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Afficher un drapeau français ou utiliser des allégations qui laissent croire à une fabrication française pour vendre des produits étrangers, c’est du francolavage, ou frenchwashing. Better Things et la FIMIF se sont alliés pour construire un outil de lutte contre cette pratique et pour sensibiliser sur le sujet.
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00:00C'était le débat de ce Smart Impact avec Stéphane de Vulder, bonjour.
00:09Bonjour Thomas.
00:10Bienvenue, vous êtes le président cofondateur de Better Things et Samuel Collin, bonjour.
00:14Bonjour Thomas.
00:15Secrétaire général de la FIMIF, c'est la fédération indépendante du Made in France.
00:20Allez, on commence par quelques mots de présentation, Better Things en quelques mots.
00:23Donc Better Things c'est une implication mobile, disponible en France,
00:28sur tous les bons portables et qui en fait a pour objectif d'améliorer la transparence sur l'origine des produits non alimentaires.
00:35Parce que pour l'instant il y a vraiment, c'est un sujet sur lequel on est un peu à l'âge de pierre,
00:39donc il y avait besoin de trouver une solution digitale sur le sujet.
00:43Et ça permet aussi d'interagir avec les marques directement et leur demander, pourquoi pas,
00:49de localiser plus leur production dans des pays où le contexte écologique et social est plus favorable.
00:56Alors la FIMIF, cette fédération indépendante, le mot indépendant évidemment est important du Made in France.
01:01Très important, en fait on est effectivement une association à but non lucratif, indépendante,
01:07et on fédère en fait à la fois les consommateurs, les marques, les ateliers de confection, de construction, l'industrie,
01:15à travers de la sensibilisation, de la communication, à travers aussi d'études sectorielles.
01:23On porte notre voix aussi au niveau des décideurs pour essayer de faire bouger la législation
01:27sur l'utilisation du drapeau français, de certains termes marketing,
01:32pour essayer de justement éviter au maximum le franco-lavage.
01:36Alors on va expliquer ce que c'est le french washing, le franco-lavage,
01:39et vous êtes ici parce que vous venez de lancer, je crois que c'est au mois de septembre,
01:43une application qui permet aux consommateurs justement de dire,
01:45« Oh là, attention ce produit, j'ai un doute, franco-lavage en quelques mots. »
01:49Alors le franco-lavage, c'est quelque chose qui aujourd'hui n'est pas pénalement,
01:54c'est tout à fait une pratique aujourd'hui qui est tolérée.
01:59Il n'y a pas de risque juridique ?
02:01Aujourd'hui, non. Aujourd'hui, le seul risque juridique, c'est de mettre « Made in France »
02:05sur un produit qui n'est pas « Made in France ».
02:07Et là, ça, on rentre dans le cadre de la loi, et on peut punir via des amendes fortes d'ailleurs.
02:15Le franco-lavage, c'est plutôt une technique marketing qui vise à tromper le client,
02:20en lui faisant croire que le produit est fabriqué en France.
02:22On avait fait une grande étude il y a quelques années sur le sujet,
02:25qui montre que jusqu'à un client sur quatre pense acheter un produit fabriqué en France
02:31parce qu'il a vu un drapeau français, parce qu'il a vu conçu en France.
02:35Et ça a un impact fort, c'est un manque à gagner pour l'économie,
02:39qui a été estimé à 4,5 milliards d'euros et 50 000 emplois non pourvus.
02:43On y reviendra évidemment sur l'impact économique, donc on est bien d'accord.
02:47C'est pas quelqu'un qui met « Made in France », alors que c'est quelqu'un qui joue sur l'ambiguïté en quelque sorte.
02:54Et donc, vous avez décidé de travailler ensemble en lançant cette appli.
02:59Comment elle fonctionne ? C'est quoi le principe ?
03:01C'est sur Better Things où on a la possibilité de rajouter…
03:06Voilà, c'est une appli spécifique.
03:07Non, c'est sur Better Things.
03:09En fait, l'application, en scannant un code barre,
03:12elle vous permet d'identifier un produit et puis aussi d'identifier l'origine du produit,
03:16donc le petit « Made in » qui est souvent caché derrière l'étiquette.
03:20L'idée, c'est, un, de construire cette transparence dans une base de données,
03:24de la partager, donc une fois que cette identification, elle est faite,
03:27elle est faite pour tous les utilisateurs.
03:29Et puis aussi, bien sûr, de pouvoir interpeller les marques
03:33s'il y a des choses qui nous posent problème.
03:36Et en fait, dans les premières remontées,
03:38on avait souvent des remontées d'utilisateurs qui nous disaient
03:42« Ah tiens, c'est bizarre, cette pratique me semble un peu frauduleuse,
03:45c'est design français, marque française,
03:49mais quand je regarde, c'est « Made in Bangladesh ».
03:52Et c'est vrai que c'était un petit dispositif d'alerte sur cette pratique-là,
03:56particulièrement, qui n'était pas intégrée à la base.
03:59Et on l'a développée spécifiquement, l'alerte franco-lavage,
04:02qui est possible dans l'application.
04:05Et en fait, ça nous semblait tout naturel de fonctionner en partenariat avec la FIMIF,
04:09qui a été vraiment précurseur sur le sujet,
04:11et qui a déjà des leviers d'action,
04:14parce qu'ils ont déjà finalement un cycle de demandes des marques
04:19qui ont ce type de pratique-là.
04:21Et donc maintenant, techniquement…
04:23Comment ça marche ?
04:24Imaginons, j'utilise BetterSync, j'ai un doute,
04:26c'est juste que je clique sur un…
04:28Oui, en fait, dans l'application,
04:30il y a une petite icône qui a un mégaphone,
04:32vous appuyez dessus,
04:33il y a une petite alerte qui s'appelle « Pratique marketing frauduleux ».
04:37Et en fait, cette alerte, elle remonte.
04:40Nous, derrière, on valide le fait que ça soit effectivement un cas de franco-lavage,
04:45on le communique à la FIMIF,
04:46et après, la FIMIF régulièrement, en fait,
04:48contacte les marques pour venir les alerter sur le fait que c'est une pratique
04:52qui est malgré tout trompeuse pour le consommateur.
04:56Oui.
04:56Alors, comment…
04:57Bon, là, on a un petit peu de recul,
04:58vous l'avez lancé en septembre, c'est ça ?
04:59Oui.
05:01Ça y est, il y a eu des remontées,
05:03des marques que vous avez dû contacter,
05:05bien le retour d'expérience.
05:06Tout à fait.
05:07Alors, nous, historiquement,
05:08c'est vrai que les consommateurs pouvaient nous remonter ces cas-là
05:11via notre site Internet et via un formulaire,
05:13mais c'est vrai qu'il nous manquait vraiment un outil sympa au creux de la main,
05:18parce que c'est vrai qu'on est dans un magasin,
05:20on a son smartphone,
05:22on prend en photo le produit, etc.,
05:23puis on le remonte.
05:25Donc oui, on a des remontées aujourd'hui,
05:29du coup, ça fonctionne bien.
05:30Et nous, après, tout notre boulot,
05:33c'est de contacter les marques en question
05:34et de leur montrer leurs pratiques
05:38et de les faire bouger.
05:40Donc là, après…
05:41C'est là que ça se complique,
05:42parce que s'il n'y a pas de levier pénal ou juridique…
05:45Non, mais on arrive à faire bouger des choses,
05:47il y a des marques qui changent,
05:50qui comprennent la démarche
05:51et qui modifient.
05:53Il y en a qui, bon, qui ne donnent pas suite,
05:55mais on a quand même des résultats
05:58qui sont intéressants,
06:00avec des marques qui ont bougé,
06:01qui ont fait changer les choses,
06:02qui ont enlevé certaines notions
06:05quand ce n'est pas fabriqué en France.
06:07Il y en a qui fabriquent en France une partie
06:08et d'autres pas.
06:10Et quand ce n'est pas fabriqué en France,
06:11ils ont tendance à garder un petit peu le même logo.
06:15Parce qu'il y a une partie de leur production
06:17qui est faite en France,
06:19donc ils se disent « je peux mettre le logo partout ».
06:20C'est ça, donc ils vont juste enlever
06:22le fabriqué en France,
06:22mais ils vont par exemple garder le drapeau français,
06:25ils vont mettre numéro 1 en France, 2, machin,
06:27et puis en fait, le consommateur le prend
06:30en disant « bon, de toute façon,
06:30c'est fabriqué en France, alors que pas du tout ».
06:32Donc il y a des marques à qui on arrive
06:34à faire changer les choses.
06:35Ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.
06:37Ça a bien marché à Noël, par exemple ?
06:39Oui, alors c'était une bonne et une mauvaise nouvelle,
06:42finalement, c'est qu'on a vu des remontées
06:45de nombreux cas, notamment dans le secteur des jouets.
06:48Il y avait vraiment beaucoup de jouets
06:51pour enfants, pour bébés,
06:54où en fait, on retrouvait toujours
06:55cette notion de design français,
06:57conçu en France,
07:02et avec...
07:03Alors il y a eu une explosion de tours Eiffel.
07:05Il y avait des tours Eiffel partout.
07:06Donc c'était vraiment le symbole
07:08pour déclencher l'achat des parents.
07:11Donc c'est malheureux,
07:12parce que derrière la majorité des produits,
07:15c'était quand même des produits à bas coût.
07:18Donc c'est du business et de la fabrication
07:21qui se déplacent de nos territoires
07:23vers des environnements à bas coût.
07:26Donc on a remonté ces cas à la Finbif
07:28et puis on espère, bien sûr,
07:30essayer de faire bouger les lignes.
07:32Alors vous publiez,
07:32je ne sais pas si on va bien les voir,
07:34mais je vais les montrer quand même,
07:35des cartes postales qui nous donnent
07:37des chiffres qui sont assez intéressants.
07:42Si on regarde...
07:43Alors, tiens, on parle de jouets.
07:44Dans vos magasins de jouets,
07:45seulement 5% de jouets fabriqués en France.
07:49Effectivement, allez dans votre magasin de jouets,
07:51regardez combien de drapeaux ou de tours Eiffel.
07:56Instruments de musique, on est à 2%.
07:57Revendeurs de chaussures, on est seulement à 3%.
08:00Et puis alors, les magasins de jouets,
08:02là vous avez fait la liste de la grande distrib.
08:07Là, on ne va pas les citer, on les voit,
08:08mais en tout cas, ça va du mieux, c'est 6,6%.
08:11Au pire, 1,4%.
08:12Le jouet, c'est un peu le pire exemple, en quelque sorte ?
08:17Oui, je pense qu'il y a plein de secteurs.
08:21En fait, cette étude, elle a été intéressante,
08:23elle a été appréciée par les professionnels du secteur.
08:28L'idée, c'est d'en faire de plus en plus dans ce style-là,
08:30où on va être un peu plus poil à gratter
08:32auprès de la grande distribution,
08:34pour dire, jouez le jeu.
08:35Aujourd'hui, c'est des milliers d'emplois
08:39qui pourraient être créés,
08:41et c'est forcément bon pour l'économie.
08:43Et la grande distribution a un rôle clé
08:45pour l'économie là-dessus.
08:48Et donc, on va continuer à justement
08:50faire ce genre d'études,
08:51en confrontant les différentes enseignes
08:54sur leur choix d'achat, finalement.
08:57Et là, on voit, sur les jouets,
08:59on peut aller de 3%, de 2% à presque 8%.
09:03Donc, on aimerait bien encore plus,
09:06mais déjà, ça permet de voir
09:07qu'il y a quand même de forts écarts
09:09entre les enseignes.
09:11Il y a un mot important
09:11que vous avez peut-être prononcé,
09:13mais sur lequel je voudrais qu'on se concentre,
09:16c'est le mot confiance.
09:17C'est aussi pour ça que votre appli existe,
09:21mais il y a besoin de restaurer,
09:24ou d'alimenter, finalement,
09:25le lien de confiance entre les Français,
09:27les consommateurs, et les produits.
09:29C'est une demande qui est exprimée
09:32de plus en plus ?
09:33Il y a plus de 80% des Français
09:34qui sont demandeurs de plus de transparence
09:36sur l'origine.
09:36Donc ça, il y a une envie, une aspiration.
09:40Et puis après, en tant que consommateur,
09:41je pense qu'il n'y a rien de plus déceptif
09:43de penser qu'on a acheté un produit
09:46qui a été fabriqué localement
09:48chez l'artisan du coin,
09:50et puis de se rendre compte chez soi
09:51que finalement, ce n'est pas du tout le cas.
09:54Et ça brise, bien sûr, la confiance,
09:57et ça pénalise les fabricants
09:59qui, eux, fabriquent localement,
10:01parce qu'après, les consommateurs
10:03vont hésiter à investir le prix
10:05du Made in France
10:06pour quelque chose
10:06qui n'est pas fabriqué en France.
10:07Donc l'idée, vraiment,
10:08c'est d'essayer de casser cette dynamique
10:12en améliorant la transparence,
10:14en donnant de la visibilité aussi,
10:17parce que si on donne de la visibilité
10:20sur les réseaux sociaux,
10:21notamment, ça peut être un facteur de mouvement.
10:23Alors, c'était le dernier thème
10:24que je voulais qu'on aborde,
10:25parce qu'effectivement, pour l'instant,
10:26il n'y a pas de l'isolation.
10:28Donc je vais revenir vers vous là-dessus,
10:30mais il y a quand même un impact sur la marque.
10:32C'est-à-dire que plus on communique
10:34sur le fait qu'une marque fait du franco-lavage,
10:38plus elle va en souffrir.
10:39C'est une évidence.
10:40Oui, très clairement,
10:41ça ne fait jamais plaisir
10:43au directeur marketing
10:44de se faire épingler comme ça.
10:48Bon, mais c'est notre responsabilité aussi
10:50de créer une forme de pression sur le sujet.
10:53Autrement, il n'y a jamais rien qui va changer.
10:55Donc l'idée, c'est effectivement
10:57de repositionner un petit peu
10:58les consommateurs comme acteurs du changement.
11:01Est-ce que la loi pourrait changer ?
11:03J'imagine que vous bataillez là-dessus,
11:05peut-être avec les parlementaires
11:07ou le gouvernement.
11:09Serge Papin, qui vient de la grande distribution,
11:10qui est ministre aujourd'hui.
11:12Pour que, justement, ce drapeau français,
11:14on ne le mette pas partout et n'importe comment.
11:16Oui, tout à fait.
11:17Alors, nous, à l'AFIMIF, on pousse pour ça.
11:20On a été auditionnés l'année dernière par le Sénat,
11:23j'espère, sur 2026 de nouvelles auditions
11:26pour faire bouger les choses.
11:28C'est des choses qui n'ont pas évident
11:28parce qu'il y a un cadre législatif français, européen.
11:32Mais on prend souvent, nous, l'exemple de la Suisse,
11:35alors qu'il n'est pas dans l'Union européenne,
11:36mais qui a, elle, réussi à imposer ça.
11:38C'est-à-dire que vous ne pouvez pas, en Suisse,
11:40par exemple, utiliser le drapeau suisse,
11:42mais aussi les symboles.
11:43C'est-à-dire qu'en Toblerone, on a fait les frais.
11:45C'est-à-dire qu'ils ont délocalisé une partie
11:47de leur production hors Suisse.
11:49Ils ont été obligés d'enlever le drapeau suisse,
11:51d'enlever la montagne qui symbolisait la Suisse, etc.
11:55Donc, nous, on pousse pour que ça soit plus restrictif.
12:00Maintenant, après, c'est aux politiques
12:01de changer la loi.
12:04Et donc, on pousse, et on n'est pas les seuls là-dessus
12:07pour que ça puisse se faire.
12:09Tiens, un dernier mot,
12:11et un petit côté délation, quand même.
12:12Vous voyez ce que je veux dire ?
12:16Avec les dérives qui peuvent être liées à la...
12:18Je ne sais pas, un concurrent qui veut nuire à une marque
12:22et qui fait un faux signal.
12:23Enfin, j'imagine ça.
12:25Peut-être que je suis à côté de la réalité, mais...
12:27Alors, il y a quand même des filtres qui permettent,
12:30que ce soit chez nous ou à l'Affimif,
12:32avant qu'on prenne l'initiative de communiquer sur le sujet,
12:35il y a une confirmation qui est faite.
12:36Donc, on peut avoir des remontées d'informations
12:40qui pourraient être orchestrées par des concurrents,
12:42mais de toute façon, elles seraient filtrées chez nous.
12:44D'accord.
12:45Dernier mot, très vite, 30 secondes.
12:46Mais effectivement, ça arrive.
12:48Mais on filtre.
12:49Et après, il y a des fois,
12:50même si c'est un professionnel qui le fait,
12:52nous, ça nous est arrivé d'avoir un professionnel
12:54qui joue le jeu,
12:54qui produit quelque chose intégralement en France
12:57et qui nous dit,
12:58attendez,
12:59Intel met fabriqué en France,
13:01je sais ce qu'il fait,
13:02il reçoit les trucs,
13:03il assemble,
13:04il met dans un carton
13:04et il met fabriqué en France.
13:06Donc bon, après, c'est à nous de contrôler.
13:08Donc, on fait évidemment attention
13:10à ce genre de choses.
13:12Merci beaucoup à tous les deux.
13:14Merci.
13:14Et à bientôt sur Bsmart4Change.
13:16On passe au grand entretien
13:17de ce Smart Impact avec Laila Mamou.
13:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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