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  • il y a 6 minutes
Ce mercredi 4 février, l'interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et les questions relatives aux violations du droit à la liberté d'expression ont été abordées par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00La France qui s'attaque aux réseaux sociaux après le vote de l'interdiction en moins de 15 ans, c'est désormais l'heure des enquêtes judiciaires.
00:06Est-ce que les réseaux sociaux, c'est un sujet de liberté, de santé publique ou seulement business ?
00:09Est-ce que les réseaux sociaux sont un fléau pire que le sucre, Emmanuel Lechypre ?
00:14Écoutez, l'analogie, elle est vraiment intéressante parce que finalement, pendant quasiment 50 ans,
00:21le sucre est passé quand même à travers les mailles du filet.
00:25C'est-à-dire qu'on a considéré que ce qui était particulièrement toxique pour la santé, c'était le gras.
00:30Le lobby du sucre, qui est quand même encore plus puissant et encore plus malin que le lobby du tabac, a réussi à passer entre les mailles.
00:37Et on se rend compte aujourd'hui que finalement, le sucre est un des pires ennemis pour la santé.
00:42Les réseaux sociaux, c'est un peu pareil.
00:43C'est-à-dire qu'au début, on a trouvé ça absolument formidable, un espace de liberté, de la respiration, de l'oxygène.
00:49Et puis finalement, on se rend compte qu'il y a quand même une nocivité qui oblige quelque part à encadrer.
00:54Alors un, d'abord, en Europe, parce que ce n'est pas tout à fait le cas aux États-Unis,
01:00mais la liberté d'expression a toujours été encadrée.
01:02Il n'y a pas de raison que les réseaux sociaux, encore une fois, soient un espace de non-droit.
01:06Moi, j'ai une règle simple, c'est que ce qui est interdit dans la vraie vie doit aussi être interdit sur les réseaux sociaux.
01:13Après, on va dire, oui, mais alors est-ce qu'on ne contraint pas les opinions, etc.
01:17Mais le problème des réseaux sociaux, ce n'est pas l'opinion, c'est l'amplification de l'opinion.
01:22C'est-à-dire que quand un crétin débite des propos débiles, provocateurs, dans un café du commerce,
01:28ça veut rire ou ça indigne dix personnes.
01:30Mais quand vous touchez des millions de personnes, là, vous changez d'échelle.
01:33Vous changez d'échelle parce que vous avez une amplification d'une opinion qui peut avoir des conséquences sur…
01:39On n'est plus dans la provocation, on est dans la manipulation quasiment.
01:42Et donc, changement d'échelle impose aussi un changement de règles.
01:44Donc moi, je pense qu'il faut absolument encadrer les réseaux sociaux et peut-être même plus que les contraintes auxquelles on est soumis dans la vraie vie.
01:53Jean-Marc.
01:54Vous avez un compte Twitter, Jean-Marc ?
01:55Non, je n'ai pas de compte Twitter.
01:56Je n'ai aucun accès à aucun fonds de réseaux sociaux.
02:00Mais vous voulez les défendre ?
02:01Mais je les défends parce que je défends la liberté.
02:03Et ce qui est intéressant, c'est l'analogie avec le sucre.
02:06C'est-à-dire qu'Emmanuel l'a dit, il y a dix ans, c'était le gras.
02:08Et puis on s'est aperçu que finalement, le gras, ce n'était pas si grave que ça.
02:11Maintenant, c'est le sucre.
02:12Puis dans dix ans, on nous dira, non, mais le sucre, c'est l'énergie.
02:15C'est l'origine de la vie.
02:16Il faut absolument consommer du sucre.
02:18Donc toutes ces opinions qui sont des opinions très tranchées,
02:20qui remettent en cause la capacité des gens à déterminer leur destin, sont extrêmement dangereuses.
02:25Et d'ailleurs, les déclarations des droits de l'homme le prennent en compte.
02:29Je rappelle quand même, donc je vais faire des citations aujourd'hui encore.
02:32L'article 11 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
02:35qui est dans notre Constitution,
02:36dit la liberté, la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme.
02:43Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement,
02:47sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
02:51Alors la loi, elle existe dès 1789.
02:54Dès 1790, on définit effectivement ce qu'est la diffamation.
02:58Et la diffamation est très précise.
02:59« Toute allégation, donc ça c'est le code pénal,
03:01toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur
03:05ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation.
03:10La publication directe ou parfois de reproduction de cette allégation est punissable. »
03:15Donc, effectivement, il y a déjà un cadre juridique qui existe.
03:19Et s'appuyer sur un cadre juridique, c'est faire confiance à la justice.
03:22C'est-à-dire, ça ne sert à rien de multiplier les lois, les textes.
03:26Il faut faire confiance à une forme de justice sur laquelle repose la liberté.
03:30Un cadre général dans lequel c'est la liberté qui est le principe de base.
03:34Et ensuite, ce qu'on appelle une « common law ».
03:37C'est-à-dire que si on est vraiment agressé, si on est vraiment attaqué,
03:40si on a vraiment une remise en force...
03:42Là, vous portez plainte.
03:43Oui, mais ce que je ne comprends pas, Jean-Marc, c'est que par exemple,
03:45pour le paquet de cigarettes, vous êtes pour le mettre très très cher
03:47parce que c'est un sujet de santé publique.
03:49Là, pour vous, ce n'est pas un sujet de santé publique.
03:50Qu'est-ce qu'elles posent des bonnes questions, leur closier quand même ?
03:52Non, ce n'est pas un sujet de santé publique.
03:53C'est moi !
03:54Non, parce que dans la liberté d'expression, effectivement,
03:57vous ne mettez pas en danger physiquement quelqu'un.
04:00Et si vous le mettez en danger, effectivement, il y a une sanction qui est une sanction pénale.
04:04La différence entre le paquet de cigarettes et la liberté d'expression,
04:06c'est que vous avez une modalité économique pour répondre au paquet de cigarettes,
04:09qui est le prix sur la liberté d'expression.
04:11Vous n'avez pas la capacité à définir un prix.
04:14Et donc là, vous mettez en place un dispositif juridique.
04:16Et encore une fois, la démocratie, c'est la liberté encadrée par le juge.
04:20Et le véritable enjeu, c'est de faire en sorte que le juge garde le sens de la responsabilité.
04:25Et donc, ça pose aussi le problème du système juridique
04:27dans lequel on a multiplié un état de droit dans lequel il n'y a que des contraintes.
04:31C'est totalement contraire à l'esprit de la liberté.
04:33Alors, si le juge exerce son sens des responsabilités,
04:37il doit reconnaître que la monétisation recherchée derrière la liberté d'expression
04:43pose problème et ne sert pas la démocratie.
04:47Parce que la réalité, c'est que tout est fait dans les réseaux sociaux,
04:50les algorithmes, etc., pour aller chercher une monétisation absolue.
04:54Et qui, encore une fois, signifie plus manipulation que liberté d'expression.
04:59Et ça, moi, je trouve ça extrêmement dangereux.
05:01Donc, je pense que malheureusement, si Jean-Marc avait raison dans les faits,
05:06pourquoi pas, mais la réalité, c'est qu'il y a effectivement,
05:12dans l'autocontrôle des réseaux sociaux, etc., ça ne marche pas très bien,
05:16que la justice, il ne faut pas compter sur la justice,
05:18qu'il y a bien d'autres choses à faire pour réguler.
05:20Donc, dans la théorie, ce que dit Jean-Marc, c'est très bien.
05:22Moi, je pense que dans la pratique, ce n'est pas le choix.
05:24Ce qu'on va faire, c'est qu'on va mettre Instagram à Jean-Marc.
05:26Il va regarder 250 000 routines beauté, puis 250 000 retours de course.
05:31On verra l'effet que ça a sur votre santé mentale.
05:33Juste, Jean-Marc, il faut défendre la liberté, condamner la licence.
05:37Il faut défendre, effectivement, le droit et condamner l'anarchie.
05:41Merci, Jean-Marc.
05:42À demain.
05:42Et je vous jure, je vais vous mettre Instagram.
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