00:007h46 sur BFM Business et sur AMC Live. Trop d'offres ou pas assez de demandes, c'est une équation économique classique.
00:05Focus ce matin sur le marché de l'électricité avec Thomas Vérin.
00:07Bonjour, vous êtes le directeur général de Pôle en charge de l'économie, de la stratégie et des finances de RTE,
00:12le réseau de transport d'électricité, qui a publié son bilan prévisionnel pour 2035.
00:18Le premier constat, c'est que la consommation électrique est au plus bas depuis 20 ans.
00:22Est-ce que c'est bravo aux Français, les efforts de sobriété payent ?
00:25Ou est-ce qu'on a échoué à électrifier nos usages ?
00:28Et dans ces cas-là, ça n'est pas une bonne nouvelle.
00:31Bonjour. Alors, la bonne nouvelle, c'est effectivement que la situation dans laquelle on était au moment de la crise,
00:362022-2023, on en est sorti.
00:39Et là, on peut dire merci sur les questions de sobriété, parce que ça a aidé à sortir de la crise.
00:45Donc ça, c'est une bonne nouvelle.
00:46Après, le fait que, tendanciellement, notre consommation d'électricité n'augmente pas,
00:52ça, c'est un constat, le constat qu'on n'arrive pas aujourd'hui à électrifier.
00:56Et donc, on n'est pas sur la trajectoire de décarbonation rapide.
01:00Or, cette trajectoire de décarbonation rapide, ce n'est pas uniquement un enjeu de climat.
01:04C'est aussi un enjeu de souveraineté.
01:05Il faut se rappeler toujours ces grands chiffres.
01:07La France, un pays qui importe 60% de son énergie, c'est de l'énergie fossile.
01:11L'énergie fossile, elle nous a coûté 64 milliards d'euros.
01:16C'est plus que le budget des armées.
01:18C'est plus que le budget de l'éducation nationale l'année dernière.
01:21Et puis, si je remonte à la crise de 2022, c'était entre 110 et 120 milliards d'euros.
01:26Et donc, nous, on a intérêt à sortir de cette dépendance.
01:29Les pays qui nous vendent du pétrole et du gaz, ils n'ont pas forcément cet intérêt-là.
01:32Mais nous, on a intérêt.
01:33Et aujourd'hui, on voit dans la consommation d'électricité que cette bascule vers l'électricité, c'est une intention.
01:39Il y a des projets, mais elle n'est pas concrétisée encore dans les chiffres.
01:43Mais ce qu'il faut dire, c'est qu'électrifier les usages, c'est faire des économies au niveau macroéconomique, au niveau de l'État et au niveau individuel.
01:51Oui, en fait, il y a de tout.
01:53L'objectif, ce n'est pas d'augmenter en tant que tel la consommation d'électricité.
01:57L'objectif, c'est d'augmenter la part de l'électricité dans le mix énergétique global.
02:01Et ça, ça se traduira, même si on est économe, ça se traduira à terme par une augmentation de la consommation d'électricité.
02:09Alors, à côté, c'est ce que vous avez dit, il y a quand même une bonne nouvelle.
02:12C'est que l'offre de production, elle est là.
02:15Le nucléaire, il retrouve son niveau d'avant-crise.
02:18Les renouvelables se développent au rythme qui était souhaité par les pouvoirs publics.
02:22Donc, elles, elles sont sur le bon rythme.
02:23On a réussi à les lancer.
02:25L'hydraulique 2022, c'était la pire année hydraulique depuis 1976.
02:29L'hydraulique est revenue à un niveau normal.
02:32Donc, on a une électricité qui est abondante, bas carbone.
02:35En réalité, il y a beaucoup de pays qui nous envient ça.
02:38Il y a eu des inquiétudes pour les particuliers en 2022-2023, mais aussi pour les entreprises.
02:43On avait plein d'entreprises qui venaient, qui nous disaient, nous, on n'aura pas assez d'électricité pour décarboner.
02:47Aujourd'hui, tout ça, c'est levé.
02:48Mais du coup, est-ce qu'il y a trop d'offres ?
02:50Ça paraît fou de vous demander ça trois ans plus tard.
02:52Mais est-ce qu'on a trop d'offres d'électricité ?
02:54Non, aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'on a trop d'offres.
02:56Le fait d'avoir une électricité abondante, qu'on exporte à des prix qui sont tout à fait significatifs.
03:03Ça rapporte plusieurs milliards d'euros par an.
03:05C'est le seul poste énergétique sur lequel on est en excédent.
03:09On a une balance commerciale positive sur ce poste-là.
03:11Donc, ça, c'est une force.
03:13On ne peut pas dire qu'on a trop d'offres aujourd'hui.
03:16Et encore une fois, on aurait vraiment tous signé pour être dans cette situation.
03:20Ça aussi, l'année dernière, on a battu le record d'export.
03:24Cette année, on sera très, très proche.
03:26Je ne sais pas si on sera un tout petit peu en dessous ou un tout petit peu au-dessous, mais on sera au même niveau.
03:29Ça veut aussi dire qu'on a des prix de marché en France qui sont maintenant beaucoup plus bas que ceux des autres pays européens.
03:37Et là encore, vous mentionniez, il y a 2-3 ans, on avait des prix de marché qui étaient élevés.
03:41Tout le monde se demandait comment c'était possible.
03:43Le fameux spread franco-allemand en matière d'électricité, tout le monde le scrute.
03:47Il était en faveur de l'Allemagne depuis 10 ans.
03:49Depuis 18 mois, il s'est inversé.
03:50Maintenant, on est même plus bas que l'Espagne.
03:52Les prix d'électricité ont énormément baissé.
03:55Il faut le redire.
03:56Ce n'est pas toujours dans la tête de nos concitoyens et de nos industriels.
03:59Un mot quand même sur le développement de notre puissance électrique.
04:03Sur les ENR et sur l'éolien, ça a coûté cette année 7 milliards d'euros.
04:07On prévoit de construire 6 prochains réacteurs EPR dans les prochaines années.
04:11Est-ce que c'est trop ?
04:12Parce que je vous parlais d'aujourd'hui, est-ce qu'on a trop d'offres ?
04:13Mais on va en avoir encore plus dans les prochaines années.
04:17La question sur l'offre, elle peut se poser.
04:18Dans le bilan prévisionnel que nous avons remis hier, on voit bien que le levier qui est le plus efficace pour non seulement nos objectifs stratégiques,
04:26mais aussi pour équilibrer notre système électrique et ne pas avoir de surcoût, c'est de réussir l'électrification.
04:32Et ça, ça nécessite des décisions dans les prochains trimestres.
04:35Il y a quand même une bonne nouvelle par rapport à ça.
04:36C'est que des projets d'électrification, des projets de réindustrialisation, il y a 5 ans,
04:42lorsque l'on travaillait sur notre grande étude, les futurs énergétiques 2050, ces projets, ils n'existaient pas.
04:48Il y a 3 ans, ils étaient au stade plutôt de la déclaration d'intention.
04:51Là, vous les voyez, dans le réseau, clairement...
04:53170 projets, juste sur le grand réseau, donc de l'industrie lourde, de la mobilité lourde, des data centers,
05:01qui ont réservé des droits d'accès au réseau pour être connectés d'ici 2030.
05:06Ces projets, donc, c'est un énorme potentiel.
05:09Si jamais ils se concrétisent, même à moitié, même s'il y a la moitié d'entre eux qui se concrétisent,
05:13on a une augmentation de la consommation d'électricité très importante et on a atteint tous nos objectifs.
05:18Donc, ils sont là.
05:19L'enjeu, c'est est-ce qu'au cours des prochains trimestres, ils prennent une décision d'investissement formelle,
05:25auquel cas, la consommation d'électricité, elle augmente et notre système, il se rééquilibre.
05:29Et donc, ça se joue...
05:30Mais ça se joue maintenant, dans un contexte budgétaire extrêmement tendu,
05:34avec des décisions importantes à prendre, il ne va rien se passer, Thomas Vérinck.
05:39Ça se joue maintenant, mais le contexte budgétaire, c'est une chose.
05:41Le prix de l'électricité, vous l'avez mentionné, c'est une autre.
05:44Quand on a un prix de l'électricité en France qui est en train de passer en dessous de 50 euros du mégawatt-heure sur les marchés,
05:49qui est quand même l'indicateur que scrutent les industriels,
05:52on est dans une position pour faire une bascule qui est quand même plus importante.
05:56Des projets de data centers qui veulent se connecter au réseau.
05:59Bien sûr, il y a des difficultés budgétaires que je ne méconnais pas du tout au niveau français.
06:06Mais ces projets-là, ils cherchent à aller en Europe.
06:10On a un réseau qui est très robuste.
06:12On a une stratégie réseau dans laquelle on développe, avant 2030,
06:16les capacités d'accueil dans les grandes zones industrielles,
06:19à Dunkerque ou à Vrafos.
06:20On a une stratégie de type fast track pour attirer des data centers.
06:25Donc, on a les outils pour y parvenir.
06:27Bien évidemment, si jamais on réussit cette bascule, notre système s'équilibre.
06:31Ensuite, régler transitoirement les rythmes de déploiement des énergies renouvelables.
06:36Ça fait partie des leviers.
06:38Aujourd'hui, on parle des renouvelables parce que c'est celles qui se déploient le plus rapidement.
06:42On pourra parler de tout après.
06:44Mais l'important, ça reste de réussir notre bascule.
06:49Et ça, ça se joue vraiment dans les prochains trimestres.
06:51Merci beaucoup Thomas Veringue d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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