00:00Europe 1 Soir, 19h, 21h, Pierre de Villeneuve.
00:03Sur Europe 1 avec Gilles William Goldnadel, avec Jules Torres du JDD,
00:07avec notre invité Philippe Etienne, ancien conseiller diplomatique,
00:11ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis.
00:13Et je vous recommande son livre, qui sont un peu ses mémoires,
00:16le Sherpa, mémoire d'un diplomate aux avant-postes de l'histoire.
00:19C'est chez Talandier.
00:21On parlait à l'instant de la sécurisation de plusieurs bases françaises au Moyen-Orient.
00:27C'est le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud,
00:30qui a apporté des précisions ce matin.
00:32Ces Rafales et leurs pilotes sont mobilisés pour assurer la sécurité de notre emprise.
00:39Vous n'infirmez pas le fait qu'ils soient intervenus ce week-end ?
00:43Ils ont conduit leurs opérations de sécurisation du ciel au-dessus de nos bases.
00:49On reconnaît la prudence, j'allais dire presque diplomatique, de Jean-Noël Barraud sur le sujet.
00:56Qu'est-ce que vous attendez de l'allocution présidentielle ce soir, Philippe-Étienne ?
01:01Qu'est-ce que le président de la République français,
01:04qui, je ne veux pas dire qu'il est absent de ce conflit,
01:08mais enfin il avait quand même commencé en disant que la France n'était ni prévenue ni impliquée,
01:13qu'est-ce qu'on peut attendre d'Emmanuel Macron ce soir ?
01:16D'abord, je pense que c'est assez normal que le chef de l'État,
01:21dans cette situation internationale, dans cette situation de guerre,
01:24s'adresse aux Français.
01:27Ensuite, s'il le fait, c'est d'autant plus important qu'il y a,
01:31même si nous ne sommes pas directement impliqués au début,
01:35nous supportons beaucoup de conséquences.
01:37Et donc, j'imagine qu'il va donner des...
01:41Il va expliquer la situation.
01:42Vous parlez des conséquences dans les pays du Golfe ou à l'intérieur en France ?
01:48Je pense aux conséquences qui sont multiples pour notre pays.
01:51Donc je pense qu'il va vouloir expliquer la situation.
01:54Quelles conséquences, précisément, monsieur l'ambassadeur ?
01:56Il y a des conséquences pour la sécurité nationale de la France,
02:00à l'intérieur du territoire comme à l'extérieur,
02:02avec ces emprises militaires dont nous venons de parler.
02:05Il y a des conséquences pour nos alliés, on en a parlé aussi.
02:09Il y a des conséquences pour tous les Français résidents ou visiteurs
02:14qui sont pour l'instant piégés dans cette région
02:17et qu'on essaye d'aider à revenir en France.
02:21Et puis, il y a des conséquences économiques quand même très importantes,
02:24à la fois sur le prix de l'énergie, notamment le prix du gaz,
02:27à la suite de l'arrêt par le Qatar de sa production.
02:30C'est le gaz qui a beaucoup augmenté.
02:32Et puis, des conséquences logistiques,
02:35avec la fermeture de voies de circulation maritime,
02:39la fermeture de voies de circulation aérienne aussi.
02:42Ces pays sont quand même dans le Golfe.
02:44C'est le hub entre l'Europe et le Sud-Est Asiatique.
02:47Est-ce que vous diriez qu'il y a des conséquences ou des menaces
02:50sur la sécurité intérieure en France ?
02:52On connaît quand même l'historique de ce régime en matière de terrorisme.
03:00On a même eu des tentatives d'attentats sur le territoire français
03:04qui ont été déjouées.
03:05Je me souviens, lorsque j'étais à Paris,
03:09la tentative d'attentat à Villepinte,
03:11mais il y en a eu d'autres et partout dans le monde.
03:13Donc, bien sûr qu'il faut être attentif à cet aspect,
03:17et notamment pour la protection de nos compatriotes juifs,
03:22mais plus généralement.
03:23Donc, ça fait beaucoup de choses et beaucoup d'enjeux, je pense,
03:26et il n'est pas totalement anormal dans ces conditions
03:29que le président de la République s'exprime.
03:31Il y a eu égard aux exemples que vous venez de donner,
03:33que ce soit l'attentat du Dracar en 1982,
03:37que ce soit l'attentat de Villepinte en 2018,
03:40que ce soit même, même si c'est une affaire qui n'est pas encore résolue,
03:42l'affaire Marco Polo,
03:43où on sait qu'il y avait des projets d'action violente
03:46contre notamment des membres de la communauté juive
03:49pilotés par Téhéran,
03:51eu égard au fait que la France a quand même, mine de rien,
03:53une sorte de dette vis-à-vis du peuple iranien,
03:55puisqu'on a accueilli sans aucun problème l'ayatollah Khomeini,
03:59qu'on l'a ensuite envoyé en Iran avec un avion Air France.
04:02Au vu de cette dette-là,
04:03est-ce que la France n'est pas un petit peu en train de rater la marge de l'histoire,
04:07de rater l'histoire en ne participant pas plus que ça,
04:10à ce qui pourrait être quand même,
04:12même si évidemment c'est un gros pari de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou,
04:15de renverser ce régime des mollas ?
04:17Philippe Etienne.
04:18Mais vous avez vous-même,
04:20avec le même si, introduit un élément de réponse.
04:25La question...
04:25C'est sa spécialité, elle n'a pas la réponse.
04:27Non mais...
04:28C'est la spécialité de Torres.
04:30Je rebondis là-dessus,
04:31et je vous en remercie d'ailleurs,
04:32parce qu'il y a quand même deux questions qui se posent.
04:35Quel est l'objectif véritable ?
04:36Est-ce qu'il est exactement le même pour Israël,
04:39qui a un intérêt évident à ce que ce régime disparaisse,
04:42puisque ce régime proclame depuis qu'il existe,
04:45l'objectif de détruire Israël ?
04:47Et des États-Unis, est-ce que c'est exactement le même ?
04:50Comme on le disait tout à l'heure,
04:51il y a eu des petites variations.
04:52Du côté américain.
04:54Donc, il faudrait déjà savoir quel est l'objectif.
04:57Et puis, ensuite, il faut quand même aussi réfléchir
04:59au résultat final.
05:01Parce que, moi je vois au moins,
05:03vous me direz si je me trompe,
05:05mais je vois toute une série de résultats possibles.
05:07Le premier, qui serait évidemment,
05:10pas ce que cherchent les Israéliens ou les Américains,
05:14qui serait la survie du régime.
05:15Il faut savoir que, pour moi, le régime iranien,
05:18son objectif, c'est de se survivre.
05:19C'est ça, le principal objectif.
05:21Tel qu'il est aujourd'hui,
05:23on peut imaginer des formules, entre guillemets,
05:25dégradées, qui seraient quand même meilleures, évidemment.
05:27Qui serait qu'une partie du régime change de politique,
05:31tout simplement, pour préserver ses intérêts,
05:33y compris économiques.
05:34On peut espérer, bien sûr, un changement de régime,
05:37qui permette au peuple iranien,
05:40enfin, vous avez raison,
05:42de choisir librement ses dirigeants.
05:45Et puis, malheureusement, il y a aussi des scénarios
05:47où rien de tout ça ne se passe.
05:49Et où, comme on l'a vu,
05:51après d'autres interventions militaires,
05:53y compris certaines auxquelles la France a participé,
05:55je pense à la Libye,
05:56eh bien, on a une situation de chaos,
05:58de guerre civile.
06:00D'où émergent des forces
06:03qui ne sont pas non plus très positives.
06:06Donc, moi, je ne sais pas exactement
06:08qu'est-ce qui va se passer.
06:10Je partage le même espoir que vous.
06:12Et le peuple iranien, on doit l'aider, évidemment.
06:14Vous ne savez pas, Philippe Etienne,
06:15mais vous avez une cartographie parfaite
06:18de ce qu'est l'Iran aujourd'hui,
06:20qui est une mosaïque culturelle, religieuse,
06:23avec énormément de partitions dans ce pays-là.
06:26Vous parliez de Kadhafi et de la Libye.
06:29Ce n'est pas exactement la même chose ?
06:31Non, non, c'est très différent.
06:32Tripoli, Kadhafi avait dit
06:34« Si vous me décapitez, vous aurez Daesh ».
06:37Bon, ben, c'est quand même...
06:38On l'a eu en Irak.
06:41Ah non, mais je ne suis pas complètement d'accord avec vous, Pierre.
06:43Il y a eu des forces...
06:44Je ne suis pas complètement d'accord avec vous.
06:46Daesh, c'est en Irak, vous avez raison.
06:48Mais l'Irak aussi, c'est une leçon.
06:49Mais moi, j'ai vécu, quand j'étais à l'Elysée,
06:52j'ai travaillé beaucoup sur le dossier libyen.
06:55Et encore une fois, la France a participé
06:57au démarrage de cette opération.
06:59Bien sûr.
07:00Là, pour le coup, totalement impliqué
07:02avec le Charles de Gaulle au large de Tripoli.
07:05On peut être fier qu'à l'époque,
07:06on a empêché le dictateur Kadhafi
07:09de massacrer sa population.
07:10Mais le résultat, il n'y a pas eu...
07:12Daesh n'est pas apparu en Libye, vous avez raison.
07:14Mais les groupes terroristes, notamment au Sahel,
07:17ont totalement profité du chaos en Libye.
07:20Joli Willem Goldadel.
07:21Monsieur l'ambassadeur, que vous pensiez
07:23que les buts de l'opération dont s'agit
07:27ne sont pas tout à fait clairs ?
07:29Je vous l'accorde.
07:31Mais la première allocution de M. Macron
07:36était quand même très négative.
07:38sans vouloir tout de suite qu'il se joigne
07:41à la coalition, il était très négatif.
07:45Il expliquait, je le crains sérieusement,
07:48qu'il eût mieux fallu négocier de bonne foi
07:54avec les Iraniens.
07:55Le concept de bonne foi de M. Khamenei,
08:00bien que ce soit un homme de foi,
08:02m'a toujours un peu échappé.
08:04est-ce que d'avoir été aussi négatif
08:07la veille de, finalement, la fin de M. Khamenei
08:12n'est quand même pas un tout petit peu déplorable ?
08:16En tout cas, il y avait une négociation.
08:19Il faut savoir que la négociation sur l'aspect nucléaire
08:24pour empêcher l'Iran d'avoir la bombe nucléaire,
08:26c'était quand même l'objectif qu'on partageait tous.
08:28Pas seulement avec les Américains,
08:30d'ailleurs même à l'époque avec les Russes et les Chinois.
08:32Et cette négociation, elle avait été commencée
08:34par les trois Européens, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France.
08:37Donc, je ne peux pas vous dire pourquoi
08:40ce qui s'est passé exactement,
08:42pourquoi, par exemple, les Américains
08:44n'ont pas forcément demandé la participation des pays européens,
08:47peut-être parce qu'ils pensaient qu'on n'accepterait pas,
08:50c'est possible.
08:50Mais en tout cas...
08:52En tout cas, je voyais mal Donald Trump demander l'aide de la France,
08:54vu la relation cordiale qu'il y a entre Donald Trump et Emmanuel Macron.
08:59Mais moi, dans un autre domaine,
09:02je ne dis pas que nous aurions participé,
09:05parce qu'il se pose toute la question que j'ai posée tout à l'heure,
09:09mais je vous signale quand même que nous avons lancé,
09:13alors c'était beaucoup plus ciblé,
09:14mais j'ai moi-même participé à l'époque, c'était en 2018,
09:18à ce processus, une opération militaire avec les Américains,
09:21tout Donald Trump...
09:24Ah si, les relations entre Emmanuel Macron et le président américain
09:29ne sont pas les mêmes aujourd'hui.
09:30Bien sûr que c'est une autre époque,
09:31mais enfin, c'est le même Donald Trump,
09:33c'est le même Emmanuel Macron.
09:34Oui, les relations ne sont pas les mêmes.
09:36Vous avez vu comme Emmanuel Macron est moqué par Donald Trump systématiquement.
09:39Ce n'est pas les deux mêmes.
09:40Ça n'est pas... Comment ?
09:41On a un Donald Trump qui a été réélu,
09:43et qui a un petit peu le vent en poupe,
09:44et on a un Emmanuel Macron,
09:45qui n'est plus dans sa fringante jeunesse,
09:48si je puis dire, de 2018,
09:49quand il venait d'être élu,
09:51et qui est, en fin de pouvoir, un président,
09:53le conseiller comme Philippe Thiel.
09:55Messieurs, oui, alors merci d'avoir souligné ce point,
09:58mais ceci étant, messieurs,
09:59je suis beaucoup moins radical que vous,
10:03je ne crois pas qu'il y ait eu une situation
10:05complètement différente au début,
10:07et complètement différente maintenant.
10:09J'ai vécu la personnalité de Donald Trump
10:12quand il était président la première fois,
10:14depuis l'Elysée,
10:15et puis ensuite à Washington,
10:16où j'étais ambassadeur.
10:18Les traits de son caractère n'ont pas changé,
10:20et à l'époque déjà,
10:22je ne dis pas à Pierre que la situation n'a pas changé,
10:24je reconnais qu'elle a évolué, bien sûr,
10:26mais à l'époque déjà,
10:28nous avions des moqueries,
10:30nous avions des...
10:31Il y a une gradation dans la moquerie.
10:33For sure.
10:33Écoutez, bon,
10:34moi je vous laisse juger de cette appréciation.
10:37Les choses ont bougé, certainement.
10:39D'ailleurs à l'époque,
10:40il n'y avait pas beaucoup d'autres dirigeants européens
10:42qui parlaient avec le président américain.
10:44C'était important de lui parler pourtant.
10:46Vous n'avez peut-être pas envie de se faire moquer.
10:47Aujourd'hui, alors, effectivement,
10:50il y avait une espèce de réticence
10:52à parler au président américain.
10:54Aujourd'hui, on voit le chancelier Merz,
10:56la première Miss Mélanie,
10:57mais ça, ce n'est pas forcément négatif.
10:59Les Européens ont besoin de parler au président américain.
11:01Et le président Macron,
11:03le président français,
11:04continue,
11:05contrairement à ce que peut-être vous pensez,
11:07à être, d'après ce que je sais,
11:09un de ceux qui parlent très souvent
11:11au président américain.
11:12Ce lien n'est pas du tout couplé.
11:14Mais pas rompu, Philippe Etienne,
11:15vous êtes notre invité
11:17avant et après 20h,
11:19puisque nous suivrons aussi
11:20l'allocution présidentielle.
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