00:00Pour toi, parler de choc démographique, c'est un peu faible ?
00:08Oui, c'est un peu faible.
00:09Un choc, on devrait parler d'un séisme, quelque chose d'un peu mieux.
00:12Sincèrement, ce qu'on vit, on nous parle d'une crise.
00:14Une crise, par définition, c'est temporaire, c'est un petit truc qu'on va régler.
00:18Ce n'est pas une crise, c'est une faillite.
00:19Et la faillite, sans être bien malin, je pense qu'il y a 10, 20, 30, 40 ans,
00:23on pouvait se dire, ça va vieillir, ça va coincer.
00:26Eh bien, on y est.
00:27Et alors, j'ai au moins deux vérités dérangeantes à rappeler.
00:31La première, c'est que la France est vieille.
00:33Franchement, sincèrement, maintenant, et puis c'est très bien,
00:35mais un Français sur 3 a 60 ans, et dans peu de temps,
00:39les 85 ans feront plus de 5 millions de nos concitoyens.
00:43Bon, ben, c'est comme ça.
00:44Surtout que comme notre notalité s'écroule,
00:46c'est les vieux qui vont prendre le pouvoir.
00:49Ailleurs, le monde est jeune.
00:51Actuellement, au Sénégal, 50% de la population a moins de 18 ans.
00:54Donc, sans être bien malin, je ne suis pas un politique,
00:58je me dis, il y a peut-être des leçons à prendre.
01:00Et le deuxième point, c'est que notre Sécurité sociale, formidable,
01:02elle a été créée en 1945.
01:05Pas tout à fait la même période.
01:06Peut-être un monde avec une France jeune, productive,
01:10puis en reconstruction, n'est-ce pas ?
01:12Donc, forcément, il faudrait peut-être adapter certains trucs de la Sécu.
01:16Voilà.
01:16Et donc, aujourd'hui, on est en 2026,
01:18avec des patients qui ont vieilli,
01:20mais des médecins qui ont vieilli aussi.
01:22Voilà.
01:23Et donc, nos médecins en activité,
01:25ils ont en moyenne plus de 50 ans.
01:27Il y en a déjà plus d'un tiers qui a plus de 60 ans.
01:30Et dans certains départements,
01:32les départs en retraite sont largement supérieurs en nombre
01:34au nombre d'installations des petits jeunes
01:36qui ont envie de faire autre chose.
01:37Donc, ça va coincer.
01:39Et encore une fois, pour moi, ce n'est pas un accident,
01:41c'est une pénurie organisée.
01:42Sincèrement, moi, j'ai été dans des réunions à l'Assemblée,
01:45écoutez, de brillants énarques nous expliquaient
01:47que les médecins étaient des centres de coups.
01:49On discutait.
01:50Et donc, leur réflexion était de dire,
01:52moins il y a de médecins, moins il y a de dépenses.
01:54C'est une bonne vision de la santé publique en France.
01:56Mais je l'ai vraiment entendu de mes douze oreilles.
02:00Donc, c'est intéressant, l'énergie.
02:02Et donc, de plus en plus d'experts prennent la parole
02:05pour dire que la crise de la santé est plus grasse
02:07que la crise des retraites dont on nous parle.
02:09Effectivement, Jean-Paul Hamon en parlait.
02:12La retraite, oui, 60 ans, 62 ans.
02:14Il n'y a qu'à regarder au Danemark, c'est 70 ans.
02:17Donc, c'est un problème de partir plus tard, peut-être.
02:20C'est une frustration.
02:21Mais un acte de soins non délivré, c'est beaucoup plus grave.
02:25Ça peut être fatal.
02:26Donc, il ne faut pas se tromper de guerre.
02:29Et donc, encore une fois, ça va coincer.
02:31Et sans être bien malin, on regarde.
02:32Les urgences sont saturées.
02:34On ferme des dits d'hôpitaux.
02:36Les déserts médicaux s'étendent.
02:38Les médecins sont bien gentils de vouloir encore s'installer.
02:41Et qu'est-ce qu'on fait ?
02:42Moi, je trouve qu'on bricole.
02:44Et on bricole.
02:45L'hôpital est un bon exemple.
02:47L'hôpital tient avec les internes.
02:49Et Jean-Paul a rappelé, un interne se suicide tous les 18 jours.
02:53Il n'y a pas de quoi être fier.
02:54C'est quand même la jeunesse de notre pays.
02:56On a inventé le statut de docteur junior.
02:58Ce qui m'agace prodigieusement.
02:59Avant, on appelait ça les assistants.
03:01C'est un tout petit peu infantilisant.
03:02Ce n'est pas Castor junior.
03:04Docteur junior.
03:05Le mec est bac plus 10.
03:06Et puis, il n'est pas dû.
03:07Les praticiens à diplôme hors Union européenne.
03:10Il y a quand même près de 20 000 en France qui font tourner les hôpitaux.
03:12Évidemment, on les paye moins cher.
03:14Mais surtout, on les a piqués dans des pays qui auraient aussi bien besoin de ces gens-là
03:17pour soigner leur propre population.
03:19Tout ça est très curieux.
03:20Vraiment, je m'étonne.
03:22Et donc...
03:23Pour toi, c'est intenable ?
03:25C'est intenable.
03:26Absolument.
03:26Ça va péter.
03:27Il n'y a pas besoin de...
03:28Si on énumère, et c'est ce qu'on se disait avant,
03:30oui, ça devrait péter.
03:31Et puis, par exemple, pour la prise en charge du vieillissement,
03:36ça ne peut plus être hospitalo-centré.
03:38Oui, il faut la ville, il faut des appartements intergénérationnels.
03:41Il faut repenser le système et il faut regarder comment ça se passe ailleurs.
03:45La médecine de ville doit être revalorisée.
03:47Je ne parle pas que d'argent.
03:48Même statutairement.
03:49Ce sont des gens formidables qui ne bossent pas 35 heures.
03:52Les 35 heures, c'est inventé pour ceux qui veulent travailler moins.
03:55Là, ce n'est pas le cas.
03:56Et puis, la répartition des rôles entre les divers soignants doit être clarifiée, codifiée, apaisée.
04:02Et donc, pour moi, il y a une grande question.
04:05C'est, voulez-vous, voulons-nous, un système de santé qui accompagne le vieillissement ou qu'il subit frontalement ?
04:14Donc, pour moi, la santé des vieux, ce n'est pas un coût à contenir, c'est une responsabilité à assumer collectivement.
04:21C'est vraiment un projet politique.
04:23Voilà.
04:23Dans quelle société on vit ?
04:25Et pour finir, je vous rappelle une citation anonyme.
04:28La manière dont une société traite ses vieux dit tout de son avenir.
04:32Merci beaucoup, Hervé.
04:34Rapidement, Jean-Paul Hamon, on n'a pas beaucoup de temps.
04:35Vous êtes d'accord avec Hervé ?
04:36On n'a plus le luxe de parler de crise quand on parle de choc démographique ?
04:40Non, mais là, il faut réorganiser le système de santé, faire en sorte qu'il y ait une médecine de proximité,
04:45qu'il y ait des hospitalisations et qu'il les raccourcisse.
04:48Il faut vraiment s'appuyer sur les gens de proximité, les pharmaciens.
04:53La pharmacie, pour moi, c'est une sécurité sanitaire.
04:55Il faut supprimer les prestataires à la sortie de l'hôpital qui bouffent la laine sur le dos des infirmières,
05:00qui bouffent la laine sur le dos des pharmaciens.
05:01Et les pharmaciens n'auront peut-être plus envie de changer de métier.
05:05Réorganisons le système sanitaire.
05:06Et on pourra avoir une économie équilibrée, du moins dans le domaine de la santé.
05:13Il faut reconnaître la proximité, la valeur de la proximité.
05:16Il faut faire en sorte que les infirmiers, les médecins puissent bosser dans de bonnes conditions.
05:22Et bosser dans de bonnes conditions, c'est avoir du personnel, avoir un secrétariat présentiel.
05:28La moyenne européenne, c'est 2 salariés, 3 par médecin.
05:31En France, c'est 0,7.
05:33Donc, si vous avez un secrétariat présentiel, si vous pouvez avoir une assistante,
05:37si vous pouvez avoir une infirmière dans le cabinet, vous faites un boulot impeccable.
05:41On prend en charge correctement les patients.
05:43Donnons les moyens aux médecins de travailler dans de bonnes conditions et les Français seront mieux soignés.
05:47Merci beaucoup.
05:48Merci Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France.
05:51Hervé, tu restes avec nous, bien sûr.
05:53On passe à la pépite santé.
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