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  • il y a 19 minutes
Elles avaient 5 et 7 ans quand elles ont été victimes du chirurgien pédocriminel Joël Le Scouarnec. Elles brisent le silence et témoignent à visage découvert pour pousser d'autres victimes à parler et demander davantage de moyens pour les protéger.
Stéphanie Bonnet et Aurore Jobard sont les invitées de Marc-Olivier Fogiel.
Regardez Face à Fogiel du 25 septembre 2026.

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Transcription
00:00Le matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:05Et avec Marc-Olivier Fogel à 8h18.
00:08Pendant plus de 30 ans, Joël Lesquarnet a agressé, violé des enfants dans sa propre famille,
00:12mais aussi dans les hôpitaux où il exerçait comme chirurgien.
00:15Condamné l'an dernier à 20 ans de réclusion criminelle, il est aujourd'hui visé par une nouvelle enquête.
00:19Et ce matin, Marc-Olivier, vous recevez Aurore Jobard, sa nièce, et Stéphanie Bonnet, une proche de la famille.
00:25Elles avaient 5 et 7 ans quand elles ont été victimes de Joël Lesquarnet.
00:30Elles veulent aujourd'hui que leurs paroles servent à empêcher d'autres enfants de subir la même chose.
00:35Bonjour Stéphanie Bonnet.
00:36Bonjour.
00:37Bonjour Aurore Jobard.
00:38Bonjour.
00:39Vous avez participé au documentaire Les cercles du silence sur France 2 consacré à l'affaire Le Squarnet,
00:45ce chirurgien pédocriminel déjà condamné lors de deux procès pour des viols et agressions sexuelles sur 303 victimes.
00:53Vous êtes toutes les deux des victimes de cet homme, vous allez nous raconter.
00:56Mais d'abord, en plein milieu du mois d'août, le parquet de Lorient annonçait l'ouverture d'une nouvelle
01:00information judiciaire contre Joël Lesquarnet.
01:02Il est question de 10 viols, 40 agressions sexuelles, des faits qui se seraient déroulés entre 87 et 2017.
01:09Au total, 48 potentielles victimes supplémentaires.
01:13L'affaire Lesquarnet, c'est loin d'être terminée Stéphanie ?
01:15En effet, vous avez évoqué les nombreuses victimes de Joël Lesquarnet.
01:1942 plus aujourd'hui, mais peut-être qu'il y en a beaucoup plus.
01:22Donc, je pense que c'est une histoire sans fin.
01:25On découvre, nous, au fur et à mesure dans les médias.
01:28Et puis, finalement, on apprend de plus en plus, mais c'est sans grande surprise.
01:31On savait qu'il allait y avoir des victimes qu'on allait retrouver au fur et à mesure.
01:34Et ce n'est pas fini.
01:35Vos histoires, pour commencer.
01:36Stéphanie, les premières agressions, les premiers viols apparaissent en 1985.
01:41Vous avez 7 ans.
01:43Vous venez de perdre votre papa.
01:44Votre mère était veuve depuis quelques semaines.
01:46Et elle travaillait dans le même établissement, la même clinique que Joël Lesquarnet.
01:50Dans quel contexte ces agressions se déroulaient ?
01:53Marie-France Lesquarnet et Joël Lesquarnet vont proposer à ma maman de m'accueillir la semaine
01:58pour me permettre d'aller à l'école, puisqu'en fait, mon école est dans la ville où ils habitent.
02:03Ma mère, travaillant dans cette clinique avec des horaires décalés à l'époque,
02:07elle accepte cette aide, puisque du coup, elle a pleinement confiance en cette famille.
02:11Parce que c'est le chirurgien, c'est une figure un peu titulaire, il représente une forme d'autorité.
02:16Il va utiliser ce statut social comme une forme d'emprise, finalement,
02:20à la fois sur les enfants et aussi sur les adultes,
02:22puisque là, clairement, ma mère va lui faire pleinement confiance.
02:25Et donc, je vais aller plusieurs semaines, du coup, dormir chez eux, plusieurs années.
02:29Et donc, Joël Lesquarnet passera à l'acte, principalement, en tout cas dans mes souvenirs,
02:34la nuit, quand je dors, il s'introduit dans la chambre,
02:38il allumera la lampe de chevet et il commencera à procéder à quelques caresses
02:46et il ira beaucoup plus loin, au fur et à mesure de ses venues dans la chambre.
02:50Ça se passe sur combien de temps, ces agressions ?
02:53Sur plusieurs années.
02:55Plusieurs années. Et vous, la petite fille que vous êtes, à ce moment-là, de 7 ans,
02:58elle arrive à en parler à sa maman ?
03:01Elle n'arrive pas à en parler. Il y a d'autres signes.
03:04Les personnes vont déceler.
03:06Quel type de signe ?
03:07Quand ma mère m'emmène chez la famille Lesquarnet, je pleure.
03:12Je ne veux pas y rester.
03:14Mais comme vous l'avez indiqué tout à l'heure, j'ai perdu mon papa peu de temps avant
03:18et donc, on considère que c'est peut-être plutôt la mort de mon père qui fait que je suis
03:22triste.
03:23J'ai souvenir d'une fois où j'avais oublié mon doudou et donc, je pleurais énormément.
03:28Ma mère pensait que c'était du coup parce que j'avais oublié mon doudou.
03:31Alors, peut-être quand même un peu parce que ce doudou, il m'était très utile quand il rentrait dans
03:36la chambre.
03:37Il m'est arrivé plusieurs fois de me cacher les yeux avec pour ne pas voir son visage quand il
03:44procédait du coup aux agressions et au viol.
03:47A quel moment, Stéphanie, vous arrivez à mettre des mots ? A quel moment vous arrivez à dire ce qui
03:51vous est arrivé ?
03:51Pas la petite fille donc de 7 ans, mais à quel moment ?
03:54Je n'arrive pas à le dire.
03:57Moi, intérieurement, voilà, à l'adolescence, j'ai des souvenirs qui remontent.
04:00Mais finalement, la première fois où je vais vraiment en parler, c'est quand je suis appelée par la gendarmerie
04:05en mai 2017,
04:06quand il est arrêté.
04:07Et c'est vraiment la première fois où je vais pouvoir exprimer du coup aux gendarmes tout ce qui s
04:12'est passé
04:12et à ma famille, les quelques semaines qui ont suivi.
04:16Donc, c'est la gendarmerie qui vous appelle parce que vous êtes dans les fameux carnets de Lesquarnet ?
04:20Je suis dans les carnets, mais Joël Lesquarnet, à son arrestation, va donner mon nom à l'enquêteur.
04:27Voilà, ils ont pu me retrouver comme cela.
04:29Vous vous reconnaissez, j'imagine, Aurore, dans le témoignage de Stéphanie,
04:32puisque vous aussi, vous avez subi l'agression de Joël Lesquarnet, sauf que vous, c'est votre oncle.
04:38Oui, alors moi, c'est mon oncle et l'histoire ne commence pas tout à fait pareil
04:40parce qu'elle commence d'abord par ma sœur,
04:44puisque c'est elle qui fait les premières révélations de ces agressions à l'âge de 9 ans.
04:49Et moi, je découvrirai que je suis victime le 2 mai 2017, quand il est arrêté
04:53et qu'il me cite également, comme Stéphanie, victime de...
04:58Parce que vous avez enfoui ça, vous ?
04:59Parce que vous avez été agressée avant votre sœur ?
05:02Oui, j'ai été agressée avant ma sœur.
05:03J'ai en souvenir des gestes maladroits, des gestes que moi, je décrivais
05:09inhabituels pour un adulte envers un enfant, quelque chose qui me mettait mal à l'aise.
05:13Mais j'avais jamais nommé agression sexuelle, ni attouchement d'ailleurs.
05:17Et en plus, après, j'ai tout oublié.
05:19C'est réapparu en 2017, mais quand votre sœur, elle, parle à votre maman des agressions sexuelles qu'elle a
05:23subies
05:24et à vous, il y a une loi du silence dans la famille ?
05:26On ne peut pas bouger la statue du chirurgien Lesquarnet ?
05:30Pas vraiment, parce que nous, dans notre cadre familial très proche,
05:34donc moi aussi, j'ai perdu mon papa à l'âge de 13 ans, et du coup, ma petite sœur
05:39était plus petite.
05:40Et un an après son décès, elle nous révèle ça.
05:43Elle m'en parle, j'en parle à ma mère, qui, elle, tout de suite, en parle à son frère,
05:48en le confrontant et lui demandant si c'est vrai ou pas.
05:51Pour elle, comme pour moi.
05:53Et puis, il n'ira pour moi, mais il dit tout de suite que oui, c'est la vérité.
05:57Et ma mère continue à en parler au sein de la famille durant plusieurs années.
06:01Donc, silence, oui et non.
06:03Elle s'est débattue comme elle a pu dans le cadre familial, mais c'est jamais sorti au-delà du
06:07cadre.
06:07Là, on est en quelle année, Aurore, à peu près ?
06:09On est en 99.
06:11Vous, vous prenez conscience, donc, en 2017, de votre agression.
06:15On parle de silence parce qu'également, à l'hôpital, on a vu ça, évidemment, dans cette affaire Le Square
06:20Neck.
06:20On a su qu'il avait téléchargé des images pédo-criminelles.
06:23Et il y a des alertes, mais ça ne change rien.
06:26Il continue à travailler, il continue à agresser.
06:30C'est ce silence-là qui est assourdissant, en fait, Stéphanie.
06:33Le Square Neck, il en impose, et puis il est manipulateur, il est perverse.
06:38Donc, il va forcément être gentil, serviable, il sait rendre service.
06:45Il va réussir à manipuler les gens.
06:47Je pense que les gens n'osent pas parler.
06:49Ils ont tort, et j'espère que dans la société dans laquelle on est aujourd'hui,
06:53plus de gens vont être capables de repérer et de parler quand ils se rendent compte de quelque chose.
06:58C'est aussi pour ça que vous êtes là ce matin, Aurore.
07:01Au-delà du cas Le Square Neck, il y a tous ces prédateurs sexuels dont on parle régulièrement dans les
07:05médias.
07:06Vous appelez à une prise de conscience et une autre façon de gérer ces affaires-là.
07:10Il y a énormément de familles qui sont touchées par ce sujet.
07:13Beaucoup d'enfants qui n'osent pas parler.
07:15On voudrait que c'y ait un impact pour que les enfants puissent parler,
07:19pour que les adultes puissent aussi réagir comme il faut.
07:23C'est-à-dire aller au-delà du cadre familial, mais devant la justice.
07:27Que les plaintes soient prises en compte et au sérieux.
07:31Que la justice fasse son travail aussi.
07:34Donc là, c'est vraiment un appel à la société entière.
07:36Il faut que tout bouge.
07:37Vous avez l'impression que les choses sont en train de bouger,
07:39notamment après cette affaire Liana, le garde des Sceaux,
07:42qui tout d'un coup a demandé à ce que les plaintes soient traitées réellement de façon prioritaire.
07:47Est-ce que vous avez l'impression que les choses bougent ?
07:49Avec ce qui s'est passé dans le péri-scolaire,
07:51avec les auditions au Sénat d'Anne Hidalgo et d'Emmanuel Grégoire,
07:55l'ex et le nouveau maire de Paris.
07:56Vous avez l'impression que tout ça est en train d'évoluer ?
07:58Il y a un surtout de la société.
08:00Il y a un début de prise de conscience des hommes politiques.
08:04Et c'est aussi du coup l'enjeu de ce témoignage à visage découvert.
08:08Oui, c'est la première fois où toutes les deux vous témoignez à visage découvert.
08:10Vous êtes là ce matin.
08:11Pour ça en fait, c'est ça votre sujet en fait ?
08:14Oui, notre sujet c'est celui-ci.
08:16En tout cas, si ce témoignage peut permettre du coup à un enfant ou un adulte encore silencieux
08:20de briser le silence, de pouvoir parler,
08:23ou à un adulte de pouvoir mieux repérer,
08:25ou à des pouvoirs publics de prendre conscience.
08:27En revanche, il faut prendre conscience,
08:28mais il va falloir mettre les moyens.
08:30Puisque du coup, s'il n'y a pas de moyens supplémentaires,
08:32alors ça ne sera que des promesses tenues, mais sans action derrière.
08:36C'est ce qui vous amène ici à RTL ce matin.
08:39Réclamez ça.
08:40Pour revenir à Joël Le Squarnec,
08:41vous avez été confronté à lui dans le cadre du procès.
08:44Vous l'avez eu en face de vous.
08:45Il est incarcéré depuis 2017.
08:47Potentiellement, il peut sortir en 2030.
08:49Ces procès-là, ça a été compliqué de les aborder ?
08:52Oui.
08:53Le premier était vraiment très douloureux.
08:55Très difficile d'être confronté à lui,
08:57puis c'était notre procès.
08:59Quand on le voyait,
09:01on n'a pas lâché le regard,
09:02mais lui a eu du mal aussi à lâcher.
09:05Il y avait une forme d'excitation quand même pour lui d'être là.
09:08C'est vraiment un pervers dans toute son entièreté.
09:12Vous voulez dire qu'il a une forme de fierté
09:14à avoir autant de victimes à son bilan ?
09:17Oui, entièrement.
09:18Il a été capable, le jour du procès,
09:20de me dire, après mon témoignage à la barre,
09:23qu'il était fier et content et heureux de nous revoir
09:26et qu'il avait espéré qu'on soit là pour nous voir.
09:30Il faut avoir en tête que finalement,
09:32il ne nous a jamais oubliés.
09:34Pour ma part, à partir des années 95,
09:36je n'étais plus en contact avec lui.
09:38Oui, il a continué à avoir des fantasmes sur nous,
09:42à écrire sur nous.
09:43Ça, ça a été aussi difficile à entendre
09:46et à accepter de savoir que cet homme
09:48ne nous avait jamais oubliés.
09:49Merci de vos témoignages, Stéphanie Aurore,
09:52ce matin sur RTL.
09:54Le documentaire à retrouver sur le replay
09:56sur la plateforme France Télévisions
09:58et surtout votre appel à ces victimes potentielles,
10:03qu'elles osent parler et au pouvoir public,
10:05qu'elles mettent les moyens pour pouvoir gérer.
10:08Merci à vous de nous avoir reçus aujourd'hui.
10:10C'est un combat qu'on souhaite continuer à mener.
10:12Merci beaucoup.
10:13Et puis, on espère que les enfants
10:15puissent parler d'une manière ou d'une autre.
10:16Il ne faut pas juste attendre
10:19que les mots sortent de leur bouche,
10:20mais il y a plein d'autres symptômes à suivre.
10:23Être très sensible aux signes.
10:24Tout à fait.
10:25Merci à toutes les deux.
10:26Merci.
10:26Merci Marc-Olivier.
10:27Lundi, vous nous proposez tout autre chose
10:29avec quelqu'un que les auditeurs connaissent bien.
10:30Absolument.
10:31Philippe Cavrivière sera avec nous,
10:33évidemment à 7h50,
10:34mais également à 8h15,
10:35parce qu'il fait rire,
10:36mais il a également un grand cœur.
10:38Le soir, il sera au Casino de Paris
10:39pour une association Princesse Margot
10:41qui accompagne les enfants et les adolescents
10:42atteints de cancer.
10:43qui contplique dans l'université

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