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00:05Le secteur de la chimie rebondit depuis le début de l'année sur les marchés financiers.
00:09C'est l'une des surprises de ce début d'année 2026, mais les nuages juridiques continuent de s'amonceler.
00:14Un procès approche autour de la toxicité de certains des produits chimiques sur la santé humaine.
00:18Anne-Catherine Dusson-Traoré nous rejoint, elle est la fondatrice d'Actors for Sustainability.
00:22Bonjour Anne-Catherine.
00:23Bonjour Guillaume.
00:24Bienvenue.
00:24Deux des entreprises de la vallée de la chimie qui longent le Rhône sont visées par une action collective.
00:29Action collective de près de 200 riverains exposés aux PFAS, ces polluants éternelles dont on commence à découvrir l'ampleur
00:35de la contamination.
00:36Et oui, c'est une grande première.
00:38C'est ce qu'on appelle une action collective, c'est-à-dire que c'est 200 riverains qui, ensemble,
00:42ont déposé plainte il y a quelques jours.
00:45Alors ce qui est intéressant, c'est que sur le fait que, donc, contre Arkema et Daikin Chemical,
00:50qui dans les deux cas ont déversé des PFAS puisqu'ils en fabriquent, à la fois dans le Rhône,
00:57mais les PFAS, on en a partout, on en a dans l'air, dans le sol, dans l'eau, etc.
01:02Et donc l'idée, c'est qu'ils demandent réparation aux civils pour, à la fois, les problèmes de santé,
01:08puisque les PFAS, ce qu'on appelle des polluants éternels, c'est plus connu que les PFAS,
01:12en fait, provoquent des maladies gravissimes, du foie, des cancers, etc.
01:17Mais aussi, et c'est ça qui est très intéressant dans cette plainte, ils demandent réparation du préjudice d'anxiété.
01:22C'est-à-dire que quand votre eau est contaminée, quand les œufs que vous ne devez pas manger, les
01:28légumes, etc.,
01:29vous ne pouvez plus rien manger, vous vivez quand même avec une épée de Damoclès en permanence au-dessus de
01:32la tête,
01:33en vous disant, est-ce que je vais attraper une maladie très grave ?
01:37Donc, ce qui est intéressant, c'est que ces 200 riverains chiffrent à 36 millions d'euros leur demande de
01:42dommages.
01:43Mais finalement, si le procès condamne Arkema et Daikin à établir un lien de causalité,
01:51non seulement entre les préjudices réels de santé, mais aussi ce préjudice d'anxiété,
01:56alors là, c'est la porte ouverte à la chimie, à des réparations et à un risque juridique colossal.
02:02Il y a des groupes cotés qui sont concernés, bien sûr, on va en parler.
02:04Les pifaces, dont vous nous parlez là, sont partout ?
02:07Alors, les pifaces, c'est assez fascinant, parce que je pense que la plupart des gens n'en ont jamais
02:12entendu parler
02:12jusqu'en France 2022-2023, et tout d'un coup, c'est un reportage qui a été fait sur la
02:19pollution du Rhône
02:20et qui a révélé qu'ils étaient absolument partout, et surtout, c'est pour ça qu'on les appelle les
02:25polluants éternels,
02:26que pour dépolluer, il faut des fortunes.
02:28Par exemple, juste sur la vallée de la chimie, pour arriver à dépolluer que le sol,
02:31on est à plus de 900 millions d'euros, et probablement un milliard si on veut vraiment juste sur cet
02:36endroit-là.
02:37Mais ils sont partout.
02:39Donc, c'est vrai que là-dessus, c'est ce qu'on peut appeler le risque chimique pour une industrie,
02:44risque juridique pour une industrie chimique qui, jusque-là, est assez peu en première ligne,
02:49réellement, parce qu'elle fait du B2B, parce que c'est des marques absolument inconnues,
02:52qu'il n'y a pas cette pression du public, et que le lien de causalité est toujours assez complexe
02:58à établir
02:59entre une substance chimique et une maladie quelconque.
03:04Donc, c'est là où il y a vraiment une menace sérieuse pour les entreprises concernées,
03:08mais aussi une menace plus globale pour le secteur.
03:10Oui, vous parliez d'épée de Damoclès.
03:11Il y a aussi une épée de Damoclès au-dessus de ces entreprises,
03:14parce que l'ampleur de cette procédure pourrait leur causer des torts,
03:20surtout si elles sont cotées en bourse.
03:22Alors, déjà, et puis surtout, il y a un cas d'école qu'on connaît bien,
03:25qui est Bayer-Monsanto.
03:27C'est-à-dire qu'effectivement, autant sur les PIFAS, c'est une première,
03:31autant sur le glyphosate ou le Roundup, qui était fabriqué par Monsanto,
03:35là, d'un point de vue boursier, les actionnaires de Bayer sont pas du tout reconnaissants
03:40aux dirigeants de Bayer d'avoir acheté Monsanto.
03:42Pour donner des chiffres, on est aujourd'hui à une valorisation de Bayer
03:47qui est plus de quasiment 20 milliards.
03:50Ils ont acheté plus de 60 milliards, pratiquement 60 milliards en 2016, Monsanto.
03:57Et aujourd'hui, Bayer tout seul, avec Monsanto, vaut 44 milliards.
04:03Plus, je vous passe, donc tous les procès, alors là où ça devient,
04:06et c'est pour ça que c'est intéressant de regarder attentivement ce procès,
04:10c'est qu'au moment où Bayer a racheté Monsanto, il avait déjà des milliers de procès,
04:15et il commençait déjà à les perdre.
04:17Donc là, on en est même arrivé à ce que Bayer, sachant plus quoi faire de ce Monsanto
04:22qu'il avait mis dans son nom, puis qu'il a enlevé,
04:25envisage même d'arrêter la production de glyphosate,
04:27qui est, je le rappelle, quand même toujours l'un des herbicides les plus vendus au monde.
04:31Donc ce procès qui approche, cette action collective qui a été lancée par 200 riverains,
04:35effectivement, on regarde le secteur de la chimie en bourse,
04:37c'est vrai qu'il a beaucoup souffert ces dernières années, mais là, depuis le 1er janvier,
04:40il se passe un truc, mais à la hausse, plus positif pour les valeurs cotées.
04:43Arkema gagne 24%, là, en à peine un peu plus d'un mois depuis le 1er janvier,
04:47plus 24%, BASF gagne 15%.
04:50Les prix de l'énergie chutent, ça aide le secteur, bien sûr.
04:53Bruxelles apparemment, en plus, réfléchit à alléger les règles d'émissions de CO2,
04:56ce qui pourrait prolonger la distribution de quotas gratuits.
04:59Il y a des vents malgré tout en bourse,
05:01et quoi qu'on en pense, quels que soient les défauts de ce secteur,
05:03plus positifs, plus ascendants, plus favorables désormais.
05:06Alors, je dirais, c'est une illustration de plus,
05:08que les marchés boursiers ne sont pas très orientés long terme.
05:11C'est-à-dire qu'effectivement, sur le très court terme,
05:14le vent de dérégulation qui souffle du côté de la Commission
05:17bénéficie clairement au secteur chimique.
05:20Dans ce cas précis, puisqu'il y a effectivement ce double mouvement,
05:23on ralentit sur les exigences en CO2,
05:27on essaie que l'énergie soit le moins cher possible,
05:29et surtout, on est sur un assouplissement,
05:32dans ce fameux, ce qu'on appelle le paquet omnibus,
05:35qui est devenu en fait une loi spéciale pour déréguler.
05:39Et donc là, le paquet 10 concerne les substances chimiques
05:42et les plus toxiques,
05:43qui auraient une autorisation illimitée de mise sur le marché.
05:48Donc, on est sur quelque chose qui,
05:51effectivement, d'un point de vue stricto sensu,
05:53financier, boursier, très court terme,
05:55est un signal que ça va aller moins mal pour le secteur,
05:58qui est par ailleurs en Berne,
05:59qui envisage de délocaliser,
06:01qui représente près de 400 000 emplois en Allemagne.
06:04Donc, c'est vraiment un poids très lourd.
06:07Donc, la logique super court terme,
06:08c'est de se dire, bon, du coup, on va tout arrêter.
06:11Le vrai sujet, c'est en fait,
06:12qui va payer l'addition à la fin ?
06:14Puisque, en termes sanitaires,
06:16c'est clairement les États aussi,
06:17donc est-ce bien raisonnable ?
06:18Et la deuxième chose,
06:19c'est qu'effectivement,
06:21le lien de causalité,
06:23la corrélation entre la surexposition chimique,
06:26qu'on a depuis que des dizaines de milliers de substances
06:29ont été mises en circulation depuis les années 60,
06:32commencent à être clairement documentées.
06:34Donc, pour l'instant,
06:36le cas le plus général,
06:38c'est celui du glyphosate et de Monsanto,
06:40mais l'épiphase, ça commence,
06:41et ça pourrait être effectivement très grave.
06:43Donc, je dirais,
06:44s'ils émettaient une obligation à 100 ans,
06:46ce n'est pas bien raisonnable de l'acheter.
06:48Ah oui, d'accord.
06:49C'est bien,
06:49vous raccrochez à l'actu du jour,
06:51effectivement,
06:51Alphabet et son émission à 100 ans.
06:53Mieux vaut acheter Alphabet à 100 ans
06:54que les chimistes,
06:55c'est votre idée.
06:55Non, mais effectivement,
06:56c'est toujours important.
06:57C'est une façon de parler du long terme.
06:59Exactement,
07:00et de rebondir sur cette actu
07:01dont on parle dans un instant.
07:03Alphabet incroyable,
07:04donc émission à 100 ans
07:05qui a été réalisée avec une demande,
07:07on a les chiffres maintenant,
07:08une demande dix fois supérieure à l'offre.
07:10Il y a eu vraiment énormément d'investisseurs
07:12pour se bousculer au portillon,
07:14énormément d'investisseurs convaincus
07:15que dans 100 ans,
07:16Alphabet sera toujours parmi nous.
07:18Voilà,
07:18et Alphabet sera toujours là pour rembourser.
07:20Mais pas eux.
07:21Mais pas eux.
07:22Ah, mais pas eux, non.
07:23Mais l'institution, oui,
07:24c'est des institutionnels qui vont acheter.
07:25Mais pas eux, effectivement,
07:26ça ne les regardera plus.
07:26On sera tous passé à ce moment-là.
07:27On en parle dans un instant
07:28donc de ce pari des marchés
07:29sur Alphabet,
07:30sur les GAFAM,
07:31malgré les montagnes d'investissement
07:33et les questions existentielles
07:34qui se posent à court terme.
07:36Ce sera avec Sabrina Sadgui
07:37et Julien Marion,
07:39bien sûr,
07:39nos experts d'fmbourse.com.
07:40A tout de suite.
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