- il y a 9 mois
Avec Jérôme Marty, président de l’Union française pour « une médecine libre » et Elodie Buzullier, secrétaire générale de l'association "Médecins pour demain"
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NewsTranscription
00:00Je vous rappelle que vous êtes cordialement invité à réagir à tous ces sujets
00:04et avec vous Félix Mathieu, tous les jours désormais à 10h, c'est quoi le problème ?
00:11Sud Radio, c'est quoi le problème ?
00:14Félix Mathieu
00:15Ça c'est du jingle !
00:17Ah oui, ça envoie, ça envoie, c'est lourd !
00:19Il y a une promesse là, on attend. Alors c'est quoi le problème Félix aujourd'hui ?
00:24Eh bien c'est les médecins qui, selon la sécurité sociale, selon le gouvernement,
00:28prescrivent trop d'arrêts maladie. Cette accusation, c'est même un peu ce qui les a conduits à se mettre en grève depuis hier
00:34et pour une dizaine de jours quand même, ils ne sont vraiment pas contents.
00:37Alors pour vous récapituler quand même le problème, le coût des arrêts maladie,
00:42il était estimé à plus de 10 milliards d'euros en 2023, 10 milliards contre 6 en 2010.
00:48Ça fait quand même une hausse de 64% en 13 ans pour le coût de ces arrêts maladie,
00:53pour la facture, pour la sécurité sociale.
00:55Donc le gouvernement, oui, et puis l'assurance maladie, estimé il y a quelques mois qu'il fallait faire quelque chose,
01:00puisque selon eux, la moitié des arrêts sont injustifiés.
01:03La moitié, en tout cas des longs arrêts de plus de 18 mois, c'est ce que dit un rapport de l'assurance maladie.
01:09Le budget de l'année prochaine pour la sécurité sociale prévoit donc désormais de les limiter à un mois
01:14pour la première prescription.
01:15C'est-à-dire que si on veut être arrêté plus longtemps, il faudra revoir de nouveau le médecin.
01:20C'est censé, selon la ministre de la Santé, ça garantir quelque part un meilleur suivi du patient.
01:26Mais l'idée aussi, c'est de lutter contre les certificats de complaisance.
01:31Il y a quelques mois déjà, 500 médecins avaient été mis sous surveillance comme ça par la sécurité sociale.
01:37Ça s'appelle une mise sous objectif.
01:38Très concrètement, ils ont reçu une lettre, une lettre qui leur reproche de prescrire trop d'arrêts maladie.
01:44Les 500 concernés, ceux qui ont été mis sous objectif, ils prescrivaient au moins deux fois plus que leurs confrères,
01:52que les autres médecins, à patientelles comparables.
01:54C'est-à-dire que selon la sécurité sociale, c'est pas lié par exemple au vieillissement de la population, de la patientelle.
02:02C'est ce que dit en tout cas l'assurance maladie qui s'attaque donc à ce problème,
02:04qui a même, je ne sais pas si vous en avez entendu, qui a même lancé un spot publicitaire, j'allais dire,
02:09contre les arrêts maladie ou en tout cas contre ce qu'elle voit comme un abus d'arrêt maladie.
02:13Un arrêt de travail est un traitement à part entière. Il ne se prend pas à la légère.
02:18Et alors ce qui agace les médecins, c'est que par-dessus le marché maintenant,
02:21il y a même une amende qui est prévue pour ceux qui sont mis sous objectif.
02:24C'est-à-dire que si concrètement, ils ne baissent pas leur nombre de prescriptions d'arrêt maladie,
02:28eh bien au bout d'un certain temps, ils risquent de se retrouver avec une amende de plusieurs milliers d'euros.
02:34Tout de même.
02:34Alors c'est l'un des points, pardon, c'est l'un des points, on va en parler dans un instant avec le docteur Marty,
02:40l'un des points effectivement de mécontentement des médecins.
02:44Mais l'objectif, c'est d'enrayer le déficit de la Sécu.
02:47Oui, 23 milliards d'euros le déficit de la Sécurité l'année dernière contre 10 en 2023.
02:52Donc ça a plus que doublé en deux ans, situation critique du budget de la Sécurité sociale.
02:59C'est ce que disait la Cour des comptes, une situation critique il y a quelques mois.
03:02Donc l'objectif pour l'année prochaine, c'est de ramener ce déficit à 19 milliards d'euros seulement,
03:09avec de gros guillemets, bon ce serait un peu moins, via des économies.
03:12Donc ces économies dénoncées par les médecins.
03:15Oui, mais ça veut dire que ça remet en doute le diagnostic du médecin.
03:17Ça veut dire qu'on pense que le médecin fait des faux diagnostics.
03:21si je suis un peu votre logique.
03:23C'est bien ce qu'eux dénoncent, effectivement.
03:26Les médecins en question, ceux qui ont été mis sous objectif,
03:30ont à dire que quelque part, eux, ils font du cas par cas
03:33et qu'ils ne peuvent pas, grosso modo, dire je ne vais pas rentrer dans mes stats.
03:37Et puis à un côté, on ne peut pas dire que la maladie mentale
03:40et que de plus en plus de gens sont mal dans leur peau
03:43et que ça va de moins en moins
03:45et que forcément, peut-être qu'il y a plus d'arrêt maladie
03:47parce que la société est plus compliquée à vivre.
03:50Alors, 0826 300 300,
03:53est-ce que vous vous sentez solidaire des médecins ?
03:56Est-ce que vous estimez qu'ils doivent être plus contrôlés
03:58en ce qui concerne les arrêts maladie ?
04:00Mais il n'y a pas que cela, encore une fois,
04:03dans le mécontentement des médecins.
04:07Et on est en ligne avec le docteur Jérôme Marti.
04:09Bonjour, Jérôme Marti.
04:11Bonjour, docteur.
04:12Bonjour, Valérie Expert.
04:13Merci d'être avec nous.
04:14Vous êtes le président de l'Union française pour une médecine libre.
04:18Alors, peut-être qu'on va...
04:19Nous, on a choisi d'anglais sur les arrêts maladie.
04:22Mais peut-être que vous pourriez rapidement nous expliquer
04:25la raison de cette grève des médecins libéraux
04:29depuis hier, c'est ça, jusqu'au 15, pendant 15 jours.
04:34Deux, trois petites choses, si vous permettez.
04:36Cette grève, elle est tout à fait historique,
04:38sur la forme et sur le fond.
04:39Sur la forme, à double titre,
04:41d'une part parce que c'est tout ce qui compose la médecine qui s'arrête.
04:44Ce sont les externes, les étudiants en médecine,
04:46les internes, les chefs de clinique et assistants,
04:49les médecins seniors, les médecins retraités actifs,
04:51les médecins qui exercent en clinique et en ville,
04:54les cliniques.
04:55Donc, il n'y a pas un seul secteur qui ne s'arrête pas.
04:57C'est également historique sur la durée
04:59parce que c'est un mouvement qui dure 10 jours.
05:01Ça ne s'est jamais vu.
05:02Un mouvement qui est globalement en deux temps.
05:04La médecine de ville, la première semaine et jusqu'au 10.
05:07Et les cliniques du 11 au 15.
05:09Avec un départ de chirurgiens, un exil symbolique à Bruxelles
05:13de plus de 2 000 chirurgiens, 50 bus,
05:16où les chirurgiens vont monter à l'intérieur et partir symboliquement
05:20pendant 4 jours à Bruxelles,
05:22avec plus de 2 000 chambres qui ont été réservées
05:23et 8 000 chirurgiens qui lèvent le bistouri.
05:26Pourquoi ce mouvement si dur ?
05:29Pourquoi ?
05:29Parce que la loi de finances, la sécurité sociale
05:31et les textes qui gravitent autour
05:33s'attaquent au fondement même de nos exercices.
05:35Ça s'attaque à l'indépendance professionnelle.
05:37Ça s'attaque à la liberté de prescription.
05:39Ça s'attaque à la liberté d'installation.
05:41Ça s'attaque au secret médical.
05:42Ça s'attaque à tout ce qui fait la médecine.
05:44Et si on laisse passer ça, il n'y a plus de médecine libérale,
05:46mais même par essence, il n'y a plus de médecine.
05:48Donc on ne peut pas accepter une loi
05:50qui met en fait au sol tous les principes
05:54qui régissent la médecine.
05:56Oui, mais il y a aussi une question d'argent dans tout ça.
06:00Il y a l'histoire du déremboursement
06:02des médecins non conventionnés
06:06qui fait aussi réagir
06:08et qui est l'un des sujets importants.
06:12C'est surtout une question d'argent
06:14pour nos concitoyens et pour les patients.
06:16C'est ça qu'il faut comprendre.
06:18C'est que le déremboursement des médecins
06:19non conventionnés dont vous parlez, Valérie Expert,
06:23ça représente 1 200 médecins.
06:24Et les politiques disent, oh, ils ne sont que 1 200.
06:27Mais à raison de 1 500 patients par médecin,
06:29ça fait des centaines et des centaines de milliers de Français
06:32qui vont être touchés,
06:34qui seront non remboursés
06:35alors même qu'ils cotisent de façon obligatoire
06:37à l'assurance maladie.
06:38Ça veut dire que si vous allez voir un médecin non conventionné
06:41qui vous prescrit un scanner,
06:43le scanner va vous être réalisé par un médecin
06:45qui lui est conventionné,
06:46mais il ne vous sera pas remboursé.
06:48Si par contre vous êtes en Allemagne
06:49et que vous voyez un médecin allemand
06:52qui par essence n'est pas conventionné en France,
06:54il va vous marquer un scanner parce que vous êtes malade.
06:56Vous le faites réaliser en France
06:57et vous serez remboursé.
06:58Donc ce système-là ne tiendra pas devant le Conseil d'État,
07:01on en est quasi certain,
07:02mais ça lèse avant tout les patients.
07:05Et puis surtout, ça rend le conventionnement,
07:08vous savez, le conventionnement,
07:09c'est cet acte contractuel
07:10que l'on passe avec l'assurance maladie et l'État
07:13et qui fait qu'on accepte une certaine modération tarifaire.
07:16Ce conventionnement, il est volontaire.
07:18Si on vous tue économiquement
07:19quand vous sortez de la convention,
07:22ça veut dire que la convention devient obligatoire.
07:24Et si la convention devient obligatoire,
07:26pourquoi voulez-vous que le gouvernement
07:27la rend attractive ?
07:28On ne le rend pas attractive de la prison.
07:30Les gens sont dedans.
07:31À ce moment-là, on s'en fout,
07:32on ne le rend plus attractif.
07:33Et donc on ne veut pas
07:34qu'on en arrive à ces extrémités-là
07:36où le politique et l'administratif
07:37ont une main de fer sur la médecine
07:40jusqu'à décider de ses orientations
07:42et de son exercice.
07:43Et on en revient là aux arrêts de travail,
07:45vous l'avez dit,
07:46puisque c'est le Parlement
07:47qui a décidé de la durée des arrêts de travail,
07:49une chose qui normalement se décide
07:51justement contractuellement
07:53en négociation conventionnelle
07:54par les médecins
07:55et l'assurance maladie.
07:56Et docteur Marti,
07:58si le gouvernement ne cède pas,
08:00on va être 20 jours, 30 jours
08:02sans médecin, sans chirurgie.
08:03Vous savez bien que c'est impossible.
08:05Donc il y a un moment,
08:06il faudra que les médecins
08:07retournent au travail.
08:08Comment vous imaginez
08:10ce face-à-face ?
08:11Je suis totalement persuadé
08:14que le gouvernement va négocier.
08:16Pourquoi ?
08:17Parce qu'il ne peut pas faire autrement.
08:19Je vous explique ça très simplement.
08:20Ce mouvement est extrêmement suivi
08:23pour la médecine de ville.
08:24Il va être extrêmement suivi
08:25pour la médecine,
08:26ce qu'on appelle
08:27les phénomènes techniques,
08:28la chirurgie.
08:29Si la chirurgie de France arrête,
08:31et c'est le cas,
08:32la chirurgie libérale,
08:33elle représente 60% des interventions,
08:3575% de la chirurgie ambulatoire.
08:38Ça veut dire que l'hôpital
08:38ne peut absolument pas l'absorber.
08:40Et que donc le gouvernement
08:41sera obligé de négocier
08:44parce qu'il ne peut pas faire face
08:45à cette crise-là.
08:46C'est aussi simple que ça.
08:47Depuis des années,
08:48on nous ignore.
08:49Depuis des années,
08:49et à force de nous ignorer,
08:50on nous oublie.
08:51On ne parle jamais
08:52de la médecine libérale.
08:53On finit par se dire
08:54qu'elle n'existe pas.
08:55On parle de l'hôpital
08:55et c'est justifié.
08:56Nos confrères hospitaliers
08:57ont des problèmes
08:57et c'est normal qu'on en parle.
08:59Mais on oublie complètement
09:00cette médecine libérale
09:01qui prend en charge
09:0295% des patients.
09:0495% des patients.
09:05Alors on nous dit
09:06mais vous n'êtes pas
09:07les agriculteurs,
09:07vous n'êtes pas les camionneurs,
09:08vous ne bloquez pas les routes,
09:09vous n'arriverez rien.
09:10Mais nous c'est pire.
09:11On bloque le soin.
09:11Jérôme Marti,
09:13sur les arrêts de travail
09:15lorsque la CNAM,
09:16la Caisse Nationale
09:17d'Assurance Maladie
09:18et le gouvernement
09:18nous expliquent
09:19que ça a explosé
09:20ces dernières années
09:21qu'on est passé de 6
09:22à plus de 10 milliards
09:24depuis 2010
09:25et entre les lignes
09:26quand il suggère
09:27que certains médecins,
09:28pas tous,
09:29mais que certains
09:29délivreraient
09:30des arrêts de travail
09:32de complaisance.
09:33Qu'est-ce que vous répondez
09:33à ça ?
09:34Il y a deux choses.
09:35D'abord,
09:36il y a un changement sociétal.
09:37Il y a un changement sociétal
09:38avec, vous le savez,
09:40des pathologies.
09:41Vous en avez parlé
09:41juste avant mon intervention,
09:42des pathologies psychiatriques,
09:44des dépressions,
09:44des états de mal-être
09:45qui explosent,
09:46un vieillissement de la population,
09:47fort heureusement
09:48un chômage qui baisse
09:49et donc plus de gens
09:50qui travaillent,
09:51des Covid longs
09:51qui viennent impacter.
09:52On l'oublie,
09:53on n'en parle plus
09:54mais c'est quand même
09:55plus d'un million
09:55de Français en permanence.
09:57Toutes ces choses font
09:58qu'il y a une part
09:59d'augmentation.
09:59Ensuite,
10:00sur les abus,
10:01parce que quand même
10:02la population française
10:04n'est pas une population
10:05d'escrocs à l'assurance maladie
10:06et la population
10:08des médecins
10:08ne l'est pas non plus.
10:10Donc les arrêts de complaisance,
10:11ça va un peu.
10:12Alors s'il y a des gens
10:12qui abusent avant,
10:14ils étaient visés
10:14par l'assurance maladie
10:16et ils avaient le choix
10:17entre la mise sous objectif,
10:18ce qui devient aujourd'hui
10:19obligatoire par la loi,
10:21et la mise sous accord préalable.
10:23La différence,
10:24c'était que dans la MSAP,
10:25la mise sous accord préalable,
10:27tous les actes du médecin visé
10:28étaient vérifiés
10:29par le médecin conseil
10:30et donc on pouvait décider
10:31au cas par cas
10:32qui relevait d'un arrêt
10:33et qui n'en relevait pas.
10:35Dans la mise sous objectif,
10:36c'est beaucoup plus grave.
10:37Dans la mise sous objectif,
10:38et vous l'avez dit,
10:39la caisse décide
10:39de dire au médecin visé
10:40« Coco, tu vas diminuer
10:42tes arrêts de travail
10:42de 20 à 30 %. »
10:44Mais si vous, patient,
10:45c'est votre médecin
10:46et que vous êtes
10:47du mauvais côté des quotas,
10:48vous allez le voir,
10:49vous êtes légitimement
10:51à l'attente d'un arrêt de travail
10:52parce que vous êtes très malade
10:53et ce médecin va vous dire
10:55« Je suis désolé,
10:56j'ai dépassé mes quotas,
10:56je ne peux pas vous le faire.
11:00Vous n'avez pas votre arrêt de travail. »
11:02Et donc ça veut dire
11:03que le Parlement
11:04vient de décider
11:05de priver
11:05des centaines
11:07et des centaines
11:07de milliers de Français
11:08d'un traitement.
11:10Comprenez qu'on ne peut pas
11:11accepter ça
11:11parce que si on met
11:12le doigt là-dedans,
11:13demain, on parlera
11:14de médicaments,
11:15on parlera
11:15d'examens complémentaires,
11:16etc.
11:17On ne peut pas accepter ça.
11:19On ne peut pas accepter
11:19que par souci économique,
11:21on prie des Français
11:22le traitement.
11:23Alors, on va en rester
11:24avec nous, Dr Marty.
11:26On continue d'évoquer
11:27ce sujet
11:28des arrêts maladie,
11:29de cette grève
11:30des médecins.
11:310 826 300 300.
11:33Vous êtes nombreux
11:34à réagir sur le Facebook.
11:36Certains disent
11:36plutôt que de pénaliser
11:38le patient,
11:39pourquoi ne pas
11:39vous attaquer à l'État ?
11:41On y revient
11:42dans un instant.
11:430 826 300 300
11:44si vous voulez évidemment
11:45réagir à cette grève
11:47et aux arrêts maladie.
11:49Est-ce que vous estimez
11:50qu'il y a
11:51trop d'arrêts maladie ?
11:53Vous avez entendu
11:53ce qu'a dit
11:54le Dr Marty
11:55sur les conséquences.
11:56A tout de suite.
11:56Sudrao, le 10h midi,
11:59mettez-vous d'accord,
12:00Valérie Expert.
12:02Alors, c'est plutôt
12:03c'est quoi le problème
12:04dans cette tranche
12:06d'émission
12:07d'être en compagnie
12:07du Dr Jérôme Marty,
12:10président de l'Union française
12:10pour une médecine libre.
12:11Je rappelle que les médecins
12:12sont en grève,
12:14médecins libéraux,
12:15grève de 10 jours.
12:17Vous nous l'avez dit,
12:18Jérôme Marty,
12:19grève extrêmement suivie.
12:21Vous n'êtes pas d'accord
12:23avec les mesures
12:24qui sont annoncées
12:25dans le budget
12:26de la Sécurité sociale
12:27qui prévoient,
12:28entre autres,
12:29de limiter les arrêts maladie
12:31à un mois
12:32pour la première prescription
12:33et ensuite de revoir
12:34un médecin.
12:35Vous nous avez expliqué
12:36qu'effectivement,
12:37on allait se retrouver,
12:39enfin, les médecins
12:39allaient se retrouver
12:40dans la situation suivante,
12:42c'est-à-dire de dire
12:43à des patients,
12:43je ne peux pas vous prêter
12:44d'arrêt maladie
12:45parce que j'en ai trop prescrit.
12:47Je suis limité.
12:48Et puis,
12:49il y a un certain nombre,
12:50vous nous l'avez dit,
12:51de choses dans ce projet
12:54de budget
12:54qui ne vont pas
12:56dans le bon sens,
12:57dans le sens des patients.
12:59On a Romain en ligne
13:00avec nous.
13:00Bonjour Romain.
13:01Bonjour.
13:02Merci de me donner la parole.
13:03Alors vous,
13:04vous êtes médecin
13:04et vous êtes vice-président
13:05de l'association
13:06Médecins pour Demain.
13:08Alors racontez-nous
13:08quelle est votre position
13:09à vous ?
13:11Alors la position,
13:12c'est la même
13:12que Jérôme Marty.
13:13C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
13:14l'ensemble des médecins
13:15sont en colère.
13:16C'est un cri de colère en fait.
13:17C'est plus qu'une grève.
13:19On est sur une succession
13:20d'attaques.
13:21Vous avez parlé parfaitement
13:22de la loi de finances
13:23de la sécurité sociale.
13:25Mais ce n'est pas tout.
13:25En fait,
13:25il y a des attaques législatives
13:27qui sont en cours,
13:28qui sont à venir.
13:29On parle de la loi antifraude,
13:31de la loi Mouillet,
13:32de la loi Garot.
13:32En fait,
13:33c'est une succession
13:34d'attaques
13:34qui va conduire
13:36à la suradministration
13:37du système libéral.
13:38Et c'est ça,
13:38le vrai problème.
13:39C'est un problème
13:40d'arrêt de travail.
13:40On va pouvoir en parler.
13:41mais pas que.
13:42C'est-à-dire qu'on va nous obliger
13:44à remplir des dossiers.
13:45On va nous obliger
13:45à faire de l'administratif.
13:46On manque de médecins.
13:48Et aujourd'hui,
13:48on nous demande
13:49de remplir des cases.
13:50Ce n'est pas possible.
13:51Ce n'est pas notre métier.
13:52Ce n'est pas votre métier.
13:53Donc vous,
13:53vous faites grève.
13:54Vous suivez cette grève.
13:56Exactement.
13:56Moi,
13:57je suis fermé depuis hier.
13:58J'ai prévu de fermer
13:59jusqu'au 15.
14:00La médecine est fermée
14:02dans son ensemble.
14:03Sur mon territoire,
14:04c'est le cas
14:04de 5 médecins sur 6.
14:06C'est le cas
14:06des 3 cliniques
14:07autour de Tours.
14:09C'est le cas
14:09de beaucoup d'endroits
14:10en France
14:10où c'est extrêmement suivi.
14:13Et ça n'est pas un var.
14:13En fait,
14:14ce n'est pas juste
14:15une question d'arrêt de travail
14:16même si on peut
14:16revenir dessus.
14:17Je peux vous dire
14:18pourquoi l'État
14:20et pourquoi le gouvernement
14:21nous attaque
14:21sur les arrêts de travail.
14:22Pourquoi ?
14:23On soigne trop bien
14:24les patients.
14:25Les gens aujourd'hui
14:26survivent de leur cancer.
14:27Moi,
14:28j'ai des patients
14:28qui ont fait 3 à 4 cancers
14:29et qui sont encore
14:30en situation de travailler.
14:32Et ces gens-là,
14:33on les arrête.
14:34Les arrêts longs
14:35ont beaucoup augmenté.
14:36Et ça,
14:37on le fait malgré
14:37la situation sanitaire
14:38qui a été détruite
14:39par nos politiciens
14:40depuis 30 ans.
14:41C'est-à-dire qu'on le fait
14:42malgré l'absence d'accès
14:43aux IRM,
14:44malgré l'absence
14:44d'accès aux spécialistes,
14:47malgré l'absence
14:47d'accès aussi
14:48aux médecins
14:49de la sécurité sociale.
14:50Y compris dans la sécurité sociale
14:51là où il y a
14:52un pléthore d'administratifs,
14:53il n'y a plus de médecins.
14:55C'est-à-dire que ceux
14:55qui devaient nous contrôler
14:56sur nos arrêts,
14:57ils ne sont pas là.
14:58C'est-à-dire que quand vous expliquez
14:59qu'il y a une augmentation
15:00de la durée des arrêts de travail,
15:01c'est plus de la moitié
15:02des patients
15:02qui devaient être
15:03en invalidité.
15:04C'est-à-dire que l'arrêt
15:05considère une pathologie
15:07pour laquelle
15:08l'état est stable.
15:10Et donc,
15:10il faut continuer à dire
15:11que ce patient
15:12ne peut pas reprendre
15:13son travail
15:13dans les conditions
15:14dans lesquelles il était avant
15:15à cause d'un cancer
15:16ou d'une maladie grave.
15:17et c'est aux médecins
15:18de la sécurité sociale
15:18de prononcer de l'invalidité.
15:20Cette invalidité
15:21est inaccessible
15:22parce qu'il n'y a pas
15:22de médecins
15:23de la sécurité sociale.
15:24C'est ahurissant
15:27ce que vous dites.
15:27Après,
15:28Jérôme Marty,
15:29je crois que vous êtes
15:30toujours avec nous,
15:31un quart des Français
15:31déclarent avoir pris
15:32un arrêt maladie
15:33pour prolonger ses vacances.
15:35Donc,
15:36il y a aussi des fraudes.
15:38Les fraudes,
15:39comme le dit mon confrère,
15:40les fraudes,
15:41on ne les soutient pas.
15:43Le problème,
15:43c'est qu'il faut
15:44que les médecins-conseils
15:45puissent se contrôler
15:46et c'est pour ça
15:47qu'on demande,
15:47nous,
15:48depuis des années.
15:49On l'a demandé
15:49en négociation conventionnelle.
15:51C'est facile à faire,
15:51ça ne coûte rien
15:52qu'il y ait une case
15:54sur les arrêts de travail.
15:56Demande d'avis
15:57du médecin-conseil.
15:58Une autre case,
15:59demande d'avis
15:59du médecin du travail.
16:01Ces cases,
16:01elles n'y sont pas.
16:02Donc,
16:03ça serait quand même
16:03très simple
16:04pour un médecin
16:05parce que je vous rappelle
16:06qu'on ne produit pas
16:06des arrêts de travail,
16:07on produit des avis
16:08d'arrêts de travail.
16:09Ce qui veut dire
16:09que chaque fois
16:10qu'on fait un avis
16:11d'arrêt de travail,
16:12la décision,
16:12elle est collégiale.
16:14Donc,
16:14quand l'assurance maladie
16:15dit qu'il y a trop
16:16d'arrêts de travail,
16:17en fait,
16:18elle se sanctionne
16:19elle-même.
16:19Elle dit
16:20j'ai laissé passer
16:21trop d'arrêts de travail.
16:22Oui,
16:22mais oui,
16:23vous avez entendu
16:23ce que...
16:24Valérie Exper,
16:25quand on vous dit
16:26qu'il y a un arrêt
16:26sur deux
16:27de plus de 18 mois
16:28qui n'est pas valable
16:30et dont le patient
16:33devrait être remis au travail.
16:34Mais est-ce que
16:35vous connaissez
16:35un seul patient
16:36en France
16:37qui sur 18 mois d'arrêt
16:39n'a pas vu
16:39le médecin-conseil
16:40au moins une fois ?
16:42Enfin,
16:42tous les patients
16:43qui sont en arrêt
16:43depuis un an et demi,
16:45ils ont vu
16:45le médecin-conseil.
16:47Et donc,
16:47à l'évidence,
16:48s'ils sont en arrêt,
16:48c'est que le médecin-conseil
16:49l'a autorisé.
16:50Donc,
16:51qu'est-ce que c'est
16:51que ce raisonnement
16:52qui viserait à laisser croire
16:53que les gens
16:55peuvent être en arrêt
16:55comme ça
16:56un sur deux
16:56pendant plus de 18 mois
16:58en escroquant la Sécu ?
17:01Enfin,
17:02on peut maîtriser le système
17:04ou on veut le saboter
17:06ou on veut le rendre fragile
17:08et on invente des problèmes
17:10et c'est ce qui est
17:11en train de se passer.
17:13Ou alors,
17:13on est un peu sérieux,
17:14on se met autour de la table,
17:15on négocie avec les médecins
17:16et on met en place
17:18des choses
17:19qui ont un sens médical.
17:21Mais là,
17:21on est complètement
17:22en dehors du sens médical.
17:24Mais ce que disait Romain
17:27tout à l'heure,
17:28c'est qu'il n'y a pas de médecin,
17:29il n'y a pas assez de médecin
17:30à la Sécu.
17:31Donc,
17:31vous dites,
17:32ils ont au moins vu
17:32un médecin une fois,
17:33mais s'il n'y a pas de médecin
17:34à la Sécu,
17:35comment on contrôle ?
17:36À la Sécu,
17:37il y a plus de 80 000 salariés.
17:40À l'heure de l'intelligence artificielle,
17:42de la robotisation,
17:43de l'informatique,
17:44etc.
17:45On met un peu moins de salariés
17:46à l'assurance maladie,
17:46on met plus de médecins conseils.
17:48Et puis surtout,
17:49surtout,
17:50on rend l'indépendance
17:51à l'échelon médical
17:53de l'assurance maladie
17:54parce que ça,
17:55personne n'en a parlé.
17:56Mais c'est extrêmement grave.
17:58On a enlevé l'indépendance
17:59à l'échelon maladie,
18:02de l'assurance maladie,
18:03c'est-à-dire aux médecins conseils.
18:05Avant,
18:05ils étaient indépendants eux aussi.
18:07Et cette même indépendance professionnelle
18:08qu'on est en train d'essayer
18:09de nous enlever,
18:10on l'a enlevé aux médecins conseils.
18:12On les a tutélisés.
18:13Mais tout ça est grave,
18:14parce que l'administration
18:16n'a pas à tutéliser le soin.
18:18Le soin doit être indépendant
18:19parce que ça protège les patients.
18:20Et l'arrêt de travail,
18:22et c'est pour ça que la CGT,
18:23bizarrement,
18:24qui est un syndicat quand même
18:25très à gauche,
18:26a toujours soutenu les médecins libéraux.
18:28Pourquoi la CGT soutient
18:29les médecins libéraux ?
18:30Parce qu'elle sait
18:30que les médecins libéraux
18:31sont un rempart
18:32contre le patronat
18:33au travers des arrêts de travail
18:34parce qu'ils sont indépendants
18:36dans la délivrance
18:37des arrêts de travail.
18:38Donc c'est pour ça
18:38que l'indépendance,
18:39elle est très importante.
18:40Alors peut-être à terme,
18:42l'IA fera son entrée
18:43et c'est l'IA qui décidera
18:44si c'est un bon arrêt de travail ou pas.
18:47Je voulais vous faire réagir,
18:48docteur Marty.
18:50Vous avez sûrement vu
18:51la sortie du docteur Laurent Alexandre.
18:53Vous savez qu'il a écrit un livre
18:54« Ne faites plus d'études ».
18:56Il expliquait sur LCP
18:57que de plus en plus
18:58les médecins sont remplacés
19:00par l'IA.
19:01Et c'est un petit pas de côté
19:02pour vous faire réagir.
19:04Chaque GPT,
19:05je le trouve intelligent.
19:06Je le trouve très intelligent.
19:08Chaque GPT
19:08est plus intelligent que moi.
19:10Chaque GPT
19:10est bien meilleur que moi
19:11en médecine.
19:12Et pourtant,
19:13j'ai passé 11 années de ma vie
19:14pour avoir la qualification
19:15en chirurgie.
19:16Mais Chaque GPT
19:17m'écrabouille en médecine.
19:19Et puis depuis quelques mois,
19:20Chaque GPT écrit mieux que moi.
19:22Elle analyse beaucoup mieux
19:23un dossier médical
19:24que des médecins hospitaliers
19:25comme une étude récente
19:27l'a montré.
19:29Il n'est pas là
19:29le vrai danger.
19:31Non, mais écoutez,
19:32il y a 15 ou 20 ans,
19:33ça ne nous rajeunit pas,
19:34j'ai rencontré Laurent Alexandre.
19:35Il était un petit peu moins connu,
19:36mais il avait fait
19:37docteur Simo à l'époque.
19:42Il était sur le transhumanisme
19:43à l'époque.
19:44Et là,
19:45c'était le transhumanisme
19:45qui allait changer la société.
19:47On allait vivre 1000 ans,
19:48etc.
19:48On a vu que
19:51si l'espérance de vie
19:52a progressé,
19:53on ne vit pas 1000 ans,
19:5420 ans plus tard.
19:55Là, il est sur l'IA.
19:57Et évidemment,
19:57comme toujours,
19:58il est à l'extrême de ça.
20:00L'IA,
20:00ça va être un outil magnifique
20:02dont on va tous se servir.
20:04Ça va aider
20:04à la construction du diagnostic.
20:06Ça va donner plus de rapidité
20:08à la prise en charge
20:10des patients.
20:11Et donc,
20:11ça va nous permettre
20:11de voir plus de monde.
20:13Ça va être un facilitateur,
20:15mais ça ne va pas être
20:16un remplaceur.
20:17Il ne faut pas s'imaginer
20:19que les médecins,
20:20et notamment
20:20les médecins généralistes
20:21ou les internistes,
20:23tous ces métiers
20:23où il y a une transversalité
20:25vont être remplacés
20:26par l'IA.
20:27Pas encore.
20:28Loin de là.
20:28Vraiment.
20:29Par contre,
20:30c'est un très bel outil
20:31pour favoriser le diagnostic.
20:32Juste pour bien comprendre,
20:33Jérôme Marty,
20:34toutes ces attaques
20:35que vous dites
20:36contre les médecins,
20:38c'est destiné
20:38à faire des économies,
20:40théoriquement.
20:40C'est ça l'argument ?
20:42C'est tout le problème.
20:43On a des politiques
20:46qui, depuis des années,
20:47ont un raisonnement
20:48qui est basé
20:49sur le court-termisme.
20:50La santé,
20:51elle ne s'adapte pas
20:51au court-termisme.
20:52Je veux dire,
20:53la santé,
20:53c'est certainement
20:54le meilleur investissement
20:55pour une nation,
20:57mais vous en recueillez
20:57les fruits 15 ans,
20:5920 ans plus tard.
21:00Donc,
21:00il faut que vous ayez
21:00une planification,
21:02il faut que vous ayez
21:03des vraies réformes
21:03de santé à 5 ans,
21:0510 ans,
21:0515 ans,
21:06que vous sachiez
21:07où vous allez,
21:07et là,
21:08vous arrivez
21:09à magnifier le soin,
21:10magnifier le secteur sanitaire.
21:12Là, on le détruit
21:12par court-termisme
21:13parce qu'on veut
21:14un profit immédiat
21:15et on veut un profit immédiat
21:17en bouchant un trou,
21:18en en creusant un autre
21:19beaucoup plus grand.
21:20Et c'est ça
21:20que font tous les politiques
21:21tout en danse confondue
21:22et depuis des années.
21:23Et puis là,
21:23en plus,
21:24on a eu
21:24les discussions
21:25du PLFSS
21:26à un moment
21:27de notre histoire politique
21:28qui fait que le gouvernement
21:29est fragilisé
21:30et qu'il veut absolument
21:31éviter la censure
21:32et qu'il est prêt
21:33à donner la parole
21:33à n'importe qui,
21:34à donner le pouvoir
21:35à n'importe qui,
21:36y compris à des partis politiques
21:37qui ne représentent même pas
21:382% des voix
21:39et qui finalement
21:40ont habillé
21:41le PLFSS
21:42de leur idéologie,
21:43de leur populisme,
21:44détruisent la médecine
21:45et le gouvernement
21:46a évité la censure.
21:48Merci Jérôme Marty.
21:49Puis on va suivre
21:50évidemment
21:51cette grève
21:52et puis les réponses
21:53qui seront apportées
21:53par le gouvernement.
21:55Merci d'être intervenu
21:56sur Sud Radio.
21:57On va continuer
21:58à parler
21:58de cette grève
22:01et des arrêts maladie
22:02avec les débatteurs
22:02dans un instant.
22:03Merci à Romain Humbert
22:05d'être intervenu,
22:06vice-président
22:06de l'association Médecins
22:07pour demain.
22:08Et puis on aura
22:09un auditeur,
22:09Jean-Louis,
22:10médecin également
22:11qui souhaitait réagir.
22:130 826 300 300.
22:15Est-ce que vous soutenez
22:15cette grève des médecins ?
22:16Est-ce que vous la comprenez ?
22:18A tout de suite.
22:19Merci beaucoup
22:19Félix Mathieu
22:20et à demain.
22:20Sous-titrage Société Radio-Canada