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  • il y a 4 heures
Albert Millet, 78 ans, surnommé le sanglier des Maures. Une vie entière marquée par le crime, une colère bouillonnante, le besoin irrépressible de tuer. En cinquante ans, ce sont trois meurtres qu'on va compter dans son sillage. A chaque fois on pensait que la prison l'avait calmé et qu'il s'était assagi. A chaque fois la justice s'est trompée.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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Transcription
00:00Tout de suite.
00:0214h15, c'est l'heure du crime sur RTL.
00:06Jean-Alphonse Richard.
00:07Il y avait cette dame là qui regardait la vitrine.
00:09Et c'est à ce moment là que j'ai vu quelqu'un traverser la route.
00:13Il est arrivé à hauteur de cette dame là et il a donné un coup de revolver.
00:17Alors je me suis précipité parce que j'ai vu qu'elle vacillait.
00:20Et en même temps, Albert partait en courant quoi.
00:24Bonjour, Albert Millet, 78 ans.
00:28Surnommé le sanglier des morts.
00:31Une vie entière marquée par le crime.
00:33Une colère bouillonnante.
00:34Le besoin irrépressible de tuer.
00:37En 60 ans, 3 meurtres dans son sillage.
00:39A chaque fois, on pensait que la prison l'avait calmé et qu'il s'était assagi.
00:43A chaque fois, la justice s'est trompée.
00:45Albert Millet, l'homme qui tuait tous les 20 ans.
00:48L'heure du crime.
00:49La seule émission radio 100% fait divers.
00:51C'est tout de suite sur RTL.
00:58Dimanche 28 mars 1954, dans la soirée,
01:03une adolescente et sa tante se présentent à la gendarmerie de Hier, dans le Var.
01:08Paulette Doliotti, tout juste 16 ans, explique qu'un homme vient de lui tirer dessus.
01:14Elle sortait les poubelles quand il a surgi de la pénombre.
01:17Il avait un pistolet, il a fait feu.
01:18Par miracle, le couvercle de la poubelle a servi de bouclier, la balle a ricoché sur le métal.
01:25Paulette Doliotti et sa tante, Elisa Maggiorana, connaissent très bien le tireur.
01:32C'est un type du coin.
01:33Albert Millet, 25 ans.
01:35Depuis quelques mois, il tourne autour de l'adolescente.
01:38Il lui a dit qu'il était amoureux d'elle.
01:41La tante voit d'un mauvais oeil cette liaison.
01:43Selon elle, Albert Millet est un mauvais garçon.
01:46Malhonnête, pas fréquentable.
01:48Elle l'a prévenu qu'elle ne voulait plus le voir dans les parages.
01:51Il y a quelques jours, elle l'a croisé à une terrasse de café.
01:54Elle lui a répété de ne plus jamais s'approcher de sa nièce.
01:58Elisa Maggiorana lui a même mis une forte gifle devant tout le monde.
02:04Millet a été humilié.
02:06Il a proféré des menaces.
02:07Il a annoncé qu'il se vengerait.
02:09Les gendarmes connaissent bien cet Albert Millet.
02:13Un jeune hiéroi, livré à lui-même depuis son enfance.
02:15Une très mauvaise réputation.
02:18Il fréquente les voyous locaux.
02:21Vol, cambriolage.
02:22Il avait 15 ou 16 ans.
02:23Quand il est entré pour la première fois en prison,
02:26après son service militaire en Tunisie,
02:28il avait tiré sur un homme dans un bar.
02:31Il avait pris la fuite dans le maquis avant d'être condamné à un mois de détention.
02:36Albert Millet est introuvable.
02:38Disparu dans la forêt avoisinante qu'il connaît comme sa poche.
02:42Samedi 3 avril, une semaine après la tentative de meurtre visant Paulette Doliotti,
02:48sa tante, Elisa Majorana, attend l'autobus, avenue Gambetta, devant le grand magasin aux Dames de France.
02:57Albert Millet surgit sur le trottoir d'en face.
02:59Il s'approche calmement de la femme.
03:01Il sort un pistolet et lui tire une balle dans la tête.
03:03Elisa Majorana, 27 ans, s'écroule.
03:07Elle est morte.
03:08Le tireur part se réfugier dans les collines.
03:11Son repère habituel.
03:12Habitude qui lui vaut son surnom.
03:14Le sanglier des morts.
03:16Du nom du massif forestier qui surplombe hier et la région.
03:21Le lendemain, un témoin appelle la police.
03:24Millet est à la gare.
03:25On vient l'interpeller mais il fait feu.
03:27Dans la riposte, il est touché trois fois à la tête.
03:30On le croit mort.
03:31Il est dans le coma.
03:32Il s'en sort.
03:34C'est un miraculé.
03:35Des séquelles au visage, une bouche légèrement tordue qui lui donne un air patibulaire.
03:41Tous ceux qui le connaissent parlent de son regard clair et perçant.
03:47Vendredi 30 septembre 1955, un an et demi après le meurtre d'Elisa Majorana,
03:52Albert Millet, 26 ans, est jugé par la cour d'assises du Var.
03:56À Draguignan, le public se presse pour voir le sanglier des morts.
04:01Il risque la peine capitale.
04:03Millet affiche un regard absent.
04:05Quand on l'interroge, il explique qu'il aimait la nièce de la victime, Paulette.
04:09Mais on l'a chassé comme un malpropre.
04:11On l'a humilié.
04:12Il a tiré sur Paulette.
04:14Mais il voulait juste lui faire peur.
04:16À propos du meurtre de sa tante, il affirme qu'il voulait s'expliquer.
04:21Il voulait lui demander de retirer sa plainte.
04:24Mais Elisa Majorana s'est mise à hurler.
04:27Il a tiré instinctivement.
04:29Les jurés ne le croient pas.
04:31Après 40 minutes de délibéré, Albert Millet est condamné à la peine de mort.
04:36Pour seule réaction, il a ce mot provocateur.
04:38Vous me faites rire.
04:40Son avocat, maître Aimé Périmont, se pourvoit en cassation.
04:43La cour ordonne un nouveau procès.
04:45Millet est rejugé six mois plus tard.
04:47À Nice, il échappe de justesse à la guillotine.
04:51Peine, condamnée aux travaux forcés à perpétuité.
04:53Peine qui exclut alors toute possibilité de libération.
04:57Détenue à Frennes, Château-Thierry.
04:59Puis dans la pire des prisons françaises.
05:02Clairvaux.
05:05Clairvaux, la pire des prisons pour Albert Millet.
05:07Qui va y passer de longues années dans cet ancien cloître.
05:11Où il fait très froid et très chaud en été.
05:14Au point qu'hier, et dans le Massif des Morts, on va peu à peu oublier le sanglier.
05:19Finalement, on ne sait pas, il est resté en prison, on l'a perdu de vue.
05:23Pourtant, il va revenir pour à nouveau semer la terreur et à nouveau tuer.
05:27On le croyait pourtant rentrer dans le rang, mais on se trompait.
05:30On va voir ça évidemment dans la suite de l'heure du crime.
05:33Bonjour Jean-François Tiffiou.
05:35Bonjour.
05:36Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui dans l'heure du crime.
05:39Vous êtes écrivain et vous avez sorti ce livre qui vient de sortir.
05:44C'est tout récent, le sanglier des morts qui est publié aux éditions Feedback.
05:49C'est évidemment l'histoire qu'on raconte aujourd'hui, le sanglier des morts.
05:52Avec cette incroyable trajectoire criminelle qui est sans doute unique en France.
05:57On va sans doute en reparler.
05:59Alors, il faut revenir au commencement de cette histoire.
06:03Il a 25 ans, on est au milieu des années 50.
06:06Ce n'est pas récent tout ça.
06:08Albert Millet, il a 25 ans, il est amoureux de la jeune Paulette.
06:13Elle ignore, elle, plus ou moins sa mauvaise réputation.
06:17C'est un voyou local, Millet à l'époque, à hier.
06:20C'est une petite frappe, comme on dirait aujourd'hui.
06:22C'est ça.
06:22À cette époque-là, il est un peu considéré comme une petite frappe
06:25qui fait des petits coups à droite à gauche.
06:28Il n'a pas vraiment d'envergure.
06:30Et on ne connaît pas encore l'histoire de son passé
06:32qui fait qu'il est devenu comme il est à ce moment-là.
06:36C'est ça.
06:37Alors, il a cette habitude, ce qui est frappante.
06:40On va la retrouver tout au long de sa carrière criminelle.
06:43Il a cette habitude que dès lors qu'il commet un forfait,
06:45il va se réfugier dans ce massif des morts,
06:48d'où son surnom, je l'ai dit, le sanglier des morts.
06:52Et c'est d'ailleurs le titre de votre ouvrage,
06:53le sanglier des morts.
06:55Il est ici chez lui.
06:56Il a grandi comme un enfant sauvage dans cette région.
06:59Exactement, c'est l'enfant sauvage de Truffaut
07:01avec un passif affectif extrêmement troublé.
07:04Déjà par l'absence de sa mère,
07:07ce que j'ai découvert à l'écriture du livre,
07:10pendant mes recherches.
07:12Enfant, il avait déjà pris l'habitude de se réfugier dans ce massif.
07:17Et dès ses premiers méfaits importants,
07:20il est surnommé par la presse locale le sanglier des morts.
07:22C'est un endroit qu'il connaît parfaitement.
07:25Et donc là, c'est son refuge, en quelque sorte.
07:28Il fait peur aussi, encore un petit mot là-dessus,
07:30parce qu'il a un regard très très perçant,
07:32qui plus est, lorsqu'il s'est fait tirer dessus
07:35par les policiers qui viennent l'interpeller,
07:37ça a déformé son visage.
07:39Il est défiguré, oui.
07:41Et là, c'est frappant, parce qu'il est un peu effrayant d'ailleurs.
07:44Il est un peu effrayant, c'est un taiseux,
07:46il a une très très forte personnalité.
07:48Et ce n'est pas qu'il a peur de rien,
07:51mais il n'a plus rien à perdre, déjà jeune comme ça.
07:54Oui, c'est ça.
07:54Bonjour Peggy Poleto.
07:56Bonjour.
07:57Merci beaucoup d'être avec nous en direct,
07:59également dans l'heure du crime.
08:00Journaliste police-justice à Nice Matin.
08:03Vous avez enquêté sur cette affaire pour Nice Matin.
08:05Vous avez fait d'ailleurs un excellent dossier
08:07sur cet homme et sur sa trajectoire.
08:10Peggy Poleto, il y a le premier meurtre,
08:13il faut y revenir.
08:14Il tue Elisa Majorana.
08:16Elle est assise à un arrêt de bus.
08:18Elle lui a donné une gifle.
08:20J'ai envie de dire, Peggy Poleto,
08:21que dans ce premier meurtre fondateur
08:23de sa carrière criminelle,
08:25il y a tous les ingrédients de la colère
08:27de cet homme, d'Albert Millet.
08:30Oui, tout à fait.
08:31Pour lui, la gifle devant, en public,
08:34à la terrasse d'un café,
08:36c'est l'humiliation suprême.
08:38C'est une femme qui vient de le gifler.
08:41Il n'a pas du tout l'habitude de lui.
08:43Effectivement, c'est le petit boyou,
08:45la petite frappe.
08:49Ce n'est pas qu'il va perdre les pédales,
08:50c'est qu'en fait, il n'a jamais eu de pédale.
08:53C'est ça.
08:54Voilà, c'est un enfant qui s'est construit tout seul.
08:57Alors ça, c'est important ce que vous dites,
08:58parce qu'effectivement, lui, il va dire,
09:01mais je n'avais rien préparé, moi, de ce meurtre.
09:04Finalement, je voulais m'expliquer.
09:06Est-ce qu'on peut le croire, Peggy Poleto ?
09:07Non, pas vraiment,
09:10parce que des témoins, de toute manière, vont le voir.
09:13Il est en repérage, il a une arme.
09:15On ne se promène pas en centre-ville d'Oyer avec une arme.
09:18Non, non, c'est quelque chose qu'il a préparé.
09:21En fait, il a ruminé.
09:23Il s'est dit,
09:25cette gifle, ça a été le déclencheur.
09:28Ça a été le déclencheur.
09:30Jean-François Tiffiou,
09:31il porte la violence en lui,
09:33depuis tout jeune, cet homme.
09:34Ça, on ne peut pas lui enlever.
09:36On peut peut-être lui trouver des excuses, certes,
09:38mais là, on ne peut pas lui enlever.
09:39Non, il a la violence en lui.
09:40Il n'a jamais connu que ça.
09:42L'abandon affectif
09:44et la violence d'un père
09:46qui, pareil, au niveau de mes recherches,
09:49est défini comme un alcoolique
09:51et quelqu'un d'extrêmement violent.
09:54Il y a ce procès à Draguignan,
09:56son premier procès pour meurtre.
09:57Il ne fait pas très bonne impression.
09:59Non, il ne fait aucun effort.
10:01Il n'a pas les codes, déjà, pour commencer.
10:04Et puis, il est dans la provocation permanente.
10:08Oui, c'est ce qu'il va dire.
10:09Lorsqu'il est condamné,
10:10il va dire, vous me faites rire.
10:12Exactement.
10:13Donc, c'est très difficile pour son avocat
10:16et les parties présentes
10:17qui pourraient peut-être l'aider à l'époque.
10:19Mais il est condamné à mort, quand même.
10:20Il est condamné pour une première fois à la peine capitale.
10:23Et à l'époque, en guillotine, quand même.
10:24Exactement.
10:25Et donc, malgré tout,
10:26il a ce côté un peu lointain, évasif.
10:30Oui, mais je pense qu'il ne se rend pas compte des enjeux.
10:33Je pense que dans sa perception des choses,
10:38je le disais tout à l'heure,
10:39quand il commet son premier acte délictueux,
10:41c'est quelqu'un qui, dans sa tête,
10:43je pense que l'aspect psychologique,
10:46il n'a rien à perdre.
10:47Il ne croit en rien, il n'a rien à perdre.
10:49Et la seule chose qui le raccrochait,
10:50c'était cette petite Paulette.
10:52Il s'était amouraché d'elle.
10:55Et voilà, l'attente a tout cassé.
10:57Et le reste n'a pas d'importance.
10:59La prison, ou plutôt les prisons,
11:01et puis une nouvelle femme,
11:03et un nouveau meurtre.
11:05Albert Millet, l'homme qui tuait tous les 20 ans.
11:07J'ai tué ma femme, c'était une sainte.
11:10Et moi, je suis un con.
11:11L'enquête de l'heure du crime.
11:12On se retrouve dans un instant sur RTL.
11:1614h15, c'est l'heure du crime sur RTL.
11:19Jean-Alphonse Richard.
11:20A demain.
11:2314h15, Jean-Alphonse Richard sur RTL.
11:26L'heure du crime.
11:28Au programme aujourd'hui de L'heure du crime,
11:30la trajectoire d'Albert Millet,
11:31surnommée le sanglier des morts.
11:33En 1954, il avait tué une femme
11:36qui lui avait mis une gifle.
11:37Une humiliation suprême.
11:39Il a failli être guillotiné
11:41après 20 ans de prison.
11:43Il va retrouver sa ville, hier.
11:45Mardi 10 juillet 1973.
11:50Albert Millet, 44 ans, est en libération conditionnelle.
11:53Sa peine à perpétuité a finalement été commuée
11:55en 20 ans de détention.
11:58Alors qu'il était emprisonné, à Clairvaux.
12:01Millet a reçu une lettre de Fernande Valentin,
12:04l'épouse d'un de ses amis.
12:07Les courriers se sont succédés
12:09entre l'aide soignante de l'hôpital San Salvador,
12:11de Yer et le Tollard.
12:14Ils sont tombés amoureux.
12:16Fernande a divorcé de son mari
12:17pour vivre avec Albert.
12:19A Yer, le couple loge dans une petite maison
12:21de la vieille ville, aux 5 rues de la Croix.
12:24Albert Millet semble heureux.
12:26Il point toutes les semaines à la gendarmerie
12:28et fait tout pour se faire oublier.
12:30Seuls quelques anciens
12:32se souviennent de lui comme étant
12:33le sanglier des morts.
12:35Après 6 ans de vie commune,
12:37les liens se distendent.
12:38Fernande s'est lassé de cette vie
12:41avec un homme qui parle peu
12:43et la surveille sans cesse.
12:44Il est jaloux, méfiant.
12:46Le 12 juin 79,
12:48elle lui annonce qu'elle le quitte.
12:50Elle se dit épuisée.
12:51Elle ne lui en veut pas.
12:53Elle lui laisse même un chèque
12:54de 20 000 francs pour l'aider.
12:55Millet est furieux.
12:56Il claque la porte.
12:58Vers 5 heures du matin,
13:00il entre silencieusement dans la chambre.
13:02Fernande est endormi.
13:04Il la poignarde en plein cœur
13:06avec une dague.
13:08La mort a été instantanée,
13:09va dire le légiste.
13:11Mercredi 13 juin 79,
13:139 heures du matin,
13:144 heures.
13:15Après avoir poignardé à mort
13:16sa compagne,
13:17Albert Millet tire des coups de feu
13:19depuis le premier étage
13:20de la maison de la rue de la Croix.
13:22Une carabine dans une main,
13:24un pistolet calibre 11,
13:2543 dans l'autre.
13:27Lui qui ne boit jamais
13:28est complètement ivre.
13:29Il tire sur tout ce qui bouge.
13:31Il hurle à qui veut l'entendre.
13:33J'ai tué ma femme.
13:33C'était une sainte.
13:35Moi, je suis un con.
13:36Le GIPN,
13:37dirigé par le commissaire
13:38Guyenne Van Locke,
13:40est appelé.
13:41Il nous menaçait.
13:42C'était un sinistre personnage.
13:44Au premier coup de feu
13:45sur mes gars,
13:46je l'aurais abattu,
13:47dira-t-il.
13:48Le commissaire principal de hier,
13:49Silberti,
13:50et l'inspecteur Fabre
13:51tentent de négocier.
13:53Par la fenêtre,
13:54Millet balance des tiroirs
13:55remplis de photos,
13:56de bijoux,
13:57de lettres.
13:58Le curé de la paroisse
13:59est autorisé à entrer.
14:01Il demande à Millet
14:02de prier la Sainte Vierge,
14:04lequel s'agenouille
14:05tout en gardant une main
14:06sur sa carabine.
14:07Un policier entré
14:08par une fenêtre
14:09parvient à le désarmer.
14:10Albert Millet
14:11est en garde à vue.
14:12Le sanglier des morts
14:14a frappé à nouveau
14:15au titre d'un journal.
14:16C'est tout
14:17le sombre passé
14:18du meurtrier
14:19qui ressurgit.
14:20Lundi 11 mai 81,
14:24Albert Millet,
14:2551 ans,
14:25est jugé aux assises du Var
14:27pour le meurtre
14:27de Fernande Valentin.
14:29Son avocat commis d'office
14:31va plaider le crime passionnel.
14:33La famille de Fernande
14:34n'y croit pas une seconde.
14:36On fait remarquer à l'accusé
14:37qu'il a été impitoyable.
14:40Il a aussi tué Myrtille,
14:42la chienne d'Aubermane de Fernande.
14:44Il a jeté sa dépouille
14:46dans un puits.
14:47L'avocat général
14:48accable l'accusé.
14:50Il lit la lettre de rupture
14:51que Fernande lui a adressée.
14:53Le magistrat voit en millé
14:55un homme qui tue par rage,
14:56par pure violence,
14:57à cause d'une jalousie
14:58chevillée au corps.
15:00Il dit qu'il aimait ses femmes.
15:02Mais en 25 ans,
15:04il les a tuées
15:04toutes les deux.
15:06Cet individu est dangereux,
15:07clame l'accusation.
15:09François Mitterrand
15:09vient d'être élu
15:10président de la République.
15:12La peine de mort
15:12n'est plus d'actualité.
15:14Albert Millet
15:14est à nouveau condamné
15:16à la réclusion
15:16criminelle,
15:17la perpétuité.
15:19L'histoire se répète
15:21pour Albert Millet.
15:22Mais on va voir
15:22que l'histoire
15:23va continuer
15:24à se répéter.
15:25On a l'impression
15:25que ce sont
15:26des photocopies
15:28de crimes
15:28que l'on a
15:29sous les yeux
15:30dès lors
15:30qu'on compulse
15:31le dossier.
15:32Parce que tous
15:32ces crimes
15:33paraissent identiques.
15:34Qu'est-ce qu'il a
15:35dans la tête,
15:36cet homme,
15:37Albert Millet,
15:37pour commettre
15:38tous ces crimes ?
15:40Eh bien,
15:40on ne le sait pas trop
15:40parce qu'après tout,
15:41on ne s'est pas trop
15:42intéressé à lui.
15:43C'est comme ça.
15:43à l'époque,
15:45les psychiatres,
15:46les magistrats
15:47ne suivent pas forcément
15:48les gens
15:49qui sont condamnés.
15:50Le fait est,
15:51c'est que le sang
15:51va continuer à couler
15:53et on va voir ça
15:54dans la suite
15:55de l'heure du crime.
15:56Peggy Poletto,
15:57vous êtes avec nous
15:58dans cette heure du crime,
15:59journaliste police
16:00à justice
16:02à Nice matin.
16:03Vous avez beaucoup écrit
16:04sur ce personnage
16:05qui est d'ailleurs
16:06effectivement
16:07très intéressant
16:08dans sa mécanique criminelle.
16:10Alors là,
16:10on a un peu du mal
16:11à comprendre
16:12parce que Fernande Valentin
16:13qui est venu le chercher
16:15dans cette sinistre
16:16prison de Clairvaux
16:17avec qui il a passé
16:20six ans,
16:21c'était la femme
16:22de sa vie
16:22mais il a tué
16:23encore une fois
16:24la femme de sa vie ?
16:26Oui,
16:26mais finalement,
16:26on se demande
16:27si Albert Millet aime
16:29ou s'il aime posséder
16:31puisque c'est encore
16:34un refus de Fernande
16:36le fait qu'elle lui annonce
16:38qu'elle veut
16:38se séparer de lui,
16:39qui va encore
16:40le faire disjoncter.
16:42Et Fernande,
16:44elle n'en peut plus.
16:45Millet vit à ses crochets,
16:46elle est obligée
16:47d'accumuler les emplois,
16:49elle a un double emploi,
16:51il ne travaille pas,
16:53il est à charge finalement
16:54et puis elle,
16:56elle n'en peut plus.
16:57Et quand elle lui signifie
16:58que c'est terminé,
17:00Millet va encore
17:01se prendre
17:03une deuxième gifle.
17:05Et là,
17:06ça va être encore une fois
17:07le déclic.
17:08chaque fois,
17:09il y a ce moment critique,
17:10comme on dit
17:11en matière criminelle,
17:12qui fait que tout bascule.
17:14Peggy Poleto,
17:16ce n'est pas ce qu'on s'oppose
17:17à sa toute puissance,
17:18à sa volonté,
17:20à cet homme,
17:21que d'un seul coup,
17:22il réagit comme ça ?
17:23Exactement.
17:24Mais ce sont des féminicides,
17:26tout simplement,
17:27on dirait aujourd'hui.
17:27Oui, oui,
17:28exactement.
17:29Il ne supporte pas
17:30la contradiction,
17:31il ne supporte pas
17:32la frustration.
17:34Pour lui,
17:35une femme,
17:36elle doit être possédée,
17:37c'est sa propriété.
17:39Et puis,
17:39il a quand même affaire
17:40à des femmes
17:41qui vont s'opposer à lui,
17:43qui ont du caractère.
17:45Mais lui,
17:46il a tout du tyran domestique.
17:47Tout à fait.
17:48Jean-François Tiffiou,
17:50auteur d'un ouvrage
17:51sur le sanglier des morts,
17:53et vous connaissez évidemment
17:54par cœur cette histoire.
17:56Je voudrais qu'on revienne
17:57un peu sur ce siège
17:58à grand spectacle
18:00dans cette maison
18:01assiégée
18:01dans la vieille ville de Hier.
18:04Alors évidemment,
18:04là,
18:05c'est presque la France entière
18:06qui va découvrir cet homme
18:07parce que la police est là.
18:09Je l'ai dit,
18:09le GIPN à l'époque
18:10est une force d'assaut
18:12et est venu prêter main forte
18:13aux policiers locaux.
18:15Là,
18:15on est vraiment
18:16en plein western,
18:17j'ai envie de dire,
18:17dans cette ville de Hier.
18:19Oui,
18:19on ne s'attendait pas à ça.
18:21C'est un vrai pétage
18:22de plomb
18:23de la part d'Albert Millet.
18:25Tous ces codes
18:26s'effondrent à nouveau.
18:28Il est...
18:29Il est...
18:29Oui,
18:30c'est un féminicide.
18:31J'en suis absolument convaincu.
18:33Mais il y a encore
18:34l'aspect humiliation
18:35qui fait qu'il franchit
18:37un pas supplémentaire.
18:38Quand elle lui propose
18:39de l'argent pour partir,
18:40c'est un peu comme
18:41si elle lui mettait une baffe,
18:42en fait.
18:42Donc,
18:43tous les objets
18:44passent par la fenêtre.
18:45ça crée un énorme
18:48bouleversement
18:49dans la ville de Hier.
18:51Et je crois d'ailleurs
18:51qu'il y a un policier...
18:52Tout le monde a peur,
18:53d'ailleurs.
18:53Tout le monde a peur.
18:54Là,
18:54il franchit un nouveau stade.
18:55Puis il tire sur tout ce qui bouge.
18:56Il y a un policier
18:57qui va te blesser.
18:58Exactement.
18:58Il y a un policier
18:59qui est blessé.
19:00L'affaire s'arrête,
19:02cette affaire-là s'arrête
19:03par le courage d'un homme
19:04qui arrive
19:05par l'intermédiaire
19:07d'une prière,
19:08entre guillemets,
19:09à calmer son ardeur
19:10obsessionnelle
19:12et son coup de folie.
19:14Mais on découvre vraiment
19:16le personnage
19:17au niveau national
19:17à ce moment-là.
19:18Il y a quelque chose d'étonnant
19:19parce qu'avec Albert Millet,
19:21tout est blanc
19:21et tout est noir.
19:22Le gris,
19:23ça n'existe pas tellement.
19:24C'est ou l'un ou l'autre.
19:26Il n'a pas connu, le gris.
19:27Oui, c'est ça.
19:28Il n'y a pas de nuance.
19:29Il n'y a pas de nuance.
19:30Il a été élevé sans nuance.
19:31Il n'y a pas de nuance
19:32et il y a d'autant moins de nuance
19:33qu'il vient de tuer cette femme.
19:35Une dague dans le cœur.
19:36Ce n'est pas rien.
19:37Il est en pleine nuit.
19:38Il s'est levé.
19:39Une dague dans le cœur.
19:41Elle est morte quasiment instantanément.
19:43Fernande,
19:43il reste auprès du corps.
19:45Il ne s'enfuit pas.
19:47Cette fois,
19:48il ne va pas dans le maquis.
19:48Non, il ne va pas dans le maquis.
19:50Il reste auprès d'elle
19:51parce que je crois
19:52que dans sa folie criminelle,
19:55il a conscience
19:56que c'était effectivement
19:58peut-être la femme de sa vie
19:59mais il est incapable
20:01de gérer ses émotions.
20:02Et comme le disait très bien
20:03la journaliste de Nice ce matin,
20:05c'est un féminicide.
20:06C'est quelqu'un qui a besoin
20:07de contrôler absolument
20:08toutes les situations.
20:10Et elle n'en pouvait plus, elle.
20:12Malgré tous les efforts
20:13qu'elle pouvait faire,
20:14les deux ou trois boulots
20:15qu'elle avait
20:16pour pouvoir subvenir
20:17à leurs besoins,
20:18il commet à nouveau
20:19l'irréparable.
20:20Alors, deux femmes tuées,
20:22évidemment,
20:22c'est déjà énorme
20:24dans une carrière criminelle.
20:26Peggy Poleto.
20:28Alors, je sais qu'on est
20:28quelques années auparavant,
20:30mais on n'a pas l'impression
20:32qu'on l'ait beaucoup
20:32expertisé psychologiquement,
20:35Albert Millet, finalement.
20:36Moi, je n'ai pas retrouvé
20:37trace de rapports
20:38de psychiatres
20:39qui se seraient penchés
20:40sur son cas.
20:40Non, effectivement,
20:42les expertises psychologiques
20:44sont très superficielles.
20:46Il va être décrit
20:47comme borderline,
20:49finalement,
20:49qui ne veut pas dire
20:50grand-chose.
20:51Mais tout le ramène
20:52à son enfance traumatique
20:54avec son père
20:56qui est violent,
20:57qui est alcoolique,
20:59la mère qui quitte
21:00le domicile familial.
21:02Donc, il n'est pas équilibré.
21:05Ce n'est pas un homme
21:06qui s'est construit
21:07dans un équilibre.
21:10Oui, il a un trouble
21:12de la personnalité
21:13antisociale
21:14avec une jalousie délirante
21:16et incapable
21:18de gérer le rejet.
21:19Oui, c'est tout à fait.
21:20Alors, évidemment,
21:21son avocat,
21:22qui est un commis d'office
21:23à Draguignan
21:23pour ce deuxième procès,
21:25il va peut-être essayer
21:27d'un peu faire pleurer
21:27dans les chaumières
21:28en attirant l'attention
21:29sur l'enfance
21:30de cet homme
21:31qui était épouvantable,
21:33etc.,
21:33qui a été malmené.
21:34Mais Jean-François Tiffiou
21:36en mots là-dessus,
21:37il n'y a personne
21:37qui croit
21:38en la détresse
21:39de cet homme
21:39d'Albert Millet.
21:41À nouveau,
21:41on le regarde
21:42comme une espèce
21:42de bête,
21:43de sanglier des morts.
21:44Oui, c'est une bête curieuse.
21:45Mais l'époque aussi
21:46au niveau judiciaire
21:49n'est pas à l'étude
21:52de son cas psychologique.
21:54Je veux dire...
21:54Ce n'est pas à la mode.
21:55Ce n'est pas à la mode.
21:56Je veux dire,
21:57il y a un acte délictueux,
21:58on punit un acte délictueux,
22:00mais on n'est pas là
22:01pour s'attarder
22:02sur l'aspect psychologique
22:03du personnage.
22:04Une nouvelle libération conditionnelle,
22:09une troisième femme en danger.
22:12Albert Millet,
22:12l'homme qui tuait
22:13tous les 20 ans.
22:15J'en ai assez
22:15que tu me suives
22:16dans mes pensées.
22:17Je te quitte.
22:18L'enquête de l'heure du crime.
22:19Pourquoi entraîner
22:20la femme qu'on aime
22:21dans le maquis ?
22:22Une pioche dans une main,
22:24un pistolet dans l'autre.
22:26À suivre dans un court instant
22:27sur RTL.
22:29Jean-Alphonse Richard
22:30sur RTL.
22:32C'est l'heure du crime
22:32jusqu'à 15h.
22:34...de grignoter.
22:3614h, 15h.
22:37C'est l'heure du crime
22:38sur RTL.
22:39Jean-Alphonse Richard.
22:41C'est quand même très léger
22:42quand on remet en liberté
22:44un homme qui a tué.
22:47Le fait de dire
22:48que Petit Pépère
22:49veut terminer sa vie tranquille,
22:50l'explication me semble
22:51un peu courte
22:53et d'une étroitesse d'esprit
22:55colossale.
22:57Retour aujourd'hui
22:58dans l'heure du crime
22:59sur le parcours sanglant
23:00d'Albert Millier
23:01surnommé le sanglier des morts.
23:03Il a tué ses deux compagnes
23:05à 25 ans d'intervalle,
23:07deux fois condamnés
23:08à la perpétuité
23:09après avoir à nouveau
23:10passé 20 ans en prison.
23:12La libération conditionnelle
23:13lui est accordée.
23:16Jeudi 20 décembre 2001,
23:18Albert Millier, 72 ans,
23:19quitte la prison de Saint-Maur
23:21dans le Val-de-Marne.
23:23Les psychiatres
23:24non détectés chez cet homme
23:25âgés, usés,
23:27aucun danger
23:28ni risque de récidive.
23:29Et une nouvelle fois,
23:31une femme l'attend
23:31à la sortie de la prison.
23:33Il a rencontré Gisèle,
23:35une niçoise,
23:3654 ans,
23:38dans un café
23:39lors d'une permission
23:39de sortie.
23:40Gisèle ne roule pas sur l'or,
23:42elle vit d'une petite pension
23:43d'invalidité.
23:44Elle a des dettes,
23:45elle aime bien jouer au casino.
23:47Albert Millier est enthousiaste,
23:48à l'idée de s'installer
23:49avec elle
23:50dans un modeste deux-pièces
23:51au numéro 3
23:52de l'avenue du Patrimoine,
23:54à Nice.
23:56En prison,
23:57le sanglier des morts
23:58s'est constitué
23:58une belle cagnotte,
24:00de l'argent gagné
24:01dans les ateliers
24:01des maisons d'arrêt.
24:03Mais pour Gisèle,
24:04il dépense,
24:05sans compter,
24:06au point que son agent
24:08de probation s'inquiète.
24:10Millier lui répond
24:11qu'il fait ce qu'il veut
24:13de son fric.
24:14L'administration soupçonne
24:16un abus de faiblesse.
24:18En seulement quelques semaines,
24:19l'extollard n'a plus un sou.
24:22Mais il soupçonne
24:23surtout Gisèle
24:24de le tromper.
24:26Après deux mois de vie commune,
24:27elle lui demande de partir.
24:28« Je n'ai marre que tu me suives
24:30dans mes pensées, »
24:30lui écrit-elle.
24:32« Il a jusqu'au 15 février
24:34pour faire ses valises. »
24:36Mardi 12 février 2002,
24:38Albert Millier
24:39convainc Gisèle
24:41de l'accompagner
24:42jusqu'à hier.
24:44Il dit avoir caché
24:4512 lingots d'or
24:47dans le maquis.
24:48Il lui en donnera la moitié
24:49si elle reste avec lui.
24:50Le couple se retrouve ainsi
24:51dans une colline déserte
24:53et sauvage,
24:54au fenouillet,
24:54derrière le château
24:55des seigneurs de Fosse.
24:57Il a pris une pioche.
24:58Gisèle le regarde
24:59creuser la terre.
25:01Et elle s'aperçoit aussi
25:03qu'il a un pistolet.
25:05Elle prend peur.
25:06Il tente de la rassurer.
25:07Elle crie.
25:08Elle s'enfuit.
25:09Le couple rentre à Nice.
25:11Cinq jours plus tard,
25:13en pleine nuit,
25:14Albert Millier
25:14entaille la gorge
25:16de Gisèle.
25:17Elle s'en sort miraculeusement.
25:19Millier n'est pas allé
25:20au bout de son geste.
25:21En dépit de son lourd
25:22casier judiciaire,
25:24il échappe aux assises.
25:26Jugé pour violence
25:27avec arme en 2003
25:29en correctionnel,
25:30il est condamné
25:31à sept ans de détention.
25:33Sept ans de prison.
25:36Ça veut dire que cette fois,
25:37c'est fini.
25:38Pour le sanglier des morts,
25:39pour Albert Millier,
25:41il a déjà 72 ans,
25:4373 ans,
25:43et il va retourner en prison
25:45pour au moins 4, 5 ans.
25:47Donc voilà,
25:48évidemment,
25:48la justice dit que
25:49cette fois,
25:50il est sous les barreaux
25:50et que toute cette aventure
25:53criminelle,
25:53cette saga criminelle
25:54va s'achever.
25:55Peut-être d'ailleurs,
25:56va-t-il mourir avant ?
25:57Eh bien,
25:58on se trompe.
25:58Et lourdement,
25:59on va le voir,
26:00évidemment,
26:00dans la suite
26:01de l'heure du crime.
26:02Peggy Poletto en mot là-dessus.
26:05C'est très rare.
26:06Évidemment,
26:07vous le savez bien,
26:07vous êtes journaliste
26:08police-justice,
26:09vous passionnez
26:10pour ces dossiers.
26:11C'est très rare,
26:12voire rarissime,
26:13que des crimes,
26:14parfois,
26:15souvent les crimes se ressemblent
26:16lorsqu'il y a des sérials killers,
26:18comme on dit,
26:18lorsqu'il y a des tueurs sériels,
26:19des tueurs en série,
26:21mais que ce soit aussi
26:22copié-collé,
26:23j'avoue que
26:23je n'ai jamais vu ça.
26:26Oui,
26:26mais je pense
26:28qu'il a le profil
26:29du tueur en série.
26:31Il a eu une obsession
26:32pour le contrôle,
26:34mais il n'a jamais été,
26:35il n'a jamais eu
26:36un suivi psychiatrique
26:38ou psychologique.
26:40Il a vraiment
26:41le profil
26:41du tueur en série
26:42et puis son parcours
26:43criminel
26:44le démontre.
26:45Il tue,
26:46il tue méthodiquement
26:48tous les 20 ans.
26:49Voilà,
26:50c'est ça,
26:50il y a cette métronomie
26:51chez lui
26:52qui est étonnante,
26:53il est très,
26:54très régulier.
26:56Peggy Poletto,
26:56c'est presque un tueur
26:57d'habitude,
26:58Albert Millet.
26:59Il a ses habitudes,
27:00d'ailleurs il a toujours
27:01des pistolets,
27:02on se demande
27:02d'où il les sort,
27:03il va les chercher
27:03peut-être dans la campagne,
27:04c'est ça ?
27:05Exactement,
27:06il les cache,
27:07comme il est surnommé
27:09le sanglier des morts,
27:10c'est un habitué
27:10des collines,
27:13et il cache ses armes,
27:15et surtout pour lui
27:16c'est une routine,
27:18c'est un tueur d'habitude.
27:20Il a une recette
27:22qui est éprouvée,
27:23et puis il la renouvelle.
27:26Et c'est souvent face
27:26à des femmes,
27:27une femme le résiste,
27:29le repousse,
27:30il tue.
27:31C'est automatique.
27:32Oui c'est ça,
27:33mais alors il est de la
27:33très, très vieille école,
27:35j'ai envie de dire.
27:36Il est très frustre aussi,
27:37sûrement,
27:38Albert Millet,
27:39parce que les femmes
27:39lui appartiennent
27:40dès lors qu'il est avec elles.
27:42Voilà,
27:42c'est son bien,
27:43c'est sa propriété.
27:44Jean-François Tiffiou,
27:46auteur d'un ouvrage là-dessus,
27:48sur cette affaire,
27:49sur le sanglier des morts,
27:51ce sont les femmes
27:52qui le rendent fou,
27:53cet homme ?
27:54C'est l'abandon,
27:55l'humiliation,
27:58c'est un basculement.
28:00Alors,
28:00ouais,
28:01on peut le considérer
28:02comme un tueur par habitude,
28:04mais pas que.
28:05Je veux dire,
28:05je pense que ça va au-delà de ça.
28:07Et quant à son rapport aux armes,
28:09il aime les armes
28:10depuis son service militaire.
28:11C'est-à-dire que la seule chose
28:12qu'il a réussi dans sa vie,
28:13c'est à devenir tireur d'élite
28:15quand il était à l'armée.
28:16Oui,
28:16où il tirait très bien d'ailleurs.
28:17Il tirait très bien.
28:18On l'a remarqué,
28:18vous le racontez dans votre livre.
28:20Exactement.
28:20Mais question quand même
28:21très très,
28:22un peu pointue,
28:23mais dès lors qu'il se met
28:25avec une femme,
28:26est-ce qu'à votre avis,
28:27dans sa tête,
28:28il y a cette idée
28:31qu'un jour il a tué ?
28:32Non.
28:33Non, c'est un...
28:34Il n'y a pas cette préméditation
28:35ancienne ?
28:36Non, je pense pas.
28:37Je pense qu'à chaque fois,
28:37il y croit.
28:38Je pense qu'à chaque fois,
28:39il rentre dans une histoire,
28:41une nouvelle histoire
28:43qu'il n'a pas les codes,
28:44il n'a pas la culture
28:45et qu'il est dépassé
28:46par ses sentiments
28:47et qu'il devient
28:49un tueur en série,
28:51j'allais dire presque par accident.
28:53Mais c'est mon sentiment profond
28:55par rapport à Millet.
28:57Oui, c'est ça.
28:57Parce que vous avez consulté
28:58évidemment beaucoup de documents,
28:59vous avez interrogé
29:00beaucoup de personnes
29:01pour votre ouvrage
29:02et donc vous en arrivez
29:03à tirer cette conclusion.
29:05C'est pas pour l'excuser,
29:06évidemment.
29:06Non, du tout.
29:07Mais effectivement,
29:08il y a cette mécanique
29:09qui est très surprenante
29:10et qu'on retrouve très rarement,
29:12y compris chez les tueurs
29:13en série.
29:14Peggy Poleto,
29:15un mot sur cette virée
29:17dans le maquis.
29:19Il part avec Gisèle,
29:20il lui dit
29:21je vais te trouver mes lingots,
29:22je t'offrirai des lingots,
29:23je ne pense pas
29:24qu'il y ait beaucoup
29:24de lingots d'or
29:25dans le maquis
29:27à ce moment-là.
29:28Il a sa pioche
29:29et il a son pistolet.
29:31Selon vous,
29:31Peggy Poleto,
29:32il était prêt à la tuer,
29:33cette femme ?
29:34Oui, c'était un guet-tapon,
29:36clairement.
29:37Et puis,
29:37il a surfé sur une légende
29:39qu'il a construite lui-même.
29:41Il a pu lui raconter
29:43qu'il avait
29:44ou procédé à un braquage
29:46ou volé des lingots d'or
29:48qu'il a enterrés
29:49vers le château de Hier.
29:51Mais son but,
29:53c'est surtout
29:54de très certainement
29:57tuer sa nouvelle compagnie.
29:59Oui, tout à fait,
29:59parce que Gisèle,
30:00elle lui a pris son argent.
30:02Mais j'ai envie de dire,
30:02ça, il s'en fout.
30:04Il s'est laissé faire,
30:05il s'est laissé dépouiller,
30:06il n'a plus un sou, etc.
30:07Il avait accumulé
30:08un petit trésor comme ça
30:09en prison.
30:10Là, c'est fini.
30:10Mais là,
30:11ce qui le rend fou,
30:12c'est qu'il ait l'idée
30:13qu'elle puisse le tromper.
30:14C'est ça,
30:14c'est toujours pareil.
30:16Elle vient de mettre fin
30:18à la relation.
30:20Elle a,
30:21effectivement,
30:21elle lui a dérobé
30:22tout son petit pécule
30:24qu'il a accumulé
30:25en détention.
30:26Mais elle ne veut plus de lui.
30:28Elle veut le mettre à la porte.
30:29Et lui,
30:30il essaie de l'amadouer
30:32dans un dernier sursaut.
30:33C'est lui promettre de l'argent.
30:36Après cinq ans de prison,
30:38un ultime coup de sang.
30:41Albert Millet,
30:42l'homme qui tuait tous les 20 ans.
30:44Après ce bain de sang,
30:45on avait peur
30:45qu'il vienne sonner chez nous.
30:47L'enquête de l'heure du crime.
30:48On se retrouve dans un instant
30:49sur RTL.
30:51L'heure du crime.
30:53Jusqu'à 15h sur RTL.
30:55C'est l'heure du crime sur RTL.
31:00L'heure du crime consacrée aujourd'hui
31:02à la trajectoire d'Albert Millet,
31:03surnommé le sanglier des morts.
31:05En une quarantaine d'années,
31:06cet homme a tué deux
31:08de ses premières compagnes
31:10et gravement blessé la troisième.
31:12À l'été 2007,
31:13il retrouve la liberté
31:14après avoir purgé
31:15sa troisième peine.
31:17Lundi 6 août 2007,
31:20Albert Millet, 78 ans,
31:22vieux monsieur,
31:23légèrement voûté,
31:24visage émacié,
31:25cheveux blancs comme la neige,
31:27revient s'installer ailleurs.
31:29Il ne connaît plus personne ici
31:30et personne ne semble
31:32s'intéresser à lui.
31:33Il prend une chambre
31:34à l'hôtel du Soleil
31:35sur les hauteurs
31:36de la vieille ville
31:37au numéro 4
31:38de la rue Neuve.
31:39Il fuit toute discussion
31:40mais il engage
31:42la conversation
31:42avec une femme
31:43qui habite la rue,
31:45Chandale Cartinuto.
31:46La cinquantaine,
31:48infirmière,
31:49mère et grand-mère,
31:50elle vit seule,
31:51elle traverse
31:52une mauvaise passe,
31:53elle trouve Millet distrayant.
31:55À ses amis,
31:56Chantal dit que cet homme,
31:57malgré leur différence d'âge,
31:59est gentil,
32:00prévenant.
32:01Il lui fait des petits cadeaux,
32:02il prend soin d'elle.
32:03Albert Millet s'installe
32:04chez elle.
32:05Heureux de cette situation
32:07mais vite mécontent
32:08que Chantal Cartinuto
32:09soit en contact
32:11avec un vieil ami
32:12qui est aussi son confident.
32:14C'est le dénommé
32:14Christian Fernandez.
32:16Chantal lui répond
32:17qu'elle connaît Christian
32:18depuis des années
32:19et qu'il n'y a rien entre eux.
32:21Mais Millet est rongé
32:23par la jalousie.
32:24Lundi 19 novembre
32:26au petit matin,
32:27trois mois seulement
32:28après leur rencontre,
32:30Albert Millet tire
32:31sur Chantal Cartinuto
32:33et sur Christian Fernandez,
32:35invité à la maison
32:36cette nuit-là,
32:36Fernandez,
32:3741 ans,
32:38est tuée.
32:39Chantal est grièvement
32:41blessée à la cuisse.
32:42Les voisins la découvrent.
32:44valent l'appel à l'aide
32:44à 7h du matin.
32:48Albert Millet,
32:48qui vient de tuer
32:49pour la troisième fois,
32:50n'est plus à la maison.
32:52Il est parti à pied
32:53dans la nuit.
32:54Les policiers sont certains
32:55que le vieil homme
32:55s'est réfugié
32:56dans les collines.
32:57Ils pensent que le suspect
32:59n'ira pas très loin.
33:00Ses jambes le font souffrir.
33:02ailleurs,
33:03les habitants craignent
33:04que le sanglier des morts
33:05continue à tuer.
33:07Après ce bain de sang,
33:08on avait peur
33:09qu'il vienne sonner chez nous,
33:10se souviendra Patricia,
33:12une voisine de Chantal Cartinuto
33:14dans Nice Matin.
33:17Et c'est vous,
33:18Peggy Poletto,
33:19vous êtes l'une de nos invitées
33:20aujourd'hui dans l'heure du crime,
33:21c'est vous,
33:21Peggy Poletto,
33:22qui avez recueilli
33:23le témoignage
33:24des gens de hier.
33:26C'est pas si vieux que ça,
33:27c'était en 2007
33:29avec effectivement
33:30cette troisième mort
33:31signée du sanglier des morts.
33:34À ce moment-là,
33:34on se dit que tout est possible
33:36avec cet homme
33:36parce que,
33:37je le rappelle,
33:38Peggy Poletto,
33:39il a 78 ans
33:41et il continue à faire peur
33:42à une ville entière.
33:46Ce jour-là,
33:47devant la ville de Hier,
33:48on entendait des gyrofards
33:50de partout.
33:53Déjà,
33:54on savait
33:54qu'une personne âgée
33:55avait tué un homme
33:57d'une cinquantaine d'années,
33:58ce qui était
33:59plutôt inédit.
34:02Et puis,
34:04le nom de Millet
34:05a commencé à circuler.
34:07Or,
34:07pour tout vous dire,
34:08j'étais à l'agence
34:09de Nice Matin
34:10ce jour-là.
34:11Quand j'ai entendu
34:12le nom d'Albert Millet,
34:13je ne savais absolument
34:15pas qui il était.
34:17Et après,
34:18vous avez appris,
34:19évidemment très vite,
34:20vous avez su
34:20qui il était.
34:22Exactement.
34:23Et puis là,
34:23les gens ont parlé
34:25comme le sanglier des morts,
34:27celui qui tirait
34:28sur les femmes.
34:31Jean-François Tiffiou,
34:32auteur d'un ouvrage
34:33sur cette affaire
34:35et sur cette trajectoire,
34:36la trajectoire d'Albert Millet
34:37qu'on rencontre aujourd'hui
34:38dans l'heure du crime.
34:41Chantal Cardinuto,
34:43pourquoi il jette
34:43son dévolu sur cette femme ?
34:45Alors,
34:45elle habite la même rue,
34:46c'est vrai que c'est plus pratique,
34:47il est à l'hôtel,
34:48le domicile de Chantal
34:50n'est pas très loin,
34:51mais elle est fragile,
34:53c'est un peu
34:53une victime
34:55désignée,
34:56presque l'impression.
34:57Elle est très seule,
34:58elle est fragile
34:59et elle va écouter
35:00cet homme
35:00qui lui parle bien,
35:02entre guillemets.
35:03Oui,
35:04elle est en pleine dépression
35:06au moment où
35:07ils la rencontrent.
35:08Elle habite à proximité
35:09de l'hôtel du soleil
35:11et
35:12il commence
35:15à discuter avec elle,
35:16il lui remonte
35:17le moral,
35:18on va dire au départ,
35:18c'est plutôt
35:19d'une bonne intention
35:20et effectivement,
35:22quand Christian,
35:23pour lui,
35:23devient trop présent,
35:25il s'inquiète.
35:26Donc,
35:27nouveau dérapage,
35:28malgré son âge,
35:29nouveau dérapage,
35:30malgré le fait que
35:31cette femme lui dit
35:33que Christian
35:34est homosexuel,
35:35même.
35:36Il ne peut pas
35:37s'empêcher,
35:38donc il dérape
35:38et là,
35:39je pense que c'est
35:40il commet l'irréparable
35:43et il est
35:44comme il a vécu.
35:46Ça se termine
35:46comme il a vécu.
35:47Je repose la question
35:50parce que c'est compliqué,
35:51je ne suis pas sûr
35:52qu'on ait la réponse
35:52mais il est comme
35:53un baril de poudre,
35:54évidemment,
35:55cet homme,
35:57il a 78 ans,
35:59comment est-ce qu'il fait
36:00encore pour s'enflammer
36:01comme ça
36:02avec des vieux réflexes ?
36:03Il a fait des années
36:04de prison,
36:05il a connu
36:06les pires prisons
36:06et il sait que
36:07sans doute
36:07il va y retourner.
36:09Plus de 40 ans de prison
36:10mais peut-être
36:10que c'est aussi ça
36:11sa problématique,
36:12c'est-à-dire
36:12qu'il n'a jamais eu
36:13d'autre issue
36:13que la violence familiale
36:16quand il était enfant,
36:17la violence carcérale
36:18à chaque crime
36:19qu'il avait commis
36:20et il n'a pas les codes.
36:24Quand il est libre,
36:25il n'a pas les codes,
36:25il ne les connaît pas.
36:26C'est comme ça,
36:30c'est un personnage
36:31qui...
36:31Il est enfermé
36:32dans son système
36:33et on a l'impression
36:35qu'évidemment
36:35il ne peut pas
36:36en sortir.
36:37Peggy Poleto,
36:38il y a une question
36:39quand même importante,
36:40c'est que là,
36:40il a essayé
36:41de tuer
36:42Chandale Cardinuto,
36:44il a tiré dans la jambe
36:45en tout cas,
36:45peut-être d'ailleurs
36:46il a fait exprès
36:46de la rater
36:47mais ce n'est pas sûr,
36:48en tout cas il a tiré dessus.
36:49Il a tué
36:50Christian Fernandez,
36:5141 ans,
36:52qui était face à lui,
36:53il l'a battu
36:54parce qu'il ne pouvait
36:54pas le supporter,
36:55il ne pouvait pas supporter
36:56sa concurrence
36:57entre guillemets
36:58et il venait
37:00de sortir de prison
37:01et là,
37:02les psychiatres
37:03une nouvelle fois
37:03et les magistrats,
37:05là on peut les citer,
37:06ils disent
37:06ah ben non,
37:07cet homme Albert Millet,
37:08non non,
37:08il est devenu inoffensif,
37:10il est trop vieux,
37:11il est trop fatigué.
37:13C'est incroyable
37:14parce que là,
37:14effectivement,
37:15on l'a laissé sortir.
37:17Preuve en est
37:18qu'ils se sont trompés
37:20et qu'une nouvelle fois,
37:22après déjà
37:23deux procès
37:25devant des cours d'assises,
37:26après deux libérations
37:28conditionnelles
37:30et en fait,
37:31il est,
37:32et c'est toujours
37:32un individu dangereux.
37:35Il y a aussi
37:35un exemple
37:36dans la région hiéroise,
37:38c'est Tommy Reco
37:39qui,
37:42à 89 ans,
37:44a demandé
37:44une libération conditionnelle
37:46qui lui a été refusée
37:48parce que
37:48les magistrats
37:49ont considéré
37:50qu'il était
37:51toujours dangereux.
37:53Et Tommy Reco
37:53est décédé en prison
37:55la semaine dernière
37:56à l'âge
37:57de 91 ans.
37:58Il n'a jamais obtenu
37:59sa libération conditionnelle.
38:01Mais Albert Millet,
38:02on le laisse sortir
38:04à chaque fois.
38:05Qu'est-ce qu'ils disent
38:07à l'époque
38:08quand vous êtes
38:08dans cette agence
38:09de Varmatin
38:10à hier,
38:11journaliste,
38:12lorsqu'il y a encore
38:13Albert Millet,
38:14il est dans la nature
38:15et là,
38:16les gens ont peur
38:16parce qu'il est parti
38:17se réfugier dans le maquis.
38:18On va voir ce qu'il va devenir
38:19mais il est parti
38:20se réfugier dans le maquis.
38:21Je suppose que là,
38:22tout le monde
38:22ferme ses volets.
38:25On ne sait pas vraiment
38:26s'il s'est réfugié
38:27dans le maquis
38:28parce qu'il a 78 ans,
38:30il n'a plus
38:30de jeunesse.
38:32Il n'a plus les jambes.
38:34Il faut un petit peu
38:35crapahuter aussi
38:36pour grimper
38:37vers le château.
38:38On a plutôt peur
38:39qu'il soit dans
38:40la vieille ville
38:40parce que là encore,
38:42ça se passe
38:43dans la vieille ville
38:44comme lorsqu'il a tué
38:45Fernande.
38:46Donc les gens,
38:47oui, ont peur,
38:47on ferme les portes
38:49et puis on se demande
38:51où il est,
38:52où il s'est caché.
38:54Et c'est bien
38:55dans le maquis
38:55que le tueur
38:57va être retrouvé.
38:59Albert Millet,
39:00l'homme qui tuait
39:01tous les 20 ans.
39:02Le fugitif disparaît
39:03sous les chaînes
39:04et les oliviers.
39:05Dernier coup de feu
39:06dans le maquis.
39:08Je vous retrouve
39:08dans un instant
39:09sur RTL.
39:11L'heure du crime.
39:12Jusqu'à 15h
39:13sur RTL.
39:14Dans l'heure du crime
39:23aujourd'hui,
39:23la piste sanglante
39:24qui mène à Albert Millet,
39:26le sanglier des morts.
39:28En 50 ans,
39:28il a tué trois fois
39:29et blessé
39:30deux femmes grièvement.
39:32Automne 2007,
39:33après son dernier meurtre,
39:34ailleurs dans le Var,
39:36l'homme, 78 ans,
39:37est activement recherché.
39:40Lundi 19 novembre 2007,
39:42autour de 16h30,
39:43près de 12 heures
39:45après avoir tué
39:45pour la troisième fois,
39:47Albert Millet est aperçu
39:48par des promeneurs
39:50sur la route
39:50qui mène au parc
39:51Saint-Bernard
39:52à Yer.
39:54Deux policiers
39:55le repèrent.
39:56Ils sont à ses trousses.
39:57Ils restent à distance
39:58car le fugitif
39:59a toujours son pistolet.
40:01Albert Millet disparaît
40:02entre les chaînes
40:03et les oliviers.
40:04À 16h45,
40:06un coup de feu
40:07est entendu.
40:08Albert Millet
40:09vient de se suicider.
40:10Une balle dans la tête.
40:11Aucun mot,
40:13aucune explication.
40:14Seule une gourde
40:15est retrouvée
40:16à côté du corps.
40:20Samedi 22 mars 2008,
40:22quatre mois
40:22après le drame,
40:24Chantal Cardinuto,
40:26dernière femme
40:27séduite par Albert Millet,
40:28décède des suites
40:29du choc émotionnel
40:31de cette affaire.
40:32Elle était complètement
40:33désespérée.
40:35Elle pourrait être
40:35l'ultime victime
40:37du sanglier des morts.
40:39Un personnage
40:40qui a une conduite
40:41psychopathique,
40:42qui vit avec avidité
40:44dans l'instant,
40:44sans trop se préoccuper
40:45des conséquences
40:46de ses actes,
40:47qui a une instabilité majeure.
40:49L'armes,
40:50c'est devenu
40:50sa seconde nature,
40:52en quelque sorte.
40:53Dès que ça ne va pas,
40:53il fait parler la poudre.
40:56Un homme
40:57qui fait parler la poudre
40:58quand ça ne va pas,
41:00c'était les mots
41:01du docteur Serge Bornstein,
41:03expert psychiatre.
41:04Et c'était sur RTL.
41:06Il évoquait évidemment
41:07Albert Millet.
41:09Jean-François Tiffiou,
41:11vous avez beaucoup
41:11enquêté sur cet homme.
41:13Vous avez passé trois ans
41:13à récolter des témoignages,
41:16à lire de la documentation.
41:19Il est mort sans expliquer
41:21quoi que ce soit,
41:21Albert Millet.
41:22D'ailleurs,
41:22il n'a jamais rien à expliquer
41:23de toute sa vie,
41:24j'ai l'impression.
41:26Il ne savait pas s'expliquer.
41:28Donc, il n'y a pas
41:28d'explication
41:29ni cohérente,
41:30ni...
41:31Il n'y avait rien
41:32à attendre de cet homme.
41:32Et ce qui était assez compliqué
41:34dans ce travail de recherche
41:36et dans l'écriture
41:37de cet ouvrage,
41:39c'est même
41:40de le trouver sympathique.
41:41C'est-à-dire que
41:42ce n'est pas quelqu'un
41:43pour lequel,
41:44des fois,
41:44on va écrire,
41:45ça m'est arrivé d'écrire
41:45sur les femmes banniards
41:46au 19e siècle,
41:47on va les trouver sympathiques.
41:49Mais lui,
41:50pour essayer
41:50de lui trouver une excuse,
41:52c'était un petit peu compliqué.
41:53Oui, c'est ça.
41:54Donc, vous êtes entré
41:55dans sa psychologie,
41:57mais il échappe
41:59à toutes les règles.
42:00Oui.
42:00On a l'impression
42:01que c'est un cow-boy solitaire,
42:03en quelque sorte.
42:04Je ne sais pas
42:04si c'est un cow-boy,
42:05mais c'est un solitaire,
42:06c'est un taiseux,
42:07c'est quelqu'un de blessé,
42:09c'est quelqu'un
42:09qui a un lourd passif affectif
42:12avec un problème mental
42:14qu'il n'a jamais résolu
42:15et qui a quand même passé
42:16plus de 40 ans
42:17de sa vie en prison.
42:18Ce qui est énorme.
42:19Ce qui est absolument considérable.
42:21Ce qui est énorme,
42:21mais avec encore,
42:23jusqu'au bout,
42:23l'énergie pour tuer.
42:24C'est ça qui est très étonnant.
42:26Oui, il ressort,
42:27il pense que c'est fini.
42:28Il pense qu'il va pouvoir
42:30peut-être s'adapter.
42:31Il fait tous les efforts
42:32au début des premières semaines
42:34avec Fernande
42:36ou avec Gisèle
42:37ou même avec la dernière.
42:38Il essaie d'être
42:39un homme opérationnel
42:41à la maison
42:42et de s'occuper
42:43du domicile
42:44de ses compagnes.
42:44Mais à chaque fois,
42:45ça dérape.
42:46Alors, en matière criminologique,
42:48c'est un cas effectivement
42:48qui est intéressant à analyser.
42:50Je pense qu'on pourrait encore
42:51aujourd'hui se pencher
42:52sur cette trajectoire
42:53qui est unique
42:54et exceptionnelle.
42:55Peggy Poletto,
42:56journaliste police-justice
42:57à Nice ce matin,
42:57vous connaissez parfaitement
42:58cette affaire.
43:00Albert Millet.
43:01Alors, Albert Millet,
43:02on vient de le dire
43:02avec Jean-François Tiffiou,
43:04il a passé des dizaines
43:05d'années en prison
43:06et il a côtoyé
43:08les tribunaux,
43:09la cour d'assises,
43:10la correctionnelle.
43:12J'ai l'impression,
43:13Peggy Poletto,
43:14que c'est comme s'il avait été
43:15un fantôme
43:16avec la justice,
43:17complètement transparent.
43:18quand il revient
43:20pour être jugé,
43:21personne ne se souvient
43:22de lui,
43:22etc.
43:23Il passe à travers
43:24les gouttes.
43:26Oui,
43:26malgré son pédigree judiciaire,
43:28finalement,
43:30on peut dire
43:31qu'il s'en sort
43:31plutôt assez bien
43:33à chaque condamnation
43:36et lors surtout
43:38de ses libérations
43:39puisqu'il obtient
43:40à chaque fois
43:40des libérations conditionnelles.
43:42Mais à chaque fois,
43:44elles sont brutes.
43:46Il n'est jamais suivi
43:47psychologiquement.
43:49Il n'a pas d'accompagnement
43:51socio-judiciaire
43:52comme c'est le cas
43:54dans la plupart des affaires.
43:57En fait,
43:57on le relâche
43:58dans la nature
43:58sans accompagnement
44:00malgré sa dangerosité.
44:03C'est un peu comme si Millet
44:05était un signifiant
44:09alors qu'il a
44:10le profil
44:12d'un tueur en série.
44:13On peut se poser
44:14la question à chaque fois
44:15est-ce qu'il ne va pas
44:16recommencer ?
44:16Et cette question-là,
44:17la justice ne se la pose
44:19jamais.
44:19Oui,
44:20mais ça,
44:20c'est une erreur.
44:21Effectivement,
44:21il est passé au travers
44:22des gouttes,
44:23comme on dit,
44:23mais il a tué trois personnes.
44:25Il en a blessé aussi d'autres.
44:26Donc,
44:27effectivement,
44:27il était extrêmement dangereux
44:29avec cette ambiguïté,
44:30Peggy Poleto,
44:30et ce dilemme.
44:31On est toujours au centre
44:32avec cet homme.
44:33Encore une fois,
44:33je disais tout à l'heure
44:33qu'il n'y avait jamais de gris
44:35que du noir ou du blanc.
44:36En prison,
44:37c'est un détenu exemplaire.
44:39Il est modèle.
44:40On ne l'entend jamais,
44:41Peggy Poleto.
44:43Ah non,
44:44il ne fait jamais parler de lui.
44:45Il sait se faire oublier,
44:46justement,
44:46pour obtenir ce qu'il veut,
44:48être libéré.
44:49Il n'a...
44:50On ne lui connaît pas
44:51d'incident en prison.
44:53Jean-François Tiffiou,
44:55il y a eu de la malice aussi,
44:57cet homme.
44:58Fatalement,
44:58c'est une malice criminelle.
45:00Mais,
45:00par exemple,
45:01vous racontez dans votre livre
45:02que lors de sa première incarcération,
45:04il s'est retrouvé avec Dominici.
45:07Gaston Dominici.
45:08Alors,
45:08Gaston Dominici,
45:09évidemment,
45:09ça fait partie des personnages
45:10du crime français.
45:12Donc,
45:13Gaston Dominici
45:14et ils ont sympathisé.
45:16C'est son voisin de cellule.
45:17Il est dans la cellule juste à côté.
45:19Oui, oui.
45:19Mais pour répondre à la question
45:20par rapport à la prison
45:22et par rapport au fait
45:22qu'il soit un prisonnier modèle
45:25en prison,
45:25il y a aussi
45:26une certaine violence en prison.
45:28Donc,
45:28c'est une violence
45:29qu'il a connue enfant
45:30avec son père.
45:30Donc,
45:31cette violence,
45:32peut-être qu'il y a...
45:33elle lui permet
45:35un certain cadrage mental.
45:37Voilà.
45:38Donc,
45:38c'est peut-être aussi pour ça.
45:39Alors,
45:39il peut être malicieux,
45:42calculateur
45:43et essayer de s'en sortir
45:44quand il est en prison
45:45pour avoir des remises de peine.
45:47Mais je pense aussi
45:48que cette violence
45:49qu'il connaît en prison
45:50lui permet d'être cadré.
45:53Il lui permet d'avoir
45:54quelque chose qu'il connaît
45:55et qui l'empêche
45:56de commettre des méfaits.
45:57Oui, c'est ça.
45:58Donc,
45:58effectivement,
45:59pour un homme
46:00qui n'a jamais eu de cadre,
46:01c'est souvent le cas
46:02à la prison.
46:02Parfois,
46:03c'est pas qu'on ne peut pas
46:04en sortir,
46:04mais lorsqu'on sort,
46:06c'est plus ça.
46:07C'est ça.
46:07On est dans son univers.
46:09Pourquoi vous avez écrit
46:10ce livre ?
46:11Pourquoi vous êtes intéressé
46:12à ce personnage
46:13en François Tiffiou ?
46:14Moi,
46:14ça a commencé
46:14par rapport
46:15au fait
46:16qu'il ait été condamné
46:17deux fois
46:17à la peine capitale
46:18et qu'il ait échappé
46:20deux fois à la mort.
46:20C'est déjà un exploit.
46:22Ça,
46:22ça m'a interpellé.
46:23Et puis après,
46:24il y avait l'aspect
46:25psychologique du personnage,
46:27la redondance
46:27de ses crimes.
46:30Et puis mon éditeur
46:31Feedback,
46:31les éditions Feedback,
46:33se trouve à Toulon.
46:34Donc,
46:34j'avais envie
46:35d'écrire un ouvrage
46:37autour de cette région,
46:39du Var,
46:39que j'aime beaucoup.
46:41Oui.
46:41Et puis le paysage
46:42a une importance.
46:43Le sanglier des morts,
46:44ça dit bien exactement
46:46ce que ça veut dire
46:46avec ce massif
46:48qui surplombe hier,
46:49qui est magnifique
46:49et qui était le refuge
46:51de ce tueur en série.
46:53Il a un côté,
46:53enfant sauvage
46:54comme chez Truffaut.
46:55Ça,
46:56ça m'interpellait aussi.
46:58Peggy Poleto,
46:59je termine cette émission
47:00avec vous.
47:01Quelle empreinte
47:02laisse cette histoire
47:03à hier ?
47:04Parce qu'on l'a découvert
47:05et redécouvert sans cesse
47:06cet homme.
47:07Parce que chaque fois,
47:08il est récidivé.
47:09Donc,
47:09chaque fois,
47:09on parlait de lui.
47:13Je pense que
47:14l'affaire
47:15de Albert,
47:16enfin,
47:17les affaires
47:17d'Albert Millet
47:18ne sont pas
47:19assez connues
47:20par rapport
47:22au personnage
47:23troublant
47:24et inquiétant
47:25qu'il est.
47:27Justement,
47:28je me languide
47:29de lire cet ouvrage
47:30pour découvrir
47:31encore plus
47:32de choses
47:33sur lui.
47:35Alors,
47:36on garde
47:36ses surnoms.
47:37il a été surnommé
47:39aussi
47:40Pierre Ollefou
47:40en référence
47:41à Pierre Loutrelle
47:43du gang
47:43des tractions
47:45pour le fait
47:46de tirer un peu
47:47à tout bas.
47:49Il a été appelé
47:50le sanglier
47:50des morts.
47:52Mais voilà,
47:53seuls véritablement
47:55les anciens
47:55hierrois
47:56s'en souviennent.
47:57Merci beaucoup
47:58Peggy Poleto
47:59et Jean-François Tiffiou
48:00d'avoir été
48:00les invités
48:01de l'heure du crime.
48:01Merci à l'équipe
48:02de l'émission.
48:03Réalisation en direct
48:04Justine Vigneau.
48:05Préparation
48:05Lisa Canales
48:06Pauline Dessillon.
48:07Réalisation en direct
48:08Nicolas Gosset.
48:09Sous-titrage Société
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