00:006. Stéphane Carpentier
00:03RTL Matin
00:04Il est pile 8h17 face à Fogiel, c'est le temps fort de RTL Matin, l'interview de Marc-Olivier
00:09Fogiel.
00:10Alors que les obsèques de Nathalie Baye se déroulent ce matin à Paris, vous recevez Marc-Olivier, l'acteur et
00:17metteur en scène Jacques Weber.
00:18Son ami de toujours, bonjour Jacques Weber.
00:21Bonjour.
00:21Vous serez tout à l'heure évidemment à Saint-Sulpice et vous serez évidemment devant en train de lire un
00:28texte pour rendre hommage à votre ami.
00:31C'est important pour vous ce texte ?
00:34Je crois que c'est, pour moi d'abord, c'est essentiel de témoigner, mais surtout de témoigner d'une
00:39période que les gens ne peuvent pas connaître,
00:41que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, puisqu'il s'agit de la période du tout début,
00:46qui est celle du conservatoire.
00:48Les années 70.
00:49Ou 70, où nous ne savions pas encore qui nous allions être, qui que nous soyons.
00:54Vous, Nathalie, André du Solier, Francis Huster.
00:57Vous vous rendez compte qu'il y avait Jacques Vigré, Isabelle Huppert, André du Solier, Francis Huster, Jean-François Balmer.
01:05C'était une génération.
01:08Et une bande aussi.
01:09Et une bande.
01:10Alors le quatuor-major, il faut quand même le rappeler, sur lequel après se sont agrégés pas mal de camarades
01:16et d'amis,
01:17c'était vraiment Nathalie, qui était bouleversée tout le temps, et moi aussi d'ailleurs par Vigré, qui était un
01:24génie absolu,
01:26et Balmer, et humblement moi-même.
01:29On va y venir, à cette période évidemment, comment est Nathalie à ce moment-là ?
01:34La cérémonie, pour commencer, si vous voulez bien, Jacques Weber, c'est un texte que vous avez écrit ou un
01:39texte que vous allez reprendre ?
01:39J'ai décidé, lorsque j'aime quelqu'un que je l'admire, je pourrais faire écrire avec mes propres mots.
01:46C'est ainsi que je l'ai fait pour Nilsa Restrup, qui nous a quittés, hélas, Robert Rossen, etc.
01:53Et là, j'y tenais absolument.
01:56D'ailleurs, c'est une demande que j'ai faite moi.
01:58J'ai appelé son ami merveilleux, Dominique Besniard, il l'a suivi jusqu'au dernier jour, ce qui n'a
02:03pas été mon cas.
02:05Et je lui ai dit, est-ce que tu crois que je peux dire quelques mots ?
02:08Il m'a dit, bien sûr.
02:10Et donc, il y aura un texte de moi, un texte qui sera dit par Jacques Fieschi,
02:15qui évoquera sans aucun doute cette immense et énorme carrière au cinéma.
02:23Et je crois que Valérie Lemercier, à la demande de Laura, va chanter une chanson que Nathalie aimait beaucoup.
02:32Et c'est formidable qu'on garde du sourire.
02:36Il ne faut pas trop compter sur moi là-dessus, parce que je ne suis pas l'homme le plus
02:40rigolo du monde.
02:41Mais j'espère de temps en temps avoir un peu de distance.
02:44Mais Valérie, c'est merveilleux, elle va donner un grand coup de soleil.
02:46C'est magnifique, et Laura elle-même va lire un texte qu'elle a écrit.
02:49Je pense, oui.
02:50Vous, la teneur de votre texte, sans évidemment le déflorer,
02:54mais vous allez dire quoi dans cette église où ses amis seront là pour se recueillir ?
03:01Pour moi, c'est un lieu de recueillement.
03:03L'église, je ne connais pas bien.
03:05D'accord.
03:06Mais en tout cas, dans ce lieu de recueillement, j'essaierai très simplement ce qu'il y a de plus
03:11dur.
03:12Alors, plus simplement qu'il soit, d'évoquer ce qu'ont pu être ces toutes premières années,
03:20et la façon dont petit à petit elle s'est mise en place, elle s'est définie, elle s'est
03:25identifiée.
03:26Et c'est vrai qu'elle a toujours gardé ce que nous avions dit les premiers jours, quant à elle,
03:33la chef-taine et la reine.
03:35La chef-taine et la reine ?
03:37Oui, c'était une chef-taine, c'était quelqu'un, mais c'était plutôt réjouissant, qui organisait tout.
03:42Et qui nous engueulait.
03:43Mais déjà au conservatoire, parce que je disais conservatoire, elle était plutôt en doute sur elle-même.
03:48Vous qui aviez beaucoup d'ambition, elle était très en doute, mais chef quand même.
03:53On avait des immenses conversations, et vous savez pourquoi ?
03:57Parce qu'elle ne faisait pas partie, disons-le franchement, ce qui était d'une connerie absolue,
04:02des canons de la beauté reconnus et légitimés par des professeurs un peu ridicules, voire vulgaires,
04:09ce qui était le cas d'une autre.
04:11De qui ?
04:12Robert Manuel, je le dis, je m'en fous.
04:14Et voilà, et donc elle ne faisait pas partie du critère des grands.
04:20Lors même qu'elle avait déjà ce sourire qui vous ouvrait le cœur, enfin, qui était sublime,
04:27puis cette joie de vivre, fin tout non, j'en sais rien, totale ou non, je ne sais pas.
04:34Mais en tout cas, elle nous embarquait tout le temps, et elle nous engueulait tout le temps.
04:38Dès qu'on faisait des sorties de route, je vous dirais que Villerey l'a entendu.
04:42Alors, quant à moi, n'en parlons pas.
04:43Quelle amie elle était ? Parce que, ce qui est assez dingue, je me souviens qu'on a fait ensemble
04:47un divan, Jacques Weber.
04:49Ça, c'est une des plus belles preuves d'amour que j'ai reçues dans ma vie, et je tiens
04:55à vous le dire.
04:55C'est pour ça, d'ailleurs, je suis là ce matin.
04:57C'est trop gentil, parce qu'elle est venue, Nathalie Baye, à ce moment-là, elle n'avait absolument rien
05:00à vendre.
05:01C'était la star qu'elle était déjà, et elle était là en second rôle, pour vous.
05:06La star qu'elle était, en fait.
05:08J'ai trois rôté d'attendre et tout.
05:09Mais donc, quelle amie elle était, cette amie attentionnée ?
05:12Ce qui est très, très étonnant, mais ça, les grandes amitiés sont comme ça.
05:17Vous vous voyez, vous vivez des moments extrêmement serrés, l'un contre l'autre, pendant deux mois, trois mois, un
05:23an, deux ans, etc.
05:24Et puis, d'un seul coup, on ne se voit plus pendant des années.
05:26C'était mon cas avec Nathalie.
05:28On ne se voyait pas.
05:29On ne se voyait pas si souvent.
05:30On entend un parler de l'un et de l'autre.
05:34Et puis, vous me dites, tiens, il y a quelqu'un qui veut vous dire un mot.
05:39Et je vois cette femme que j'ai toujours adorée, mais au plus profond de moi-même.
05:43On entend ça ce matin.
05:44Vraiment.
05:44Et je la vois, qui parle toujours avec cette simplicité.
05:48Vous lui posez des questions plutôt gênantes.
05:50Je me souviens qu'il y a eu une petite dame où il fallait...
05:53Non, pas du tout.
05:56Et où, à un moment, vous lui dites, mais vous lui parlez de cette comparaison
06:00qui existait de temps et de temps à l'époque, de par Dieu, Weber, etc.
06:04Et ce n'était pas si simple pour elle de répondre sans...
06:10C'était difficile, délicat, parce que ce n'est pas le même niveau, tout ça.
06:14Et elle l'a fait avec une élégance.
06:17J'étais sidéré.
06:19Vous vous souvenez, j'étais...
06:20Donc c'est une femme élégante, surtout.
06:23Une femme qui a eu de nombreux amoureux cabossés aussi.
06:28Cette femme qui se paraît si...
06:29Mais elle l'aimait, elle est cabossée.
06:30Mais c'est ça qui me fascine chez elle.
06:32Et ça, c'est très très bizarre.
06:34François Léotard, Johnny...
06:36Si je n'ai pas été un de ses amoureux, c'est parce que je n'étais pas assez cabossé.
06:40C'est sans doute ça.
06:41J'aurais bien aimé être un de ses amoureux, je peux vous le dire.
06:44Non, ça n'a pas été le cas.
06:46Elle était son amie, oui, mais...
06:48Pourquoi elle aimait ces gens cabossés ?
06:49Mais je ne sais pas ce que Léotard...
06:51Mais même avant Léotard, il y a eu Saint-Macarie, il y en a eu tellement.
06:54Et c'était des types.
06:56Mais alors, cabossé, c'est le moins qu'on puisse dire.
06:58Et je ne sais pas, il y avait quelque chose qui devait la troubler, parce que d'abord, c'était
07:05à l'opposé absolu d'elle-même.
07:07Non pas de son tourment, car tourmentée, elle l'était, c'est sûr.
07:11On ne peut pas avoir ce regard qui devait même s'échapper malgré elle.
07:17Derrière, ce sourire éclatant, ou dans ce sourire éclatant, d'un seul coup, souvenez-vous, dans ses films et partout,
07:23son regard se fixait, vous regardait.
07:25Il y avait là une espèce d'intelligence tourmentée, comme ça, qui s'existait à l'endroit.
07:29Incroyable, j'essaie encore dans le petit lieu de nom que j'ai regardé hier soir, magnifique, la fin.
07:33Quand elle se retourne, elle pleure et nous pleurons, enfin, c'est extraordinaire.
07:39Laura, vous êtes en contact avec elle ?
07:42Alors, ça, c'est très étonnant.
07:44Mais moi, ça, ça fait partie de mon caractère.
07:47Plusieurs fois, elle était à deux pas de moi.
07:49Je n'ai jamais, je l'ai vu bébé, Laura, j'imagine bien, oui.
07:53Je n'ai jamais osé lui dire au même bonjour.
07:55C'est vrai ?
07:56Ce n'est pas une espèce d'intimidation.
07:59Qu'est-ce que je vais dire ?
08:01Elle ne me connaît pas.
08:03Elle n'a pas connu tout ce qu'on a vécu.
08:05Je ne sais pas comment vous dire.
08:06Et je le regrette beaucoup parce qu'au fur et à mesure,
08:09c'est quelqu'un qui a pris une dimension dont on pouvait douter au début
08:14et qui est désormais en place et qui, je crois, est une très belle personne.
08:19Ça se fera peut-être avec le temps, je ne sais pas.
08:22Enfin, le temps, il ne m'en reste plus beaucoup.
08:24Il en reste évidemment Jacques Weber.
08:26Nathalie, vous disiez, vous aviez une relation comme ça au long cours,
08:30mais pas quotidienne.
08:32Moi, il y a un mot de Nicole Garcia qui m'a frappé dans ses hommages.
08:35C'est que depuis que cette maladie des corps de Lévis l'a frappé,
08:38cette maladie neurodérogérative,
08:40cette maladie proche de la maladie d'Alzheimer et de Parkinson,
08:43elle avait perdu son sourire.
08:46Oui, et non seulement ça, mais je crois que ça, c'était assez effrayant.
08:51Parce que Dominique, plusieurs fois, besnéard,
08:53disait, j'aimerais bien organiser un repas avec Nathalie, toi, Francis.
09:00Parce qu'elle dit, vous faites partie des gens dont elle se souvient.
09:03Je dis, comment ça ?
09:05Dans l'énorme voyage qu'elle a fait, elle doit en connaître.
09:11Elle se souvenait, pour ainsi dire, de rien.
09:14Et j'avais déjà constaté, dans la toute dernière fois où je l'ai vu,
09:18quelque chose qui s'était totalement fané, un peu éteint.
09:22Et ça m'avait paniqué.
09:23Je me suis dit, oh, c'est un moment dans la vie.
09:27On a tous ces moments-là.
09:29Et puis non, c'était les débuts, là, c'était l'atteinte.
09:32Car seule, oui, vous avez raison de le dire,
09:34seule la maladie pouvait ternir ce rayon de soleil absolument incroyable
09:40qu'était ce visage qui souriait sans sourire.
09:43C'est ça qui était magnifique.
09:44J'ai rarement vu un visage comme ça.
09:46Et la maladie avait fauché ça ?
09:47Ah oui, oui, mais ce sont des maladies épouvantables.
09:52Et alors, si j'ai bien compris, cette maladie-là est pire qu'elle n'aille pas
09:55parce qu'elle s'attaque, et physiquement, et cérébralement à la personne.
10:00Et d'ailleurs, les dernières fois, Dominique m'a presque dit
10:04qu'il ne valait mieux pas que je la vois.
10:07Votre hommage ce matin sur RTL, tout à l'heure à 10h, Église Saint-Sulpice.
10:11Merci infiniment, Jacques Weber, d'être venu en direct sur RTL.
10:14Merci à vous vraiment d'avoir permis de pouvoir parler d'elle.
10:16Merci de l'évoquer.
10:17Merci, Jacques.
10:18Jacques Weber qui aurait voulu être cabossé pour être un des amoureux.
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