00:00BNP Paribas a atteint l'ensemble de ses objectifs en 2025, des revenus à plus de 51 milliards d'euros, un résultat net à plus de 12 milliards d'euros.
00:08Bonjour Thierry Laborde, vous êtes le directeur général délégué de BNP Paribas, en charge du pôle commercial, personnel, banking et services.
00:15C'est un record, alors vous n'êtes pas seul sur le marché à annoncer des records sur les résultats des bancaires, c'est globalement la tendance chez l'ensemble de vos concurrents.
00:24Des résultats, une rentabilité en hausse, des bénéfices en hausse, vous avez un objectif encore amélioré pour les prochaines années,
00:31mais vous annoncez quand même toujours être très très très vigilant sur les coûts. Pour quelles raisons ?
00:37Quand on voit des résultats comme ça, on se dit tout va bien, pourquoi il faut continuer à baisser les coûts ?
00:41Alors d'abord, c'est vrai que le dernier trimestre est un tournant, ça c'est important, et c'est un tournant vers l'accélération.
00:46Pourquoi ? Parce que le scénario de taux est beaucoup plus favorable aux banques commerciales.
00:51Pour BNP Paribas, c'est 40% de la banque, pour faire très simple, qui a beaucoup souffert d'un scénario de taux que l'on appelle inversé,
00:59où les taux courts étaient plus hauts que les taux longs.
01:01Là, maintenant, on a une visibilité, en plus avec des perspectives de maintien, on l'a vu hier, du taux de dépôt de la BCE,
01:08qui devrait rester stable dans les trimestres qui viennent, autour de 2%.
01:12Des taux longs qui montent, pourquoi ? Parce qu'il y a la pression de la dette, donc les taux longs des États sont plus longs,
01:19donc ça permet aux banques d'avoir une courbe de taux beaucoup plus favorable à leurs activités.
01:24Donc ça, c'est un phénomène durable qui est un vrai tournant, qui nous rend, nous, très confiants,
01:29par rapport à des résultats qui font quand même plus de 28% sur ce trimestre, pour rehausser nos objectifs.
01:35Vous l'avez vu, on est passé d'un objectif qui était autour de 7% de croissance du résultat net par an, à plus de 10%.
01:42Donc c'est des engagements forts, et pour faire ces engagements, bien sûr, il faut toujours sécuriser la base de coûts.
01:48Pourquoi ? Parce qu'on est dans un environnement compétitif.
01:51Et les technologies nous amènent des solutions qui vont nous permettre de faire ce que nous faisons aujourd'hui,
01:57très différemment demain.
01:58Pour le bien des clients, ça c'est important, c'est pas seulement pour l'actionnaire,
02:02c'est d'abord pour les clients et pour les collaborateurs.
02:05Vous voyez, un collaborateur aujourd'hui, je prends cette image,
02:07dans la banque, il y a très longtemps, il y a même 10-15 ans,
02:10on avait dans les services opérations, dans les services administratifs,
02:14on les appelait un peu comme ça il y a très longtemps, beaucoup, beaucoup de monde.
02:17Demain, ces tâches, qui peuvent être répétitives, qui sont des tâches de production,
02:22progressivement, elles vont s'intégrer dans des parcours bout en bout,
02:26et ces tâches vont disparaître.
02:28Donc, c'est pas moins d'emplois automatiquement, c'est de l'emploi différent.
02:32Et pour les collaborateurs, c'est plus de valeurs ajoutées, plus de conseils,
02:36ce qu'on appelle dans nos jargons du reskilling,
02:39comment aider à donner de nouvelles compétences à nos collaborateurs,
02:42pour s'adapter à l'évolution des emplois.
02:44Vous n'avez pas de plan de départ officiel ?
02:48Vous dites, on ne remplacera pas ceux qui partent,
02:50mais il n'y a pas de plan de départ dans la banque de détail, par exemple ?
02:53Non, du tout.
02:54Il y en a, quand vous faites une acquisition,
02:56c'est le cas d'AXAIM, cette acquisition...
02:59Où il y a des doublons, en fait...
03:01Ou d'athlons qui vont arriver, dans le courant de l'année 2026,
03:03quand il y a des doublons, on traite les doublons,
03:05et généralement, on fait avec des plans de départ volontaires.
03:07Il n'y a pas de plan de départ contraint,
03:10et sur les banques commerciales, cette adaptation,
03:12nous savons la faire par le turnover naturel.
03:14La banque, c'est une boîte de tech, maintenant ?
03:16C'est exactement ça, de plus en plus.
03:18On doit avoir aujourd'hui 70 000 collaborateurs
03:20qui sont des quantes, des informaticiens,
03:24des spécialistes de l'IA, etc.
03:26C'est tout à fait ça.
03:27La banque se transforme sur une banque de tech, une boîte de tech.
03:30Vous venez sur ce plateau avec un pinz Wiro.
03:32Je ne vois que ça depuis que vous êtes arrivés.
03:35Je ne suis pas innocent, Laura.
03:36Je sais bien, on sera avec François Villard-Galot
03:38de la Banque de France dans un quart d'heure.
03:42Il y a ce conflit un peu entre les banquiers aujourd'hui
03:46et puis la Banque Centrale Européenne
03:47qui, elle, défend l'euro numérique.
03:49Vous défendez Wiro.
03:50Est-ce que les deux solutions peuvent exister
03:52ou désormais c'est l'une contre l'autre ?
03:55Alors, ce n'est pas l'une contre l'autre.
03:56Il y a une question de temporalité.
03:58Et je pense que la Banque de France est tout à fait sur ce sujet-là.
04:01François Villard-Galot nous le dira tout à l'heure.
04:03Et d'ailleurs, la Banque de France, je le rappelle, soutient très fortement l'initiative Wiro.
04:07De quoi parle-t-on ?
04:08On parle d'une plateforme, ce qu'on appelle un schéma, un scheme, européen,
04:13avec des rails européens,
04:15qui sont là pour limiter la dépendance
04:17avec des grands acteurs internationaux,
04:20souvent nord-américains,
04:21mais ils pourraient être chinois demain par exemple.
04:23Donc vraiment d'avoir une solution propre à l'Europe.
04:25Et cette solution, ce Wiro, ce badge que je porte aujourd'hui,
04:28c'est une solution qui a beaucoup de traction.
04:30Elle est là seulement depuis 18 mois.
04:32Elle a déjà 48 millions d'utilisateurs.
04:36Elle a déjà traité plus de 400 millions de transactions,
04:39des dizaines de milliards d'opérations,
04:41sur un seul usage,
04:43qui est celui qui existe pour l'instant,
04:44qui est l'argent qu'on se transmet d'un téléphone à l'autre.
04:47Le paiement instantané.
04:48C'est du paiement instantané.
04:50Ce n'est pas des rails-cartes.
04:52L'infrastructure, c'est l'infrastructure européenne,
04:55le moyen de paiement de la Commission européenne,
04:57qui est l'instant payment,
04:58qu'on utilise sur ces usages.
05:00Beaucoup de choses vont arriver en 2026.
05:02D'abord, les solutions très populaires aux Pays-Bas,
05:05Ideal, nous rejoint.
05:07Les banques néerlandaises font leur migration vers Wiro.
05:10C'est 15 millions d'utilisateurs.
05:11Pas des gens qui n'utilisent pas,
05:13qui utilisent cette solution.
05:14Tous les jours, qui arrivent.
05:16Deuxième élément, le Luxembourg arrive aussi.
05:18D'autres pays vont nous rejoindre.
05:19On vient d'annoncer la semaine dernière la création d'un hub technologique
05:23qui permet de rendre interopérable cette solution
05:27avec les solutions des banques nordiques
05:29et les solutions du Banque du Sud,
05:31Espagne, Portugal, Italie.
05:32Ça veut dire que lors, quand vous serez par exemple en Espagne,
05:37vous pourrez utiliser votre solution chez un marchand espagnol,
05:42votre solution Wiro,
05:43et tout ça fonctionnera comme une seule solution.
05:45Personne ne paye chez le commerçant avec Wiro.
05:47Ça arrive cette année.
05:48Oui, mais aujourd'hui, personne ne...
05:50Enfin, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne.
05:52C'est ça, demain, on va payer.
05:52Aujourd'hui, ce sont des cartes.
05:53Demain, vous paierez par le leadstone payment.
05:55Comme avec l'Apple Pay, en fait.
05:56Je paierai avec Wiro.
05:57Apple Pay, ce n'est pas un moyen de paiement.
05:59Pour être très précis, c'est une interface.
06:01C'est un téléphone qui héberge une carte, aujourd'hui.
06:04Dans Apple Pay ou dans Samsung Pay,
06:06ce sont des solutions, les cartes, qui sont à l'intérieur.
06:09Et donc, l'hébergeur, celui qui possède le téléphone,
06:13n'est juste un hébergeur.
06:15Il ne fait pas le paiement.
06:16Il fait juste l'interface.
06:18Demain, ce que l'on va faire,
06:19Wiro permettra de payer par un autre moyen de paiement que la carte,
06:23le paiement instantané.
06:25Et vous verrez, ça arrive au printemps en France.
06:27C'est demain.
06:28Ça sera terriblement fluide.
06:29Et nous développons, dessus, pour la fin de l'année,
06:32la capacité de Wiro d'être un wallet, un portefeuille,
06:36pour que vous puissiez y mettre votre carte
06:37et avoir une alternative au XP, au Apple Pay, au Samsung Pay.
06:42Donc, vous dites quoi, la BCE ?
06:43Stop avec l'euro numérique ?
06:44Non, on ne dit pas stop à l'euro numérique.
06:46Il faut d'abord que les votes se fassent.
06:47Le Parlement n'a pas voté encore.
06:49Il faut voir quels seront les amendements.
06:51Ensuite, après ce vote, il y a un trilogue
06:53entre le Conseil, la Commission et le Parlement.
06:56Tout ça va prendre du temps.
06:57Nous, ce qu'on dit, c'est le sujet de dépendance
07:00aux acteurs internationaux.
07:01C'est maintenant, ce n'est pas en 2029.
07:03Il y a deux boulets, si je puis me permettre, dans votre activité.
07:07C'est un, la taxe, la surtaxe sur les grandes entreprises.
07:13Le patron du Crédit Mutuel, Daniel Ball, disait hier,
07:15c'est scandaleux, ça nous empêche d'avancer.
07:17C'est un vrai boulet qu'on a en France.
07:19Et deux, le sujet aux États-Unis.
07:22Il y a un risque juridique fort,
07:24avec le groupe qui a été reconnu complice d'exaction au Soudan.
07:27Il y a trois plaignants qui doivent recevoir de l'argent.
07:29C'est un risque de nombreux procès pour vous.
07:31Vous allez faire appel.
07:33Est-ce que vous considérez que c'est un risque
07:35très important pour la banque ?
07:37Non, j'en ai parlé sur ce plateau au mois d'octobre.
07:41La nouveauté, c'est que maintenant,
07:42nous ferons appel d'ici lundi.
07:44Donc après, il faut que l'appel soit jugé.
07:46Nous pensons que nos arguments sont très solides,
07:48qu'il y a une erreur dans le jugement de première instance,
07:51devant un jury populaire.
07:52Là, ce sont trois juges professionnels,
07:55c'est très différent, qui vont juger.
07:57Sur le fonds et le respect du droit,
07:58puisque là, on parle de droit suisse,
08:00pas de droit américain.
08:01Donc on est très confiants sur l'issue de ce...
08:04Ça prend un peu de temps, ça crée un peu d'incertitude,
08:06mais on est très confiants.
08:07Sur le sujet que vous évoquiez,
08:09le sujet de la taxe IS,
08:11nous, on a en gros 10% de nos résultats en France.
08:13Donc il est clair qu'on est un groupe très international,
08:16très diversifié.
08:17On paye l'impôt là où on crée les résultats.
08:20La France, c'est 10%.
08:21Donc l'impact est moins important
08:23que des groupes bancaires
08:24ou des entreprises qui sont très très présentes
08:27dans leur activité,
08:28dans leurs résultats en France.
08:29Mais je partage complètement la vision de Daniel Ball.
08:32Ce n'est pas une bonne nouvelle
08:34pour les grandes entreprises.
08:35Et le fait d'équilibrer un budget
08:36essentiellement par l'impôt
08:38et l'impôt sur les entreprises,
08:40ce n'est pas bon,
08:41ce n'est pas la bonne solution.
08:42On avait dit que c'était transitoire.
08:43Ça ne sera pas.
08:44Je pense que ça va durer
08:45et on verra ce que sera en 2027.
08:47Mais le budget de 2027,
08:48il n'est pas fait non plus.
08:49Il sera dans un contexte bien particulier.
08:51Nous verrons.
08:51Mais ce n'est pas une bonne nouvelle
08:52pour les entreprises.
08:53Le ministre de l'Économie a dit
08:54jusqu'à ce que les déficits baissent
08:56sous les 3%,
08:57ça risque de durer un petit temps.
08:59Oui, en 2029,
09:00si on est très optimiste.
09:01Merci beaucoup Thierry Laborde
09:02d'être venu ce matin
09:03dans la matinale de l'économie.
09:04Merci.
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