00:00Il est 8h24 sur BFM Business et sur AMC Live, on va parler spatial et course au micro-fusée.
00:04Notre invité c'est Alexandre Mangiot, bonjour, vous êtes co-fondateur et directeur général d'HyperSpace.
00:09Vous venez de lever 21 millions d'euros pour industrialiser les moteurs à propulsion
00:13avec votre micro-lanceur qui s'appelle Orbital Baguette One, capable de mettre en orbite 250 kg.
00:21On parle d'orbite basse, évidemment Baguette c'est fait exprès, c'est un hommage à la France.
00:25Vous nous expliquez comment ça fonctionne et quelle est votre différenciation par rapport à vos concurrents ?
00:30Oui bien sûr, alors notre technologie s'appelle Hybride, c'est une hybridation entre la propulsion liquide et la propulsion solide.
00:36Et donc il y a pour but de bénéficier des avantages des deux technologies,
00:39puisque aujourd'hui c'est des technos qui ont des avantages, des inconvénients qui sont diamétralement opposés.
00:44Et donc le monde idéal en fait c'est cette hybridation.
00:47Et donc c'est une technologie qui est nouvelle et qu'il faut développer,
00:50donc on est dans le processus de développement de cette technologie.
00:53On a mis à l'échelle notre moteur, notre système propulsif.
00:55Donc là aujourd'hui on passe à l'allègement de la structure pour pouvoir faire voler cette fameuse fusée
01:00qui dans une première version suborbital s'appelle Baguette One.
01:04Et qui est donc notre objectif principal à l'issue de cette levée de 21 millions,
01:08c'est de faire voler cette fusée d'ici la fin de l'année.
01:09Mais vous faites le moteur et la fusée.
01:11On fait le moteur et la fusée, exactement.
01:14Et donc l'idée c'est de démontrer qu'on est capable de faire l'ensemble de ce système-là
01:18et de le faire voler d'ici fin de l'année 2026.
01:21Donc c'est un objectif très ambitieux, mais pour lequel on est tous très...
01:26Alors très très bon marketing déjà, parce que Baguette, mais Orbital Baguette One,
01:30ça fait aussi Obi-Wan.
01:31Voilà, donc petite référence à Star Wars.
01:32Vous allez loin.
01:33Très très bien pensé, bravo.
01:35Juste sur la technologie, alors vous disiez c'est nouveau,
01:37mais si je ne dis pas de bêtises, je parle sous votre contrôle,
01:40l'idée d'avoir des moteurs hybrides, solides, liquides,
01:42c'est en fait pensé et théorisé depuis des décennies.
01:44Simplement, c'est des verrous technologiques que vous avez fait sauter.
01:47Quel verrou technologique ? C'est quoi l'ingrédient secret ?
01:49Le truc que SpaceX n'a pas réussi à trouver et que vous avez réussi à mettre au point ?
01:53Alors, il y a plusieurs aspects.
01:56Le premier aspect, c'est qu'effectivement, cette technologie est connue depuis quelques décennies,
02:02mais n'a pas bénéficié des mêmes soutiens financiers,
02:06du même intérêt technologique pendant la guerre froide,
02:09ce qui fait que cette technologie a été très peu développée jusqu'à présent.
02:12Le contexte a quand même largement évolué depuis, les enjeux ont changé
02:17et le principal verrou était la scalabilité du moteur.
02:21Ça marche très bien à petite échelle, ça marche beaucoup moins bien à grande échelle
02:23et on a déposé un brevet dans le sens de lever ce verrou technologique,
02:27si bien qu'on est passé de petite échelle à grande échelle en neuf mois avec une équipe de 20 personnes.
02:31Et les avantages concrets d'un point de vue technologique, c'est quoi en fait ?
02:34C'est que c'est moins polluant ? C'est que c'est plus facile à construire ? C'est quoi exactement ?
02:37Alors, c'est à la fois moins polluant, puisqu'aujourd'hui on utilise du plastique recyclé dans notre système propulsif,
02:42mais c'est aussi plus avantageux économiquement, je veux dire,
02:46parce qu'on maîtrise beaucoup mieux les coûts, notre système propulsif est très simple,
02:50on n'a pas de pompes qui sont très complexes à développer.
02:52Donc on a un système propulsif très simple à concevoir, à produire,
02:57et la maîtrise des coûts permet d'avoir un business model nettement plus approprié à une entreprise
03:00quand on veut faire du lancement spatial.
03:02Donc l'an prochain, premier vol suborbital, là on est sous les 100 km d'altitude,
03:07vous allez faire quoi ? Vous allez emmener une charge ou c'est juste un vol d'essai ?
03:11C'est pré-vendu ? Ça marche comment ?
03:13C'est à la fois un vol d'essai, mais c'est aussi une opportunité très intéressante pour quelques acteurs,
03:17donc il est très fortement probable qu'on ait un client à bord, même plusieurs,
03:22et notre fusée ira au-dessus des 100 km, mais n'aura pas de vitesse suffisante pour rester en orbite.
03:26Donc elle finira par retomber, mais on ira bien dans l'espace,
03:29qui est généralement une limite au-delà des 100 km.
03:30Et c'est quoi alors les charges que vous allez apporter ?
03:33C'est pour faire de l'Internet des objets, c'est de l'observation, de la science ?
03:37C'est des petites charges, je crois, quelques dizaines de kilos, c'est ça ?
03:42Oui, tout à fait, donc c'est des petits satellites, quand on sera en capacité d'aller en orbite,
03:46donc c'est des petits satellites qui font l'IoT, de l'observation terrestre, de la télécommunication,
03:51enfin il y a plein d'applications.
03:52Avec un enjeu de souveraineté, ça vous insistait sur ce point-là,
03:55mais c'est vrai que l'accès à l'espace, le fait d'être dépendant d'acteurs comme SpaceX,
04:00ça pose problème, on a besoin aussi d'avoir des acteurs français.
04:02Oui, tout à fait. Alors il y a une multitude d'acteurs en Europe aujourd'hui,
04:06il y a eu une sélection de l'Agence spatiale européenne,
04:08qui a sélectionné d'autres start-up, mais sur des technologies beaucoup plus conservatives.
04:12Malgré ça, on a quand même réussi à lever nos fonds pour notre série A,
04:16parce qu'en fait on a d'autres opportunités de développement économique que du pur spatial.
04:23Et comment vous voyez là le marché du spatial ?
04:26Vous dites qu'il va y avoir de la consolidation, vous êtes plutôt prédateur,
04:29potentiellement racheté, vous vous situez où ?
04:31Nous, je pense qu'on a encore pas mal d'années devant nous,
04:34parce qu'on a vraiment une technologie très différenciante,
04:36que peu de monde comprenne réellement les intérêts et les bénéfices.
04:40Et s'il y a aussi une part de risque, parce que notre développement est encore en cours de route.
04:45Après, potentiellement, oui, on aura du rachat, de la consolidation,
04:50ou juste du partenariat, des JV, enfin je veux dire, tout est ouvert à ce stade.
04:53Merci beaucoup d'être venu ce matin, Alexandre Manjot,
04:56cofondateur et directeur général d'Hyperspace.
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