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Alors que le nombre de cancers diagnostiqués augmente dans le monde, la recherche permet aujourd'hui des avancées majeures dans la lutte contre la maladie. A l'occasion de la campagne "Une Jonquille Contre le Cancer", consacrée cette année aux cancers métastatiques, le président du directoire de l'Institut Curie, Alain Puisieux, est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 10 mars 2026.
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00:00Thomas Soto
00:03A pratiquement 8h18, face à Fogiel, interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:06Ce matin, le lancement d'une opération qui nous concerne tous, une jonquille pour Curie.
00:10Alors que 430 nouveaux cas, 430 000 pardon, nouveaux cas de concert sont détectés chaque année.
00:16Heureusement, la recherche est là, elle se bat chaque jour.
00:18Incarné ce matin par le président du directoire de l'Institut Curie, il est lui-même chercheur, c'est le
00:23professeur Alain Puizieux.
00:24Bonjour professeur Alain Puizieux.
00:26Bonjour.
00:26Merci d'être ce matin sur RTL, vous êtes à la tête du premier centre français de lutte contre le
00:30cancer.
00:30Et pour cette 22e édition d'une jonquille contre le cancer, les dons vont permettre de financer la recherche pour
00:35lutter contre les cancers les plus agressifs, les cancers métastasiques.
00:39Pourquoi c'est l'un des plus grands défis de lutte contre le cancer ?
00:42C'est l'un des plus grands défis parce que comme vous l'avez dit, c'est la première cause
00:45de décès chez les patients atteints de cancer.
00:47Aujourd'hui en fait, les patients qui malheureusement décèdent d'un cancer ne décèdent pas directement de leur tumeur primaire.
00:54C'est-à-dire là où elle s'est développée d'abord, ils décèdent malheureusement des conséquences de leur métastase.
01:00C'est-à-dire qu'au cours de l'évolution de la pathologie, parfois certaines cellules cancéreuses s'échappent de
01:04la tumeur primaire pour aller former une tumeur à distance.
01:08Et c'est un tournant très péjoratif de la maladie.
01:12Et pourquoi c'est compliqué de lutter contre ces métastases ?
01:14On entend beaucoup métastases et on se dit beaucoup, quand ça métastasait, en gros c'est très difficile, voire ça
01:20devient très compliqué, c'est foutu.
01:21C'est la réalité ?
01:22Alors, ce n'est pas foutu. Il faut le dire très clairement, on a fait des progrès qui sont considérables,
01:26on pourra y revenir en cancérologie.
01:28On va y venir, oui.
01:28Mais il est tout à fait clair que ça change totalement la donne en termes de pronostics de cette maladie.
01:33Et pourquoi ça se métastase comme ça ?
01:35Alors, juste pour donner une idée, et évidemment je répondrai à la question pourquoi ça métastase, mais juste pour donner
01:41une idée.
01:41En fait, aujourd'hui pour les cancers les plus fréquents, les cancers du sein chez la femme, les cancers de
01:45la prostate chez l'homme,
01:46quand ils sont diagnostiqués à un stade localisé, on guérit plus de 95% de ces patients.
01:5195%, donc quand le diagnostic est précoce.
01:53Quand le diagnostic est précoce, maintenant pour ces pathologies-là, pour d'autres cancers, c'est plus compliqué, le cancer
01:58du pancreas.
01:5995% quand ils sont diagnostiqués à un stade localisé, donc quand on fait un diagnostic précoce.
02:05Pour les mêmes pathologies, si on fait le diagnostic plus tardivement, c'est-à-dire à un stade métastatique,
02:10ce qu'on appelle le taux de survie à 5 ans, descend à 35%.
02:14Donc c'est considérable.
02:16Allez-y.
02:17Donc ça veut dire que ce processus métastatique est évidemment un processus qui change totalement la prise en charge thérapeutique,
02:23et il faut arriver à développer des thérapeutiques plus efficaces pour ces patients.
02:28Alors on va y venir, c'est pour ça que vous êtes là ce matin et vous voulez lever 3
02:31millions d'euros,
02:31mais pour encore faire la big picture, comme on dit, un monde sans cancer, incurable, est-ce qu'on en
02:38est à la veille ?
02:39Je pense qu'on en est au moins à l'avant-veille.
02:41À l'avant-veille ?
02:42Oui, je pense.
02:43Alors évidemment, il est difficile de prendre des paris sur quand est-ce qu'on va y arriver, mais on
02:48va y arriver.
02:49Je suis absolument convaincu que dans ces 10 prochaines années, on va encore faire des progrès qui vont être considérables.
02:54Et je pense que vers 2050, on n'en sera pas loin en tout cas.
02:59C'est quasiment demain, c'est l'arrivée.
03:02Cancer incurable, bientôt la guérison totale, elle est possible.
03:05Vous avez besoin d'argent, la campagne est lancée aujourd'hui, vous êtes là pour ça.
03:083 millions d'euros, ça semble accessible.
03:11Pour nos auditeurs comprennent, l'utilité de ces dons, 3 millions d'euros pour ces cancers et la précocité du
03:17diagnostic,
03:18vous allez en faire quoi ? Ça se joue où en fait ?
03:20Voilà, alors j'aimerais insister sur le fait d'abord l'importance de cette campagne de dons
03:25et sur l'importance en fait de la générosité du public.
03:27Allez-y.
03:27Je veux vraiment insister sur ce point.
03:30260 000 personnes qui soutiennent la recherche et les soins à l'Institut Curie,
03:33c'est grâce à ces 260 000 personnes qu'on peut être compétitif au niveau international.
03:38Ce n'est pas juste un problème de compétition évidemment, c'est qu'on peut faire avancer les choses,
03:42justement pour pouvoir assouvir notre ambition, qui est cette ambition d'arriver à un monde sans cancer incurant.
03:48Et alors comment, concrètement ? Cet argent, il va où notamment dans les cellules cancéreuses qui sont persistantes ?
03:53Aujourd'hui, ces cellules persistantes, on peut y venir à bout ?
03:56C'est ça, c'est ça l'enjeu en fait.
03:58Pour juste en quelques mots dire ce qu'est la formation du métastase,
04:02puisque vous me posiez la question tout à l'heure.
04:04En fait, donc ce sont les cellules cancéreuses qui échappent de la tumeur primaire,
04:07et on a longtemps cru que c'était encore un problème de mutation additionnelle au cours du développement de la
04:14pathologie
04:14et qu'elles acquéraient des capacités aberrantes de prolifération.
04:18C'est ce qui caractérise les cancers.
04:20C'est vrai qu'on a beaucoup de...
04:20Et de fait, la plupart des thérapies qu'on utilise dans le cancer,
04:25la radiothérapie, les chimiothérapies conventionnelles,
04:28même les thérapies ciblées, qui sont des nouvelles thérapies,
04:32ciblent ce processus de prolifération aberrante.
04:34Le problème en fait, c'est qu'on sait maintenant que,
04:37quand il y a formation d'une métastase, ça ne repose pas tellement sur ses capacités de prolifération,
04:41ça repose sur les capacités d'adaptation de ces cellules cancéreuses.
04:45Ces cellules cancéreuses arrivent en fait à se transformer,
04:48à changer d'identité pour résister à des stress.
04:51Dans un autre contexte, Charles Darwin disait
04:53les espèces qui survivent ne sont ni les plus intelligentes ni les plus fortes,
04:57mais celles qui savent le mieux s'adapter au changement.
04:59Les cellules cancéreuses répondent à cette règle.
05:01Ça veut dire qu'elles sont résistantes au traitement, par exemple ?
05:04Exactement.
05:05C'est-à-dire qu'à partir du moment où elles sont capables de s'adapter,
05:07elles sont capables de s'adapter à des stress,
05:10et parmi ces stress, il y a évidemment les thérapies.
05:12Donc, non seulement elles sont métastatiques,
05:13mais elles deviennent résistantes à beaucoup de traitements.
05:16C'est ça l'enjeu.
05:16Et comment vous faites pour avoir un temps d'avance
05:18pour qu'elles ne soient plus résistantes au traitement
05:20que vous allez développer grâce à ces 3 millions d'euros ?
05:21Donc, il y a deux points.
05:22Le premier, c'est anticiper.
05:24Et maintenant, on a des nouveaux outils,
05:26que ce soit des outils d'intelligence artificielle
05:28ou des outils biologiques,
05:29qui nous permettent de prédire la trajectoire d'évolution,
05:32de prédire qu'il y a des cellules
05:34qui s'apprêtent à devenir résistantes au traitement.
05:37On est capable d'identifier, en fait, ces cellules-là,
05:41et donc d'anticiper ce qui peut se passer
05:43pour adapter la thérapeutique le plus rapidement possible
05:47pour ces patients qui, potentiellement,
05:50vont devoir subir une rechute.
05:52Et la deuxième chose, c'est qu'évidemment,
05:54il faut développer des thérapeutiques plus efficaces
05:56contre ces cancers métastatiques.
05:58Et c'est ce qu'on fait en cette fois-ci...
06:00Quel type de thérapeutique ?
06:01En cette fois-ci, en ciblant non plus seulement
06:04la prolifération cellulaire,
06:05mais en ciblant ses capacités d'adaptation.
06:07Typiquement, à l'Institut Curie,
06:09c'est ce que fait l'équipe de Raphaël Rodrigues.
06:11Il a réussi à comprendre
06:12quels étaient certains mécanismes d'adaptation.
06:15Il est capable de conceptualiser des petites molécules
06:18qui vont cibler ses capacités d'adaptation
06:20pour tuer les cellules cancéreuses les plus agressives.
06:22Ça, c'est la promesse pour demain.
06:24Vous parliez de l'intelligence artificielle.
06:26Les chercheurs de l'Institut Curie
06:27s'en sont servis pour identifier l'origine
06:29des cancers primitifs inconnus.
06:31Ils sont censés être découverts à un stade avancé, généralement.
06:34Grâce à l'intelligence artificielle,
06:36il y aura ce diagnostic plus précoce.
06:38Exactement.
06:39Vous faites référence aux travaux de Sarah Watson
06:41qui a utilisé l'intelligence artificielle.
06:44J'aime bien parler d'intelligence augmentée
06:46parce que quand on parle de jeunes chercheurs
06:48comme Raphaël Rodrigues,
06:49Sarah Watson, ce n'est pas artificiel.
06:51C'est une vraie intelligence humaine.
06:52Mais il y a une intelligence augmentée
06:55grâce à un outil qui est l'intelligence artificielle
06:57qui permet effectivement
06:59d'abord d'anticiper, comme je disais,
07:02mais aussi de prédire d'où vient une métastase.
07:04Parce qu'il s'avère que dans 6 à 7 000,
07:06il y a 6 à 7 000 nouveaux cas par an
07:08de patients qui viennent avec des métastases
07:10sans savoir d'où vient la tumeur primaire.
07:12C'est un vrai problème
07:13parce que ça veut dire
07:14qu'on ne sait pas choisir la meilleure thérapeutique.
07:16Ce que Sarah Watson a fait
07:17avec un outil d'intelligence artificielle,
07:19c'est en fait d'identifier la tumeur primaire,
07:24d'arriver à trouver d'où elle venait,
07:26ce qui permet de mieux adapter la thérapeutique
07:28et le pronostic est amélioré.
07:30Et donc l'argent, toujours ces 3 millions que vous recherchez,
07:33ça permet d'investir dans des outils
07:34d'intelligence artificielle par exemple ?
07:36Oui, dans des outils d'intelligence artificielle,
07:38mais évidemment pas seulement.
07:40Également investir dans toutes les approches
07:42qui permettent d'anticiper ce qu'on appelle
07:44à l'Institut Curie la médecine adaptative.
07:47S'adapter aussi aux capacités d'évolution de la tumeur
07:50et d'anticiper,
07:51et puis de développer de nouvelles approches thérapeutiques.
07:54Vous faites appel aux auditeurs d'RTL
07:55et vous avez bien raison,
07:57mais dans les collègues du Figaro,
07:58le prix Nobel d'économie Philippe Aguillon
07:59que je recevais hier,
08:00alerté sur le sous-financement de la recherche.
08:02Ce que les responsables politiques ne comprennent pas,
08:04c'est qu'on ne peut pas être un pays innovant
08:06si on n'a pas une bonne recherche fondamentale.
08:09Là-dessus, il a raison,
08:10il y a un manque de l'État pour vous accompagner ?
08:13Il a fondamentalement raison.
08:15Je vais donner un chiffre.
08:17Tous les pays de la communauté européenne
08:19se doivent d'utiliser,
08:20de dépenser 3% du PIB pour la recherche.
08:23Nous en sommes à 2,17%.
08:26On est en retrait de tous les autres pays,
08:29grands pays européens, américains, nord-américains
08:32et même de beaucoup de pays asiatiques.
08:342,17%.
08:35Il manque 25 milliards d'euros
08:39pour arriver à 3%.
08:40C'est énorme.
08:42C'est énorme.
08:42Vous dites les États-Unis,
08:43malgré Donald Trump
08:44qui n'a cessé de mettre à mal la recherche scientifique ?
08:47C'est sûr que l'administration Trump,
08:49pour dire les choses clairement,
08:50c'est une catastrophe pour la science.
08:51Une catastrophe, vous le dites comme ça ?
08:52Ah oui, c'est une catastrophe.
08:55C'est à la fois extrêmement inquiétant
08:56ce qui se passe aux États-Unis,
08:57puisqu'on attaque la science,
08:59donc on attaque un des piliers de la démocratie.
09:01Et c'est révoltant.
09:03Il faut dire les choses comme elles sont.
09:04Je pense qu'on n'en parle pas assez.
09:06Parce qu'au-delà du fait
09:07de ce qui se passe aux États-Unis,
09:09avec des diminutions des budgets
09:10des grandes agences américaines,
09:13notamment dans le domaine de la santé,
09:15il y a aussi une diminution drastique
09:17de l'aide apportée par les États-Unis
09:19pour les pays en développement,
09:21en particulier en Afrique,
09:23au travers de USAID,
09:25qui est un programme très important.
09:26Et pour la lutte contre le sida,
09:29contre la tuberculose,
09:30contre le paludisme,
09:31il y a une étude très récente de Lancet,
09:33qui est une revue médicale très prestigieuse,
09:36qui montre que ceci sera la cause
09:37de plus de 14 millions de décès d'ici 2030.
09:4214 millions de décès d'ici 2030,
09:45dont plus de 4 millions d'enfants
09:47de moins de 5 ans.
09:48C'est un drame.
09:49C'était très clair.
09:50Merci professeur Alain Puigieux
09:52d'être venu ce matin sur RTL
09:53à l'occasion donc de cette 22e édition
09:55d'une jonquille contre le cancer.
09:57Vous disiez, Marc-Olivier,
09:59il faut 3 millions au moins.
10:00Vous avez plus de 3 millions
10:00à nous écouter chaque matin
10:01dans la matinale d'RTL.
10:02Si chacun donne 1 euro,
10:03on aura déjà fait une partie du chemin.
10:05Alors il y a deux façons de le faire.
10:06Soit vous faites un don par texto.
10:08Vous tapez don 10, D-O-N,
10:10et 1, 0.
10:11Par texto au 92, 0, 0, 2.
10:13Et ça fait automatiquement un don de 10 euros.
10:16Si vous voulez faire 20 euros,
10:16vous faites deux fois don 10.
10:17Ça marche aussi.
10:18Il faut faire un texto à chaque fois.
10:20Sinon, vous avez sur le site
10:21unejonquille-contre-le-cancer.fr
10:23et là encore, c'est fondamental.
10:25C'est jusqu'au 22 mars
10:25et c'est ô combien utile.
10:27Ça nous est utile à tous.
10:28Merci beaucoup.
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