00:00Europe 1 matin, 6h, 9h, Jacques Serret.
00:04Et il est bientôt 8h15 et Jacques Serret, l'invité de la grande interview ce matin,
00:08est Frédéric Le Turc, maire les centristes d'Arras et conseiller régional des Hauts-de-France.
00:14Bonjour Frédéric Le Turc.
00:16Bonjour à vous.
00:17Frédéric Le Turc, le pays semble bloqué, l'Assemblée est paralysée, sans majorité.
00:23Quel regard, en tant qu'élu local, que maire, portez-vous sur la manière dont le pays est gouverné aujourd'hui ?
00:31Écoutez, on ressent un peu de colère et on désespère parce que localement,
00:38on est confronté au quotidien aux réalités de nos concitoyens, des chefs d'entreprise, des acteurs associatifs.
00:46On sent bien que les Français sont préoccupés, inquiets et parassurés, en fait,
00:51sur l'incapacité des élus nationaux à dialoguer.
00:55Donc, pour nous, c'est vraiment un sentiment partagé, quand on est élu local comme moi,
01:01c'est-à-dire que, d'un côté, on constate, comme nos concitoyens,
01:05et d'un autre côté, on se bat parce qu'on veut, en fait, que nos territoires avancent
01:09et heureusement que les élus locaux restent engagés, déterminés.
01:12Vous avez honte de la manière dont le pays est dirigé ?
01:16Honte. Je dirais qu'on est tous, en fait, on porte tous une co-responsabilité
01:22de la situation du pays. Je pense que quand on s'est exprimé pour envoyer à Paris
01:27une assemblée impossible, la responsabilité, elle est partagée parmi nous tous.
01:33Donc, c'est plutôt, en fait, une colère parce que, en fait, je pense que beaucoup de Français
01:40ont pensé envoyer, en leur âme et conscience, des élus en responsabilité
01:44pour faire avancer l'intérêt général. Et on se rend compte que ce n'est pas
01:47l'intérêt général qui est défendu, mais plutôt, en fait, le regard fixé
01:53sur 2027 avec une obsession sur le jour d'après. Est-ce que ces élus nationaux
02:00joueront un rôle, en fait, ensuite dans la composition d'un pseudo-gouvernement
02:05ou pas ? Et ça, en fait, on ne le supporte plus. Je pense que quand on est citoyen,
02:09aujourd'hui, on veut que son pays avance, on veut que son quotidien soit défendu.
02:14On veut des réponses concrètes sur l'école, la sécurité, la santé. On veut que son
02:19pouvoir d'achat, en fait, ne soit pas égratigné. Bref, on a besoin, en fait, d'avoir
02:25des hommes et des femmes à Paris, à l'intérieur du périphérique, qui réfléchissent à l'intérêt
02:32général, au bien commun, et qui pensent à la République et qui essayent de faire avancer
02:38les choses. Et ce n'est pas le cas aujourd'hui.
02:40Non, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il suffit de regarder, malheureusement,
02:44toutes les informations que vous commentez. Il suffit de regarder ou d'essayer de regarder
02:49une émission de télé où une assemblée est réunie, par exemple, le mardi ou le mercredi
02:55au Sénat ou à l'Assemblée nationale. Et on se questionne beaucoup. On ne vit pas dans
02:59le même monde. Mais Frédéric Le Turc, je rappelle que vous êtes maire d'Arras
03:03ces dernières années. Vous avez notamment soutenu Emmanuel Macron avec le recul. Est-ce
03:09que vous avez quelques regrets quand vous voyez ce bilan après huit ans d'exercice ?
03:15Des regrets ? Oui, parce que je pense que la manière dont il a fait face à un certain
03:22nombre de sujets, en fait, n'était pas pertinent. Par contre, il faut aussi se
03:29remettre dans le calendrier en 2017. Souvenons-nous du contexte de la présidence de la République
03:34avec l'affaire Fillon et toute une série de choses qui nous ont fait, en fait, prendre
03:39nos responsabilités. Souvenons-nous en 2022, en fait, où nous sortions du Covid et où
03:47la guerre en Ukraine était présente. Et finalement, est-ce que c'était de l'instabilité
03:50dont on n'avait besoin ? Certainement pas.
03:53Mais elle est toujours présente aujourd'hui, cette guerre en Ukraine.
03:56Elle est toujours présente, malheureusement, aujourd'hui. Ce n'est pas la France, en fait,
03:59qui peut seule faire face à cette situation. Mais on a tout de même, en fait, je pense,
04:04besoin d'avoir dans le pays un peu de stabilité politique, un peu de responsabilité,
04:11de l'intelligence collective. Et il n'y a pas que le président de la République qui peut
04:15amener de l'intelligence dans ce pays. Il faut que chacun des partis politiques,
04:19chacune des personnalités politiques un peu plus en vue au niveau national,
04:23se tape un peu le réveil et a envie de servir l'intérêt général.
04:26Mais est-ce que vous diriez que cette irresponsabilité que vous dénoncez,
04:30que cette instabilité que vous dénoncez également, est aussi le fruit du macronisme ?
04:37Non, je pense que c'est beaucoup plus profond que ça. Je pense qu'on est dans une séquence
04:42où finalement, on doit se reposer un certain nombre de questions sur qu'est-ce que c'est
04:47le projet pour la France ? Qu'est-ce que c'est la promesse que l'on a envie,
04:52en fait, de partager avec nos concitoyens ? Quand on est élu local, comme je le suis,
04:57en fait, on travaille sur un projet politique, on travaille avec une équipe,
05:01on fait dialoguer, en fait, des sensibilités différentes. On veut surtout dialoguer
05:05la population et on essaye de faire avancer ensemble. Et malheureusement,
05:10c'est ce qui manque au niveau national. On sent bien, en fait, que les blocs s'opposent.
05:14Frédéric Le Turc, je me permets de vous couper. Par exemple, un autre maire,
05:18le maire du Havre, Édouard Philippe, que vous connaissez, lui, il estime qu'il faut aller vite.
05:23Et il évoque la possibilité d'une présidentielle anticipée. Est-ce que vous faites partie
05:27de ces élus qui demandent d'accélérer le calendrier ?
05:30Ça va, on a vu ce que c'était, en fait, une dissolution de l'Assemblée nationale.
05:36Le soir, en fait, de l'élection européenne, on a bien vu que derrière, en fait,
05:40une dissolution n'amenez pas une solution. Donc je doute fort, en fait,
05:44qu'une démission anticipée du président de la République apporte une solution,
05:48en fait, radicale et impressionnante au pays. Non, je pense qu'il faut que chacun
05:53fasse l'effort, en fait, de se mettre autour de la table, de dialoguer,
05:58d'essayer de composer, en fait, un chemin qui serve l'intérêt général
06:02et ne soit pas uniquement fixé sur des objectifs particuliers,
06:07des objectifs personnels. Malheureusement, je pense que le pays crève,
06:11en fait, de beaucoup d'ambitions personnelles qui n'épousent pas,
06:16en quelque sorte, le bien commun et l'intérêt général du pays.
06:20Frédéric Le Turc, vous êtes le maire d'Arras, et je ne peux pas m'empêcher
06:23d'évoquer l'attentat terroriste islamiste qui a coûté la vie au professeur
06:28Dominique Bernard, dans votre ville, c'était en octobre 2023.
06:33Aujourd'hui, en cette fin d'année 2025, comment est-ce que votre ville,
06:36d'Arras, et alors que vous terminez votre mandat, comment votre ville se relève,
06:41s'est relevée de ce traumatisme ?
06:43Nous sommes restés debout, unis, rassemblés. Je pense qu'on a fait la démonstration,
06:48justement, que par le dialogue, on pouvait essayer de continuer à avancer.
06:53On a été, je dirais, poussés aussi par la force de son épouse,
06:58qui, Isabelle Bernard, a été incroyablement forte, et nous a montré le chemin
07:04quand elle s'est exprimée, en fait, au moment des obsèques, dans cette cathédrale d'Arras,
07:11en nous apportant, je dirais, par la culture, par les mots, par la littérature,
07:15par la force, de l'engagement, un certain nombre de l'île de conduite
07:22qui, finalement, nous invitait à rester debout, à rester unis, à rester dans le dialogue.
07:27Bien sûr, à demander justice, parce que c'est inimaginable de rester passif
07:33devant un acte aussi dramatique, mais de ne surtout pas jeter, je dirais,
07:38l'opprobre sur toute une population, toute une communauté,
07:42toutes des habitants qui, finalement, ne sont pas du tout, en fait,
07:48fait dans le même moule que ce terroriste qui, malheureusement, a pris la vie
07:53d'un homme qui était très engagé pour ses élèves et pour la réussite éducative.
08:00Et donc, on répare, on continue à réparer, on conduit des actions.
08:06Isabelle Bernard a mis en place un prix littéraire, on l'accompagne,
08:10on a inauguré, en fait, un square qui a complètement revisité les abords, en fait,
08:16des établissements scolaires pour donner aux établissements scolaires
08:19une vraie place publique de dialogue et de rencontre.
08:23Voilà, on essaye de maintenir ce lien, si nécessaire,
08:27dans une société, malheureusement, parfois, si fragmentée.
08:30Merci beaucoup, Frédéric Le Turc, je rappelle que vous êtes maire
08:34les centristes Taras et conseiller régional des Hauts-de-France.
08:38Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin.
08:40Très bonne journée à vous.
08:41Merci à vous.
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