00:0013h, 14h, Europe 1 Info.
00:03La suite avec vous Clélie Mathias et votre chroniqueur Gilles-William Golnadel et Raphaël Saint-Lida.
00:07On parlait de la France insoumise, on va parler de Jean-Luc Mélenchon.
00:10Dans un discours de plus d'une heure hier à Toulouse, le leader de la France insoumise a estimé que son parti devait démontrer aux prochaines élections municipales sa capacité à incarner la nouvelle France.
00:19Écoutez-le.
00:19Nous avons besoin d'élections municipales qui puissent être une démonstration du niveau de conscience politique du peuple français dans sa diversité.
00:30de la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France, celle du grand remplacement, celle de la génération qui remplace l'autre parce que c'est comme ça depuis la nuit des temps
00:41et que ce n'est pas parce qu'il y a dix dingues dans un coin qui tout d'un coup ont peur d'être remplacés par leurs enfants que nous devons partager leur peur.
00:49Alors cette expression grand remplacement qu'il a combattu pendant des années, il la reprend à son compte, il l'inverse.
00:56Gilles William Gonadel, le discours est parfaitement assumé. En quoi est-il problématique selon vous ?
01:02Il est problématique parce que d'abord pendant des années, la thèse qui n'avait rien de complotiste, de penser que la population en raison de l'immigration invasive et souvent illégale
01:19allait modifier complètement la population, elle n'était pas fausse mais elle était interdite.
01:26Si vous la suggériez seulement, encore une fois en disant que ce n'est pas du tout un complot, c'est l'œuvre simplement du laxisme général
01:34et de la complaisance pour l'autre et de la détestation de soi-même, vous étiez éliminé du jeu politique et intellectuel.
01:43Or là, voilà que le leader du parti extrémiste, que d'aucuns comme celui qui vous parle considèrent comme antisémite,
01:52se met effectivement à dire mais de toute façon c'est trop tard.
01:56Il valide la thèse mais maintenant c'est trop tard.
01:59C'est ce que je vais vous dire là, en fait il l'accepte cette thèse.
02:01Mais il l'accepte parce que maintenant on ne sait plus s'il est midi moins 5 ou midi 5, il souhaite lui qu'il soit midi 5,
02:08mais j'observe et c'est la seconde cause de mon indignation, c'est que personne ne lui dit rien à lui.
02:16Personne, il n'y a pas, il n'y a pas, il n'y a pas, le mot prononcé devrait faire hurler ce qui hurlait contre justement l'interprétation de ce qui allait nous arriver.
02:31Et bien ça passe crème comme dit l'autre.
02:32Donc oui, à divers niveaux, les propos de cet homme indigne m'indigne, oui.
02:39Raphaël Staville.
02:40Oui, ce qui est intéressant c'est qu'en 2017, Jean-Luc Mélenchon, il parlait de la créolisation de la France.
02:46C'était une manière inversée de parler de la même chose, c'est-à-dire du grand remplacement qui était en train de s'opérer dans nombre de nos territoires.
02:56Aujourd'hui, d'une certaine manière, il assume absolument le grand remplacement parce que le nombre, la démographie est tellement puissante dans un certain nombre de villes
03:08qu'effectivement, il y a probablement dans certains territoires une majorité de Français d'origine étrangère et qui sont séduits par ce discours porté par Jean-Luc Mélenchon.
03:22Et donc les effets immédiats de ce grand remplacement tel qu'il le célèbre aujourd'hui parce que c'est l'avènement d'une nouvelle France,
03:30il espère que ça se matérialisera par un certain nombre de municipalités qui tomberont dans l'escarcelle de LFI.
03:38Et d'une certaine manière, c'est à craindre.
03:40C'est à craindre quand vous voyez que dans certaines municipalités, dans certaines écoles,
03:44aujourd'hui, on ne parle plus le français dans certaines classes de maternelle.
03:49C'est des dizaines de nationalités différentes avec un professeur qui doit se débattre pour essayer de faire apprendre le français.
03:56Donc ça dit, les changements qui se sont opérés en France et que nombre de politiques n'ont pas voulu voir,
04:03il faut reconnaître et à Jean-Luc Mélenchon et à Éric Zemmour, notamment en 2017,
04:07d'avoir assumé ce changement qui était en train de s'opérer,
04:12que certains appelaient comme une théorie,
04:14alors même que c'était quelque chose qui était à l'œuvre à plus ou moins bas bruit.
04:19Je ne suis pas tout à fait vrai.
04:20Je ne suis pas tout à fait d'accord, Raphaël.
04:24Éric Zemmour, effectivement, avec d'autres, mais principalement et sans aucun phare,
04:32ce qui lui a coûté quand même beaucoup,
04:34effectivement, adhérait à cette thèse, la validait,
04:38avec le courage intellectuel qui est le sien,
04:42qui n'était pas forcément très payant politiquement.
04:45Mais à l'époque, tous les gauchistes façon Mélenchon, au contraire,
04:52s'indignaient lorsque cette thèse leur était opposée.
04:59Ils la niaient.
05:01Au contraire, ils considéraient que c'était totalement indigne de pouvoir penser comme cela.
05:07Ils niaient la hausse de l'immigration.
05:08Ils étaient simplement, sur le registre,
05:12qui pourrait d'ailleurs être toujours celui de M. Mélenchon,
05:15s'ils n'avaient pas décidé de faire un pas en avant,
05:18de dire que les musulmans sont brimés,
05:21que les palestiniens sont génocidés,
05:24que les blancs se condamnés.
05:27Pas du tout.
05:28Il va au-delà maintenant.
05:31Il dit, au contraire, c'est trop tard, les petits gars.
05:33Il y a un palier qui est franchi là.
05:37C'est marrant parce que vous adoptez quasiment
05:39la manière dont la gauche a analysé et combattu le grand emplacement
05:46en en faisant une théorie, une théorie complotiste.
05:49Le grand emplacement tel qu'il a été pensé par Renaud Camus
05:53et repris par nombre de personnes,
05:56ce n'est pas d'en faire une théorie,
05:57c'est l'observation d'un phénomène.
05:58On n'est ni dans une thèse ni dans une théorie.
06:00C'est ce que je dis.
06:03La droite qui s'assumait, reconnaissait,
06:07excusez-moi, je me mets dedans,
06:10je disais que ce n'était pas du tout un complot,
06:12c'était l'œuvre du laxisme migratoire
06:15qui faisait que si rien n'était fait,
06:17eh bien il y aurait un jour un changement de population.
06:20Vous l'avez appelé grand remplacement, remplacement,
06:23peu importe.
06:23C'est que justement, même les soi-disant spécialistes de l'immigration,
06:32Montaigne, c'est un peu ce que je dis dans le mot,
06:35Hervé Lebrun et d'autres,
06:37vous disaient que ce n'était pas vrai,
06:38qu'on mentait, qu'il n'y avait pas d'os de l'immigration,
06:41rien ne changeait du tout.
06:43On a menti au peuple français.
06:45Et puis maintenant,
06:46maintenant qu'un cap a été frangis,
06:48et c'est là où justement, pardon,
06:51je trouve qu'il y a un changement de pied de Mélenchon,
06:56que je ne sais pas s'il est cynique,
07:00je n'arrive pas à expliquer vraiment,
07:02parce qu'il pourrait continuer la même thèse.
07:04Eh bien maintenant, il dit à la droite,
07:07de toute manière, vous êtes fôcu.
07:09Vous êtes fôcu, c'est trop tard.
07:11Mais vous avez raison,
07:12il y a une sorte de désinhibition dans le discours,
07:15et on le voit, et chez Jean-Luc Mélenchon,
07:18et chez Carlos Martens-Bilongo,
07:20qui finalement, parce que la démographie
07:24fait que dans un certain nombre de territoires,
07:26aujourd'hui la partie est perdue
07:28pour ceux qui voudraient lutter
07:30contre les effets de cette immigration massive,
07:33mais effectivement, aujourd'hui, il l'assume.
07:35Il y a un changement,
07:36c'est ça qui est intéressant,
07:38et qui est en même temps odieux,
07:39il y a la racialisation assumée,
07:42alors qu'avant, on n'en parlait pas,
07:45tous les Français étaient censés être identiques,
07:47il n'y avait pas de différence.
07:48Mais justement, ça rompt avec l'universalisme républicain.
07:50Ça rompt complètement,
07:51et ça va même plus loin.
07:53Il y a même un racisme assumé,
07:55lorsque vous avez un bilongo
07:57qui explique que les Africains sont intelligents,
08:01alors que les gens du Nord sont bêtes,
08:03ou no bono,
08:04qui trouvent que décidément,
08:05il y a trop de blancs à la fête de l'humanité.
08:07Mais il y a, en même temps que ce changement-là,
08:11il y a réellement un changement de ton.
08:13Et une réalité qui est qu'effectivement,
08:15comme le dit Carlos Bernthez-Bilongo,
08:18on fait plus d'enfants,
08:19et donc demain, on aura le pouvoir.
08:21Donc la question de la démographie,
08:23elle est centrale pour comprendre
08:25le poids de certaines idées politiques
08:30dans la sphère politique.
08:31Et je pense qu'elle suit,
08:33peut-être instinctivement,
08:36le nombre.
08:37Les mots changent au rythme des nombres.
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