00:00Bonsoir Général Jean-Paul Paloméros, vous êtes ancien commandant suprême de l'OTAN pour la transformation,
00:07ancien chef d'état-major de l'armée de l'air, j'imagine que vous observez avec énormément d'attention
00:12ce qui est en train de se produire, se dérouler sous nos yeux, on a si je le disais un changement clair et rapide,
00:19assez inédit de l'ordre mondial, globalement quel est votre regard sur ces bouleversements mon général ?
00:26Il y a une accélération des choses, alors il y avait des prémices, on sentait que les organisations internationales,
00:34on pense en premier lieu aux Nations Unies, étaient dévalorisées, démonétisées en quelque sorte,
00:39et qui plus est depuis l'agression russe contre l'Ukraine, ça c'était un premier élément,
00:44on a vu des tas de traités qui étaient là pour peut-être essayer de limiter justement les risques,
00:50que ça sortait de la guerre froide, foulée aux pieds, et on oublie en quelque sorte les leçons de cet après-guerre,
00:58c'est ça qui... et puis il y a des éléments factuels comme la technologie qui sert un peu d'égaliseur,
01:06qui donne aussi des chances à des pays aujourd'hui qui n'osaient peut-être pas se lancer dans des aventures
01:11pour reprendre des territoires.
01:13Il y a des tas de bonnes raisons aujourd'hui de se faire la guerre, entre guillemets.
01:17On peut avoir peur qu'effectivement l'avenir s'écrive toujours un peu, si vous m'excusez cette expression,
01:21en lettres de sang, et c'est ce qu'il faut éviter absolument.
01:25L'avenir en lettres de sang, vous, en tant que militaire professionnel, grand observateur de ces questions,
01:31est-ce que vous pensez qu'une guerre serait probable ?
01:35Parce que c'est vrai qu'on parle au français, on a peur, il y a eu cette déclaration qu'on a beaucoup commentée
01:39du général Fabien Mandon, évidemment.
01:43Est-ce que vous êtes sur cette ligne-là ? Il faudrait être prêt à perdre des enfants, avait-il dit.
01:51Il faut se préparer à faire la guerre dans tous les domaines.
01:57Ça commence évidemment par une mobilisation de la société.
02:02Nous sommes des démocraties, nous sommes une démocratie, et c'est ça.
02:05Je pense que l'enjeu, il faut qu'on poursuive sur cette voie qui est celle de la liberté, des valeurs, de nos valeurs,
02:14qu'on se batte pour nos valeurs, en respectant nos valeurs.
02:17Et ce n'est pas simple dans le monde complètement désorienté et dissymétrique, si je puis dire, qui existe aujourd'hui.
02:23Et c'est ça l'enjeu.
02:24Et pour ce faire, on a effectivement derrière nous quand même l'héritage, d'un côté évidemment de l'Alliance Atlantique,
02:33et on en reparlera sans doute.
02:34Oui, bien sûr.
02:34De l'autre côté, quand même, une Union européenne qui, sans être parfaite, a quand même garanti quelque part une prospérité commune autour de valeurs communes globalement.
02:44Et ça serait dommage de gâcher tout ça et de ne pas se souvenir de ce bel héritage qui n'est pas un acquis,
02:54qui est un héritage qu'il faut faire fructifier.
02:56Et c'est ça qu'il faut faire comprendre aux Français, aux Européens, c'est qu'il y a un prix à payer, le prix de la liberté en quelque sorte.
03:02Le prix de la liberté, je vous entendais parler de nos valeurs, certes, mais comment respecter nos valeurs d'Européens
03:09quand en face, on a certains États qui, eux, ne respectent pas forcément l'État de droit ?
03:16Si vous voulez, c'est évidemment, il y a un moment donné où ce sont les muscles, alors que ce soit des muscles guerriers ou des muscles économiques.
03:24Et là, dans le deuxième domaine, en tout cas, l'Europe a ce qu'il faut si elle reste solidaire.
03:31Et qu'elle arrive à solidariser avec elle d'autres pays, comme la Grande-Bretagne, qui, tout en étant sortie, s'est rapprochée quelque part ces derniers temps.
03:40On voit la coalition des volontaires pour l'Ukraine, on voit plutôt la réaction sur ce qui se passe au Groenland.
03:47On a la chance d'avoir la Grande-Bretagne qui est plutôt proche de nous, profitons-en, c'est des alliés qui sont précieux.
03:54Oui, mais ce n'est pas beaucoup. Justement, vous parlez de la coalition des volontaires en Ukraine, bon, il y a le président ukrainien, il y a Kerr Starmer, il y a Emmanuel Macron, c'est tout.
04:05Pas tout à fait, parce que les Allemands sont présents.
04:09Ils sont en train de faire un effort considérable, d'ailleurs.
04:12Oui, le réarmement, bien sûr.
04:13Alors, évidemment, la question est de savoir si ces efforts sont soutenus, et c'est un peu le débat, et on a entendu les discours de notre président de la République.
04:24Je crois que la société française, les sondages, ils veulent ce qu'ils veulent, mais est prête à entendre ce discours, non pas de guerre en tant que ça, mais de préparation à la guerre.
04:36Si tu veux la paix, prépare la guerre. C'est vrai, aujourd'hui, plus que jamais.
04:39Justement, on va écouter Emmanuel Macron sur cette fameuse phrase, c'était lors des voeux aux armées.
04:45Notre effort de défense va continuer, ici, comme dans les autres garnisons de France.
04:50Oui, il va continuer, parce que, comme je vous l'annonçais le 13 juillet dernier, l'accélération des périls commande d'accélérer le réarmement de la France.
05:02Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant.
05:07Et pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort.
05:14Cela suppose que la nation consente à des efforts, à la mesure de notre rude époque.
05:19Votre réaction, mon général ?
05:22J'y étais, à ces voeux. Je crois que ce discours est légitime.
05:27Mais, évidemment, la difficulté, c'est, après, d'aller aux actes, parce qu'on sait que notre budget, malheureusement, d'abord, il n'est pas encore voté.
05:36J'avais prédit qu'on passerait par une voie plus directe. Je suis satisfait de voir que c'est la voie qu'on va prendre.
05:42Parce que, sinon, là, c'était la Qatar. Enfin, dans de nombreux domaines, mais en particulier pour la défense.
05:47Parce que, cette année...
05:49Vous avez des informations que je n'ai pas.
05:50Non, mais il y a un double.
05:51L'ordonnance au 49-3, c'est ça ?
05:53Moi, je lui ai dit 49-3, mais j'aurais pu dire...
05:55Mais peu importe. En tout cas, le fait que le gouvernement ait fait voter une motion, en quelque sorte,
06:03soutenant la défense un peu avant la fin de l'année,
06:05c'était quand même un signe que c'était quand même un des enjeux,
06:08c'est pas le seul, bien entendu, un des enjeux critiques de la construction budgétaire,
06:13qui prévoit, cette année, deux marches.
06:15Ils ont appelé ça une surmarche. Peu importe.
06:18Mais en tout cas, si on regarde bien l'augmentation par rapport au budget précédent,
06:24c'est quand même plus de 6 milliards.
06:27Alors, on n'est pas prêt de les avoir en caisse d'un côté,
06:31et d'autre part, de les avoir dépensés.
06:33Il y a toujours la magie de la gestion financière
06:36à laquelle j'étais lourdement confronté quand j'étais chef d'état-major,
06:40et même avant, je connais les tours de passe-passe qu'on peut faire.
06:44Mais enfin, le signe est là, quand même.
06:46Et le président demande beaucoup, et en particulier à l'industrie.
06:50Là, il a été très ferme.
06:52L'industrie fait ce qu'elle peut, encore faut-il qu'on lui passe des commandes.
06:55Il faut quand même être juste.
06:59Notre industrie, elle est très bonne, elle fonctionne.
07:02Voilà, il faut que les deux parties s'accordent
07:05sur des objectifs clairs, ambitieux, mais concrets.
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