00:00Avec Kelly Mathias sur Europe 1, il est 13h21, l'heure d'accueillir vos deux chroniqueurs du jour, Kelly, pour décrypter l'actualité de ce lundi 2 février.
00:08Le journaliste Yvan Riouffol et le journaliste politique à CNews, Thomas Bonnet.
00:12Bonjour à tous les deux. Bonjour à tous.
00:14Soyez les bienvenus. On va commencer par la commission d'enquête sur l'audiovisuel public.
00:18Audiovisuel public, j'y arrive.
00:20On a une nouvelle audition, notamment Léa Salamé ce matin.
00:23Écoutez ce qu'elle a dit, puisque, évidemment, la question lui a été posée de savoir qu'est-ce qu'elle ferait
00:28si Raphaël Glucksmann se présentait à la présidentielle.
00:31En 2019, quand mon compagnon a décidé d'être candidat aux élections européennes,
00:35je me suis retiré de l'antenne le jour même de sa candidature.
00:39Cinq ans plus tard, en 2024, quand à nouveau il a été candidat aux élections européennes,
00:44même chose, je me suis retiré de l'antenne et cette ligne de conduite, elle vaut pour toutes les élections.
00:50S'il est candidat, je sors de l'antenne.
00:52Maintenant, entre ces élections, j'ai pu continuer à mener mon travail en toute impartialité.
00:58Alors, la question n'est pas de remettre en cause le professionnalisme de Léa Salamé,
01:02mais il y a une question qui lui a été posée et que je trouve intéressante.
01:05Si elle était la compagne, par exemple, de Jordan Bardella ou de Bruno Retailleau,
01:10est-ce que la polémique, est-ce qu'elle aurait eu ce poste ?
01:13Est-ce que le débat serait le même ?
01:15Thomas Bonnet.
01:16Je ne pense pas que...
01:17Elle a dit oui.
01:18Moi, je pense que si la compagne de Jordan Bardella était journaliste et qu'elle était à France Télévisions,
01:22elle ne pourrait pas présenter le 20h.
01:23Je le pense foncièrement parce qu'il y aurait l'hostilité d'une partie de la rédaction et des syndicats.
01:28Donc, on connaît le poids en interne.
01:30Par ailleurs, je trouve que Léa Salamé a plutôt bien répondu.
01:32Il n'y a pas vraiment d'exemple.
01:34On peut mettre en cause son honnêteté et son intégrité professionnelle.
01:37En effet, elle s'est retirée de l'antenne à chaque fois que ça a été nécessaire.
01:40Mais la question, et j'ai un peu l'impression qu'on fait peser sur elle, d'ailleurs, cette question,
01:44alors qu'elle n'y est pas pour grand-chose, c'est plutôt la ligne idéologique qui peut régner, en effet, au sein de France Télévisions,
01:50mais qui n'est pas le fait d'accointance personnelle avec des responsables de gauche,
01:54ce qui est plutôt le fait qu'il y a une forme d'uniformité idéologique, sociale, peut-être aussi, à l'intérieur de la rédaction, des dirigeants, etc.,
02:03qui conduit, c'est vrai, à une forme de bien-pensance, même si le mot est un peu galvaudé,
02:08mais en tout cas, voilà, il y a une forme d'uniformité de la ligne éditoriale qui penche, en effet, plutôt à gauche.
02:13Mais ce n'est pas le fait de Léa Salamé, je trouve que c'est un peu facile de lui faire porter à elle le chapeau
02:17en disant que parce qu'elle serait la compagne de Raphaël Glucksmann, elle incarnerait cette ligne éditoriale, je ne crois pas.
02:22Yvan Réufol, qu'en pensez-vous ?
02:23Il y a, je pense, une caractéristique française qui est d'accepter, effectivement, ces sortes de rapports incestueux
02:29entre le monde des médias et le monde politique.
02:31On ne voit pas ça ailleurs, me semble-t-il, donc ça, c'est une question de culture médiatique au cœur de la France
02:36où il y a, effectivement, à travers des contacts personnels, à travers des histoires amoureuses, dans le fond,
02:41des connivences et plus que cela, et des confusions entre les intérêts médiatiques et les intérêts politiques.
02:47Ça, c'est dans ce cercle-là qu'il faut réfléchir au dilemme qui est proposé, mais qui n'est pas un dilemme
02:54parce que la réponse va de soi. Quand il y a un conflit d'intérêt, naturellement, il faut le régler.
02:57Donc, il n'y a aucun procès à faire à Aléa Salamé, qui est une très bonne journaliste, naturellement,
03:03et je me garderai bien de lui donner quelques conseils que ce soit.
03:05Je trouve que la réponse qu'elle donne, en effet, et quoi qu'il arrive de sortirer,
03:09que son mari ou que son ami soit du Rassemblement national ou de la France insoumise ou de quoi d'autre,
03:17il ne serait pas possible, il serait moralement impossible, déontologiquement impossible,
03:23d'accepter, effectivement, qu'une présentatrice, un présentateur, persiste à présenter le journal
03:28alors que son mari, sa femme, etc., sont dans le débat politique.
03:32Mais encore une fois, je pense qu'il faut s'interroger, malgré tout,
03:34sur la trop grande proximité du monde politique et du monde médiatique, en règle générale.
03:38Moi, pour ma part, j'évite de rencontrer des hommes politiques, des femmes politiques,
03:42même de déjeuner avec eux, je trouve qu'on ne sait pas faire suffisamment la différence
03:47et d'étanchéité entre ces deux mondes.
03:49Puisqu'on parle du service public, écoutez le chanteur Benabar, qui est en promotion,
03:53il sort un nouvel album, et il a taclé France Inter.
03:55C'était dans Le Figaro la nuit.
03:57Le milieu de la tête, c'est beau, pour être très caricatural,
04:01mais malheureusement, ça l'est.
04:03Télérama, France Inter, ce sont des censeurs.
04:06Quand on est, entre guillemets, artiste avec toutes les guillemets qu'on peut mettre,
04:09il faut éviter les gens qui décident ce qui est bien, ce qui n'est pas bien.
04:13Parce que c'est ça, la censure, en fait.
04:14Et moi, je suis très attaché à ces trucs-là, très républicains,
04:17et il y a une volonté de dire aux gens, c'est ça qu'il faut écouter,
04:21France Inter est très connu pour ça, c'est ça qu'il faut écouter,
04:24le reste, c'est pas bien.
04:26Et déjà, c'est pensé pour les gens, les attachés de presse avec qui je travaille
04:31depuis plusieurs albums, mais là, je ne te fais pas du tout un scope.
04:35Ils ne vont pas voir France Inter depuis 5 albums ou 6 albums, c'est pas la peine.
04:38– Ce sont des censeurs, Yvan Riaufol.
04:41– Écoutez, c'est très intéressant à voir, parce qu'effectivement,
04:43le monde du showbiz, très généralement, le monde du spectacle,
04:47a été jusqu'alors très perméable aux politiques correctes.
04:49– Mais oui, c'est rare de parler d'un artiste.
04:50– Très perméable au camp du bien, très perméable à la morale de l'époque,
04:55aux leçons données, effectivement, par tous ceux qui intiment
04:59ce qu'on leur ressemble, sans voir qu'ils sont également
05:02leurs propres turpitudes, si je puis dire.
05:03Et donc, il est très courageux, en effet, de la part de Benatar,
05:06d'avoir à affronter aujourd'hui ce qui va peut-être lui retomber
05:11sur le coin de la figure dans ce petit monde feutré,
05:14fermé de l'entre-soi du showbiz.
05:16Mais en même temps, je pense qu'il va retrouver,
05:19qu'il va conquérir peut-être, je ne le connais pas suffisamment,
05:23toute une partie d'une opinion qui, effectivement, n'en peut plus
05:25de ses leçons de morale, de ses faux prêcheurs.
05:28J'avais appelé ça des faux gentils, à un moment donné,
05:30j'avais fait un livre sur les faux gentils,
05:31avec cette grande hypocrisie de tout ce petit monde privilégié
05:34qui donne des leçons à la terre entière,
05:35et pour se protéger ses propres intérêts.
05:38– Thomas Bonnet ?
05:39– Oui, je suis assez d'accord avec ce que vient de dire Yvan.
05:40Dans la même interview, d'ailleurs, Benabar parle du barrage républicain,
05:44pour dire tout le mal qu'il en pense.
05:45Lui qui se définit comme quelqu'un qui a été éduqué dans la gauche politique,
05:51son grand-père était communiste, il dit,
05:52« Pourtant, je ne veux pas interdire la voix de quiconque,
05:55et il n'y a pas de barrage républicain à faire. »
05:57Donc là aussi, c'est un parti pris assez courageux de sa part.
06:00Après, je maîtrise assez mal le milieu de la critique musicale,
06:03pour savoir dans quelle mesure il est ostracisé.
06:05Ce que je sais en revanche, c'est qu'en France,
06:07on a quand même une grande culture de la critique,
06:09et je pense que c'est important aussi d'avoir des voix libres,
06:12parfois, pour parler de tel ou tel projet.
06:14Alors, je ne sais pas, sur France Inter,
06:15il dit qu'il n'y est pas allé depuis cinq ans,
06:16donc c'est quand même problématique pour quelqu'un qui vend pas mal d'albums,
06:19mais je pense qu'il faut quand même conserver cet esprit-là
06:22de liberté de la critique en tout point.
06:24– Thomas Bonnet, Yvan Riaufol,
06:25on reste ensemble, le débat se poursuit,
06:27les municipales, on va en parler,
06:29quand le maire PS de Saint-Denis, Mathieu Anotin,
06:31s'inquiète d'un vote des narcotrafiquants
06:33pour la liste menée par LFI.
06:36Ça fera partie de notre débat dans un instant avec vous deux.
06:38– Sous-titrage Société Radio-Canada –
Commentaires