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##C_EST_QUOI_LE_PROBLEME-2026-01-20##

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Transcription
00:00Alors c'est quoi le problème Félix Mathieu ce matin ? Je l'ai dit, la justice est trop lente, on est obligé de libérer des détenus qui n'ont pas pu être jugés.
00:09Oui, on parle de 19 accusés dans des affaires criminelles tout de même qui vont être remises en liberté sous contrôle judiciaire en attendant leur procès.
00:16C'est le procureur du côté d'Aix-en-Provence qui l'a annoncé.
00:20Tout ça parce que oui, les délais de détention provisoire ont été dépassés avant la date de leur procès.
00:26Donc ils vont attendre leur procès en liberté. On parle quand même principalement d'accusés dans des affaires de viol notamment.
00:33Et vu que les cours criminels sont engorgés, c'est comme ça que ça se passe.
00:36Alors pourtant il y a eu, vous savez, les audiences de rentrée solennelle dans les tribunaux.
00:41Et à cette occasion, Gérald Darmanin s'était félicité en parlant d'un investissement historique sans précédent dans la justice.
00:48Il citait par exemple le nombre de greffiers de magistrats, 139 juges, 135 greffiers supplémentaires rien que dans le Nord et dans le Pas-de-Calais.
00:57Donc voilà, plutôt satisfaussi de ce du ministre de la Justice sur ses effectifs.
01:01Sur le côté, on est en train de régler le problème.
01:04Bon, a priori, les professionnels de la justice ne voient pas de cette...
01:07Effectivement, il y a des avocats qui ont réagi.
01:09J'avais cité ici Julie Courvoisier, justement, qui racontait un quotidien un petit peu différent.
01:15D'ailleurs, elle lui a répondu au garde des Sceaux.
01:17Elle a expliqué que par exemple, elle avait fait des appels et que s'est audiencée fin 2027.
01:21C'est-à-dire trois ans quand même de délai pour ces procédures d'appel.
01:24Vous avez dit en liberté et sous bracelet, mais ils sont quand même sous bracelet.
01:28Sous contrôle judiciaire, je crois que ce n'est pas forcément sous bracelet.
01:32Non, non, je ne crois pas que ce soit sous bracelet.
01:33Non, non, c'est pas sous bracelet.
01:34Parce que sous bracelet, ça veut dire qu'il y a une condamnation et là, il n'y a pas de condamnation.
01:37Non, c'est des gens qui ne sont pas passés au tribunal.
01:40Ils vont bien être en liberté.
01:41Peut-être avec obligation de ne pas se manifester, de ne pas s'éloigner.
01:45Effectivement, et des délais de jugement qui s'additionnent au gré des recours.
01:50Oui, parce que là, on parle de délai d'audiencement, donc juste en parlant d'un seul procès.
01:55Mais bon, si vous ajoutez à ça qu'il peut y avoir ensuite l'appel, le pourvoi en cassation
02:00ou le recours devant le Conseil d'État, pourquoi pas après la Cour européenne des droits de l'homme,
02:05ça peut mettre tout ça à s'additionner, mettre des années et des années.
02:08C'est vrai que ça crée de l'incertitude juridique.
02:10Bon alors, si on parle de pénal, effectivement, c'est très douloureux pour les victimes, pour les parties civiles.
02:16Mais ça peut aussi être de l'incertitude juridique dans d'autres domaines, comme le domaine commercial ou civil.
02:22Là, par exemple, je vous parlais de la CEDH, la Cour européenne des droits de l'homme.
02:25Elle a été saisie par une justiciable française contre la France à cause d'un délai, tenez-vous bien, ça c'est quand même incroyable,
02:31une liquidation judiciaire d'un fonds de commerce dans le Gers, une affaire qui avait démarré en 1983.
02:37Eh bien, ça a été prononcé en 2020, la liquidation, c'est-à-dire 37 ans de délai.
02:42Qu'est-ce que vous voulez faire avec des délais comme ça ?
02:44Même quand on est dans une affaire civile ou commerciale, c'est quand même difficile de passer à autre chose,
02:48en attendant que le dossier se règle, tout simplement.
02:52– Laurent Sebac, bonjour, vous êtes magistrat, conseiller à la Cour d'appel d'Aix-en-Provence,
02:56vous êtes coprésident de l'association Amour de la Justice.
03:01On ne l'aime pas trop la justice dans ces cas-là, quand on doit attendre…
03:05– Oui, bonjour.
03:08– Je comprends. Bonjour et merci de me recevoir.
03:11– Non, mais on a envie de comprendre un petit peu votre quotidien,
03:14c'est vrai qu'on a tous été sidérés d'apprendre que d'aujourd'hui,
03:19même si on sait que la justice est lente,
03:21des détenus vont être remis en liberté, faute d'avoir été jugés dans les temps.
03:25– Évidemment, je comprends l'émotion de l'opinion publique et de la presse.
03:31Je me permets juste de revenir sur un propos que vous utilisez,
03:34qui est celui de lenteur de la justice.
03:37J'y préfère pour ma part le terme de longueur de la justice,
03:40parce que lenteur de la justice, ça donnerait l'impression
03:42qu'elle ne travaille pas et qu'elle prend son temps.
03:44Alors, il est vrai que parfois, elle prend son temps parce qu'elle en a besoin
03:48pour investiguer avec efficacité et il est parfois nécessaire de prendre un certain temps.
03:55Après, on ne va pas se mentir, il y a aussi des longueurs qui sont dues à aujourd'hui,
04:00ce qui est un état dégradé global de la justice
04:03et une forme d'embolisation de la justice, en particulier de la justice pénale.
04:07– Oui, mais qu'est-ce qui s'est passé ?
04:10Donc, on le disait, le ministre de la justice s'est félicité
04:13de l'augmentation du nombre de magistrats et de greffiers.
04:18Néanmoins, il n'y a pas que ça comme problème.
04:22Et ce n'est pas suffisant.
04:23– Alors, d'une part, il y a évidemment la question des effectifs.
04:30On a, comme vous le dites très justement, un ministre de la justice
04:33qui se félicite de l'augmentation des effectifs de magistrats, entre autres.
04:37En réalité, ça nous paraît être à l'association un effet d'annonce
04:41qui est une forme de communication, pour la simple et bonne raison
04:45que nous avions deux lois de programmation 2017 et 2023
04:49qui avaient fixé des recrutements, des objectifs de recrutement
04:53qui étaient de l'ordre de 1 500 magistrats, 1 100 attachés de justice
04:57et 1 800 greffiers supplémentaires.
05:00Et en réalité, on est loin du compte.
05:01Et on ne les atteindra pas, en réalité, sauf des annonces
05:06beaucoup plus significatives que celles qui viennent d'être faites ces derniers jours.
05:10Mais quand on regarde la loi de finances 2026,
05:13elle n'est déjà pas suffisamment, on va dire, à la hauteur
05:18de ces attentes qui ont été promises.
05:20Donc, on n'y sera pas.
05:22On n'y sera pas.
05:23Étant précisé que de toute façon, ça, c'est les effets d'annonce ministérielle.
05:27Aujourd'hui, la réalité, elle est définie, la réalité des besoins
05:31et des effectifs en magistrats, greffiers et attachés de justice,
05:35elle est définie par une commission européenne
05:37qui s'appelle la Commission européenne pour l'efficacité de la justice.
05:41On l'appelle la CPEJ.
05:42Et cette CPEJ, tous les ans, elle nous donne des rapports
05:45qui nous montrent des choses assez simples.
05:47C'est qu'en réalité, il y a environ 9 000 magistrats en France
05:50pour fonctionner à peu près de manière équivalente
05:53avec les pays qui sont assez semblables aux nôtres dans l'Union européenne.
05:57Il faudrait passer de 9 000 à 18 000.
05:59Vous voyez qu'on est très, très loin du compte.
06:01Mais ça met combien de temps à former un magistrat,
06:03c'est-à-dire un étudiant qui a fait ses études de droit ?
06:06Combien de temps il faut pour qu'il devienne magistrat ?
06:11Alors, c'est assez long.
06:12On a un peu la même difficulté qu'avec les médecins.
06:15C'est-à-dire qu'il y a 31 mois de formation
06:17après que l'étudiant en droit réussit le concours d'accès
06:21à l'École nationale de la magistrature.
06:2331 mois de formation qui passe par une année de formation théorique à Bordeaux
06:27et ensuite des mises en situation directement dans les juridictions
06:31pour la suite de cette formation.
06:32Donc, c'est vrai que 31 mois, ça peut paraître beaucoup.
06:34Mais en réalité, compte tenu de l'importance des responsabilités
06:39et de la qualification des candidats,
06:43c'est un délai moyen de formation.
06:45Donc, si on se donnait les moyens politiques, financiers,
06:49avec des objectifs ambitieux,
06:52évidemment, on ne va pas passer de 9 à 18 000 magistrats demain
06:55et on ne va pas doubler le nombre de greffiers non plus.
06:59Mais en réalité, on peut se donner des moyens plus importants.
07:02Et en tout cas, les 1 500 magistrats qui ont été promis
07:05dans ces lois de programmation 2017 et 2023
07:07ne sont toujours pas arrivés.
07:09Et ils ne pourront pas arriver si on en juge la loi de finances 2026
07:12avant au moins 2030.
07:14Je voulais savoir, est-ce que vous pensez que l'IA
07:16peut apporter quelque chose à la magistrature ?
07:19Est-ce que ça peut résumer certains dossiers plus rapidement ?
07:23Est-ce qu'un jour, certains jugements seront confiés à l'IA ?
07:26Est-ce qu'il y a une piste qui est étudiée au niveau de la magistrature ?
07:32Alors, le ministère travaille de manière très contemporaine
07:35sur l'introduction de l'IA dans les juridictions.
07:37Donc, on peut dire qu'en tout cas, il y a un souci politique de ce point de vue-là.
07:42Et la position défendue par le ministère est celle de la nécessité d'apprendre à travailler avec l'IA.
07:48Alors, évidemment, nous avons des cadres de formation.
07:52Évidemment, l'IA, de la même manière qu'elle est arrivée dans les cabinets d'avocats, en réalité.
07:56Elle va arriver aussi au service des magistrats pour les aider à travailler.
08:00Il faut espérer que ce soit uniquement une aide à la décision.
08:04Parce qu'on voit bien le spectre et l'inquiétude qui pourraient en résulter par la suite.
08:09Ce serait d'être tenté de dire, vous voyez, on a un problème d'effectifs.
08:12Ça coûte de l'argent de recruter des magistrats.
08:14Et en réalité, demain, on n'aura plus besoin de magistrats.
08:16On n'aura plus besoin de greffiers.
08:17On n'aura plus besoin d'attachés de justice.
08:19Parce qu'on aura une intelligence artificielle qui sera en mesure de préparer les rapports,
08:24d'audioncer les situations et de rendre les décisions et de les rédiger.
08:28Ce n'est pas souhaitable, d'abord, parce que la justice, c'est un travail humain.
08:33Et on sait très bien que l'intelligence artificielle, si elle a les compétences techniques,
08:37ne doit surtout pas supplanter l'homme dans cette fonction-là humaniste.
08:40Et puis, on voit aussi, de toute façon, qu'à l'heure actuelle,
08:44il y a un degré d'imperfection qui permet aux professionnels de la justice,
08:48magistrats comme avocats, de constater.
08:50D'ailleurs, des tribunaux administratifs ont rendu des décisions il y a quelques semaines
08:55assez marquantes pour signaler que des auxiliaires de justice
08:58qui utilisent l'intelligence artificielle dans la rédaction de leurs conclusions
09:03devraient vérifier la qualité et, en tout cas, la véracité des éléments techniques
09:09qui sont avancés parce qu'il y a des erreurs.
09:11Donc, la justice est trop sérieuse pour qu'on s'en remette à la machine
09:14et à l'intelligence artificielle demain.
09:17Une avocate nous disait, qui vient sur ce plateau régulièrement,
09:20nous disait qu'elle a des clients qui arrivent aujourd'hui
09:22avec des jurisprudences et des dossiers, des dossiers
09:26que, quand elle vérifie, il y a beaucoup, beaucoup d'erreurs.
09:28On aura Frédéric en ligne dans un instant qui voulait témoigner.
09:32Il a été directeur de prison 0826 300 300.
09:35De retour avec vous dans le studio de Sud Radio.
09:46Nous parlons de cette justice trop longue, de ce délai trop long.
09:50Et nous sommes avec Laurence Bac, magistrat conseiller à la Cour d'appel d'Aix-en-Provence
09:54et co-président de l'association Amour de la Justice.
09:57Vous avez raison, quand vous dites lente, longue, mais pas lente.
10:01Elle est longue pour un certain nombre de raisons qu'on évoque ce matin.
10:04On a des auditeurs qui souhaitaient intervenir.
10:07Frédéric, vous nous appelez de Carcassonne.
10:10Vous êtes ancien directeur de prison.
10:13Oui, bonjour Valérie.
10:14Bonjour à tous les auditeurs.
10:17Alors, l'explication de M. Sebag, je la trouve formidable.
10:21C'est rare qu'on ait quelqu'un qui explique aussi clairement et simplement les choses.
10:26Moi, ce que je voudrais rajouter quand même par rapport à ça,
10:29c'est que les magistrats qui vont aller siéger en cour d'assise,
10:34ce ne sont pas des magistrats spécifiques.
10:36C'est-à-dire que de temps en temps, dans les petits tribunaux,
10:38on va prendre un juge pour enfant, on va prendre un jappe, on va prendre etc.
10:43Ce qui fait que tous les niveaux, la diversité des magistrats est touchée.
10:47On parle beaucoup du pénal.
10:49Moi, ce que je voudrais dire, ce n'est pas une surprise pour moi
10:51qu'on libère une quinzaine de détenus.
10:53Il y a 5 ans, 10 ans, 15 ans, c'est déjà arrivé.
10:57Parce que dans tous les tribunaux, il manque des magistrats.
11:01Les juges pour enfant, c'est une catastrophe.
11:04Les jappes, alors on en met, voilà, ils débarquent.
11:08Jappe, c'est le juge d'application des peines.
11:09C'est autre chose.
11:11Les juges des tutelles, etc.
11:14Il en manque partout.
11:15Il faut vraiment faire un vrai travail sur cette justice.
11:19Parce que quand on touche le pénal, on touche aussi les autres.
11:24Alors, on en parle beaucoup moins.
11:25Mais toute la magistrature, est-ce qu'il fait qu'on a comme ça des gens...
11:32Moi, j'ai travaillé avec des mineurs.
11:33Eh bien, le juge pour enfant, il n'avait pas forcément le temps, tout.
11:36Et puis après, on essaye de combler les troupes.
11:40Je voulais savoir, puisque vous êtes directeur de prison,
11:44Gérald Darmanin a dit qu'il allait interdire les matelas dans certaines cellules
11:50qui sont surpeuplées.
11:51Est-ce que vous, dans votre prison, à Carcassonne, il y a des matelas dans vos cellules ?
11:56Alors, moi, je suis retraité.
11:58Je n'ai jamais travaillé à Carcassonne.
11:59Ah, d'accord.
12:00Mais dans d'autres prisons, j'ai fait 10 établissements différents.
12:03D'accord.
12:04Évidemment, Carcassonne, je peux quand même vous en parler,
12:07Carcassonne est encombrée, il y a 250%.
12:10Donc, évidemment, dans une cellule de 2, il se retrouve 3.
12:14Une cellule de 4, il se retrouve 6 avec des matelas au sol.
12:17Actuellement, c'est le cas à Carcassonne.
12:19Mais dans beaucoup d'établissements, c'est beaucoup, c'est que dans les maisons d'arrêt.
12:24Oui, d'accord.
12:24Donc, c'est une vraie catastrophe.
12:27Mais effectivement, alors, peut-être, Laurence Bague,
12:30merci en tout cas de votre témoignage, Frédéric, qui est intéressant.
12:34C'est vrai que le procureur qui a pris la parole à Aix-en-Provence,
12:38il lui a fallu du courage pour prendre la parole publiquement, pour dire cela.
12:42C'est que ça dénote un vrai ras-le-bol ?
12:47Indéniablement, ça incarne une forme de courage.
12:51Alors, le ras-le-bol, je ne suis pas dans l'intimité de sa pensée,
12:54mais je peux l'imaginer.
12:55En tout cas, il y a une forme de courage à affirmer
12:58qu'institutionnellement, on n'est plus en mesure de faire face.
13:02D'abord, je trouve d'ailleurs que c'est la responsabilité
13:04de nos chefs de juridiction et chefs de cours
13:06que d'appeler au ministère en disant
13:08« nous n'avons plus les moyens d'agir »
13:10et donc, il vous appartient politiquement d'agir
13:12et de nous donner les moyens qui nous manquent.
13:15Le procureur général, lorsqu'il dit ça, ça nécessite du courage.
13:18Pourquoi ? Parce que c'est une façon de dire
13:19« on vit dans un état de droit »
13:22et dans cet état de droit, on est obligé de respecter
13:24les délais qui ont été votés par le législateur
13:26pour ne pas garder trop longtemps en détention
13:29des gens qui, je vous le rappelle, sont encore présumés innocents.
13:32Et donc, évidemment, il faut préserver les sérénités
13:34des investigations, éviter les pressions
13:36sur les témoins et les victimes,
13:38mais en même temps, ces personnes ne sont pas aujourd'hui
13:40encore considérées, sauf à être récidivistes,
13:44comme des criminels.
13:45Ce sont des personnes qui doivent encore répondre
13:47d'une culpabilité à venir.
13:48Et donc, évidemment, il est obligé de dire
13:51« quand on n'a pas le temps, on n'a pas le temps,
13:52on les remet en liberté ».
13:53Mais ce n'est pas nouveau, ce que vient de nous dire Frédéric.
13:55Bien sûr.
13:56Ce n'est pas nouveau, ça s'est déjà arrivé dans le passé.
13:59Absolument.
14:00Bien sûr, ça n'est pas nouveau,
14:02mais nous sommes arrivés à un degré
14:04d'embolisation de la justice
14:06qui fait qu'on est sur quelque chose
14:08qui d'abord, aujourd'hui, est annoncé
14:10à Aix-en-Provence,
14:12mais va sans doute se généraliser sur le territoire
14:14parce qu'on a des juridictions interrégionales spécialisées
14:16qui traitent de criminalité organisée
14:18sur tout le territoire.
14:19Et la création du PNACO à Paris
14:21ne va pas suffire non plus
14:23à assumer à Paris
14:26toutes les affaires de criminalité organisée
14:28de province.
14:30Et donc, l'ensemble des juridictions interrégionales
14:31spécialisées de province
14:33vont être forcément, elles aussi, engorgées.
14:36Ça commence déjà à être le cas à Nancy.
14:37Et ça va se généraliser sur tout le territoire.
14:40Ça n'est pas uniquement...
14:42J'insiste là-dessus.
14:43J'ai vu dans certaines déclarations
14:46que c'était dû au fait qu'aujourd'hui
14:49on poursuit en matière criminelle des viols
14:51et que c'était dû à l'impact des affaires MeToo.
14:56Attention, on ne va pas mettre ça sur le dos de MeToo.
14:59En réalité, on est sur des procédures
15:01qui sont complexes.
15:03On est sur des investigations complètes
15:04en matière de criminalité organisée.
15:06Et on est aussi dans un état de droit
15:08où le législateur a décidé
15:09que les mises en cause
15:11avaient des procédures,
15:13des voies de recours.
15:14Ils sont défendus par des avocats spécialisés
15:16et compétents.
15:17Et évidemment, tout le monde utilise
15:18ces voies de recours
15:19à juste titre sans doute
15:20pour se défendre.
15:23Et donc, mécaniquement,
15:25ça allonge les procédures.
15:27Et donc, on les juge beaucoup plus tard.
15:29Est-ce que ça veut dire aussi
15:30que le fait que les prisons soient remplies
15:32influence votre jugement ?
15:34C'est-à-dire que vous vous dites
15:35« Oh, finalement, je ne l'envoie pas en prison
15:38parce qu'il n'y a plus de place. »
15:40Est-ce qu'il y a ce système-là
15:42où les jugements sont influencés
15:44par le contexte ?
15:46Non, d'abord,
15:48d'un point de vue constitutionnel,
15:49on ne peut pas se positionner
15:50ainsi pour réfléchir.
15:51Parce que quand on détermine une peine,
15:53quand on est magistrat,
15:54on la fait en fonction
15:54de critères légaux
15:55qui tiennent à la gravité des faits,
15:57qui tiennent à la personnalité
15:59des auteurs poursuivis.
16:00On considère ceci,
16:01mais on ne peut absolument pas
16:02se projeter sur l'après.
16:04Et d'ailleurs,
16:05ce serait une erreur
16:06de la part des magistrats
16:07de le faire,
16:07parce que ça voudrait dire
16:10que finalement,
16:11la justice est influencée
16:12par les moyens politiques
16:14qui lui sont donnés.
16:15Et donc,
16:15il y aurait une forme d'atteinte
16:16à la séparation des pouvoirs,
16:18parce que finalement,
16:19ce seraient des considérations politiques
16:20qui guideraient
16:20les décisions judiciaires.
16:22Alors après,
16:23je ne peux pas vous dire
16:23que ça n'arrive jamais.
16:24Peut-être que dans le fort intérieur
16:25d'un magistrat,
16:26à un moment donné,
16:27il peut se dire
16:27« Je suis tenté de ne pas
16:29l'y envoyer. »
16:29Mais en tout cas,
16:30vous voyez,
16:30d'un point de vue constitutionnel,
16:31il ne pourra pas motiver
16:32sa décision en disant
16:33« Parce qu'il n'y a pas
16:34de place en prison,
16:35je n'envoie pas
16:35tel individu en prison
16:36s'il estime que la peine
16:37d'emprisonnement est méritée. »
16:39Donc,
16:39c'est quelque chose
16:40d'assez marginal,
16:41j'imagine.
16:41Cette longueur,
16:42longueur plutôt que lenteur,
16:44elle ne concerne pas
16:45que le pénal.
16:46Je reprends le tweet
16:47de Julie Courvoisier
16:48qui dit « Abobini,
16:50certains juges
16:50aux affaires familiales
16:51renvoient les dossiers
16:52sans date. »
16:54Et elle parle d'une affaire
16:55qui a été renvoyée
16:56trois ans plus tard.
16:58Donc,
16:58on parle aussi
16:58d'affaires de divorce
17:00ou d'affaires familiales
17:02typiquement.
17:03Trois ans,
17:04c'est inhumain,
17:04cette lenteur.
17:07Alors,
17:07Julie Courvoisier
17:08a tout à fait raison
17:09de le dire.
17:10On parle beaucoup
17:11de la justice pénale
17:11parce que vous avez compris
17:12qu'on a un ministère
17:13qui s'intéresse beaucoup
17:14à la justice pénale.
17:15Ça renvoie des questions
17:16d'ordre public
17:16et de sécurité publique.
17:18Mais la justice civile,
17:19elle est encore plus embolisée
17:20que la justice pénale
17:21et on n'en parle jamais.
17:22Alors,
17:23elle est embolisée
17:23d'abord parce que
17:25les Français
17:25sont procéduriers,
17:27ils ont envie
17:27d'avoir des réponses
17:28à leur conflit
17:30de droits privés.
17:31Donc,
17:31c'est normal
17:32qu'ils saisissent la justice,
17:33qu'ils attendent une réponse.
17:34Il faut avoir conscience
17:35que l'embolie
17:36de cette justice civile,
17:37en particulier
17:38en matière familiale
17:38comme vous l'évoquez,
17:40elle a aussi d'ailleurs
17:40des conséquences
17:41sur la justice pénale.
17:43Je vous donne
17:43un exemple très simple.
17:45Des divorces
17:45qui sont prononcés
17:46très tardivement
17:47et des séparations
17:48de faits
17:49qu'on n'arrive pas
17:50à enteriner
17:50dans le cadre
17:51de séparations
17:52qui doivent avoir lieu,
17:53ça cristallise
17:54les tensions
17:54dans un couple
17:55et dans une famille
17:55et ça multiplie
17:56le nombre de saisines
17:57de la justice pénale
17:58ensuite
17:58pour des violences
17:59intrafamiliales
18:01parce qu'on n'a pas résolu
18:02ce qui devait être résolu
18:04en amont.
18:06Donc,
18:06évidemment,
18:07c'est absolument indispensable
18:08de soutenir
18:09la justice civile aussi.
18:11Je rebondis
18:11à ce titre-là
18:12sur l'épopo de Frédéric
18:13qui était très intéressant
18:14tout à l'heure
18:14qui était de dire
18:15vous savez
18:15quand les juges
18:16y vont devant la cour d'assises
18:17avec le président
18:19pour rendre les décisions
18:20en matière criminelle,
18:21ce sont des juges
18:22du quotidien
18:23qui exercent ailleurs
18:23et quand ils exercent ailleurs
18:25ils exercent aussi
18:26dans la justice civile
18:27et quand ils sont en train
18:28de siéger
18:28dans une cour d'assises
18:29ils ne sont évidemment
18:30pas dans leur cabinet
18:31ou dans leur salle
18:32d'audience civile
18:32pour rendre les décisions
18:34ou prendre les audiences
18:35civiles
18:35qui seraient nécessaires.
18:36Donc c'est évidemment pour ça
18:37qu'il faut un renforcement
18:40des effectifs global
18:41et qu'il faut penser la justice
18:43dans sa globalité
18:44et pas uniquement
18:45sous l'angle
18:46d'une lorniade très étroite
18:47qui consisterait à dire
18:49la difficulté
18:50c'est la justice pénale
18:51résolvons la justice pénale
18:52on résoudra le reste
18:53absolument pas.
18:54C'était important
18:55de le dire
18:56Céline est en ligne
18:57avec nous
18:57Bonjour Céline
18:58vous êtes juriste
18:59quel est votre regard
19:01sur ce qu'on est en train
19:02de dire ?
19:03En fait je suis conseiller
19:04en propriété industrielle
19:05donc je suis spécialisée
19:07en droit des marres
19:07et droit d'auteur
19:08etc.
19:09et j'avoue
19:10qu'on a aussi du mal
19:12à amener
19:14nos clients
19:15sur un domaine judiciaire
19:17on est plutôt
19:18dans des négociations
19:19ou des médiations
19:20parce qu'objectivement
19:21les délais là encore
19:23sont abyssaux
19:25donc quand vous subissez
19:27en effet un préjudice
19:28pour contrefaçon
19:29parfois vous avez
19:31plus intérêt
19:32à transviger
19:32éventuellement
19:34à déclencher
19:35une assignation
19:36mais à pas aller
19:37au bout
19:37de l'action en justice
19:38parce que même
19:39si le client
19:40est finalement reconnu
19:41dans son bon droit
19:43il y aura une décision
19:45le mal sera fait
19:46enterré
19:48et voilà
19:49donc c'est vrai
19:49que c'est très compliqué
19:50j'ai l'impression
19:51dans toutes les branches
19:52du droit
19:52c'est ce qu'on évoquait
19:55merci
19:56merci beaucoup
19:57Laurence Bag
19:57c'était très clair
19:59et très intéressant
20:00vous êtes magistrat
20:02conseiller à la cour d'appel
20:03d'Aix-en-Provence
20:04et coprésident
20:04de l'association
20:05Amour de la Justice
20:06merci à vous
20:08on se retrouve
20:08on se retrouve
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