plutôt rapprochées.
17:13Mais cette façon de ne pas être...
17:16Que le monde auquel on appartient n'est pas un monde, en fait, naturel.
17:22Quelqu'un qui naît bourgeois, fils de bourgeois, petit-fils de bourgeois et qui sent que toute sa vie sera
17:27dans ce milieu-là,
17:28il a la sensation que ces structures mentales et les structures sociales, que vraiment, elles vont ensemble.
17:34Et donc, le monde est naturel.
17:35Et quand vous sentez que ce n'est pas tout à fait ça, ça crée un étonnement devant le monde.
17:42Une façon de ne pas être au monde de façon tout à fait équilibrée.
17:45Et là, en ce moment, vous répétez le CIDE.
17:48Vous êtes le metteur en scène du CIDE.
17:51Benjamin Laverne sera l'un de vos acteurs sur la scène du Théâtre Saint-Martin.
17:55Ça commence le 26 mars.
17:57Et je me suis dit, le CIDE.
17:59On s'attaque au CIDE.
18:00Il y a encore des voix du CIDE qui résonnent.
18:03La voix de Jean Villard.
18:05La voix de Gérard Philippe.
18:07Je veux dire, on met les pieds à Avignon, on les entend encore jouer le CIDE, non ?
18:12Ah ça, je ne sais pas.
18:13Moi, je dois dire, j'ai été, mais même en tant que jeune acteur, élevé par la voix de Jean
18:18Villard.
18:19Que j'adorais, que j'écoutais tout le temps.
18:21Mais vraiment.
18:22Et la voix de Gérard Philippe, notamment,
18:25« Percée jusqu'au fond du cœur d'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
18:29misérable vengeur d'une juste querelle et malheureuse objet d'une injuste rigueur,
18:33je demeure immobile et mon âme abattue, cède au cou qui me tue.
18:37Je le caricature, mais...
18:38Un peu !
18:38Totalement !
18:40Mais c'est très beau parce qu'en fait, il y a un champ profond, un champ intérieur,
18:45alors qu'il est à la fois très démodé parce que c'est une voix d'un autre temps,
18:48et en même temps, il y a une espérance dans la langue,
18:53une sorte d'illumination par le langage,
18:57où le héros se révèle à lui-même,
19:00et comme Gérard Philippe et le TNP, après la guerre,
19:04se révélait à travers ces personnages,
19:07qui étaient des personnages solaires, lumineux, exaltants,
19:10même si dans le fond, l'histoire est très cruelle,
19:13qu'il y a beaucoup de massacres dans le Cid.
19:17Vous savez, c'est ces histoires françaises à la fois très très héroïques
19:20qui semblent faire lever les cœurs,
19:23et en même temps qui sont faites de massacres,
19:27de cette sanglante, d'une grande cruauté,
19:29comme c'est Cyrano de Bergerac,
19:31ces grandes pièces, lieux communs,
19:34où on a l'impression qu'une nation se retrouve.
19:37C'est à la fois complètement,
19:38c'est vrai historiquement,
19:40mais complètement faux par rapport à la pièce.
19:43C'est aussi ce que la République a fait de ces œuvres-là,
19:46en les mettant au programme des telles classes,
19:49qui fait que des générations d'enfants,
19:52je ne sais pas si c'est le cas aujourd'hui,
19:54connaissent des tirades du Cid,
19:55sans vraiment savoir de quoi il s'agit.
19:57C'est souvent ça, c'est la culture scolaire,
20:00c'est des bribes de choses qui fait qu'on connaît,
20:04et puis en fait, nous, quand on les met en scène,
20:06quand on les présente sur scène,
20:07notre travail, c'est de retrouver la pièce elle-même.
20:12C'est ça.
20:12Et pas le commentaire sur la pièce.
20:13Je ne pense pas qu'un homme qui a été tiraillé
20:16très longtemps dans sa vie,
20:17fasse du Cid un lieu commun.
20:19J'espère.
20:21Merci, merci tellement.
20:23Merci Denis Podalides.
20:25Alors, mercredi, donc,
20:27Maigret et le mort amoureux.
20:29Ça, c'est le délicieux Maigret,
20:30écrit par Pascal Bonnitzer.
20:32Le site, c'est à partir du 26 mars,
20:34au Théâtre Saint-Martin.
20:36Et si on veut lire le texte que vous avez écrit,
20:37formidable, sur Pierre Bourdieu,
20:39on achète l'ami de la famille chez Julia.
20:41Oui, parce que Pierre Bourdieu, Maigret,
20:44j'ai beaucoup pensé à Pierre Bourdieu en rejoint Maigret.
20:49Merci Denis Podalides.
20:50Merci beaucoup.
20:51Merci.
20:51Merci.
20:51Merci.
20:51Merci.
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