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Ce jeudi 27 novembre, la succession de Jerome Powell à la Fed a été abordée par Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode et secrétaire général de BSI Economics, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Et c'est Anthony Morley-Lavidali qui est avec nous, économiste chez Rex Ecod et secrétaire général de BSI Economics.
00:06Bonjour Anthony, merci de nous accompagner ce matin.
00:10En effet, ces dernières heures, un nom circule du côté de Wall Street,
00:14avec notamment Bloomberg qui évoque Kevin Assett, le conseiller économique de la Maison Blanche,
00:19et l'un des noms favoris de Donald Trump, qui bien sûr aura le dernier mot pour nommer le nouveau président de la Fed.
00:25Kevin Assett qui est bien connu, puisque c'était déjà le conseiller de Donald Trump lors de son premier mandat en 2017.
00:32Et bien sûr, comme Donald Trump, il est pour des baisses de taux massives.
00:37Alors tout à fait, d'une part, ce n'est à la fois pas une grande surprise de voir son nom apparaître,
00:42parce que c'est vraiment un proche de Donald Trump.
00:44Il semble quand même bien en passe de l'emporter, on aura la décision finale avant la fin de l'année.
00:50Mais effectivement, ça pose quand même là un vrai doute sur l'indépendance de la Banque centrale,
00:53car Kevin Assett s'est exprimé publiquement à de nombreuses reprises,
00:58dans le sillage un petit peu de Donald Trump, en plaidant pour des baisses de taux quand même massives.
01:03Alors certes, les marchés ont plutôt apprécié la nouvelle,
01:06puisque ça éviterait une sorte de tension entre la Maison Blanche et bien sûr la Fed.
01:12Néanmoins, on peut se poser quand même la question de où va-t-on en termes d'indépendance de la réserve fédérale.
01:17Et là, on voit bien que c'est un choix qui est beaucoup plus fort et assumé que Christopher Waller,
01:22qui certes avait beaucoup plus d'expérience au sein de la conduite de la politique monétaire,
01:27mais qui était peut-être un petit peu moins enclin à aller aussi vite que le souhaitait Donald Trump sur les baisses de taux.
01:33Et puis, il faut dire que ça commence à être un petit peu le feu à la maison aux États-Unis,
01:38puisqu'on a une économie qui est certes résiliente,
01:40mais qui tient de plus en plus sur uniquement la tech qui tire la croissance.
01:45Mais on a un nombre de pans croissants de l'économie qui, à l'inverse, ralentit.
01:49Donc, on sent bien qu'il y a ce besoin de redonner un petit peu d'air à l'économie américaine.
01:54Et en cela, Kevin Hassett serait peut-être le meilleur choix pour Donald Trump,
01:58puisqu'il permettrait précisément de baisser significativement les coûts d'emprunt aux États-Unis.
02:03Quand vous regardez le baromètre FedWatch, désormais, le marché anticipe à 85%
02:08et une baisse des taux de 25 points de base pour la prochaine réunion qui se tiendra les 9 et 10 décembre.
02:14Comment vous, aujourd'hui, chez Rex & Coach, chez BSI Economics, vous regardez cette politique monétaire ?
02:20Est-ce qu'il y a vraiment urgence à baisser les taux ?
02:22Sachant que, comme vous l'avez souligné, on a une économie qui est un petit peu en trompe-l'œil.
02:25Et puis surtout, ce fameux shutdown pèse sur le calendrier des statistiques.
02:29Encore en début de semaine, on a eu des chiffres, mais ce sont des chiffres du mois de septembre.
02:33Tout à fait. Alors, ce qui est assez difficile aux États-Unis, d'une part, c'est d'avoir une lecture très claire.
02:38On est un petit peu dans le bleu quand on manque de statistiques publiées.
02:42Néanmoins, ce qu'on voit, c'est que oui, on a une croissance qui, facialement, a priori, va ressortir à de bons niveaux et qui tient.
02:48Mais là encore, elle est, d'une part, très circonstanciée.
02:51Elle tient à quelques secteurs, dont en partie les secteurs de l'information, communication, des services aux entreprises.
02:56Donc, ce qui regroupe, grosso modo, la tech.
02:58Mais quand vous regardez l'industrie, quand vous regardez le commerce, tous les grands autres pans de l'économie,
03:03sont beaucoup plus dans le dur.
03:05Donc, on a au fond une forme d'économie américaine à plusieurs vitesses.
03:09Et donc, il y a quand même un risque de ralentissement de la croissance.
03:11Néanmoins, ça ne veut pas dire que sur le front de l'inflation, on va vers des niveaux de normalisation, j'allais dire, en quelque sorte,
03:19puisqu'on a en plus des pressions sur les prix importés qui pourraient continuer de se voir.
03:24Donc là, il va y avoir un vrai arbitrage du côté de la Fed, de est-ce qu'on préfère soutenir l'emploi et l'activité,
03:28qui a priori vont quand même ralentir en 2026, ou est-ce qu'on garde un mandat toujours assez fort sur l'inflation,
03:34qui a priori ne devrait pas donner de signe de convergence rapide, en tout cas à court terme, vers la cible.
03:40Donc, un arbitrage va devoir s'opérer en 2026, et le choix de Kevin Assett, c'est très clairement de faire le choix de l'emploi, de la croissance,
03:48quitte à avoir des pressions inflationnistes un peu plus fortes, un peu plus durables qu'on pouvait l'anticiper jusqu'alors.
03:53Des pressions inflationnistes qui sont également très fortes du côté du Japon, près de 3% d'inflation au Japon,
03:59avec notamment la nouvelle première ministre qui prévoit un plan de relance massif,
04:03qui devrait être adopté à la fin du mois de décembre par le Parlement.
04:06On parle de plus de 100 milliards d'euros, bien sûr, si on fait la conversion.
04:10Ce qui est quand même très important.
04:12Oui, là aussi, Sané Takashi, c'est assez intéressant de voir que le Japon fait face à une nouvelle équation macroéconomique.
04:19Il ne faut pas oublier que c'est un pays qui sortait quand même de plus d'une décennie, voire deux, de lutte contre la déflation.
04:25C'est une économie qui pouvait relancer massivement budgétairement avec une dette publique très élevée pour soutenir son activité.
04:31Aujourd'hui, on est dans une économie où l'inflation, là non plus, ne redescend pas.
04:35On vit autour de 3%.
04:37On a une banque centrale qui est quand même incitée à monter les taux, surtout dans un contexte de dépréciation assez fort du Yen qui s'opère.
04:46Et en même temps, une première ministre qui a été élue et souhaite soutenir à la fois le pouvoir d'achat, la croissance.
04:52Et donc là aussi, très délicat, puisqu'un gouvernement, une politique budgétaire qui pousse dans un sens,
04:56et une politique monétaire qui préférerait plutôt freiner pour éviter justement des gros mouvements de capitaux.
05:02Puisqu'on sait que c'est ça le sujet au Japon, ça serait d'être soumis à des vagues de départs de capitaux
05:07si soit la boche remontait trop fortement les taux, soit si on laissait l'inflation dériver trop longtemps.
05:12Donc vraiment une équation macroéconomique assez insoluble au Japon également.
05:18Et du côté bien sûr du Yen, une grosse équation à résoudre,
05:21puisque bien sûr on a un Yen qui se déprécie depuis le début de l'année,
05:25qui a perdu près de 8% face au dollar.
05:28Comment aujourd'hui, la première ministre japonaise peut essayer de juguler tout ça ?
05:34Idem pour la boche, la banque centrale du Japon.
05:37Alors très probablement pour la boche, il faudrait donner un signal assez fort
05:41d'une politique monétaire légèrement plus restrictive, en tout cas qu'elle s'engage sur une trajectoire,
05:46ce qui permettrait quand même, a priori, au Yen de se réapprécier.
05:50Puis en plus on voit bien que les niveaux aussi bas du Yen continuent de générer une inflation importée
05:55qui l'empêche de revenir proche de sa cible.
05:58Mais là ça viendrait un petit peu se heurter à la politique budgétaire qui se veut très expansionniste.
06:04Donc là aussi un choix va devoir s'opérer, on sent que ça se cristallise.
06:08La première ministre n'a pas l'air de vouloir lâcher sur la relance budgétaire qu'elle souhaite opérer.
06:13Et en même temps la boche va devoir arbitrer.
06:15On a des risques quand même de frictions financières au Japon assez importantes.
06:19Donc surveiller les marchés, que ce soit action ou obligataire de près,
06:23puisque vraisemblablement sur les prochaines semaines on aura du mouvement côté japonais.
06:27Et ce matin un dollar qui est à 156 Yen.
06:29Merci beaucoup Anthony Morley-David Dali de nous avoir accompagné ce matin.
06:33Économie chérie, ex-écode et secrétaire général de BSI Economics.
06:36Pour revenir donc sur la probable candidature de Kevin Asset pour succéder à Jerome Powell.
06:43Et donc sur cette situation au Japon avec un plan de relance de plus de 117 milliards d'euros.
06:49Bien sûr si on fait la conversion qui est en cours.
06:51Plan bien sûr impulsé par la nouvelle première ministre Sanae Takachi.
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