00:00Europe 1 Soir, 19h21, Pierre de Villeneuve.
00:04Voilà, j'ai donné l'ordre au porte-avions Charles de Gaulle à ses moyens aériens à son escorte de
00:08frégates de faire route vers la Méditerranée.
00:10C'est l'informe, une des informations principales de cette allocution.
00:13Emmanuel Macron, qui, on va l'écouter, appelle également à la reprise des discussions.
00:17Une nouvelle situation est en train d'apparaître.
00:19Les frappes devraient continuer dans les prochains jours pour affaiblir l'Iran et détruire ses capacités de riposte.
00:26Et en représailles, les frappes de l'Iran dans toute la région devraient alors se poursuivre dans ce contexte.
00:31Avec l'Allemagne et le Royaume-Uni, nous avons clairement dit qu'un arrêt au plus vite des frappes est
00:36souhaitable.
00:37Et qu'une paix durable dans la région ne se fera que par la reprise de négociations diplomatiques.
00:42Est-ce que ce n'est pas un peu tôt de lancer cette idée d'arrêter les frappes alors que
00:47le président américain Donald Trump a dit qu'il y en avait pour 3, 4, peut-être 5 semaines
00:52et de toute façon il y avait suffisamment de munitions pour qu'on continuait au-delà de ce délai ?
00:58Israël étant en pleine prise des derniers bastions du Hezbollah dans le sud-Liban, c'est assez disruptif, j'allais
01:06dire, à appeler à la fin des combats, Alexis de La Fontaine.
01:09Oui, et en même temps ce qui est surprenant c'est que le président annonce également la création d'une
01:13coalition,
01:14enfin la volonté au moins de créer une coalition pour reprendre le détroit d'Hormuz aux Iraniens.
01:18Donc on imagine bien qu'ils vont aussi reprendre le détroit d'Hormuz par la force et donc là aussi
01:22ça va engendrer de nouveaux conflits avec l'Iran
01:25et une escalade aussi sur ce niveau-là.
01:27Donc appeler à la fin des frappes et en même temps appeler à la création d'une coalition pour faire
01:30la guerre à l'Iran, c'est un peu là aussi contradictoire.
01:33Est-ce que c'est antinomique, Philippe Etienne ?
01:36Dans l'appel à renouer la négociation, il y a pas seulement l'historique que je mentionnais, mais aussi la
01:47prise en compte sans doute des conséquences de la poursuite de cette guerre.
01:52Conséquences humanitaires bien sûr, mais aussi économiques.
01:58Le président de la République a évoqué les conséquences, notamment sur le prix de l'énergie.
02:04Donc c'est toute cette série de conséquences qu'il faut aussi prendre en compte, plus l'incertitude sur ce
02:11à quoi aboutira cette guerre.
02:12Mais sur le fait de demander l'arrêt des frappes comme si l'on pouvait les arrêter demain ou après
02:19-demain ou à la fin de la semaine,
02:21c'est pas forcément d'abord... Personne n'a l'idée que ça puisse s'arrêter comme ça tout de
02:26suite ?
02:28On ne sait pas en fait. On ne sait pas parce que c'est une décision qui n'appartient pas
02:33à la France, qui appartient d'abord aux Etats-Unis.
02:35Mais effectivement, compte tenu de ce qu'a dit le président américain, c'est improbable.
02:39Il a parlé de 3 à 4 semaines. Il a même évoqué ce qui paraît très contradictoire avec sa promesse
02:47de ne pas lancer de nouvelles aventures militaires à l'étranger.
02:52Peut-être, pourquoi pas au sol ? Donc on ne sait pas trop en fait ce que le président Trump
02:57va décider.
02:58En tout cas, vu l'intensité des combats, on a du mal à croire à Alexandre.
03:01On a du mal à l'imaginer, c'est vrai, mais bon, il y a toujours cette incertitude.
03:05Alexandre Malafaille.
03:06Là, on est quand même tenté de penser qu'ils vont essayer d'aller au bout, ou en tout cas
03:10le plus loin possible,
03:12à défaut de faire tomber le régime, de mettre le pays à genoux, malheureusement pour les Iraniens,
03:17mais pour finalement faire petit à petit que cette stratégie de destruction lente mais engagée depuis la guerre des 12
03:23jours
03:23finisse par faire en sorte que le régime finisse par tomber de lui-même un moment ou un autre,
03:27ou parce qu'il y aura le mouvement intérieur qui aura fait qu'eux.
03:29Et c'est vrai qu'après, on peut toujours appeler à l'arrêt des frappes.
03:32Et je crois qu'à un moment donné, il faut avoir raison gardée, il faut peut-être laisser l'action
03:38se mener.
03:38Alors après, il y a une grammaire, vous la connaissez mieux que moi, monsieur l'ambassadeur,
03:41les messages envoyés par certaines frappes de la part des Iraniens.
03:46Notamment quand ils frappent sur des installations gazières ou pétrolières, il faut décrypter ça.
03:52Parce qu'on savait, a priori, que l'Iran avait une capacité de résilience extrêmement préparée,
03:59forte, avec différents degrés de préparation pour assumer ce type d'attaque.
04:04Donc ils ont une capacité, et ils le montrent, y compris avec ce qu'ils ont fait à Chypre,
04:07à envoyer des messages très forts pour dire, on va prolonger la région dans le chaos, on ne plaisante pas.
04:12Donc c'est ça où après, il faut se poser la question du jusqu'où on va,
04:15parce que peut-être que ça peut finir par coûter en effet particulièrement cher.
04:19C'est tout à fait la stratégie du régime iranien, vous avez absolument raison.
04:22Un dernier point peut-être, si vous le permettez, concernant cet appel à la diplomatie,
04:28il ne faut pas oublier, outre la responsabilité propre dans ces affaires nucléaires iraniennes
04:32des trois pays européens, Royaume-Uni, Allemagne, France, je répète,
04:37la France est membre permanent du Conseil de sécurité.
04:39Nous sommes, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies,
04:43nous avons un certain devoir aussi vis-à-vis de la sécurité internationale.
04:47Nous sommes dans notre rôle aussi, d'appeler à que des discussions reprennent.
04:52C'est aussi notre rôle.
04:55C'est-à-dire qu'on met entre parenthèses le timing, on verra combien de temps ça dure,
04:59mais en tout cas on est dans un rôle où on souhaite, en fait c'est plus un souhait, un
05:03vœu,
05:04que ces combats cessent au plus vite.
05:06C'est une responsabilité, je crois.
05:08C'est pas forcément contre le timing du président américain et du premier ministre israélien.
05:13Et pour reprendre ce que vous disiez sur les États-Unis, je n'imagine pas qu'il n'y ait
05:16pas eu,
05:17par rapport à ce qu'a dit le président sur le fait qu'on ait détruit des drones dans le
05:20ciel,
05:21il y a évidemment, forcément, j'imagine, des coordinations, on ne peut pas lancer des opérations comme ça.
05:28Donc les Américains d'ailleurs savent la valeur, moi je l'ai vu comme ambassadeur,
05:32la valeur de notre armée, nos forces armées sont appréciées aux États-Unis.
05:37Et d'ailleurs hier ou avant-hier, le président Trump, en critiquant le premier ministre britannique
05:41à cause du refus de celui-ci au début d'utiliser la base de Diego Garcia,
05:48a eu des paroles plutôt positives sur l'Allemagne et la France.
05:51Donc voilà, je pense qu'il y a aussi ce rôle, chacun est dans son rôle.
05:55Oui, puis on sait faire la guerre ensemble, si je puis dire, on sait mener des opérations interarmées
05:58dans le cadre de l'OTAN, ou ailleurs on a une véritable interopérabilité,
06:01donc on peut jouer la partie ensemble.
06:03Alors justement, sur l'envoi du porte-avions, écoutez Emmanuel Macron.
06:07Face à cette situation instable, aux incertitudes des jours à venir,
06:11j'ai donné ordre que le porte-avions Charles de Gaulle, ses moyens aériens,
06:16son escorte de frégates, fassent route vers la Méditerranée.
06:19Mes chers compatriotes, je voulais ce soir vous rendre compte de la situation et de nos actions.
06:25Beaucoup de choses sont encore instables.
06:27Mais la France demeure une puissance qui protège les siens,
06:31une puissance attachée à la paix, fiable, prévisible et déterminée.
06:36Alors justement, pendant que vous écoutiez Emmanuel Macron, nous ici dans ce studio,
06:42on se demandait combien de temps allait mettre le porte-avions pour arriver.
06:45Il est où actuellement ?
06:46Il était stationné à Malmö pour une mission en mer Baltique,
06:50qui devait commencer la semaine dernière.
06:55Et donc le temps de faire route, parce que c'est un long chemin,
06:58il va au maximum à 45 nœuds,
06:59il ne sera pas en Méditerranée orientale avant deux semaines.
07:04Et puis l'escadre qui suit, c'est-à-dire que la formation de l'escadre...
07:07Ça veut quand même dire qu'on n'a pas du tout été prévenu de quoi que ce soit depuis
07:10un long moment.
07:11C'est vrai que cela dit, on était un peu focalisé sur le Groenland.
07:13Non mais là pour le coup, ça corrobore ce que disait le président en disant
07:16la France ni prévenue ni impliquée.
07:18Bon là en l'occurrence, elle est impliquée puisqu'on envoie le porte-avions.
07:21Et non, je voulais juste revenir sur ce que vous disiez sur Emmanuel Macron
07:24qui demandait la fin des frappes.
07:25Moi j'ai l'impression qu'il s'adressait plus à la situation entre le Liban et Israël
07:31parce qu'il ne voulait pas que ça s'envenime sur ce côté-là du Moyen-Orient
07:35parce qu'il a dit, le Hezbollah fait une faute majeure en attaquant Israël
07:40et il a appelé Israël à respecter le territoire libanais
07:42et son intégrité.
07:43Et je pense que sa crainte réelle, ça s'envenime dans cette région-là.
07:46Et le Hezbollah qui est lâché par les autorités libanais.
07:48Vous avez raison, c'est un accent particulier dans le discours du président sur le Liban.
07:52D'abord, le Liban est traditionnellement suivi par la France et sa diplomatie.
07:57Et lors de l'épisode précédent, la France et les Etats-Unis avaient négocié un cessez-le-feu.
08:03Et donc, c'est évidemment très important pour nous, comme pays, comme France,
08:07que le Liban soit protégé autant que possible.
08:11Alors qu'on avait un gouvernement libanais qui commençait à contrôler un peu mieux,
08:16à travers le monopole de son armée, le Hezbollah.
08:20Le Liban a lâché le Hezbollah.
08:22Et d'ailleurs, l'armée libanaise s'est retirée du Sud-Liban
08:26pour permettre justement l'arrivée des forces israéliennes.
08:29Mais l'influence de la France est beaucoup plus forte au Liban.
08:31Et notamment sur la fin des frappes.
08:33Et là, on va dire un apaisement du conflit au Liban,
08:36plutôt qu'en Iran, où là, vraiment, la situation n'est pas entre nos mains.
08:39Et c'est les Etats-Unis et Israël qui ont toutes les cartes.
08:42Alors que dans le Liban, on a beaucoup plus d'impact.
08:44Oui, oui, tout à fait, vous avez raison.
08:46Je pense que l'appel du président s'adressait,
08:48concernait l'ensemble du conflit.
08:49Mais au Liban, en particulier, nous avons un rôle en particulier.
08:51Surtout qu'il y a une crainte d'un envahissement terrestre d'Israël au Liban.
08:56Le recours au Charles de Gaulle, qui, sans être là pendant au moins deux semaines,
09:01porte une signification.
09:02C'est-à-dire que le Charles de Gaulle, même en étant absent,
09:04porte un message diplomatique.
09:06Et là, je m'adresse aux diplomates qui...
09:07Non, mais je pense qu'on n'est pas là.
09:09On a tous vu l'arrivée, si je puis dire,
09:13que Charles de Gaulle, dans le discours du président,
09:16à la fin, c'est un message.
09:18C'est la carte de test.
09:19C'est un message politique.
09:20C'est un message...
09:21C'est l'as de pique.
09:22...qui complète tout ce qu'on fait déjà.
09:25Les avions qui protègent nos emprises militaires,
09:29la protection de nos alliés,
09:30c'est la projection de notre rôle,
09:33qui est aussi un rôle de puissance.
09:35Sur l'arrêt des frappes, il me semble qu'il en a parlé à deux reprises
09:37au début du président, au démarrage de son intervention,
09:40par rapport à ce qui se passe dans le Golfe,
09:41mais aussi, et vous avez raison, sur ce qui est en train de se mettre en place
09:44avec le Liban,
09:45et ce qui est profondément dommageable, ça c'est sûr,
09:47parce que pour une fois, le Liban avait l'occasion de redémarrer quelque chose.
09:50On verra combien de temps ça dure.
09:52Mais moi, ce qui me confirme, en tout cas,
09:54c'est que ce Hezbollah est un mouvement profondément nuisible.
09:59Et que là encore...
10:00Vous le découvrez, Alexandre ?
10:01Non, non, non, mais ça le confirme à un point que, quelque part,
10:04je peux dire que ça justifie aussi qu'on ne fasse pas de cadeaux
10:07à des organisations comme celles-là.
10:08On ne sait pas comment s'en débarrasser,
10:09on ne coupera jamais l'intégralité de la tête du serpent.
10:11Ça repousse toujours.
10:12Mais il faut leur faire une chasse sans pitié,
10:14parce qu'on voit le caractère vraiment destructeur.
10:17En l'occurrence, là, ils sont utilisés, instrumentagés.
10:19Ils repartent au combat,
10:21et on voit les conséquences que ça en prend.
10:22Mais la branche politique du Hezbollah
10:24a encore deux postes au gouvernement libanais.
10:25Ils ont encore deux postes.
10:26C'est le point de l'Iban.
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