00:00Et place aux scannes avec Hervé, Hervé, pour comprendre pourquoi la santé des femmes a été si longtemps négligée,
00:11tu nous proposes de remonter bien plus loin dans l'histoire.
00:16Ah bah oui, je vous recommande de commencer à relire le livre de la Genèse.
00:21Premier livre de la Bible, comme chacun sait.
00:23Et il y a plein de trucs intéressants, mais une phrase,
00:26Hervé a été créée à partir d'une côte d'Adam.
00:31Et il y a plein de théologiens modernes qui disent partir d'une côte ou à côté de l'homme.
00:36Je ne sais pas si vous voyez la petite nuance, un accent qui change la position de la femme complètement dans la société pendant des siècles.
00:42Et c'est d'ailleurs peut-être même pas un hasard.
00:44Il y a un théologien à la Sorbonne qui a écrit ça.
00:46Peut-être que ça arrangeait les moines copistes du 4e siècle,
00:49qui traduisaient de l'aramé à ancien vers le latin,
00:52de dire que finalement les femmes, c'était des citoyens de deuxième zone.
00:55À côté d'eux, à partir d'un os inutile.
00:58Donc c'était assez intéressant.
01:00Et toujours dans le livre de la Genèse, je ne peux pas remonter avant, il n'y a pas de livre avant,
01:04il est écrit,
01:05« Je multiplierai la peine de tes grossesses, tu enfanteras dans la douleur. »
01:09Et pourquoi ? Parce que c'est une punition divine, donc méritée.
01:14Elle a fauté au jardin d'Éden, c'est elle qui a donné la pomme à manger à Adam.
01:17Et si, collectivement, on se dit que c'est une punition divine méritée,
01:21pourquoi est-ce qu'on se préoccupait de la souffrance ?
01:23Et la souffrance, c'est généralement le premier symptôme d'une maladie.
01:26Peut-être même que les femmes en sont inconsciemment, collectivement persuadées.
01:30Donc si on dit que le poids des religions monothéistes existe en France et ailleurs,
01:34eh bien il est aussi dans la médecine.
01:36Donc ça, c'était un petit rappel historique,
01:39je pourrais tenir deux heures sur des sujets comme ça, j'adore.
01:41Mais on n'a pas le temps.
01:43Autre exemple que je trouve formidable, une invention extraordinaire, l'hystérie.
01:46Est-ce que vous vous êtes posé la question de savoir l'hystérie c'est quoi ?
01:49Eh bien ça a été inventé par Hippocrate, le père de la médecine,
01:52c'est le concept de l'utérus errant.
01:55Hystérie, hystérectomie, dont par définition, qu'est-ce que ça veut dire ?
01:58Un homme ne peut pas être hystérique puisqu'il n'a pas d'utérus.
02:02Donc un, on n'est quand même pas loin du sujet.
02:04Et donc au XIXe siècle, notre ami Charcot, à Pitié, conceptualise ça.
02:09Et il fait même, un truc formidable, il fait les mardis, les leçons du mardi.
02:14Il fait venir le tout Paris qui venait en habit, regarder les folles.
02:19Ça s'appelait le bal des folles.
02:20Et donc tout ce qui était gênant chez la femme, tout ce qui était douleur,
02:24tout ça était hystérique et c'était un spectacle.
02:26Je ne sais pas si vous voyez le truc terrible qui se passe.
02:29C'est que la souffrance féminine devenait divertissement scientifique.
02:33C'était hier, le XIXe siècle.
02:36Donc quand on a une douleur qui se moque de la douleur des femmes,
02:39une société qui se moque de la douleur des femmes,
02:41on se dit que l'errance avec l'endométriose,
02:43ben voilà, c'est pas si loin que ça.
02:45Et d'autres dates plus récentes expliquées ?
02:47Oui, je pourrais continuer, mais effectivement,
02:49vous vous souvenez que vous n'avez le droit de voter que depuis 1945
02:52et le droit d'ouvrir un compte bancaire que depuis 1965,
02:57en ayant la permission écrite de votre mari.
02:59Je ne sais pas si vous... c'est incroyable.
03:01Il y a 60 ans. Qu'est-ce que ça veut dire tout ça clairement
03:03d'un point de vue hiérarchique dans une société moderne ?
03:06L'homme est supérieur à la femme.
03:08Cette date le prouve ?
03:08Enfin, évidemment, ça change.
03:10C'est pas ce que je pense, mais c'était...
03:12Il y a moins d'un siècle, il y a 60 ans.
03:14C'est hier.
03:15Et toi, tu nous dis justement que tout ça va changer.
03:17Ah, tout va changer.
03:18On a commencé à en parler tout à l'heure.
03:19Aujourd'hui, plus de la moitié des médecins sont des femmes.
03:2252% des généralistes, 24% des PUPH sont en 2024,
03:27des adrégés à l'hôpital, 41% des chefs de service.
03:30Et à la PHP, 63% des PH sont des femmes.
03:33Donc, bonne nouvelle, avec 64% des étudiantes en première année.
03:39On dit que la médecine se féminise et c'est le girl power qui arrive.
03:44Enfin.
03:44Merci beaucoup, Hervé, pour ce rappel historique.
03:47Mesdames, rapidement, parce qu'on n'a pas beaucoup de temps,
03:50mais sur ce conditionnement qui date de l'Antiquité
03:53et qu'Hervé vient d'évoquer,
03:55et cette note aussi positive, comment est-ce que...
03:58Je pense qu'il faut...
03:59Là, vous parliez du girl power, du coup, dans la profession médicale.
04:03Mais moi, j'aimerais qu'il y ait le girl power dans la société.
04:05Et tout ce dont on parlait, c'est-à-dire que les femmes prennent conscience
04:07que leurs symptômes sont largement aussi importants que ceux des hommes,
04:11qu'on est là pour les écouter,
04:12et qu'il y ait de nouveau une confiance qui se crée auprès des professionnels,
04:16c'est redonner le pouvoir aux femmes
04:17et redonner le pouvoir de façon...
04:19Et aux usagers de manière générale,
04:20mais vu le sujet qui nous intéresse, aux usagères.
04:22Docteur Monpère, et ce sera le mot de la fin.
04:25Oui, effectivement, je confirme effectivement
04:28que cette prise en compte des femmes,
04:33dans mon domaine de pathologie cardiovasculaire,
04:37est en nette progression,
04:38que ce soit au niveau des études qui sortent actuellement,
04:43où régulièrement il y a des études de genre qui sont mises en place.
04:48Ce qu'il faudrait également, c'est activer tout ce qui est information,
04:53qui à mon avis est tout à fait fondamentale,
04:55justement pour la prise en charge des femmes dans leur maladie,
05:00qu'elles soient cardiovasculaires ou autres pathologies.
05:03Merci beaucoup, merci docteur Catherine Monpère, cardiologue,
05:08et merci à vous Sarah Benjilani,
05:11secrétaire générale du Collège national des sages-femmes.
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