00:00La France qui s'attaque aux réseaux sociaux après le vote de l'interdiction en moins de 15 ans, c'est désormais l'heure des enquêtes judiciaires.
00:06Est-ce que les réseaux sociaux, c'est un sujet de liberté, de santé publique ou seulement business ?
00:09Est-ce que les réseaux sociaux sont un fléau pire que le sucre, Emmanuel Lechypre ?
00:14Écoutez, l'analogie, elle est vraiment intéressante parce que finalement, pendant quasiment 50 ans,
00:21le sucre est passé quand même à travers les mailles du filet.
00:25C'est-à-dire qu'on a considéré que ce qui était particulièrement toxique pour la santé, c'était le gras.
00:30Le lobby du sucre, qui est quand même encore plus puissant et encore plus malin que le lobby du tabac, a réussi à passer entre les mailles.
00:37Et on se rend compte aujourd'hui que finalement, le sucre est un des pires ennemis pour la santé.
00:42Les réseaux sociaux, c'est un peu pareil.
00:43C'est-à-dire qu'au début, on a trouvé ça absolument formidable, un espace de liberté, de la respiration, de l'oxygène.
00:49Et puis finalement, on se rend compte qu'il y a quand même une nocivité qui oblige quelque part à encadrer.
00:54Alors un, d'abord, en Europe, parce que ce n'est pas tout à fait le cas aux États-Unis,
01:00mais la liberté d'expression a toujours été encadrée.
01:02Il n'y a pas de raison que les réseaux sociaux, encore une fois, soient un espace de non-droit.
01:06Moi, j'ai une règle simple, c'est que ce qui est interdit dans la vraie vie doit aussi être interdit sur les réseaux sociaux.
01:13Après, on va dire, oui, mais alors est-ce qu'on ne contraint pas les opinions, etc.
01:17Mais le problème des réseaux sociaux, ce n'est pas l'opinion, c'est l'amplification de l'opinion.
01:22C'est-à-dire que quand un crétin débite des propos débiles, provocateurs, dans un café du commerce,
01:28ça veut rire ou ça indigne dix personnes.
01:30Mais quand vous touchez des millions de personnes, là, vous changez d'échelle.
01:33Vous changez d'échelle parce que vous avez une amplification d'une opinion qui peut avoir des conséquences sur…
01:39On n'est plus dans la provocation, on est dans la manipulation quasiment.
01:42Et donc, changement d'échelle impose aussi un changement de règles.
01:44Donc moi, je pense qu'il faut absolument encadrer les réseaux sociaux et peut-être même plus que les contraintes auxquelles on est soumis dans la vraie vie.
01:53Jean-Marc.
01:54Vous avez un compte Twitter, Jean-Marc ?
01:55Non, je n'ai pas de compte Twitter.
01:56Je n'ai aucun accès à aucun fonds de réseaux sociaux.
02:00Mais vous voulez les défendre ?
02:01Mais je les défends parce que je défends la liberté.
02:03Et ce qui est intéressant, c'est l'analogie avec le sucre.
02:06C'est-à-dire qu'Emmanuel l'a dit, il y a dix ans, c'était le gras.
02:08Et puis on s'est aperçu que finalement, le gras, ce n'était pas si grave que ça.
02:11Maintenant, c'est le sucre.
02:12Puis dans dix ans, on nous dira, non, mais le sucre, c'est l'énergie.
02:15C'est l'origine de la vie.
02:16Il faut absolument consommer du sucre.
02:18Donc toutes ces opinions qui sont des opinions très tranchées,
02:20qui remettent en cause la capacité des gens à déterminer leur destin, sont extrêmement dangereuses.
02:25Et d'ailleurs, les déclarations des droits de l'homme le prennent en compte.
02:29Je rappelle quand même, donc je vais faire des citations aujourd'hui encore.
02:32L'article 11 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
02:35qui est dans notre Constitution,
02:36dit la liberté, la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme.
02:43Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement,
02:47sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
02:51Alors la loi, elle existe dès 1789.
02:54Dès 1790, on définit effectivement ce qu'est la diffamation.
02:58Et la diffamation est très précise.
02:59« Toute allégation, donc ça c'est le code pénal,
03:01toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur
03:05ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation.
03:10La publication directe ou parfois de reproduction de cette allégation est punissable. »
03:15Donc, effectivement, il y a déjà un cadre juridique qui existe.
03:19Et s'appuyer sur un cadre juridique, c'est faire confiance à la justice.
03:22C'est-à-dire, ça ne sert à rien de multiplier les lois, les textes.
03:26Il faut faire confiance à une forme de justice sur laquelle repose la liberté.
03:30Un cadre général dans lequel c'est la liberté qui est le principe de base.
03:34Et ensuite, ce qu'on appelle une « common law ».
03:37C'est-à-dire que si on est vraiment agressé, si on est vraiment attaqué,
03:40si on a vraiment une remise en force...
03:42Là, vous portez plainte.
03:43Oui, mais ce que je ne comprends pas, Jean-Marc, c'est que par exemple,
03:45pour le paquet de cigarettes, vous êtes pour le mettre très très cher
03:47parce que c'est un sujet de santé publique.
03:49Là, pour vous, ce n'est pas un sujet de santé publique.
03:50Qu'est-ce qu'elles posent des bonnes questions, leur closier quand même ?
03:52Non, ce n'est pas un sujet de santé publique.
03:53C'est moi !
03:54Non, parce que dans la liberté d'expression, effectivement,
03:57vous ne mettez pas en danger physiquement quelqu'un.
04:00Et si vous le mettez en danger, effectivement, il y a une sanction qui est une sanction pénale.
04:04La différence entre le paquet de cigarettes et la liberté d'expression,
04:06c'est que vous avez une modalité économique pour répondre au paquet de cigarettes,
04:09qui est le prix sur la liberté d'expression.
04:11Vous n'avez pas la capacité à définir un prix.
04:14Et donc là, vous mettez en place un dispositif juridique.
04:16Et encore une fois, la démocratie, c'est la liberté encadrée par le juge.
04:20Et le véritable enjeu, c'est de faire en sorte que le juge garde le sens de la responsabilité.
04:25Et donc, ça pose aussi le problème du système juridique
04:27dans lequel on a multiplié un état de droit dans lequel il n'y a que des contraintes.
04:31C'est totalement contraire à l'esprit de la liberté.
04:33Alors, si le juge exerce son sens des responsabilités,
04:37il doit reconnaître que la monétisation recherchée derrière la liberté d'expression
04:43pose problème et ne sert pas la démocratie.
04:47Parce que la réalité, c'est que tout est fait dans les réseaux sociaux,
04:50les algorithmes, etc., pour aller chercher une monétisation absolue.
04:54Et qui, encore une fois, signifie plus manipulation que liberté d'expression.
04:59Et ça, moi, je trouve ça extrêmement dangereux.
05:01Donc, je pense que malheureusement, si Jean-Marc avait raison dans les faits,
05:06pourquoi pas, mais la réalité, c'est qu'il y a effectivement,
05:12dans l'autocontrôle des réseaux sociaux, etc., ça ne marche pas très bien,
05:16que la justice, il ne faut pas compter sur la justice,
05:18qu'il y a bien d'autres choses à faire pour réguler.
05:20Donc, dans la théorie, ce que dit Jean-Marc, c'est très bien.
05:22Moi, je pense que dans la pratique, ce n'est pas le choix.
05:24Ce qu'on va faire, c'est qu'on va mettre Instagram à Jean-Marc.
05:26Il va regarder 250 000 routines beauté, puis 250 000 retours de course.
05:31On verra l'effet que ça a sur votre santé mentale.
05:33Juste, Jean-Marc, il faut défendre la liberté, condamner la licence.
05:37Il faut défendre, effectivement, le droit et condamner l'anarchie.
05:41Merci, Jean-Marc.
05:42À demain.
05:42Et je vous jure, je vais vous mettre Instagram.
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