00:00RTL Matin, Olivier Bois.
00:038h17 sur RTL, près d'un mois après le suicide de Camélia, lycéenne de 17 ans en Seine-et-Marne.
00:09La plainte pour harcèlement scolaire déposée par ses parents a été classée sans suite.
00:14Comment sa famille a-t-elle accueilli cette décision et que compte-t-elle faire désormais ?
00:19Marc-Olivier Fogel, vous recevez ce matin le papa de Camélia, Sid Ali Djemahi.
00:24Bonjour M. Djemahi.
00:26Bonjour M. Fogel.
00:27C'était il y a un mois, le 13 janvier dernier, votre fille Camélia donc se jetait sous un RER.
00:33Elle avait laissé un message poignant à sa maman avant.
00:37Et donc cette semaine, le procureur de la République de Meaux a classé sans suite l'enquête pour harcèlement.
00:42Pour lui, il n'y a pas eu harcèlement. On va y venir ensemble après une enquête qu'il a menée.
00:47Comment vous avez réagi à l'annonce donc du classement sans suite de cette plainte ?
00:53Ben, le sang glacé en fait, on a été choqué.
00:58Donc on a eu l'appel du procureur qui nous a annoncé qu'il a mis tous les moyens pour l'enquête.
01:06Il a mis surtout en avant qu'il avait mis 12 policiers, une soixantaine d'auditions.
01:12Mais à mon sens, je trouve que, enfin trois semaines d'enquête, ça a été rapide, pardon, ça a été rapide pour classer l'affaire.
01:22Parce que pour lui, on va y venir M. Gemahi, votre souffrance est énorme et ça n'enlève rien aux gestes de détresse de Camélia.
01:29Mais pour lui, il y aurait eu des faux messages sur Snapchat réalisés par votre fille pour tester l'amitié de ses amis.
01:37Le proviseur voulait la sanctionner, ça n'enlève rien à sa détresse évidemment.
01:42Mais est-ce que vous ne croyez pas qu'elle se serait enfermée dans un mensonge qu'elle n'a pas voulu dire ?
01:46Et face à ce mensonge, elle ait commis l'irréparable ?
01:49Comment vous dire ?
01:53Donc après, ça c'est les éléments de l'enquête justement qui sont remontés à ce niveau-là,
01:59qui nous ont expliqué qu'il y a eu des faux comptes créés et tout ça.
02:03Donc après, vous savez, quand on est ado, on essaye de se défendre chacun à sa manière.
02:11Quoi qu'il en soit, Camélia était en détresse.
02:14Donc il a souligné lui-même, le procureur, qu'elle était en grande détresse.
02:18Il y a eu les signalements par la maman qui a fait des courriers, qui a alerté qu'elle se faisait harceler.
02:27Donc ce n'est pas un laudin, ça veut dire qu'il y a eu des actes d'harcèlement.
02:32Mais on est resté focalisé sur lui.
02:34Ce que vous dites, c'est que la détresse n'a pas été prise en compte,
02:37puisque c'est le harcèlement qui est ce matin en question,
02:40mais sa détresse n'a pas été prise en compte.
02:41On va reprendre l'histoire depuis le début, M. Gemay.
02:45Racontez-nous qui était Camélia ?
02:47Quelle petite fille elle était, cette petite fille de 13 ans ?
02:49Avant tout ça.
02:51Oui, avant tout ça, c'était une fille très joyeuse, très bonne vivante.
02:55Elle était très bien entourée de sa famille côté maternel.
03:01Si vous faites ces palais de sa maman.
03:03Tout à fait, exactement.
03:04Très bien entourée.
03:06Elle me parlait tout le temps quand en bien, avec de ses oncles, de ses tantes, de ses cousins et cousines.
03:13Moi, j'allais la voir assez souvent, donc ça se passait très bien.
03:17C'était une fille très joyeuse, très studieuse.
03:19On avait un contrat moral, on va dire, entre guillemets, plus elle travaillait, plus on lui faisait plaisir, comme chaque enfant.
03:25Et à quel moment ça s'est assombri ?
03:29À quel moment ça s'est assombri, M. Fogiel ?
03:32Je vous avoue, moi, le jour même, j'ai appris le décès et le harcèlement.
03:35Donc moi, je n'étais pas au courant.
03:37J'ai été mis un petit peu à l'écart, peut-être pour me protéger ou peut-être pour autre chose.
03:43En tout cas, je n'étais pas au courant et je n'ai vu aucun signe de détresse de la part de Camélia, sur le coup.
03:50Donc elle ne vous le montrerait pas à vous, mais à sa maman avec qui elle vivait.
03:53Selon l'enquête qui a été établie, donc, par les services du procureur, tout aurait débuté en novembre dernier.
04:01Camélia décide de créer une fausse conversation sur Snapchat, usurpant l'identité de trois camarades et simulant de faux échanges pour tester leur amitié.
04:10Elle voulait faire le tri entre ses vrais et ses faux amis, des procureurs.
04:13Et puis là, les trois camarades dont elle aurait usurpé l'identité sont en colère, lui demandent des comptes.
04:18Enfin, elle devient un peu lamenteuse et c'est à partir de là que son attitude change.
04:24Voilà, donc c'est sûrement déjà à partir de là qu'il y a eu un lancement d'alerte.
04:29Donc je pense qu'après là, on pense parce que la personne concernée, malheureusement, n'est plus là.
04:34Donc peut-être qu'elle a créé ces comptes-là justement pour se protéger ou pour voir les personnes qui sont bonnes avec elle ou pas.
04:47Mais en fait, dans l'histoire, on reste surtout focalisé sur les faux comptes.
04:53Moi, mon problème, c'est le harcèlement.
04:54C'est que la petite, elle était harcelée.
04:57Si on est arrivé là, c'est qu'il y a eu cause à effet.
05:01Et pourtant, M. Gemahi, ce n'est pas ce que dit le procureur.
05:04Le procureur dit que l'enquête dit que des témoins, même les plus proches de Camélia, disent qu'elle n'a pas été harcélée,
05:09mais qu'elle s'est un peu enfermée dans son mensonge.
05:11Et peut-être que la difficulté, c'est que personne n'a vu sa souffrance, et notamment pas le proviseur.
05:15Mais le proviseur lui-même a reçu les élèves mis en cause, l'a reçu après, et a déterminé qu'il n'y a pas eu de harcèlement.
05:22Mais il n'a pas détecté sa détresse.
05:25Voilà, c'est ça.
05:27Alors qu'elle était en détresse.
05:30Parce qu'elle prenait un médicament, puisqu'elle allait voir les médecins.
05:35Donc la maman, elle a bien stipulé dans ses courriers que la petite, elle ne mangeait plus, qu'elle devenait anxieuse, qu'elle prenait un traitement.
05:43Donc tout ça, c'est un appel déjà à l'aide, dans un sens.
05:50Et après, on peut s'enfermer, peut-être nous, adultes, dans un mensonge, dans une tourmente, on va dire, entre guillemets.
06:00Mais pour une ado, on peut s'en sortir.
06:04Il y a des amis autour qui ont pu l'aider, parce qu'on a vu, après, le procureur, il nous a expliqué, il nous a envoyé tous les éléments.
06:11Et en fait, tout ce qui en sort, c'est vrai qu'il y a eu, bon, les faux comptes qui ont été créés par Camélia.
06:20Mais ça ne justifie pas, en fait, le passage après à l'acte.
06:25Là-dessus, comment vous voulez continuer votre combat, monsieur Djemay ?
06:29Vous êtes porté parti civile pour que la justice continue à travailler ?
06:35Tout à fait, exactement.
06:36À mon sens que, en fait, je pense que la justice n'a pas été assez loin.
06:42Elle n'a pas poussé plus les auditions.
06:45Parce que, pour passer à l'acte, déjà, c'est que vraiment, elle s'est sentie arrivée au bout du chemin.
06:56Elle-même.
06:57Donc, elle est sortie elle-même.
06:58Elle a envoyé des messages à la maman que tout le monde a vus.
07:02Mais à aucun moment, elle n'a cité.
07:05Enfin, moi, je ne me souviens pas de m'avoir dit un jour, j'en ai marre de la vie ou quelque chose comme ça.
07:10Au contraire, c'était quelqu'un de très vivant.
07:13Et comme il a dit, l'oncle Selim, lors de la marche, dans son discours,
07:17elle avait préparé sa liste d'invités pour son anniversaire.
07:21Le 23, c'était son 18e anniversaire.
07:24C'était son emploi qui a raconté tout ça.
07:26Tout à fait, exactement.
07:27C'était le tonton de Camélia.
07:30Qu'elle avait préparé tout ça.
07:32Qu'elle avait préparé un cursus d'études plus tard.
07:36Moi, de mon côté aussi, on l'avait échangé avec Camélia.
07:39Donc, elle devait venir sur la région de Bordeaux, chez moi, voir ses petites sœurs.
07:45C'était prévu qu'elle vous rencontre aussi son grand frère.
07:48Enfin, il n'y a aucun moment...
07:52Il y a eu des signes précurseurs de tout ça qu'elle nous a donné.
07:54Aujourd'hui, il va y avoir une enquête administrative commentée par l'éducation nationale
07:59pour savoir ce qui s'est passé à l'intérieur de l'établissement.
08:02Vous, le proviseur qui a reçu Camélia, vous le pointez du doigt ce matin ?
08:10Oui, je le pointe du doigt dans le sens où, déjà, c'est le responsable de l'établissement.
08:17C'est le plus grand responsable de l'établissement.
08:20Moi, j'ai plusieurs questions, déjà, à lui poser à ce monsieur-là.
08:24Déjà, comment il est venu à lui demander à la plaignante,
08:30que ce soit elle qui soit sanctionnée, alors que c'est elle qui se plaint.
08:35Donc, moi, je veux bien savoir, déjà, pourquoi, qu'est-ce qu'il s'est dit.
08:39Et, surtout, surtout, je souligne, comment elle s'est retrouvée toute seule en sortant du lycée ?
08:49C'est peut-être ça la leçon en tirée, parce que, finalement, quand il l'a convoquée
08:53et qu'il lui a dit qu'elle était peut-être responsable de ce qui lui arrivait,
08:57si sa maman avait été là, peut-être qu'elle aurait pu accuser le choc avec elle,
09:01et peut-être qu'effectivement, si elle avait menti, la maman lui aurait dit que ce n'était pas bien grave.
09:06Et c'était peut-être ça la leçon qu'il faut en tirer de toute cette histoire, monsieur Djemahi ?
09:10Voilà, en gros, voilà, tout à fait.
09:13Mais, surtout, pourquoi elle s'est retrouvée toute seule, dehors, en sortant du lycée ?
09:18Il n'y a personne qui l'a arrêtée.
09:20Quand on dépose nos enfants dans un établissement scolaire,
09:25ils n'ont pas à sortir tout seuls, ou il faut une autorisation d'un adulte, surtout qu'elle est mineure.
09:31Donc, comment elle s'est retrouvée toute seule ?
09:33C'est ça, le dysfonctionnement.
09:35C'est ça, voilà, le dysfonctionnement.
09:37Et est-ce que le système, le dispositif, quand la maman, elle a fait les courriers,
09:42parce que, voilà, mon ex-belle-famille, en fait, mon ex-femme,
09:45donc elle a fait nécessaire, ils ont tout fait, on a tout regardé,
09:48et elle a fait tout ce qu'il fallait faire.
09:50Elle a suivi la procédure dans le calme, dans la sérénité.
09:53Mais, à mon sens, ça n'a pas été pris au sérieux, et je le répète, ça n'a pas été pris au sérieux.
10:00Donc, il y a eu des convocations, il y a eu, peut-être, je pense qu'il y a aussi une petite omerta,
10:06il y a beaucoup de silence, il y a beaucoup de lundi, j'ai senti hier, dans les dépositions que je lisais,
10:13il y avait beaucoup de lundi, il y a beaucoup de gens qui se rétractent,
10:17oui, c'est comme ça, mais non, tout compte fait, ce n'est pas ça.
10:20En entendant ça, et donc vous avez besoin, ce matin, d'avoir plus de réponses à vos questions,
10:25après la disparition de votre petite fille.
10:27Merci, M. Djemaï, d'avoir été en ligne avec nous, donc, de Pessac,
10:29aux côtés de Philippe Demaria, qui a assuré la liaison technique pour RTL.
10:33Merci.
10:34Merci, Marc-Olivier.
10:35Merci.
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