00:00Vous dites que vous avez parlé à un pompier.
00:03Oui, il s'appelle le sergent Jacquinot,
00:05qui est la première personne qui est arrivée sur les lieux du drame.
00:08On est le 11 mars 1978, donc il y a pile 48 ans aujourd'hui.
00:15C'est la première fois qu'une idole disparaissait de cette manière.
00:18C'est la première vraie idole qui s'en va,
00:20en faisant autant de bruit finalement sur l'opinion publique,
00:23puisque c'est un grand chanteur populaire.
00:25Alors c'est vrai que Claude François revenait d'une émission la veille
00:28pour refaire un peu les faits.
00:30Il revenait d'une émission qu'il avait tournée pour la Suisse romande à Lézins.
00:34Il était rentré dans la soirée.
00:36Ce que j'explique toujours, c'est qu'il y a trois raisons
00:41pour lesquelles il n'aurait jamais dû se trouver dans la salle de bain ce jour-là.
00:46D'abord, et pour ne pas mourir en tout cas,
00:48il aurait dû ne pas mourir parce qu'il y a trois faits qui sont très importants.
00:53Moi, je ne m'appuie à la fois sur les témoignages du premier pompier
00:57qui est arrivé tout de suite,
00:59donc le sergent Jacquinot.
01:00Je m'appuie sur le médecin Noël qui lui a fermé les yeux définitivement après l'accident.
01:06Et je m'appuie sur le rapport de police.
01:08Le pompier, vous lui avez parlé ?
01:10Oui, bien sûr.
01:11Il est mort ce pompier depuis ?
01:12Malheureusement, il n'y a pas très longtemps.
01:14Mais j'ai fait à peu près onze livres sur Claude François
01:16et je l'ai interviewé au début de mes livres.
01:18Donc ce pompier, que dit-il ?
01:20Claude François n'était pas mort dans la baignoire, si j'ose dire, dans la douche.
01:23Non, d'abord, ce n'est pas un bain qu'il a pris quand on a pu le lire à
01:26l'époque.
01:27Il n'a pas changé une ampoule.
01:28On a lu beaucoup d'absurdité à l'époque parce que dans la précipitation des choses.
01:32D'abord, il se réveille à 13h30, Claude François, le 11 mars 78.
01:38Il fait très beau sur Paris, très très beau.
01:41Et à un moment donné, il dit, voilà, je vais aller prendre un peu le soleil
01:44en prenant mon petit déjeuner, la purée d'avocats sur des toasts et un thé.
01:48Il monte sur la terrasse chez lui, au 46 boulevard Excellemence.
01:51Il y a son attaché de presse, Marie-Thérèse, qui est là, de Haas,
01:54grand attaché de presse de l'époque.
01:55Il y a Kathleen, sa fiancée aussi, qui est là.
01:58Et ils prennent un peu le soleil sur la terrasse.
02:01Il y a une terrasse à peu près de 70 mètres carrés, magnifique, sur Paris.
02:04Et à un moment donné, l'attaché de presse lui dit,
02:06attention, on est attendu à 15h, sur le plateau des Buttes-Chaumont,
02:09les rendez-vous du dimanche, présentés par Michel Drucker.
02:12Pardonnez-moi, mais tout ça, on le sait.
02:14Ce qui m'intéresse, c'est le pompier.
02:16À 14h10.
02:17J'entends tout ça.
02:18On ne peut pas sauter les étapes.
02:19À 14h10, il rentre dans la salle de bain, Claude François.
02:2414h10.
02:24J'entends tout ça, mais ça, nous le savons.
02:27Il voit cette applique.
02:28Non, parce qu'on a raconté trop de choses.
02:30À un moment, cette applique, elle est dans sa salle de bain, en cuivre.
02:34Ce qui, aujourd'hui, est totalement interdit.
02:36On a légiféré, après la mort de Claude François,
02:37sur la réglementation d'électricité en salle de bain.
02:40Il voit cette applique qui a 2 mm de décalage.
02:43Parce que le domino qui relie le fil au mur, à l'applique,
02:47glisse sur le carrelage de la salle de bain.
02:49Et lui, il fait ce geste.
02:51Machinalement, le geste était plus vite que sa pensée, finalement.
02:54Il prend le majeur et l'index.
02:56Il déplace de 2 mm pour la remettre bien dans l'axe.
03:01C'est le sens du détail qu'a tué Claude François.
03:03À partir de là, les deux doigts restent collés à l'applique de la main droite.
03:07Qu'est-ce qu'il fait ? Ce qu'il ne faut jamais faire, c'est dans le rapport de
03:09police.
03:10C'est-à-dire qu'à un moment donné, tant qu'on a mis qu'une main,
03:13le courant reste bloqué sur l'eau de l'épaule.
03:15À partir du moment où vous mettez la deuxième main pour vous détacher,
03:18le courant rentre, sort, rentre, sort.
03:20Et là, c'est l'électrocution.
03:22Voilà.
03:22Ça, c'est important de le rappeler.
03:24Mais seulement, il n'a pas été tué par rapport à l'électricité qu'il a pris tout de suite.
03:30Il a appelé sa fiancée « Help me, help ».
03:32Ça a été ses deux dernières paroles absolues, compréhensibles en tout cas.
03:36Kathleen, sa fiancée, lui parlait dans l'entrebaillement de la porte de la salle de bain
03:40pour les projets de la semaine d'après, etc.
03:43Et elle arrive, elle ouvre la porte de la salle de bain,
03:46elle le voit accroché à l'applique,
03:48elle l'attraque par la taille,
03:49elle le tire violemment, elle arrache l'applique, elle arrache tout,
03:53elle le tire pour le mettre dans le couloir.
03:56Et à partir de là, il est conscient, Claude-François,
03:59malheureusement, il est très conscient encore,
04:02et ils le font asseoir sur une chaise.
04:04Quand le sergent Jacquinot arrive...
04:06Alors, il arrive combien de temps, ce sergent ?
04:07Il met à peu près 10, 12 minutes pour arriver.
04:11Ce qui est très peu de temps.
04:12Ce qui est très peu, parce que les pompiers prennent l'escalier,
04:149e étage, à pied de l'immeuble,
04:16sans préciser que c'est une électrocution, en plus.
04:18Ils ne savaient pas qu'ils arrivaient chez Claude-François.
04:20Donc là, il est vivant ?
04:21Là, il est totalement encore vivant.
04:23Et le pompier vous le rapportera ?
04:24Il est conscient, il est conscient, il donne des ordres,
04:28mais personne ne comprend ce qu'il dit.
04:30Pourquoi ? Parce que la parole a brûlé, déjà.
04:32Il y a déjà, évidemment, l'effet de l'électrocution.
04:36Et donc, à partir de là, personne ne comprend.
04:39Il est assis, nu, avec une serviette éponge, sur la taille, en tout cas.
04:45Et le pompier l'allonge, il lui dit de venir M. François, on va s'occuper de vous.
04:49Il l'allonge dans le sol, il lui fait des piqûres, etc., pour le détendre, etc.,
04:53pour pouvoir le soigner, pour une électrocution.
04:56Il repart au camion chercher le matériel, il remonte, etc.
04:59Il lui fait le massage cardiaque, il lui fait parce que le cœur ralentit, ralentit, ralentit, s'arrête,
05:04mais il repart, quelquefois, grâce à la réanimation.
05:07L'adjudant Jacquinot, enfin le sergent à l'époque, Jacquinot, tente tout, absolument.
05:13Pendant tous ses soins, vous savez ce qu'il m'a dit ?
05:15Que je n'en avais pas révélé, c'est qu'il pleurait, Claude François.
05:18Parce que je pense que, sincèrement, je pense qu'il s'est vu mourir, c'est ce qu'il m
05:22'a dit.
05:23Il était tellement intelligent, conscient de tout ce qui se passait autour de lui,
05:26dans sa vie d'une manière générale, je pense qu'il savait qu'il était foutu à ce moment-là.
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