00:00Vous êtes bien sur Europe 1, la grande interview à 8h13.
00:04Bonjour Général Jean-Paul Perruche.
00:07Bonjour.
00:07Ancien directeur général de l'état-major de l'Union Européenne.
00:11Merci d'être avec nous en direct.
00:13Je vais vous poser une question simple ce matin, Général Jean-Paul Perruche.
00:19Il va y avoir 7 dirigeants européens qui seront dans le bureau Oval aujourd'hui,
00:22avec Volodymyr Zelensky, face à un Donald Trump qui, après le sommet d'Anchorage,
00:26semble prendre le parti de Vladimir Poutine.
00:30Pourquoi Vladimir Poutine exige Donetsk contre la paix ?
00:35Je crois que l'objectif principal de Vladimir Poutine,
00:40c'était effectivement de mettre la main sur le Donbass.
00:45Objectif, je dirais, objectif provisoire,
00:49parce que ça ne veut pas dire qu'il n'a pas des objectifs plus importants pour la suite.
00:55Mais disons qu'au stade actuel de la guerre,
00:59vu les positions sur le terrain et surtout les positions internationales,
01:04le revirement stratégique des Américains,
01:09il a fixé son objectif là-dessus.
01:12Est-ce que ça sera un objectif définitif ou pas ?
01:16On peut en douter.
01:17C'est ce que disait d'ailleurs le président Macron hier soir.
01:20Donc la paix, il faut voir de quoi on parle.
01:25Est-ce que la paix, c'est une paix par soumission ?
01:29Ou est-ce que c'est une paix équilibrée ?
01:31C'est-à-dire par contrepartie donnée par l'Ukraine à la Russie,
01:38mais aussi la Russie vis-à-vis de l'Ukraine,
01:40pour avoir un certain équilibre qui à la fin ne soit pas pleinement satisfaisant
01:44pour les deux antagonistes,
01:46mais le soit suffisamment pour qu'on fasse taire les armes.
01:51Donc la paix, pour qu'une paix soit durable,
01:54il faut qu'elle soit juste.
01:57Et il faut qu'elle ait un prix,
02:01mais qu'elle ait aussi une valeur.
02:03Le prix à payer, oui, ce sont les contreparties.
02:05Et la valeur, c'est la qualité de la paix qui ressort de ça.
02:09Le général Jean-Paul Perruche,
02:10vous parliez hier des propos d'Emmanuel Macron
02:12qui a tenu un discours particulièrement fort.
02:14Il a dit que la Russie était un agresseur,
02:16qu'elle était révisionniste,
02:17qu'on ne pouvait pas accepter la force et la violence,
02:20sinon l'ordre mondial s'écroule.
02:23Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, on ne craint plus la Russie ?
02:27Eh bien, si, on craint toujours la Russie, bien sûr.
02:31Mais on ne peut pas accepter, si vous voulez,
02:33que la politique russe soit couronnée de succès,
02:38cette politique d'agression.
02:40Et donc, il faut l'arrêter.
02:42On ne peut pas, pourquoi ?
02:44Parce que d'abord, pour la sécurité de l'Europe,
02:46c'est un vrai problème, pour le futur.
02:49On sait que ce qui se passe en Ukraine en ce moment
02:52fait suite à ce qui s'est déjà passé en Géorgie en 2008,
02:56en Crimée en 2014.
02:58Bon, depuis 2022, c'est la guerre.
03:00Et puis, on sait bien que les Russes ont toujours des velléités
03:05de retrouver les Pays-Baltes dans leur giron et d'autres choses.
03:10Donc, on ne peut pas laisser continuer ça
03:13pour la sécurité globale de l'Europe, d'une part.
03:15Et puis, d'autre part, c'est quand même,
03:17ça va faire jurisprudence, si je puis dire,
03:20au niveau mondial.
03:21C'est-à-dire qu'il y a des tas d'autres pays
03:23qui vont dire, mais finalement,
03:24la prédation par violence paye.
03:26Et donc, voilà, on risque d'avoir un monde en feu, après.
03:31Et alors, face à un Donald Trump qui, cette nuit,
03:33dit que l'Ukraine doit abandonner l'OTAN,
03:36enfin, ne rentrera jamais dans l'OTAN,
03:38doit abandonner la Crimée,
03:39est-ce qu'aujourd'hui, c'est possible que les Européens,
03:42au bout d'un moment, se lèvent,
03:43disent à Donald Trump,
03:44nous n'acceptons aucune concession,
03:46et on va se battre ?
03:47Alors, écoutez, comme je le disais tout à l'heure,
03:50les enjeux de cette réunion,
03:53c'est naturellement le futur de l'Ukraine comme État,
03:56mais c'est aussi la sécurité de l'Europe,
03:57comme je le disais tout à l'heure.
03:59Et puis, au-delà, c'est la relation
04:02que vont entretenir les grandes nations,
04:05la Russie avec les États-Unis,
04:07les États-Unis avec l'Europe.
04:09Si vous voulez, la suite de la réunion d'aujourd'hui,
04:13ça pourrait très bien être une fracture
04:15entre les Américains et les Européens
04:18sur le dossier de l'Ukraine,
04:21avec des conséquences qui pourraient être graves.
04:24Donc, jusqu'où les Européens
04:25qui se présentent en Front-Uni
04:27pourront aller pour soit amoindrir
04:31ou contrer les options de Donald Trump,
04:35c'est une vraie question.
04:37La question de la soumission de l'Ukraine
04:41pose le problème de sa viabilité en tant qu'État
04:43dans le futur.
04:45Et la grande question qui est derrière,
04:47c'est que si les Européens veulent effectivement
04:50continuer à soutenir l'Ukraine,
04:53il faut qu'ils lui assurent un rapport de force
04:56suffisant dans le temps
04:58pour cesser le grignotage par la Russie
05:01du territoire ukrainien dans la durée.
05:03Ça veut dire des efforts de fourniture,
05:06d'armement, de formation, d'appui,
05:08de soutien en général,
05:10politique, militaire, économique, considérable.
05:13Et on en a les moyens ?
05:15Voilà.
05:15Est-ce que les Européens le veulent d'abord ?
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