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  • il y a 10 heures
La CSRD, le prix du carbone ou l’objectif net zero : autant d’exemples qui peuvent illustrer les grandes ambitions européennes en matière de décarbonation. Anna Créti, professeure d’économie à l’Université Paris Dauphine, explique que l’enjeu de la réglementation est de contraindre les entreprises à un changement de business model qui leur permette de rester rentables tout en devenant plus responsables. Le défi est aussi de convaincre les autres régions du monde de se mettre au même niveau.

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Transcription
00:00Prêt pour l'impact ? Vous le savez, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte.
00:08Dans notre société, aujourd'hui, je reçois l'économiste Anne Créty. Bonjour.
00:12Bonjour.
00:12Heureux de vous accueillir. Vous êtes professeure d'économie à l'université de Paris-Dauphine,
00:17directrice scientifique de la chaire Économie du gaz naturel et de la chaire Économie du climat.
00:22De quoi on parle quand on vient à vos cours ?
00:25La chaire Économie du gaz naturel et l'économie du climat, tiens, c'est quoi l'économie du climat ?
00:29Oui, en effet, on n'associe pas toujours le mot climat au mot économie.
00:35Donc nous, en tant qu'économistes, certes, on travaille aussi avec des collègues
00:40dans une perspective un peu multidisciplinaire avec les climatologues.
00:44Mais notre spécialité, c'est vraiment de comprendre comment on peut réguler les émissions de CO2
00:50ou un CO2 équivalent, donc toutes les émissions de gaz à effet de serre avec des instruments économiques.
00:57Donc c'est un double problème.
00:59D'une part, quelles sont les politiques qui peuvent être choisies par les décideurs publics ?
01:06Mais là, il y a aussi la partie la plus intéressante qui consiste à comprendre
01:10et à accélérer aussi l'impact, donc les conséquences,
01:15en termes de société civile, qu'il s'agisse de citoyens ou d'entreprises.
01:20Est-ce que, d'une certaine façon, peut-être que je suis à côté de la plaque,
01:24mais vous réconciliez les mots durabilité, efficacité, rentabilité ?
01:31Et équité.
01:32J'en avais oublié.
01:34Oui, disons que c'est un peu un entonnoir.
01:38C'est vrai que les grands principes sont celles de la durabilité,
01:42de préserver notre planète pour les générations futures.
01:45Mais après, ça, c'est justement un grand principe.
01:48Donc il faut se donner les moyens de l'action.
01:51Et aujourd'hui, on a quand même une palette de possibilités pour le faire,
01:55qu'il s'agisse d'ailleurs d'initiatives volontaires
01:58ou qu'il s'agisse de réglementations qui peuvent être soit sur les prix,
02:03donc notamment les prix carbone, ou sur des normes.
02:05Donc nous, on essaye de comprendre,
02:08étant donné que l'objectif est unique,
02:10mais que les secteurs sont différents,
02:12que les réactions peuvent être différentes,
02:15à chaque fois, quel est le meilleur instrument pour intervenir ?
02:18Je vous pose cette question,
02:19parce qu'on va parler évidemment de la réglementation,
02:21finalement du levier public.
02:23Mais quand on s'intéresse au levier privé,
02:25si on veut qu'il soit efficace pour une transition,
02:28il faut aussi qu'il soit rentable.
02:30On est bien d'accord là-dessus ?
02:31Oui, je pense qu'on a peut-être un peu
02:33mis en concurrence ces concepts,
02:38c'est-à-dire que dans les débats qui sont très souvent polarisés,
02:45on développe un peu cette idée
02:47que la réglementation environnementale et climatique
02:52est un frein à la compétitivité.
02:55Si je prends un exemple très simple et très parlant,
02:58parce qu'on est tous passés par la crise de l'énergie,
03:01ça nous fait penser que, pour la première fois,
03:07on a réfléchi à notre consommation d'énergie
03:09et face à des prix élevés,
03:11quand même, on a réduit la consommation.
03:14Donc on a obtenu des gains d'efficacité énergétique.
03:17Et ceci est allé plutôt à l'encontre de notre pouvoir d'achat,
03:21si on regarde ça pour les consommateurs, les ménages,
03:25mais ça a aussi rationalisé les procédés industriels.
03:28Donc ça a permis d'avoir moins de dépenses sur l'énergie,
03:34au point même de dépasser l'impact de la hausse des prix de l'énergie.
03:39Et ceci reste un levier de compétitivité.
03:42Donc toute la question, c'est de mettre en musique
03:45un peu la réglementation environnementale et climatique
03:47avec les business models.
03:49C'est-à-dire que peut-être qu'un business model qui n'échange pas,
03:54on peut avoir un frein à la compétitivité.
03:56Mais l'objectif d'une réglementation environnementale,
03:59ce n'est pas juste de changer un petit levier.
04:02C'est de repenser les business models
04:04de façon à concilier l'environnement,
04:07les climats et la compétitivité.
04:09On en est où ?
04:11Si on fait un bilan, soyons ambitieux,
04:14européen et peut-être même mondial,
04:16est-ce qu'on émet moins de gaz à effet de serre,
04:19quand même, en tendance,
04:21ou est-ce qu'on est dans une phase de palier ?
04:25À niveau mondial, on n'est pas sur une pente rassurante.
04:30Parce qu'après le choc Covid,
04:33et malgré justement la crise de l'énergie,
04:36les émissions ont continué d'augmenter.
04:39Un peu moins vite qu'avant.
04:40Donc, dans les deux dernières années,
04:43on a eu des augmentations des émissions de CO2
04:45à niveau mondial, entre 2 et 4 %.
04:48Mais après, c'est à niveau géographique
04:52qu'on peut voir des différences très importantes.
04:54En fait, l'augmentation des émissions de CO2
04:57est vraiment tirée par l'Asie,
05:00notamment l'Inde et la Chine.
05:03Surtout, l'Inde est devenue vraiment
05:04un émetteur très très puissant.
05:07Si on regarde les émissions par tête,
05:09elles sont vraiment comparables à celles chinoises.
05:11Et après, on a les États-Unis.
05:13Et l'Europe ?
05:15L'Europe, par contre, elle est en contre-tendance.
05:18Parce que globalement, nos émissions de CO2
05:20ont diminué, et fortement diminué.
05:24Donc après, il faut...
05:25Donc là, on parle d'une diminution
05:27dans les dernières années de 35 %.
05:29Et les secteurs qui ont réduit le plus,
05:32c'est les secteurs de l'énergie.
05:35Mais après, il faut voir aussi
05:37quels sont les mécanismes qui expliquent
05:38cette baisse ou, inversement, une hausse.
05:42Et avec donc un continent asiatique,
05:45notamment l'Inde,
05:46les deux géants chinois et indiens,
05:48vous nous le dites,
05:49qui sont dans une phase de croissance
05:52de leurs émissions,
05:53la Chine est quand même en train
05:54de faire basculer son modèle, on peut le dire.
05:56Il y a encore énormément de centrales à charbon, etc.
05:59Mais c'est devenu un champion mondial
06:01de l'énergie renouvelable, la Chine, aujourd'hui.
06:05C'est une question.
06:06Est-ce qu'on est vraiment à un point de bascule ?
06:08Oui, est-ce qu'ils ont atteint leur pic ?
06:10On se pose beaucoup la question.
06:11La question, je pense que l'essor
06:13des énergies renouvelables
06:15et aussi les efforts qui sont faits...
06:18Alors, quand on parle d'énergie renouvelable,
06:19on a vraiment un peu l'idée
06:21que c'est l'éolien, le photovoltaïque,
06:24donc plutôt l'électricité produite
06:26à partir de sources renouvelables.
06:29Et après, il y a tous les problèmes
06:31de transport.
06:32Mais pour ce qui concerne l'électricité,
06:34c'est vrai qu'il y a quand même
06:35un effort important.
06:37Il y a aussi un très grand effort sur les transports.
06:41C'est le premier marché des voitures électriques
06:43qui est très lié au problème aussi de synthé,
06:48donc de pollution qui font partie en fait
06:50des objectifs aussi des plans de réduction
06:53des émissions chinoises.
06:54Mais l'importance du secteur
06:58des renouvelables en Chine
07:00est très très liée aussi aux exportations.
07:02Donc il faut voir
07:03quel est l'équerre en fait.
07:07L'État chinois avait misé
07:09sur une hausse de la consommation interne
07:11qui ne vient pas en fait.
07:13C'est une sorte de pessimisme
07:14des consommateurs chinois.
07:16Il y a une stagnation
07:17parce qu'au moment où les plans
07:19de consommation d'énergie renouvelable
07:21ont été décidés
07:25parce que là effectivement
07:26il y a des décisions
07:27qui sont vraiment très très fortes.
07:30La croissance était plus élevée.
07:33Donc la Chine croit beaucoup
07:35mais un peu moins
07:36qu'on ne l'avait pensé.
07:38On va se concentrer sur l'Europe
07:40et sur la réglementation européenne.
07:42Vous dites ceci,
07:42on a tort de croire
07:44qu'abaisser les exigences de reporting
07:46donnera du temps aux entreprises.
07:48Évidemment, on va parler de ce recul
07:50sur notamment, pas seulement
07:52mais notamment la CSRD,
07:53le bilan extra-financier
07:54qui finalement reste pour l'instant
07:58circonscrit aux très grandes entreprises
08:00alors que ça devait étape par étape
08:03concerner toutes les entreprises
08:05jusqu'au PME.
08:07Vous dites quoi ?
08:08Vous dites que c'est un recul majeur ?
08:10Vous dites que les entreprises
08:12vont devoir y aller de toute façon ?
08:14C'est ce que je comprends ?
08:15La question du reporting extra-financier
08:18est un peu dans l'air
08:21et même, je dirais,
08:22un peu plus que dans l'air
08:23dans les bilans des entreprises
08:26depuis très longtemps.
08:29Et enfin, en fait,
08:29les entreprises,
08:30ils y voyaient un objectif
08:32parce que jusqu'à présent,
08:34ces reportings
08:35allaient alimenter essentiellement
08:37l'univers un peu,
08:40je ne dis pas vague,
08:42mais vaste,
08:42des engagements ESG,
08:45donc environnemental,
08:46sociétal et de gouvernance
08:48de l'entreprise
08:48avec une très très forte
08:50hétérogénéité
08:51de comment cela est porté
08:52à l'intérieur de chaque unité de business.
08:57Ça permet de se comparer,
08:58notamment.
08:58Voilà, là,
08:59ils y voyaient quand même quelque chose.
09:01Enfin, du reporting
09:02qui est toujours déclaratif,
09:05ça permettait de, effectivement,
09:08pouvoir se comparer,
09:09éventuellement avoir aussi
09:11une pression sur les crédits,
09:15donc avoir des facilités
09:16à être financées
09:17dans leurs investissements.
09:19Donc, il commençait à y voir
09:20quelque chose de positif.
09:21Et d'ailleurs,
09:22si je reviens à la question
09:23de la compétitivité,
09:25les entreprises qui font
09:27un bon reporting extra-financier
09:29très souvent aussi
09:31ont des bons résultats financiers.
09:33Donc, c'était un peu
09:35une dynamique qui a été coupée.
09:37Alors, à un niveau du législateur,
09:41mais je pense qu'on est vraiment
09:43sur une sorte de double attitude.
09:49Certaines entreprises
09:49qui croyaient vraiment,
09:51qui avaient commencé
09:52leur transformation,
09:53qui avaient demandé
09:54à être aussi certifiées
09:56avec des méthodes un peu,
09:58on va dire,
10:00universelles,
10:01ou qui font quand même
10:03un certain état
10:05de leur performance extra-financière,
10:08elles continuent à le faire.
10:09Parce que revenir en arrière,
10:11maintenant,
10:11c'est plus coûteux.
10:13Il y a d'autres entreprises
10:14qui étaient sur le point
10:15de s'organiser.
10:17Ces entreprises-là,
10:18elles attendent.
10:20Est-ce qu'il était trop compliqué ?
10:22Moi, j'ai beaucoup
10:23au-dessus d'entreprises
10:24qui disaient 800 pages,
10:26on s'y perd,
10:26c'est trop, etc.
10:27C'est vrai qu'il y a eu
10:28un très grand...
10:29Ça a fait l'honneur
10:29d'un certain nombre
10:30de cabinets de conseil aussi.
10:31Exactement.
10:32Il y a eu un peu un marché
10:33ou un marché d'âge.
10:35C'est parfois...
10:37On dit toujours
10:38les diables dans les détails,
10:39mais là,
10:39il y en avait
10:40un peu trop de détails.
10:41Il y avait plus de détails, oui.
10:42Donc,
10:43prendre l'exercice au sérieux
10:45signifiait vraiment
10:46plonger dans un savoir-faire
10:48que les entreprises
10:49n'avaient pas.
10:50Est-ce qu'on aurait pu
10:51simplifier
10:53sans mettre
10:54un tel coup de frein ?
10:56Je pense que oui.
10:59On aurait pu agréger
11:01un peu plus
11:02parce que
11:03pour avoir
11:04une première photographie,
11:06on n'avait peut-être
11:07pas besoin
11:08d'autant de lignes
11:09dans les reportings
11:10de la SRD.
11:11Oui.
11:11Avec,
11:12alors on va terminer
11:13sur cette question
11:13du bilan extra-financé
11:14sur une note quand même
11:15un peu positive.
11:15Il y a toujours
11:16la possibilité
11:16d'un volontariat
11:17pour les entreprises.
11:20Oui.
11:20Ce qui...
11:21Ça rejoint ce que vous disiez
11:22tout à l'heure.
11:23Une entreprise
11:23qui s'y est préparée,
11:25qui finalement
11:25n'est plus concernée
11:27par l'obligation réglementaire,
11:29elle va pouvoir
11:29le faire quand même.
11:30Oui, c'est un signal
11:31qu'elle donne
11:32et justement
11:33dans les milieux
11:35de ce qu'on appelle
11:35la finance verte,
11:36ça reste quelque chose
11:37qui est important.
11:39On a un moyen
11:40d'obtenir du financement
11:41aussi.
11:42Des financements aussi
11:42et aussi
11:44il y a d'autres éléments
11:46qui rentrent en jeu
11:47et qui pour l'instant
11:47n'ont pas été touchés
11:48comme par exemple
11:50la taxonomie verte
11:51qui de toute façon
11:54fait partie
11:54de cette cohérence
11:56sur l'évertissement
11:58des entreprises.
11:58C'est le fléchage
11:59des investissements
12:01européens,
12:02l'Union européenne
12:02vers un certain nombre
12:03de secteurs,
12:04c'est ça,
12:05ce qu'on appelle
12:05la taxonomie verte.
12:06Tout à fait
12:07et l'idée
12:08c'est d'avoir
12:09un coût
12:11d'accès
12:12au capital
12:12qui est plus faible
12:14dès lors
12:15qu'on a
12:16un certain type
12:17d'investissements
12:17qui sont cohérents
12:19avec cet ensemble
12:20de règles
12:21de la taxonomie.
12:22Alors si on parle
12:22de réglementation,
12:24il y a ce qu'on appelle
12:24l'ETS,
12:25l'Emission Trading System.
12:27Déjà c'est quoi ?
12:28C'est un système
12:30d'échange
12:31de quotas
12:32à polluer,
12:33donc un quota
12:33c'est une tonne
12:35de CO2
12:35et l'Europe
12:37est un champion,
12:38c'est-à-dire
12:38qu'on est
12:39le premier
12:40et c'est même
12:41pas un pays,
12:42on a un agrégat
12:43de pays
12:43à l'époque
12:44quand le système
12:45a commencé,
12:46on parle de 2005
12:48avec une phase
12:49préliminaire,
12:50à mettre en place
12:52un tel marché
12:53dans lequel
12:54les entreprises
12:55échangent
12:56ces quotas.
12:57disons que
12:58c'est un système
12:59de réglementation
13:00qu'on appelle
13:00justement
13:01de marché
13:02dans lesquels
13:02la Commission Européenne
13:04définit
13:05ce qu'on appelle
13:06un cap global,
13:07c'est-à-dire
13:08les volumes
13:08d'émissions
13:09qui sont
13:10acceptables
13:11en Europe
13:12sur les secteurs
13:13qui font partie
13:14de ces systèmes
13:15et qui couvrent
13:17en fait
13:1870%
13:19presque
13:19des émissions
13:20européennes,
13:21notamment
13:21il y a
13:22dedans l'énergie
13:23et donc
13:24il y a un jeu
13:25d'échange
13:26entre les entreprises
13:27qui ont
13:27relativement plus
13:29de ces permis
13:29et les entreprises
13:30qui les mettent
13:31sur les marchés
13:32et les entreprises
13:32qui doivent les acheter
13:33et quand on parle
13:35du prix carbone
13:36européen,
13:37ça correspond
13:38justement
13:38à ces jeux
13:39de demandes
13:39et offres
13:40qui aujourd'hui
13:42nous fait dire
13:42que la semaine dernière
13:44on était
13:44à quelque chose
13:45comme 80 euros
13:46la tonne
13:47de CO2.
13:48Est-ce que
13:49c'est un marché
13:50donc est-ce qu'on est
13:51dans une phase
13:52haussière
13:53et est-ce que
13:53c'est un levier
13:54de transformation ?
13:55Est-ce qu'il faut
13:56que le prix du carbone
13:57augmente
13:58pour que l'économie
13:59se transforme ?
14:01Certainement
14:01si on veut
14:02atteindre l'objectif
14:03parce qu'il y en a
14:05beaucoup d'objectifs
14:05européens
14:06de net zéro
14:07c'est-à-dire
14:09que le volume
14:10des émissions
14:10qu'on peut émettre
14:12et à terme
14:13qui pourra être
14:14équivalent
14:15à ce qu'on peut
14:15stocker
14:16diminue
14:16donc si on a
14:18ces volumes
14:19d'offres
14:19qui diminuent
14:20effectivement
14:20les prix
14:21doivent augmenter
14:22et il doit
14:23augmenter
14:24non seulement
14:24on va dire
14:27aujourd'hui
14:27mais il doit
14:28rester élevé
14:29parce que
14:29les fameux
14:30investissements
14:30pour décarboner
14:31ont vraiment
14:31besoin de cette
14:32trajectoire
14:33des prix
14:33qui les rassurent
14:34c'est-à-dire
14:35c'est qu'on fait
14:36pour décarboner
14:36et aussi rentable
14:37on revient
14:38à la question
14:38de la compétitivité
14:39et la prêve
14:43de la
14:43entre guillemets
14:44réussite
14:44de ces marchés
14:45est vraiment
14:45les secteurs
14:46énergétiques
14:47européens
14:48qui a baissé
14:49ses émissions
14:50même les secteurs
14:51électriques
14:51qui est
14:53on va dire
14:55un des grandes
14:56cibles
14:56de ces secteurs
14:58a baissé
15:00ses émissions
15:00en très grande partie
15:02grâce à ces marchés
15:03donc ça fait
15:03du continent européen
15:05le continent
15:06le plus
15:06vertueux
15:07entre guillemets
15:08en termes
15:08d'émissions
15:08de gaz à effet
15:09de serre
15:09on peut dire ça
15:10un terme
15:11de cohérence
15:12entre
15:13cette réglementation
15:15et les objectifs
15:17de l'accord
15:18de Paris
15:19après
15:19le problème
15:20c'est que
15:21les émissions
15:21européennes
15:22si on
15:23fait un zoom
15:25à niveau mondial
15:26c'est très petit
15:27donc on est
15:28très vertueux
15:29mais sur un petit
15:30volume d'émissions
15:31il faut convaincre
15:31les autres
15:32alors vous savez
15:33il y a un principe
15:33dans cette émission
15:34l'invité du grand entretien
15:35pose une question
15:36à celui ou celle
15:38qui lui succédera
15:39la semaine suivante
15:40et donc c'est
15:41Stéphane Le Gentil
15:42le directeur général
15:44de SOFIAC France
15:44qui vous pose
15:45cette question
15:46on l'écoute
15:46Bonjour Anna
15:47j'ai une question
15:50à vous poser
15:50donc
15:52aujourd'hui
15:53nous
15:54chez SOFIAC
15:55on aide
15:56à décarboner
15:57les entreprises
15:58et ce qu'on constate
15:59c'est que
16:00le plus gros frein
16:01c'est la procrastination
16:02c'est l'entreprise
16:03qui va nous dire
16:04ah mais j'ai le temps
16:05ah mais on verra
16:05l'année prochaine
16:06ah mais c'est pas une priorité
16:07et donc ma question
16:10c'est est-ce que vous auriez
16:11des idées
16:12de comment on pourrait
16:13faire que les entreprises
16:16passent à l'action
16:17de manière plus efficace
16:18plus rapidement
16:19voilà
16:20comment convaincre une entreprise
16:22de ne pas attendre
16:24alors
16:25on va partir
16:26de l'idée
16:27que les politiques
16:28ne vont pas les faire
16:29parce que
16:30ce sont les premiers
16:31qui ont la même attitude
16:32donc
16:33il faudrait déjà
16:35convaincre les politiques
16:36à être plus cohérents
16:37mais ça
16:39j'ai l'impression
16:40qu'ils sont sur
16:41d'autres fronts
16:41on est plutôt dans une phase
16:43où la procrastination
16:44va durer encore un peu
16:45oui et surtout
16:46que ces sujets là
16:47sont un peu impopulaires
16:48donc ils divisent
16:49donc on ne va pas
16:50on ne va pas y aller
16:52en revanche
16:53si j'ai
16:55et c'est ce qu'on fait aussi
16:57dans nos chaires
16:59dans lesquels
17:00on a un dialogue
17:01continu avec
17:02nos mécènes
17:03et on leur dit
17:05imaginez les futurs
17:06imaginez vos enfants
17:09vos petits-enfants
17:10est-ce que vous voulez vraiment
17:11qu'ils vivent
17:12des crises continues
17:14avec des précipitations
17:17et qui deviennent
17:18quelque chose
17:19de vraiment quotidien
17:21avec des canicules
17:22des plus en plus importantes
17:24avec aussi des dépenses
17:26parce qu'il faudra
17:27tout adapter
17:28donc
17:29quand on personnalise
17:31les messages
17:31quand on dit
17:32non ce n'est pas les autres
17:33c'est vous
17:34c'est vos familles
17:35c'est votre entreprise
17:36il y a des risques
17:37qui sont des risques physiques
17:39dans les actifs
17:40que vous possédez
17:42je pense que cet élément
17:43un peu visuel
17:44peut être
17:46l'un des éléments
17:47de bascule
17:48alors on va continuer
17:49de parler de réglementation
17:51il y a également
17:51le mécanisme
17:52d'ajustement carbone
17:53aux frontières
17:54alors là aussi
17:55il est rentré en vigueur
17:57je crois
17:57en début d'année
17:59peut-être on peut expliquer
18:01en quelques mots
18:02de quoi il s'agit
18:03pour commencer
18:04si vous voulez bien
18:05Anne Créty
18:06et puis ensuite
18:07vous nous direz
18:07si c'est efficace ou pas
18:09alors
18:10on venait de le dire
18:12tout à l'heure
18:12l'Europe a des très fortes
18:14réglementations
18:15on compte peu
18:16mais vous avez justement
18:17conclu en disant
18:18il faut convaincre les autres
18:19alors comment convaincre
18:21les autres
18:21sachant que
18:23voilà
18:24on importe beaucoup
18:25la France
18:26typiquement
18:27c'est un pays
18:28dont la balance commerciale
18:30montre en fait
18:32ses flux d'importation
18:33et le problème
18:34c'est que notre marché
18:35c'est un marché européen
18:36donc on ne peut pas contrôler
18:37le contenu carbone
18:38des importations
18:39mais
18:41ce que j'appelle
18:42la philosophie
18:43de la commission européenne
18:44est celle de dire
18:45avec les marchés carbone
18:48dont on parlait
18:49on a les émissions directes
18:50et celles qui sont liées
18:51à l'énergie
18:51mais après
18:52il y a les émissions
18:53qui viennent des achats
18:54donc comment il faut faire
18:55pour avoir
18:56aussi un approvisionnement
18:59dans les biens
19:00qu'on importe
19:01qui respecte en fait
19:03les règles
19:03qu'on est en train
19:04de mettre en Europe
19:05donc l'idée
19:06c'est de dire
19:07que quelqu'un
19:08qui importe
19:09doit être
19:10entre guillemets
19:11doit comparer
19:13les contenus
19:14des importations
19:15en disant
19:15attention
19:16s'il y a du carbone
19:17que j'importe
19:18il doit être aussi payé
19:20et donc
19:22l'idée c'est de dire
19:23qu'on impose
19:23en fait
19:24les mêmes contraintes
19:25que l'on produise
19:27en Europe
19:27ou que l'on importe
19:28tous les secteurs
19:30qui sont
19:31dans les marchés carbone
19:32ne sont pas inclus
19:33dans la réglementation
19:34pour l'instant
19:35d'ajustement
19:36aux frontières
19:37on a passé
19:39des années
19:40à rendre
19:41ces mécanismes
19:42compatibles
19:43avec les règles
19:44du commerce
19:44international
19:45et ceci me fait
19:47un peu mal au coeur
19:47parce qu'il y a
19:48quelqu'un
19:48qui après
19:49du jour au lendemain
19:51va enfreindre
19:52ces règles
19:52du commerce
19:53international
19:54il ne se pose
19:54pas la question
19:55mais en tout cas
19:56les mécanismes
19:58tels qu'ils sont
19:58ne pourraient pas
19:59être révindiqués
20:01par les pays tiers
20:02comme quelque chose
20:02qui est abusif
20:03donc on a vraiment
20:04le consensus
20:05aussi des pays
20:06desquels on importe
20:09et donc
20:10il y aura
20:12un prix
20:13qui dépend
20:14en fait
20:14de notre prix
20:15du marché carbone
20:16qui va permettre
20:17en fait
20:17de dire
20:18s'il y a du carbone
20:19qu'on importe
20:20il ne va plus
20:21être gratuit
20:21et donc
20:23est-ce que c'est
20:23une forme
20:24de protectionnisme
20:25alors
20:28non
20:30parce que
20:31justement
20:32il y a toujours
20:34le choix
20:34entre
20:36enfin
20:36on peut toujours
20:37importer
20:37donc
20:38il n'y a pas
20:39de forme
20:40de
20:41comment dire
20:43on n'interdit pas
20:44le marché européen
20:45d'importation
20:45etc
20:46ou d'exportation
20:47d'ailleurs
20:48donc
20:49les commerces
20:50vont continuer
20:51à exister
20:52sauf que
20:54cela
20:55va avoir
20:56quand même
20:56un impact
20:56sur
20:58notamment
20:58les revenus
21:00des pays
21:00à partir
21:01desquels
21:02on importe
21:04et
21:05pour l'instant
21:06on a plutôt
21:07des formes
21:09un peu
21:09de simulation
21:09comme vous venez
21:10de le dire
21:10les marchés
21:11commencent
21:12et la question
21:14c'est de dire
21:14mais finalement
21:16qui va payer
21:17ces prix carbone
21:18très souvent
21:19ce sont des pays
21:20avec lesquels
21:21il y a une forte
21:22relation commerciale
21:24malheureusement
21:24il ne s'agit pas
21:26de pays riches
21:26donc il y a un impact
21:28qui va être ressenti
21:29dans des nombreux
21:31pays
21:31qui sont dans
21:32le sud global
21:33et aussi
21:34dans nos voisins
21:35les premiers impactés
21:36vont être la Turquie
21:37et
21:38les Royaume-Uni
21:40avec
21:41ça rejoint
21:43les enjeux
21:44d'accord
21:45de libre-échange
21:45celui avec
21:47les pays
21:48de l'Amérique du Sud
21:49il y a un accord
21:49qui est en train
21:50d'être signé
21:50avec l'Inde
21:52la situation géopolitique
21:54les rend encore plus
21:56comment je peux dire ça
21:57indispensables
21:59à l'économie européenne
22:01les accords de libre-échange
22:02je pense qu'aujourd'hui
22:03on est vraiment
22:05dans un moment
22:06où on a reconnu
22:07les faiblesses
22:09en termes
22:10de soveraineté
22:11qui dépendent
22:12des chaînes
22:12d'approvisionnement
22:13donc
22:15mettre un prix carbone
22:17dans des importations
22:18sachant que les importations
22:20sont très souvent
22:21l'élément premier
22:22bah typiquement
22:23ça va se ressentir
22:25dans l'automobile
22:26dans les biens
22:28de grande consommation
22:29comme
22:29les machines à laver
22:30qui contiennent
22:31de l'aluminium
22:32qui est un des secteurs
22:33sujet à cet ajustement
22:35les ciments
22:36donc ça va quand même
22:38avoir un impact
22:40donc est-ce que cela
22:43implique une plus forte
22:46exposition aussi
22:48à cette vulnérabilité
22:49géopolitique
22:50de fait
22:53je pense que
22:55l'impact
22:56de ces prix carbone
22:57reste relativement
22:59moins important
23:00par rapport à d'autres
23:01léviers
23:01qui sont
23:03en fin
23:05un peu plus exposés
23:07déjà
23:07aux tensions géopolitiques
23:08est-ce que c'est un moyen
23:09d'éviter
23:10de freiner
23:11les délocalisations
23:12c'est l'un des objectifs
23:14donc l'idée
23:16de cette réglementation
23:18carbone
23:18c'était
23:19bon il y a des secteurs
23:20qui sont ouverts
23:21à la concurrence
23:22dans les marchés
23:23ETS
23:24donc il y a l'énergie
23:25qui n'est pas
23:25parce que l'énergie
23:26est produite
23:27et consommée sur place
23:28notre quart de partie
23:30mais justement
23:32ces secteurs
23:33qui sont
23:33les secteurs industriels
23:34sont beaucoup plus ouverts
23:36et de fait
23:37on a un certain secteur
23:38où vraiment
23:40en Europe
23:40on a eu
23:41une baisse progressive
23:43de notre production
23:44et les plus importants
23:46dépendent vraiment
23:46des importations
23:48donc
23:50la question
23:51c'est aussi
23:51est-ce qu'on veut
23:52réindustrialiser
23:54et à quel coût
23:55donc c'est vraiment
23:56un cas
23:57
23:57si on revient
23:59à notre problème
23:59de la compétitivité
24:00ça devient
24:02un instrument
24:03de politique
24:04industrielle
24:05aussi bien
24:05que de politique
24:06climatique
24:07c'est un mécanisme
24:09d'ajustement
24:10en frontière
24:10et ça c'est
24:11assez nouveau
24:12en fait
24:12à un niveau
24:13de notre conception
24:15de l'espace
24:16économique européen
24:17l'Europe
24:18qui a été quand même
24:19qui s'est construite
24:19comme un espace
24:20économique
24:20et avec une philosophie
24:22qui est quand même
24:22assez libérale
24:24ou en tout cas
24:25libre-échangiste
24:26on peut dire ça
24:27est-ce que cette philosophie
24:29
24:29très libérale
24:29elle est en train
24:30de changer
24:30pour se protéger
24:34je pense
24:35voilà
24:35que encore une fois
24:36toutes les réglementations
24:37qui ont été accélérées
24:40après la guerre
24:41de l'énergie
24:41ont remis
24:43ces problèmes
24:44de la souveraineté
24:45comme l'un des principes
24:46qui accompagne
24:48celui de la compétitivité
24:50du libre-échange
24:50et de la décarbonation
24:52est-ce que c'est
24:52la fin
24:53d'une forme
24:53d'angélisme européen
24:55vous voyez ce que je veux dire
24:56de naïveté
24:57alors si on regarde
24:58les textes
24:59ça n'a jamais été
25:00une forme d'angélisme
25:01c'est-à-dire que
25:02depuis 20 ans
25:03il y a des textes
25:04sur sécurité
25:05d'approvisionnement
25:06sur ceci
25:06cela
25:07le gaz
25:07était aussi
25:09l'objet
25:09d'énormément
25:10de règles
25:11et directives
25:11mais on les avait oubliées
25:13parce qu'on était plus
25:14justement sur l'idée
25:15bon
25:16les forces économiques
25:17sont telles
25:17que
25:18ça va bien se passer
25:20la Russie
25:21c'est complexe
25:22on dépend de l'air gaz
25:23mais ça va bien se passer
25:24donc là on a pris une claque
25:26on a vu que ça peut
25:27très mal se passer
25:29et donc on a
25:30ces principes
25:31qui étaient encore une fois
25:32sur le papier
25:33qui maintenant
25:34deviennent
25:35des éléments sensibles
25:37aussi pour les politiques
25:38et
25:39justement
25:40nos politiques
25:41autant
25:41ils sont devenus
25:42imperméables
25:43aux questions carbone
25:44autant
25:45ils endossent
25:46ces problèmes
25:47de souveraineté
25:48donc
25:48après
25:49si c'est un moyen
25:50de faire rentrer
25:51par la fenêtre
25:51c'est qu'il ne rentre pas
25:53par la porte
25:53donc d'avoir aussi
25:55quelque chose
25:55qui peut être
25:56utile pour le climat
25:57pourquoi pas
25:57merci beaucoup
25:58Anne Chrétie
25:59et à bientôt
25:59sur Be Smart for Change
26:01on passe tout de suite
26:01à notre rubrique
26:02consacrée
26:03aux startups
26:04éco-responsables
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