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  • il y a 3 minutes
Nathalie Baye s'est éteinte il y a une semaine à 77 ans, emportée par la maladie à corps de Lewy une maladie neurodégénérative sur laquelle elle était restée discrète. Ses obsèques ont lieu ce vendredi matin, à Paris. Jacques Weber était l'un de ses proches depuis 1972. Plus de cinquante ans d'amitié, plusieurs films ensemble. Il va lui rendre un dernier hommage en lisant une lettre.
Jacques Weber est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 24 avril 2026.

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Transcription
00:006. Stéphane Carpentier
00:03RTL Matin
00:04Il est pile 8h17 face à Fogiel, c'est le temps fort de RTL Matin, l'interview de Marc-Olivier
00:09Fogiel.
00:10Alors que les obsèques de Nathalie Baye se déroulent ce matin à Paris, vous recevez Marc-Olivier, l'acteur et
00:17metteur en scène Jacques Weber.
00:18Son ami de toujours, bonjour Jacques Weber.
00:21Bonjour.
00:21Vous serez tout à l'heure évidemment à Saint-Sulpice et vous serez évidemment devant en train de lire un
00:28texte pour rendre hommage à votre ami.
00:31C'est important pour vous ce texte ?
00:34Je crois que c'est, pour moi d'abord, c'est essentiel de témoigner, mais surtout de témoigner d'une
00:39période que les gens ne peuvent pas connaître,
00:41que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, puisqu'il s'agit de la période du tout début,
00:46qui est celle du conservatoire.
00:48Les années 70.
00:49Ou 70, où nous ne savions pas encore qui nous allions être, qui que nous soyons.
00:54Vous, Nathalie, André du Solier, Francis Huster.
00:57Vous vous rendez compte qu'il y avait Jacques Vigré, Isabelle Huppert, André du Solier, Francis Huster, Jean-François Balmer.
01:05C'était une génération.
01:08Et une bande aussi.
01:09Et une bande.
01:10Alors le quatuor-major, il faut quand même le rappeler, sur lequel après se sont agrégés pas mal de camarades
01:16et d'amis,
01:17c'était vraiment Nathalie, qui était bouleversée tout le temps, et moi aussi d'ailleurs par Vigré, qui était un
01:24génie absolu,
01:26et Balmer, et humblement moi-même.
01:29On va y venir, à cette période évidemment, comment est Nathalie à ce moment-là ?
01:34La cérémonie, pour commencer, si vous voulez bien, Jacques Weber, c'est un texte que vous avez écrit ou un
01:39texte que vous allez reprendre ?
01:39J'ai décidé, lorsque j'aime quelqu'un que je l'admire, je pourrais faire écrire avec mes propres mots.
01:46C'est ainsi que je l'ai fait pour Nilsa Restrup, qui nous a quittés, hélas, Robert Rossen, etc.
01:53Et là, j'y tenais absolument.
01:56D'ailleurs, c'est une demande que j'ai faite moi.
01:58J'ai appelé son ami merveilleux, Dominique Besniard, il l'a suivi jusqu'au dernier jour, ce qui n'a
02:03pas été mon cas.
02:05Et je lui ai dit, est-ce que tu crois que je peux dire quelques mots ?
02:08Il m'a dit, bien sûr.
02:10Et donc, il y aura un texte de moi, un texte qui sera dit par Jacques Fieschi,
02:15qui évoquera sans aucun doute cette immense et énorme carrière au cinéma.
02:23Et je crois que Valérie Lemercier, à la demande de Laura, va chanter une chanson que Nathalie aimait beaucoup.
02:32Et c'est formidable qu'on garde du sourire.
02:36Il ne faut pas trop compter sur moi là-dessus, parce que je ne suis pas l'homme le plus
02:40rigolo du monde.
02:41Mais j'espère de temps en temps avoir un peu de distance.
02:44Mais Valérie, c'est merveilleux, elle va donner un grand coup de soleil.
02:46C'est magnifique, et Laura elle-même va lire un texte qu'elle a écrit.
02:49Je pense, oui.
02:50Vous, la teneur de votre texte, sans évidemment le déflorer,
02:54mais vous allez dire quoi dans cette église où ses amis seront là pour se recueillir ?
03:01Pour moi, c'est un lieu de recueillement.
03:03L'église, je ne connais pas bien.
03:05D'accord.
03:06Mais en tout cas, dans ce lieu de recueillement, j'essaierai très simplement ce qu'il y a de plus
03:11dur.
03:12Alors, plus simplement qu'il soit, d'évoquer ce qu'ont pu être ces toutes premières années,
03:20et la façon dont petit à petit elle s'est mise en place, elle s'est définie, elle s'est
03:25identifiée.
03:26Et c'est vrai qu'elle a toujours gardé ce que nous avions dit les premiers jours, quant à elle,
03:33la chef-taine et la reine.
03:35La chef-taine et la reine ?
03:37Oui, c'était une chef-taine, c'était quelqu'un, mais c'était plutôt réjouissant, qui organisait tout.
03:42Et qui nous engueulait.
03:43Mais déjà au conservatoire, parce que je disais conservatoire, elle était plutôt en doute sur elle-même.
03:48Vous qui aviez beaucoup d'ambition, elle était très en doute, mais chef quand même.
03:53On avait des immenses conversations, et vous savez pourquoi ?
03:57Parce qu'elle ne faisait pas partie, disons-le franchement, ce qui était d'une connerie absolue,
04:02des canons de la beauté reconnus et légitimés par des professeurs un peu ridicules, voire vulgaires,
04:09ce qui était le cas d'une autre.
04:11De qui ?
04:12Robert Manuel, je le dis, je m'en fous.
04:14Et voilà, et donc elle ne faisait pas partie du critère des grands.
04:20Lors même qu'elle avait déjà ce sourire qui vous ouvrait le cœur, enfin, qui était sublime,
04:27puis cette joie de vivre, fin tout non, j'en sais rien, totale ou non, je ne sais pas.
04:34Mais en tout cas, elle nous embarquait tout le temps, et elle nous engueulait tout le temps.
04:38Dès qu'on faisait des sorties de route, je vous dirais que Villerey l'a entendu.
04:42Alors, quant à moi, n'en parlons pas.
04:43Quelle amie elle était ? Parce que, ce qui est assez dingue, je me souviens qu'on a fait ensemble
04:47un divan, Jacques Weber.
04:49Ça, c'est une des plus belles preuves d'amour que j'ai reçues dans ma vie, et je tiens
04:55à vous le dire.
04:55C'est pour ça, d'ailleurs, je suis là ce matin.
04:57C'est trop gentil, parce qu'elle est venue, Nathalie Baye, à ce moment-là, elle n'avait absolument rien
05:00à vendre.
05:01C'était la star qu'elle était déjà, et elle était là en second rôle, pour vous.
05:06La star qu'elle était, en fait.
05:08J'ai trois rôté d'attendre et tout.
05:09Mais donc, quelle amie elle était, cette amie attentionnée ?
05:12Ce qui est très, très étonnant, mais ça, les grandes amitiés sont comme ça.
05:17Vous vous voyez, vous vivez des moments extrêmement serrés, l'un contre l'autre, pendant deux mois, trois mois, un
05:23an, deux ans, etc.
05:24Et puis, d'un seul coup, on ne se voit plus pendant des années.
05:26C'était mon cas avec Nathalie.
05:28On ne se voyait pas.
05:29On ne se voyait pas si souvent.
05:30On entend un parler de l'un et de l'autre.
05:34Et puis, vous me dites, tiens, il y a quelqu'un qui veut vous dire un mot.
05:39Et je vois cette femme que j'ai toujours adorée, mais au plus profond de moi-même.
05:43On entend ça ce matin.
05:44Vraiment.
05:44Et je la vois, qui parle toujours avec cette simplicité.
05:48Vous lui posez des questions plutôt gênantes.
05:50Je me souviens qu'il y a eu une petite dame où il fallait...
05:53Non, pas du tout.
05:56Et où, à un moment, vous lui dites, mais vous lui parlez de cette comparaison
06:00qui existait de temps et de temps à l'époque, de par Dieu, Weber, etc.
06:04Et ce n'était pas si simple pour elle de répondre sans...
06:10C'était difficile, délicat, parce que ce n'est pas le même niveau, tout ça.
06:14Et elle l'a fait avec une élégance.
06:17J'étais sidéré.
06:19Vous vous souvenez, j'étais...
06:20Donc c'est une femme élégante, surtout.
06:23Une femme qui a eu de nombreux amoureux cabossés aussi.
06:28Cette femme qui se paraît si...
06:29Mais elle l'aimait, elle est cabossée.
06:30Mais c'est ça qui me fascine chez elle.
06:32Et ça, c'est très très bizarre.
06:34François Léotard, Johnny...
06:36Si je n'ai pas été un de ses amoureux, c'est parce que je n'étais pas assez cabossé.
06:40C'est sans doute ça.
06:41J'aurais bien aimé être un de ses amoureux, je peux vous le dire.
06:44Non, ça n'a pas été le cas.
06:46Elle était son amie, oui, mais...
06:48Pourquoi elle aimait ces gens cabossés ?
06:49Mais je ne sais pas ce que Léotard...
06:51Mais même avant Léotard, il y a eu Saint-Macarie, il y en a eu tellement.
06:54Et c'était des types.
06:56Mais alors, cabossé, c'est le moins qu'on puisse dire.
06:58Et je ne sais pas, il y avait quelque chose qui devait la troubler, parce que d'abord, c'était
07:05à l'opposé absolu d'elle-même.
07:07Non pas de son tourment, car tourmentée, elle l'était, c'est sûr.
07:11On ne peut pas avoir ce regard qui devait même s'échapper malgré elle.
07:17Derrière, ce sourire éclatant, ou dans ce sourire éclatant, d'un seul coup, souvenez-vous, dans ses films et partout,
07:23son regard se fixait, vous regardait.
07:25Il y avait là une espèce d'intelligence tourmentée, comme ça, qui s'existait à l'endroit.
07:29Incroyable, j'essaie encore dans le petit lieu de nom que j'ai regardé hier soir, magnifique, la fin.
07:33Quand elle se retourne, elle pleure et nous pleurons, enfin, c'est extraordinaire.
07:39Laura, vous êtes en contact avec elle ?
07:42Alors, ça, c'est très étonnant.
07:44Mais moi, ça, ça fait partie de mon caractère.
07:47Plusieurs fois, elle était à deux pas de moi.
07:49Je n'ai jamais, je l'ai vu bébé, Laura, j'imagine bien, oui.
07:53Je n'ai jamais osé lui dire au même bonjour.
07:55C'est vrai ?
07:56Ce n'est pas une espèce d'intimidation.
07:59Qu'est-ce que je vais dire ?
08:01Elle ne me connaît pas.
08:03Elle n'a pas connu tout ce qu'on a vécu.
08:05Je ne sais pas comment vous dire.
08:06Et je le regrette beaucoup parce qu'au fur et à mesure,
08:09c'est quelqu'un qui a pris une dimension dont on pouvait douter au début
08:14et qui est désormais en place et qui, je crois, est une très belle personne.
08:19Ça se fera peut-être avec le temps, je ne sais pas.
08:22Enfin, le temps, il ne m'en reste plus beaucoup.
08:24Il en reste évidemment Jacques Weber.
08:26Nathalie, vous disiez, vous aviez une relation comme ça au long cours,
08:30mais pas quotidienne.
08:32Moi, il y a un mot de Nicole Garcia qui m'a frappé dans ses hommages.
08:35C'est que depuis que cette maladie des corps de Lévis l'a frappé,
08:38cette maladie neurodérogérative,
08:40cette maladie proche de la maladie d'Alzheimer et de Parkinson,
08:43elle avait perdu son sourire.
08:46Oui, et non seulement ça, mais je crois que ça, c'était assez effrayant.
08:51Parce que Dominique, plusieurs fois, besnéard,
08:53disait, j'aimerais bien organiser un repas avec Nathalie, toi, Francis.
09:00Parce qu'elle dit, vous faites partie des gens dont elle se souvient.
09:03Je dis, comment ça ?
09:05Dans l'énorme voyage qu'elle a fait, elle doit en connaître.
09:11Elle se souvenait, pour ainsi dire, de rien.
09:14Et j'avais déjà constaté, dans la toute dernière fois où je l'ai vu,
09:18quelque chose qui s'était totalement fané, un peu éteint.
09:22Et ça m'avait paniqué.
09:23Je me suis dit, oh, c'est un moment dans la vie.
09:27On a tous ces moments-là.
09:29Et puis non, c'était les débuts, là, c'était l'atteinte.
09:32Car seule, oui, vous avez raison de le dire,
09:34seule la maladie pouvait ternir ce rayon de soleil absolument incroyable
09:40qu'était ce visage qui souriait sans sourire.
09:43C'est ça qui était magnifique.
09:44J'ai rarement vu un visage comme ça.
09:46Et la maladie avait fauché ça ?
09:47Ah oui, oui, mais ce sont des maladies épouvantables.
09:52Et alors, si j'ai bien compris, cette maladie-là est pire qu'elle n'aille pas
09:55parce qu'elle s'attaque, et physiquement, et cérébralement à la personne.
10:00Et d'ailleurs, les dernières fois, Dominique m'a presque dit
10:04qu'il ne valait mieux pas que je la vois.
10:07Votre hommage ce matin sur RTL, tout à l'heure à 10h, Église Saint-Sulpice.
10:11Merci infiniment, Jacques Weber, d'être venu en direct sur RTL.
10:14Merci à vous vraiment d'avoir permis de pouvoir parler d'elle.
10:16Merci de l'évoquer.
10:17Merci, Jacques.
10:18Jacques Weber qui aurait voulu être cabossé pour être un des amoureux.
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