- il y a 9 mois
Elle a présenté la météo de TF1 pendant 28 ans. La maladie à corps de Lewy l'a emportée en janvier dernier. Un an après son décès, le veuf de Catherine Laborde, nous raconte ses années de combat contre la maladie. Il rend hommage également à tous les aidants. Thomas Stern est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 20 janvier 2026.
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00:00Il est 8h19, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel, Catherine Laborde faisait partie de nos vies, de nos quotidiens, elle qui pendant des années et des années a présenté la météo sur TF1 et puis il y a un an elle a perdu son combat contre la maladie.
00:18Alors aujourd'hui son mari Thomas Stern a décidé de lui rendre hommage dans un livre et il est votre invité Marc-Olivier.
00:23Bonjour Thomas Stern, votre femme Catherine Laborde était connue pour avoir présenté la météo de TF1 pendant 28 ans, les français l'adoraient, elle nous a quitté le 28 janvier 2025, elle se battait depuis 2014 contre la maladie des corps de Lévis, une maladie neurodégénérative et vous publiez un livre, Y a-t-il une vie après la mort ? Dans lequel vous rendez hommage à votre femme Catherine, vous dites que vous l'avez aidée à marcher vers la mort sans avoir peur, elle avait conscience Catherine que les années lui étaient comptées ?
00:52Oui, elle en avait d'autant plus conscience si vous voulez que la maladie à corps de Lévis, qui est une maladie très dévastatrice sur des tas de plans, est aussi une maladie qu'on appelle la fluctuation, c'est-à-dire qu'il y a des retours à la lucidité et à la conscience épisodique et périodique qui se représentent jusqu'au bout en fait.
01:08Et elle vous disait quoi pendant ces périodes-là ? Puisque la maladie de corps de Lévis, c'est une variante de la maladie d'Alzheimer, des troubles du langage, des syndromes hallucinatoires, une dégradation des fonctions vitales essentielles, des troubles cognitifs évidemment, des troubles moteurs.
01:20Pendant ces périodes de lucidité, elle vous en parlait ?
01:23Bien entendu, elle m'en parlait, elle me parlait de ce qu'elle vivait. Dès le début, on a essayé de cheminer ensemble autant qu'on pouvait. Ça devenait difficile avec les troubles du langage parce que si elle comprenait ce que je disais, moi je comprenais de moins en moins ce qu'elle disait, mais il restait les gestes, l'émotion, la tendresse, tout un univers affectif d'échange qui a existé quasiment jusqu'au bout.
01:44Vous dites, enfermée dans une forme de silence, les mots ne sortaient pas comme elle voulait. Cette impuissance, d'une certaine manière, comment elle, elle le vivait ?
01:54Elle le vivait exactement comme c'était, c'est-à-dire que c'est une manière de se sentir exclue de la grande famille des humains, puisque le langage c'est la porte d'entrée pour chacun, dès l'enfance, à ce qui sera nos vies humaines.
02:06Vous racontez que ces tremblements étaient parfois insupportables pour vous, ça vous donnait envie de regarder ailleurs, voire même de ne plus être là.
02:12Qu'est-ce qu'on ressent quand on voit la personne qu'on aime totalement diminuée, métamorphosée par la maladie ?
02:17On ressent tout et son contraire. On peut ressentir une émotion, de la tendresse et de la colère.
02:23Moi je n'en fais pas l'économie et j'en fais d'autant moins que l'économie, c'est un gros problème chez les aidants.
02:28C'est-à-dire qu'il y a un moment d'abord où ça devient insupportable et où on en veut à la terre entière, à soi-même, y compris à la personne qu'on aide.
02:36D'avoir à affronter cette situation. Et il faut dominer et maîtriser et accepter cette colère.
02:41Catherine, on se rappelle de ces adieux très émouvants le 1er janvier 2017, après 28 ans de météo sur TF1.
02:47Elle a mis un stop parce qu'elle ne pouvait plus cacher ces tremblements.
02:50Qu'est-ce qui la conduit à arrêter ? J'imagine que vous en aviez parlé.
02:54Je pense qu'il y avait une partie de ça. Elle avait dit avec beaucoup d'humour, je me souviens avant de quitter l'antenne,
03:00j'ai l'impression d'être la seule vieille dame dans les bureaux, c'est-à-dire qu'en fait les générations se renouvellent.
03:04Quelque part, elle se sentait à la fois déplacée, si j'ose dire, et puis c'est vrai que la maladie avançait, avançait, avançait,
03:10et qu'elle voulait se préparer à l'affronter et ça ne se fait pas à l'antenne.
03:13Vous nous racontez presque une décennie en tant qu'aidant aimant de ses côtés, vous rendez hommage à ces 11 millions de français qui aussi aident proches.
03:22Quand vous avez choisi d'être aidant et de vivre la maladie à fond avec elle, vous vous attendiez à quoi ?
03:27Il y a deux grandes phases en fait. Il y a une phase héroïque, une phase quasiment militante, je vais être là, je vais être présent, je vais tenir,
03:34où l'on découvre ce monde complètement lié à l'éthique de l'aidant qui est peut-être un des derniers endroits où il y a l'éthique qui fonctionne dans notre monde.
03:43Et puis petit à petit, la tragédie prend de l'ampleur et la déroute qui traverse et qui secoue l'aidé, la malade, elle contamine.
03:50Et on se retrouve dans une atmosphère qui est une atmosphère de tragédie, de tensions, on perd ses repères, nos peurs d'enfants à nous remontent
03:58et se mettent en phase, en osmose avec les peurs de la malade. On est dans un univers complètement chaotique.
04:03Vous étiez tellement submergé par les souffrances de Catherine que vous aviez peur de ne pas résister.
04:09Quand vous écrivez en tant qu'aidant, on sait qu'on peut s'enliser à son tour, se faire engloutir par une boue aussi gluante que celle de la maladie
04:16où toute parole s'étouffe dans la noirceur et le silence, on a peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir.
04:21Oui, on a peur de perdre pied, je veux dire. Et c'est là où je pense que l'essentiel, c'est que la relation continue à fonctionner entre les dents et les dés.
04:29Et c'est là où je pense très très sincèrement et très profondément que moi je dois la possibilité de me considérer comme encore vivant
04:36au fait que Catherine m'a donné ce droit.
04:38C'est-à-dire ?
04:39C'est-à-dire que quand Catherine était encore lucide, elle m'a dit, elle l'a dit en public d'ailleurs, donc ça peut se vérifier,
04:45au fond, j'accepte que tu me survives. Ce qui est très important, parce que ça, c'est la manière qu'elle avait, elle, de me prendre la main à moi
04:52dans le désarroi où sa maladie la mettait et me mettait.
04:55La solitude, elle est très présente, la solitude, mais l'aidant et vous êtes confronté à la grosse difficulté.
05:02Catherine ne se reconnaissait plus, vous non plus d'ailleurs, vous ne la reconnaissiez plus.
05:05Je ne la reconnaissais plus physiquement, elle ne pouvait plus me parler, elle m'entendait, elle comprenait ce que je disais,
05:10mais on ne pouvait plus communiquer comme on a toujours communiqué, donc c'était une fesse de déroute
05:14accentuée par le fait qu'on était relativement isolé pour des tas de raisons,
05:18notamment le fait qu'un couple aidant-aidé ou aidé-aidant, c'est un porteur de mauvaises nouvelles
05:23pour beaucoup de gens qui ne veulent pas voir la maladie et la mort.
05:27Comment on affronte ça ? Vous racontez dans le livre que de temps en temps, on boit un coup de trop.
05:30Oui, enfin moi, on l'affronte comme on peut, on l'affronte avec le petit coup de trop, comme je vous disais,
05:37avec peut-être un soutien thérapeutique de la part d'un psychiatre ou d'un neurologue, ce qui était mon cas,
05:41et puis aussi avec beaucoup de métaphysique, comme j'ai une formation de philosophe, ça aide.
05:45Ça aide, parce que le coup de trop, ça aide à affronter les nuits agitées que vous décrivez,
05:49vous dites qu'elles devenaient dangereuses pour elles-mêmes, ce qui oblige à garder l'œil ouvert en permanence.
05:54Comment la maladie l'attaquait la nuit ?
05:56Si vous voulez, quand vous dormez et vous rêvez, par exemple, il y a des systèmes neurologiques qui vous font débrayer,
06:01c'est-à-dire que votre mobilité et votre imaginaire ne sont plus en connexion.
06:05Donc vous rêvez, mais vous restez immobile.
06:07Ces systèmes, ils dysfonctionnent dans la maladie à corps de Lévis,
06:09c'est-à-dire que les malades à corps de Lévis sont des somnambules.
06:13Si elle est attaquée par un chien dans un rêve, elle se lève et elle court.
06:16Et elle court mal parce que...
06:17Alors, c'est dangereux parce qu'elle dort, en fait, et donc elle peut se heurter, elle peut se blesser.
06:22Mais on est obligé, vous dites, de faire tout en double, prendre sa douche et doucher celle qu'on aide,
06:26l'habiller et habiller celle qu'on aide.
06:29Donc on pense moins à soi, on pense tout le temps à deux, avec un alter ego qui diminue au jour le jour.
06:36Donc c'est une double difficulté, j'allais dire.
06:38C'est une situation totalement paradoxale.
06:40C'est-à-dire, il faut maintenir dans l'humanité et dans l'égalité d'un rapport,
06:45quelqu'un qui s'en éloigne sans arrêt.
06:47Et en même temps, il faut aller jusqu'au bout de l'idée que c'est un être vivant,
06:50que c'est un être qu'on aime, le cas échéant, et qu'il faut maintenir cette relation.
06:53Et maintenir une forme de dignité, il y a des moments où c'est compliqué,
06:56parce que cette maladie-là, c'est une dégradation permanente.
06:58Elle est restée digne jusqu'au bout, où vous avez été confronté à des situations très compliquées,
07:03où la dignité, finalement, se cible.
07:06On fait les choses en disant, assume ta peur, assume les angoisses que ça crée,
07:09assume ta panique, parce que ça panique.
07:11Essaye de tenir debout et d'avancer, parce que t'es beaucoup plus utile,
07:14en donnant de la tendresse et du calme, quand t'as fallu à ton tour.
07:17Sauf que quand vous dites rester debout, il vous est arrivé de trébucher ?
07:20Bien sûr.
07:21C'est une des constantes qu'on observe chez beaucoup d'aidants, c'est la chute.
07:24Je parle de la chute physique.
07:26Moi, j'ai failli me tuer deux fois.
07:28Dieu merci, je suis là.
07:30En tombant ?
07:30En tombant, oui.
07:31J'ai failli tomber sur la chaussée, à la renverse, alors qu'il y avait beaucoup de circulation.
07:36Il y a beaucoup de chutes chez les aidants.
07:38Parce qu'à un moment, quand le corps ne peut plus, il dit « je ne peux plus ».
07:41Et la manière qu'il a de dire « je ne veux plus », il tombe.
07:43C'est ce qui se produit chez vous.
07:44Chez elle aussi, puisque c'est une maladie où la motricité est attaquée,
07:48elle a dû beaucoup tomber.
07:50Elle est pas mal tombée, oui.
07:51Des crises hallucinatoires aussi, ce qui est le plus terrible.
07:53Oui, mais elle ne m'en parlait pas, à moi.
07:55Elle en parlait à son aide-soignante.
07:57Elle disait « ah, je vois et tout ».
07:58Moi, elle ne m'en a jamais parlé.
07:59Vous écrivez « nous avons si longtemps séjourné dans le couloir de ta mort,
08:03annoncé que je n'ai su si j'étais ton ange gardien ou ton jolier ».
08:06Jolier, de quoi ?
08:08Jolier, cet enfermement où on se trouvait, mélange des deux.
08:11Ange gardien, parce que expérience intérieure, maturation, confrontation à la mort,
08:17et à sa vérité, et à sa liaison à la vie.
08:20Et puis jolier, parce que là, présent, tout le temps, comme un gardien, quoi.
08:23Comme un gardien, jolier, ça fait aussi penser à la violence.
08:25Il y avait de la violence.
08:26Il y a une violence d'attente, on ne va pas le nier.
08:28Moi, je ne l'ai pas manifesté, en fait, mais il y a des tas de cas.
08:30Dans le livre, à un moment, je cite un témoignage d'une aidante qui dit
08:34« il est préférable que nous mettions notre malade en EHPAD,
08:37parce que, comment dirais-je, ça le mettra à l'abri de la haine qui nous inspire désormais.
08:41On n'en peut plus. »
08:42Et vous, maître Catherine, en EHPAD ?
08:44Non, j'étais amoureux de Catherine.
08:45Et ça continue, d'ailleurs.
08:47Non, je n'ai pas eu ça.
08:48Vous n'avez jamais dit peut-être que la solution à tout ça, hélas,
08:51c'est de la placer dans un centre qui saurait mieux la gérer que moi-même ?
08:55Non, d'abord, je n'étais pas seul, ses filles ne voulaient pas non plus.
08:58Quand vous dites « vous ne voulez pas non plus », c'est que la question, finalement,
09:00vous l'avez quand même posée ensemble.
09:01Bien sûr, immédiatement.
09:02C'est pour ça que je parle de « quand on était dans »,
09:05il s'agit d'un choix, d'un vrai choix existentiel.
09:07Dans le livre, vous écrivez avoir passé 9 ans hors du monde,
09:10à jouer les ermites.
09:11Quand Catherine est partie, vous avez dû redécouvrir la vie extérieure.
09:15Oui.
09:15Un an après ?
09:16Oui.
09:16Comment ça va ?
09:17Ça va comme quelqu'un qui sait qu'il n'a pas 15 ans,
09:20vous savez, j'ai quand même un certain âge,
09:22qu'il me reste un peu de temps à vivre,
09:23et qui espère que le fait que j'accepte de vivre,
09:26et de continuer à vivre,
09:27et d'espérer, comme je le dis à la fin du livre,
09:29mourir vivant,
09:30c'est aussi un hommage que je rends à Catherine.
09:32Et Catherine est toujours là, pas loin.
09:33Elle est en moi que je le dis comme un chat qui ne dort que d'un oeil.
09:36Y a-t-il une vie après ta mort ?
09:38La réponse est oui.
09:39Y a-t-il une vie après sa mort ?
09:41Bien sûr qu'il y a une vie après sa mort.
09:42Ça m'oblige à vous poser une question directe.
09:44Est-ce que vous avez été soulagé à sa mort ?
09:46Dans l'instant immédiat où elle est morte,
09:48quelque chose s'est mis en veille.
09:49Vous savez, c'est comme quand on éteint un ordinateur,
09:51c'est-à-dire que le système de vigilance,
09:53d'ultra-vigilance dans lequel je vivais,
09:55s'est arrêté subitement.
09:56Et ça fait du bien ?
09:57Ça faisait déjà...
09:59Oui, bien sûr.
10:00Ça fait une espèce de tourment qui s'arrête.
10:02Le problème, c'est cette espèce de si longue patience du deuil de l'aidant,
10:06qui fait qu'au bout du compte,
10:07il est avec la mort de l'aidé depuis des années.
10:10La question, c'est de retrouver le goût de vivre,
10:12de toute façon, si on peut.
10:14Merci de votre témoignage.
10:15Je vous en prie.
10:16Y a-t-il une vie après ta mort ?
10:18Donc, chez Robert Laffont.
10:19Merci beaucoup.
10:20Merci beaucoup, Marc-Olivier.
10:21Et on a eu envie de réentendre la voix de Catherine Aborde.
10:24Écoutez, c'était son tout dernier bulletin météo
10:26quand elle nous a dit au revoir.
10:27Je m'en vais.
10:28Je pars avec le froid,
10:31avec le temps,
10:32mais aussi avec tous ces souvenirs
10:34que vous m'avez donnés.
10:35Je vous emporte avec moi.
10:37Vous m'oublierez ?
10:38Moi, non.
10:39Je vous aime.
10:40On ne l'a pas oublié.
10:40Louis Baudin, en quelques secondes.
10:41Vous avez travaillé avec elle à TF1.
10:43Oui, c'est même elle qui m'a accueilli à TF1.
10:45C'était en 2016.
10:46Quel souvenir vous gardez ?
10:47C'est quelqu'un de très bienveillant.
10:49C'est quelqu'un qui m'a accompagné,
10:50qui m'a aidé dans les premières semaines.
10:53On a toujours essayé de collaborer
10:54pour partager le temps,
10:56pour essayer de s'organiser.
10:58Et puis, je retiens aussi,
10:59un jour,
10:59elle m'avait appelé,
11:00elle m'a dit
11:00« Louis, je vais faire du théâtre ».
11:01Elle rêvait de faire du théâtre.
11:02Et elle avait fait le Festival d'Avignon.
11:04Et je me souviens de la joie
11:06et du bonheur qu'elle avait.
11:07« Louis, je vais faire le Festival d'Avignon. »
11:09Donc, pour elle,
11:10c'était une consécration.
11:10Et on loue.