00:00Emmanuel Macron qui s'est exprimé déjà hier, c'était, souvenez-vous, sur le site de l'île longue qui
00:06abrite les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins,
00:09la fameuse dissuasion, dissuasion que le président veut faire évoluer en dissuasion avancée. Écoutez Emmanuel Macron.
00:18Nous avons renforcé nos coopérations nucléaires bilatérales, affirmé notre solidarité commune avec les Européens
00:25et ouvert la possibilité d'une coordination de nos dissuasions respectives.
00:30Notre ambition doit être plus grande, car c'est la sécurité du continent, la nôtre, qui est en jeu pour
00:35l'avenir.
00:36Des contacts ont été pris avec un premier groupe d'alliés, à commencer, bien entendu, par notre partenaire essentiel, l
00:42'Allemagne.
00:43Ils ont répondu favorablement à l'offre de la France. Nous entrons sur le chemin de ce que j'appellerais
00:49la dissuasion avancée.
00:51Il n'y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre.
00:58Alors, on entend bien ces derniers mots, Philippe Etienne, c'est-à-dire le président français aura toujours, lui seul,
01:06le doigt sur le bouton nucléaire.
01:08On entend bien que la force est plus grande quand on est plusieurs que quand on est seul, surtout avec
01:14le retour des impérialismes.
01:15Mais quand bien même cette dissuasion avancée, évoluée, partagée, appelez ça comme vous voulez,
01:22est-ce que ce n'est pas le coup de l'entrebaillement de la porte, où effectivement, après, on aura
01:27des invités européens
01:29qui voudront se servir chez nous sur cette dissuasion qui représente encore ce trésor,
01:35ce joyau national, militaire qu'a voulu le président de Gaulle, et qui a été ensuite suivi par les autres
01:42présidents ?
01:42Est-ce qu'il n'y a pas un risque, quand même ?
01:44Alors, moi, je pense que, paradoxalement, le risque serait peut-être à l'inverse.
01:51D'abord, Emmanuel Macron n'est pas le premier président français, tous ses prédécesseurs l'ont fait,
01:57pour dire que les intérêts vitaux de la France n'épousent pas le tracé des frontières,
02:02comme il l'a dit à la base de l'île longue.
02:05Il y a eu différentes formules utilisées par tous ses prédécesseurs sur la dimension européenne de nos intérêts vitaux.
02:10C'est une évidence, c'est une évidence.
02:13Mais il n'y a jamais eu d'invitation de huit pays européens ?
02:15L'invitation à ouvrir à ce dialogue stratégique a été faite en 2020, lors de son premier discours de doctrine,
02:23par Emmanuel Macron, ça c'est vrai.
02:25Et aujourd'hui, à cause de l'évolution internationale, il y a maintenant, évidemment, un intérêt du côté de plusieurs
02:32partenaires, dont l'Allemagne.
02:33Mais ce que je voudrais quand même rappeler, c'est qu'il y a une autre puissance nucléaire européenne, le
02:38Royaume-Uni,
02:39et que, et je le sais parce que moi j'ai été amené à gérer ces relations franco-britanniques,
02:43d'ailleurs dans une époque difficile, celle du Brexit, nous avons des accords très importants avec le Royaume-Uni,
02:50notamment les accords de Lancaster House de 2010 et puis le...
02:53Qui lui-même a des accords avec les Américains ?
02:55Oui, certes, mais ce que je veux dire, c'est que le paysage européen est fait de deux puissances nucléaires.
03:00Une, que le général de Gaulle, la France, que le général de Gaulle a voulu totalement indépendante,
03:04une davantage liée aux Etats-Unis, le Royaume-Uni.
03:07Et puis il y a les autres pays qui sont sous le parapluie américain,
03:11et je crois que le président de la République l'a dit très clairement,
03:15non seulement la décision reste nationale, reste française pour notre force de dissuasion,
03:19mais il ne s'agit pas de remplacer les Etats-Unis.
03:23C'est complémentaire et ça améliore la sécurité de tous les Européens par rapport à des ennemis potentiels,
03:31parce que ça crée plus d'incertitudes d'avoir notre dissuasion.
03:34Maintenant, pour répondre à votre question, ce qui est nouveau aujourd'hui,
03:38c'est avec le danger croissant, la conflictualité croissante,
03:45c'est que notre dissuasion nucléaire, elle ne soit pas assez entourée de forces conventionnelles.
03:52On a besoin pour ne pas tout de suite...
03:55Mais ça veut dire que c'est une monnaie d'échange,
03:57c'est-à-dire qu'on vous donne un peu de dissuasion, en tout cas sous notre contrôle,
04:00et en échange vous donnez des forces conventionnelles,
04:02qui nous manquent, nous en France.
04:04C'est pas seulement en France qu'on manque de...
04:06Il y a beaucoup en France, c'est-à-dire qu'on a des M51, mais on n'a pas
04:09des drones...
04:10Je crois qu'il faut tout simplement entrer un peu dans, pas la technique,
04:14mais voir à quoi, de quoi on a besoin,
04:17et quelles sont les capacités qui manquent aux Européens,
04:19et qu'il faut que les Européens se dotent ensemble de ces capacités.
04:23Il y a par exemple la capacité de pouvoir déceler 13, le plus tôt possible,
04:29le lancement d'une frappe nucléaire.
04:31Il faut pouvoir, avec des forces aériennes,
04:36avoir une force aérienne élargie qui puisse aller au-devant de ces menaces.
04:41Il faut aussi pouvoir frapper dans la profondeur,
04:45c'est ce qu'on a vu aussi avec le conflit ukrainien,
04:47en force conventionnelle toujours.
04:49Tout ça pour qu'on n'ait pas à se poser la question
04:53du déclenchement de ce qui est une dissuasion,
04:56tout en fait.
04:57Et là, c'est ce que le président Macron appelait les épaulements conventionnels,
05:03et là nous avons évidemment à faire des choses ensemble.
05:06Et par ailleurs, ce que le président de la République a dit très clairement,
05:11il a défini quelle serait la participation des autres pays
05:15qui seraient intéressés à nos exercices nucléaires, par exemple,
05:20un accompagnement conventionnel.
05:22Donc tout ça, il faut le voir dans les détails.
05:26Il n'y a pas de danger pour vous.
05:27Il faut lire l'ensemble du discours.
05:29Il faut voir qu'on s'inscrit dans un moment où la Chine développe
05:33de manière extrêmement rapide son arsenal nucléaire,
05:36où la Russie, pendant la guerre en Ukraine,
05:38a modifié sa doctrine nucléaire,
05:42où il n'y a plus aucun accord de maîtrise des armements.
05:45Tout a été détruit,
05:47tous les accords qui existaient entre les États-Unis et l'Union soviétique,
05:50qui d'ailleurs avaient été faits au-dessus des Européens.
05:52Donc il faut quand même que là aussi,
05:54on s'organise un peu en Européen,
05:56sans changer le caractère purement national
05:59de la décision sur l'utilisation de cette dissuasion nucléaire.
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