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  • il y a 2 mois
Ce jeudi 6 novembre, François Sorel a reçu Sébastien Fricker, responsable Modélisation de la Vision et de la Perception chez EssilorLuxottica, et Grégoire Boutonnet, PDG de Nova In Silico. Ils se sont penchés sur l'apport de la technologie au service de la création des verres pour la vision, dans l'émission Tech & Co, la quotidienne, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Tech & Co, la quotidienne, les invités.
00:04On va essayer de vous expliquer comment l'IA transforme l'optique
00:08avec nos deux spécialistes qui sont présents sur ce plateau.
00:14Sébastien Friker, bonsoir Sébastien.
00:15Bonsoir.
00:16Vous êtes responsable de modélisation de la vision et de la perception chez Scylla Luxottica.
00:21Grégoire Boutonnet est avec nous, bonsoir Grégoire.
00:24Bonsoir François.
00:24PDG de Nova in Silico.
00:26Alors vous, vous êtes un spécialiste de tout ce qui touche aux jumeaux numériques
00:29et vous verrez que le jumeau numérique est au cœur en fait de cette transformation de la vision.
00:36Sébastien, vous faites un métier passionnant parce que, d'après ce que j'ai compris,
00:40vous bossez sur, entre autres, la presbytie.
00:45Et ce qui est intéressant, c'est que la presbytie,
00:48on va chez l'Ophtalmo, on nous explique tous qu'on est presbyte ou pas d'ailleurs,
00:53mais on ne sait pas trop ce que c'est.
00:54Est-ce que vous pourriez nous expliquer, voilà, je suis presbyte depuis quelques années,
00:58« Qu'est-ce qui m'arrive ? »
01:00Alors tout d'abord, la presbytie, ce n'est pas une maladie.
01:02C'est une évolution naturelle de votre œil, de votre système visuel.
01:06Quand on naît, on a une énorme capacité d'accommodation.
01:10On peut voir de très très près.
01:11On a tous vu des enfants qui prenaient un livre et que les lisaient face contre la page.
01:16Mais au cours du temps, ensuite, la capacité de l'œil à accommoder diminue.
01:20Il est moins, comment dire, moins agile, c'est ça ?
01:24Il perd en flexibilité, oui.
01:25D'accord.
01:26Aux alentours de 20 ans, on va voir par exemple à 10 centimètres, tout va bien.
01:30Ok.
01:30Mais au fur et à mesure, la distance minimale à laquelle on peut voir s'éloigne.
01:34Voilà.
01:34Et c'est pour ça qu'on a l'iPhone comme ça, loin, parce qu'il faut qu'on ait de l'espace, quoi.
01:39Exactement.
01:41Ok.
01:41Donc ça, la presbytie, on comprend.
01:44Ça arrive donc forcément à tout le monde, c'est ça ?
01:46Exactement.
01:47C'est quoi, c'est à partir de 40, 50 ans ?
01:49Oui, c'est ça, exactement.
01:50Bon.
01:52Le seul truc, c'est qu'aujourd'hui, on est devant des écrans à longueur de journée.
01:57Regardez-moi, sur ce plateau, j'en ai plein et on est tous comme ça.
02:00Est-ce que ça accélère ou est-ce que ça influe sur la presbytie, tous ces écrans qu'on a ?
02:05En fait, on devient presbyte à partir du moment où on a du mal à voir dans nos tâches du quotidien.
02:11Alors, quand on regarde des livres, on a tendance à les tenir à 40 centimètres.
02:14Donc, à 40 centimètres, on y voit bien jusqu'à 50 ans.
02:18En revanche, un smartphone, on le tient plutôt à 33 centimètres.
02:21Et donc là, on va ressentir les effets de la presbytie beaucoup plus tôt, d'autant plus si on regarde des petits caractères, et encore pire, en faibles conditions lumineuses.
02:29Alors, depuis toujours, enfin depuis très longtemps, on arrive à corriger la presbytie.
02:35Alors, au début, c'était des lunettes spécifiques.
02:36Maintenant, on arrive à faire des verres progressifs qui nous permettent d'avoir, avec une seule paire, le fait de la possibilité de voir de loin, mais aussi de près.
02:43Comment ça marche, en fait, un verre progressif ?
02:45Alors, effectivement, le verre progressif, ce n'est pas nouveau.
02:47Ça a été inventé il y a plus de 66 ans, en France d'ailleurs, chez Essilor.
02:52Et c'est une lunette dont la puissance varie entre le haut et le bas du verre.
02:56Donc, quand on regarde dans le haut du verre, on est bien corrigé pour voir au loin.
03:00Et quand on abaisse le regard, là, on a un boost de puissance, une addition qui nous permet de regarder nos objets téléphone, écran, livre.
03:11D'accord. Et alors, comment la tech, l'IA, est en train de bouleverser la manière dont vous fabriquez, chez Essilor, ces verres ?
03:20Alors, la façon traditionnelle dont on conçoit ces verres, on a toujours une conception qu'on appelle centrée autour du porteur, du client final.
03:28Donc, quand on conçoit nos verres, on va faire des hypothèses de conception pour améliorer tel ou tel aspect de la vision.
03:35Et quand on a créé un nouveau design, on va aller le tester auprès de porteurs, via des tests cliniques.
03:41Donc, et là, vous allez mesurer, en fait, la qualité de la vision qu'ils ont avec ce prototype de verre, en fait.
03:47Exactement. Et ça nous permet de valider si nos hypothèses étaient bonnes ou pas.
03:52Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas.
03:53Exactement. Exactement. On a une approche très modeste.
03:56Et finalement, c'est le porteur qui a le dernier mot par rapport à notre nouveau design.
04:01Mais quels sont les paramètres qui rentrent en compte ? C'est la posture ? C'est quoi, en fait ?
04:05Dans la performance des visions, il y a beaucoup d'aspects.
04:07Vous faites bien de le souligner. Il y a la netteté de vision, en premier lieu.
04:10On a envie de voir net, de pouvoir voir des petits caractères.
04:13Mais il y a aussi, est-ce que je suis capable de bien me déplacer avec mes verres ?
04:17Est-ce que je n'ai pas de tangage, de perte de perception des profondeurs ?
04:22Et enfin, la posture joue un rôle aussi très important.
04:25Donc il y a beaucoup d'aspects à prendre en compte lorsqu'on conçoit un verre progressif.
04:28Et donc là, arrivent les jumeaux numériques ?
04:30Tout à fait.
04:30C'est ça qui est nouveau chez vous ?
04:32Exactement. Ce qui est nouveau, c'est que maintenant, en plus d'aller tester en fin de process auprès de porteurs réels,
04:39pendant la conception du verre, on va aussi tester sur des modèles de porteurs, des modèles numériques.
04:44Donc au lieu d'avoir des vrais porteurs, on a, grâce à la simulation et grâce à l'intelligence artificielle,
04:50un modèle d'une personne qui effectue des tâches visuelles, qui regarde ses écrans, ses smartphones,
04:55qui fait différentes tâches de la vie et qui nous renseigne déjà sur la performance du verre.
05:00Et alors, ces jumeaux numériques sont efficaces ? Ils ne se trompent pas, eux ?
05:04Alors, ces jumeaux numériques, ils sont en constant développement.
05:07Et le fait est que le système visuel, c'est quelque chose d'extrêmement complexe.
05:11Il faut savoir modéliser le comportement de la personne, donc comment elle va bouger la tête, bouger les yeux,
05:16comment elle va accommoder. Il faut aussi modéliser comment elle va percevoir.
05:19Est-ce qu'elle voit net, est-ce qu'elle voit flou ?
05:21Donc, grâce à l'intelligence artificielle, on a des modèles de plus en plus sophistiqués,
05:26mais le fait est qu'en fin de conception, on va toujours aller vérifier auprès de vrais porteurs
05:30pour confirmer qu'on a bien une bonne innovation et éviter toute erreur des modèles.
05:34Tout ça, c'est déjà en place ? Vous travaillez sur ces jumeaux numériques ?
05:38Aujourd'hui, je vais chez mon ophtalmo, je demande des verres et silors, donc progressifs,
05:43parce que je suis presbyte. Est-ce qu'ils vont être testés grâce à ces jumeaux numériques ou pas encore ?
05:47Tout à fait, c'est quelque chose qu'on a déjà en place depuis quelques années.
05:51Et ça nous permet aussi d'aller vers plus en plus de personnalisation de nos produits,
05:55parce que le concept de jumeaux numériques, c'est d'avoir un modèle propre à chaque patient.
06:00Donc c'est pas juste un jumeau générique, d'un porteur moyen, mais voilà, ça porte le nom de jumeau,
06:06parce qu'on fait la réplique de chacun de nos sujets.
06:09Et est-ce que vous allez anticiper avec ce jumeau numérique les évolutions de ma vue ?
06:13C'est possible ou pas de prédire le futur, ou en tout cas de prédire la correction des verres ?
06:19Alors, peut-être pas dans la presbytie, mais si je prends l'exemple de la myopie,
06:23où là c'est un phénomène progressif, avec l'œil qui s'allonge au cours du temps,
06:27là on développe aussi des jumeaux numériques qui cherchent à prédire effectivement
06:31l'évolution de la myopie chez les enfants, pour le coup.
06:35Est-ce que vous bossez avec la start-up que nous recevons ce soir, Nova InSilico ?
06:39Je crois que vous avez des recherches en commun, c'est ça ?
06:42Tout à fait, parce que Nova InSilico développe aussi des jumeaux numériques,
06:46d'un genre un peu différent, mais ça nous intéresse de modéliser certains aspects
06:50dans lesquels Nova InSilico est spécialisée.
06:53Alors Grégoire Boutonnet, merci d'être là, rebonsoir, vous êtes co-CEO de cette start-up.
06:58Nova InSilico, est-ce que vous pouvez déjà nous présenter votre société ?
07:01Oui, Nova InSilico, c'est une société basée à Lyon, on est une cinquantaine de personnes,
07:05l'entreprise est profitable et notre activité, c'est de l'assimilation numérique
07:11dans le domaine de la biologie, et en particulier avec nos partenaires industriels,
07:15on ne travaille pas en direct avec les patients, on travaille principalement
07:18avec les grands groupes pharmaceutiques, dans le domaine aussi vétérinaire,
07:24cosméto, et maintenant effectivement optique.
07:28On parle, excusez-moi je vous coupe, mais on parle beaucoup de jumeaux numériques
07:31dans plein de domaines, dans plein de secteurs, dans le domaine de la médecine,
07:35qui est visiblement un peu votre spécialité, médecine, vétérinaire, etc.
07:39C'est une vraie révolution ?
07:42Alors je pense que le terme est un peu fort, je dirais que ce serait super,
07:46mais ce n'est pas non plus une révolution, donc c'est une évolution,
07:48et je pense que le monde vivant est en train de faire ce qu'a fait le monde de la mécanique
07:53depuis des dizaines d'années.
07:55Aujourd'hui vous ne sortez plus une voiture, un avion, et encore moins une fusée,
07:58on parlait d'Elon Musk tout à l'heure, il y a eu trois ou quatre Starships
08:01qui ont explosé je crois en 2025 au décollage, et pourtant il y a des centaines
08:05de milliers d'heures de simulation, avant évidemment on ne construit plus une fusée
08:08comme on le faisait à l'époque, dans les années 60, on la simule, on la construit,
08:15et elle a son propre jumeau numérique cette fusée, et ça, ça fait 10 ou 20 voire 30 ans
08:19que ça existe dans ce domaine-là.
08:22Dans le monde de la santé, c'est un peu plus récent, une des raisons c'est que
08:25la modélisation du vivant représente une difficulté supplémentaire
08:29plus que la mécanique des fluides ou même la mécanique des matériaux.
08:32Pourquoi ? La biologie est d'une complexité...
08:34Voilà, c'est ça, donc il y a beaucoup d'humilité à avoir par rapport aux résultats
08:37qu'on produit collectivement dans notre écosystème, qui est un écosystème
08:40qui se développe énormément, notamment pas que, mais entre autres grâce à l'IA,
08:46grâce aux capacités supplémentaires aussi de modélisation et de GPU
08:50dont on parle souvent, on parlait régulièrement d'NVIDIA et autres sur ce plateau,
08:54c'est des acteurs qui aident en fait à ces technologies à émerger,
08:59puisqu'on est capable de calculer beaucoup plus vite.
09:00Modéliser le vivant, effectivement, il y a cette dimension
09:04qui peut être un peu impressionnante, parce que nous, ça n'agit pas d'une voiture...
09:09Est-ce qu'on peut décrypter totalement notre, on va dire, notre amas de cellules biologiques finalement ?
09:15Alors, en fait, à la base de la recherche, on est capable de transformer aujourd'hui
09:19la recherche qui a été faite par ces scientifiques en modèle mathématique,
09:24et donc qui a cette correspondance.
09:25Donc vous imaginez des dizaines d'années de recherche qui, progressivement,
09:28sont transformées d'une certaine façon en jumeaux numériques,
09:31qu'on va ensuite informer par des données patients,
09:33et qui vont aider les pharmas, notamment, à mieux comprendre le fonctionnement de leur traitement.
09:37C'est ça vraiment la valeur, c'est mieux comprendre le traitement,
09:39si on comprend mieux, on est capable de prendre des meilleures décisions,
09:41notamment pour ces essais cliniques,
09:42et à la fin, potentiellement, avoir des traitements importants
09:45qui arrivent plus rapidement sur le marché.
09:46C'est ça l'objectif.
09:47Et dans les pathologies oculaires, les jumeaux numériques ont véritablement...
09:52Véritablement un intérêt.
09:54Un intérêt.
09:54Et un potentiel, on va dire.
09:56Un potentiel extrêmement important.
09:58Mais du coup, à une recherche sur des maladies, sur des pathologies,
10:00sur peut-être la correction, comme nous l'expliquait notre invité aussi ?
10:06Oui, alors surtout, en ce qui nous concerne, en tout cas nous,
10:08c'est le domaine de la physiopathologie, on va être dans le vivant,
10:11on va être dans les maladies de l'œil, plus précisément.
10:14Certaines maladies de l'œil ont évidemment un impact sur votre vue.
10:16Et ça, c'est des modèles qu'on peut développer et qui peuvent être informés
10:19de façon à aider les industriels à concevoir des meilleurs traitements
10:23et potentiellement, pourquoi pas, des meilleures lentilles
10:25ou des meilleurs verres dans le futur.
10:26Donc nous, on est au service de cette industrie aujourd'hui.
10:29Merci beaucoup, passionnant tout ça.
10:31Merci à tous les deux.
10:33Merci Sébastien Fricker, responsable modélisation de la vision
10:36et de la perception chez Essilor Luxottica.
10:38Et merci aussi à Grégoire Boutonnet d'être venu nous voir depuis Lyon,
10:41PDG de Nova in Silico.
10:43Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:46Très bien.
10:46Très bien.
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