00:00Tech & Co, la quotidienne, les invités.
00:04On va essayer de vous expliquer comment l'IA transforme l'optique
00:08avec nos deux spécialistes qui sont présents sur ce plateau.
00:14Sébastien Friker, bonsoir Sébastien.
00:15Bonsoir.
00:16Vous êtes responsable de modélisation de la vision et de la perception chez Scylla Luxottica.
00:21Grégoire Boutonnet est avec nous, bonsoir Grégoire.
00:24Bonsoir François.
00:24PDG de Nova in Silico.
00:26Alors vous, vous êtes un spécialiste de tout ce qui touche aux jumeaux numériques
00:29et vous verrez que le jumeau numérique est au cœur en fait de cette transformation de la vision.
00:36Sébastien, vous faites un métier passionnant parce que, d'après ce que j'ai compris,
00:40vous bossez sur, entre autres, la presbytie.
00:45Et ce qui est intéressant, c'est que la presbytie,
00:48on va chez l'Ophtalmo, on nous explique tous qu'on est presbyte ou pas d'ailleurs,
00:53mais on ne sait pas trop ce que c'est.
00:54Est-ce que vous pourriez nous expliquer, voilà, je suis presbyte depuis quelques années,
00:58« Qu'est-ce qui m'arrive ? »
01:00Alors tout d'abord, la presbytie, ce n'est pas une maladie.
01:02C'est une évolution naturelle de votre œil, de votre système visuel.
01:06Quand on naît, on a une énorme capacité d'accommodation.
01:10On peut voir de très très près.
01:11On a tous vu des enfants qui prenaient un livre et que les lisaient face contre la page.
01:16Mais au cours du temps, ensuite, la capacité de l'œil à accommoder diminue.
01:20Il est moins, comment dire, moins agile, c'est ça ?
01:24Il perd en flexibilité, oui.
01:25D'accord.
01:26Aux alentours de 20 ans, on va voir par exemple à 10 centimètres, tout va bien.
01:30Ok.
01:30Mais au fur et à mesure, la distance minimale à laquelle on peut voir s'éloigne.
01:34Voilà.
01:34Et c'est pour ça qu'on a l'iPhone comme ça, loin, parce qu'il faut qu'on ait de l'espace, quoi.
01:39Exactement.
01:41Ok.
01:41Donc ça, la presbytie, on comprend.
01:44Ça arrive donc forcément à tout le monde, c'est ça ?
01:46Exactement.
01:47C'est quoi, c'est à partir de 40, 50 ans ?
01:49Oui, c'est ça, exactement.
01:50Bon.
01:52Le seul truc, c'est qu'aujourd'hui, on est devant des écrans à longueur de journée.
01:57Regardez-moi, sur ce plateau, j'en ai plein et on est tous comme ça.
02:00Est-ce que ça accélère ou est-ce que ça influe sur la presbytie, tous ces écrans qu'on a ?
02:05En fait, on devient presbyte à partir du moment où on a du mal à voir dans nos tâches du quotidien.
02:11Alors, quand on regarde des livres, on a tendance à les tenir à 40 centimètres.
02:14Donc, à 40 centimètres, on y voit bien jusqu'à 50 ans.
02:18En revanche, un smartphone, on le tient plutôt à 33 centimètres.
02:21Et donc là, on va ressentir les effets de la presbytie beaucoup plus tôt, d'autant plus si on regarde des petits caractères, et encore pire, en faibles conditions lumineuses.
02:29Alors, depuis toujours, enfin depuis très longtemps, on arrive à corriger la presbytie.
02:35Alors, au début, c'était des lunettes spécifiques.
02:36Maintenant, on arrive à faire des verres progressifs qui nous permettent d'avoir, avec une seule paire, le fait de la possibilité de voir de loin, mais aussi de près.
02:43Comment ça marche, en fait, un verre progressif ?
02:45Alors, effectivement, le verre progressif, ce n'est pas nouveau.
02:47Ça a été inventé il y a plus de 66 ans, en France d'ailleurs, chez Essilor.
02:52Et c'est une lunette dont la puissance varie entre le haut et le bas du verre.
02:56Donc, quand on regarde dans le haut du verre, on est bien corrigé pour voir au loin.
03:00Et quand on abaisse le regard, là, on a un boost de puissance, une addition qui nous permet de regarder nos objets téléphone, écran, livre.
03:11D'accord. Et alors, comment la tech, l'IA, est en train de bouleverser la manière dont vous fabriquez, chez Essilor, ces verres ?
03:20Alors, la façon traditionnelle dont on conçoit ces verres, on a toujours une conception qu'on appelle centrée autour du porteur, du client final.
03:28Donc, quand on conçoit nos verres, on va faire des hypothèses de conception pour améliorer tel ou tel aspect de la vision.
03:35Et quand on a créé un nouveau design, on va aller le tester auprès de porteurs, via des tests cliniques.
03:41Donc, et là, vous allez mesurer, en fait, la qualité de la vision qu'ils ont avec ce prototype de verre, en fait.
03:47Exactement. Et ça nous permet de valider si nos hypothèses étaient bonnes ou pas.
03:52Parfois ça marche, parfois ça ne marche pas.
03:53Exactement. Exactement. On a une approche très modeste.
03:56Et finalement, c'est le porteur qui a le dernier mot par rapport à notre nouveau design.
04:01Mais quels sont les paramètres qui rentrent en compte ? C'est la posture ? C'est quoi, en fait ?
04:05Dans la performance des visions, il y a beaucoup d'aspects.
04:07Vous faites bien de le souligner. Il y a la netteté de vision, en premier lieu.
04:10On a envie de voir net, de pouvoir voir des petits caractères.
04:13Mais il y a aussi, est-ce que je suis capable de bien me déplacer avec mes verres ?
04:17Est-ce que je n'ai pas de tangage, de perte de perception des profondeurs ?
04:22Et enfin, la posture joue un rôle aussi très important.
04:25Donc il y a beaucoup d'aspects à prendre en compte lorsqu'on conçoit un verre progressif.
04:28Et donc là, arrivent les jumeaux numériques ?
04:30Tout à fait.
04:30C'est ça qui est nouveau chez vous ?
04:32Exactement. Ce qui est nouveau, c'est que maintenant, en plus d'aller tester en fin de process auprès de porteurs réels,
04:39pendant la conception du verre, on va aussi tester sur des modèles de porteurs, des modèles numériques.
04:44Donc au lieu d'avoir des vrais porteurs, on a, grâce à la simulation et grâce à l'intelligence artificielle,
04:50un modèle d'une personne qui effectue des tâches visuelles, qui regarde ses écrans, ses smartphones,
04:55qui fait différentes tâches de la vie et qui nous renseigne déjà sur la performance du verre.
05:00Et alors, ces jumeaux numériques sont efficaces ? Ils ne se trompent pas, eux ?
05:04Alors, ces jumeaux numériques, ils sont en constant développement.
05:07Et le fait est que le système visuel, c'est quelque chose d'extrêmement complexe.
05:11Il faut savoir modéliser le comportement de la personne, donc comment elle va bouger la tête, bouger les yeux,
05:16comment elle va accommoder. Il faut aussi modéliser comment elle va percevoir.
05:19Est-ce qu'elle voit net, est-ce qu'elle voit flou ?
05:21Donc, grâce à l'intelligence artificielle, on a des modèles de plus en plus sophistiqués,
05:26mais le fait est qu'en fin de conception, on va toujours aller vérifier auprès de vrais porteurs
05:30pour confirmer qu'on a bien une bonne innovation et éviter toute erreur des modèles.
05:34Tout ça, c'est déjà en place ? Vous travaillez sur ces jumeaux numériques ?
05:38Aujourd'hui, je vais chez mon ophtalmo, je demande des verres et silors, donc progressifs,
05:43parce que je suis presbyte. Est-ce qu'ils vont être testés grâce à ces jumeaux numériques ou pas encore ?
05:47Tout à fait, c'est quelque chose qu'on a déjà en place depuis quelques années.
05:51Et ça nous permet aussi d'aller vers plus en plus de personnalisation de nos produits,
05:55parce que le concept de jumeaux numériques, c'est d'avoir un modèle propre à chaque patient.
06:00Donc c'est pas juste un jumeau générique, d'un porteur moyen, mais voilà, ça porte le nom de jumeau,
06:06parce qu'on fait la réplique de chacun de nos sujets.
06:09Et est-ce que vous allez anticiper avec ce jumeau numérique les évolutions de ma vue ?
06:13C'est possible ou pas de prédire le futur, ou en tout cas de prédire la correction des verres ?
06:19Alors, peut-être pas dans la presbytie, mais si je prends l'exemple de la myopie,
06:23où là c'est un phénomène progressif, avec l'œil qui s'allonge au cours du temps,
06:27là on développe aussi des jumeaux numériques qui cherchent à prédire effectivement
06:31l'évolution de la myopie chez les enfants, pour le coup.
06:35Est-ce que vous bossez avec la start-up que nous recevons ce soir, Nova InSilico ?
06:39Je crois que vous avez des recherches en commun, c'est ça ?
06:42Tout à fait, parce que Nova InSilico développe aussi des jumeaux numériques,
06:46d'un genre un peu différent, mais ça nous intéresse de modéliser certains aspects
06:50dans lesquels Nova InSilico est spécialisée.
06:53Alors Grégoire Boutonnet, merci d'être là, rebonsoir, vous êtes co-CEO de cette start-up.
06:58Nova InSilico, est-ce que vous pouvez déjà nous présenter votre société ?
07:01Oui, Nova InSilico, c'est une société basée à Lyon, on est une cinquantaine de personnes,
07:05l'entreprise est profitable et notre activité, c'est de l'assimilation numérique
07:11dans le domaine de la biologie, et en particulier avec nos partenaires industriels,
07:15on ne travaille pas en direct avec les patients, on travaille principalement
07:18avec les grands groupes pharmaceutiques, dans le domaine aussi vétérinaire,
07:24cosméto, et maintenant effectivement optique.
07:28On parle, excusez-moi je vous coupe, mais on parle beaucoup de jumeaux numériques
07:31dans plein de domaines, dans plein de secteurs, dans le domaine de la médecine,
07:35qui est visiblement un peu votre spécialité, médecine, vétérinaire, etc.
07:39C'est une vraie révolution ?
07:42Alors je pense que le terme est un peu fort, je dirais que ce serait super,
07:46mais ce n'est pas non plus une révolution, donc c'est une évolution,
07:48et je pense que le monde vivant est en train de faire ce qu'a fait le monde de la mécanique
07:53depuis des dizaines d'années.
07:55Aujourd'hui vous ne sortez plus une voiture, un avion, et encore moins une fusée,
07:58on parlait d'Elon Musk tout à l'heure, il y a eu trois ou quatre Starships
08:01qui ont explosé je crois en 2025 au décollage, et pourtant il y a des centaines
08:05de milliers d'heures de simulation, avant évidemment on ne construit plus une fusée
08:08comme on le faisait à l'époque, dans les années 60, on la simule, on la construit,
08:15et elle a son propre jumeau numérique cette fusée, et ça, ça fait 10 ou 20 voire 30 ans
08:19que ça existe dans ce domaine-là.
08:22Dans le monde de la santé, c'est un peu plus récent, une des raisons c'est que
08:25la modélisation du vivant représente une difficulté supplémentaire
08:29plus que la mécanique des fluides ou même la mécanique des matériaux.
08:32Pourquoi ? La biologie est d'une complexité...
08:34Voilà, c'est ça, donc il y a beaucoup d'humilité à avoir par rapport aux résultats
08:37qu'on produit collectivement dans notre écosystème, qui est un écosystème
08:40qui se développe énormément, notamment pas que, mais entre autres grâce à l'IA,
08:46grâce aux capacités supplémentaires aussi de modélisation et de GPU
08:50dont on parle souvent, on parlait régulièrement d'NVIDIA et autres sur ce plateau,
08:54c'est des acteurs qui aident en fait à ces technologies à émerger,
08:59puisqu'on est capable de calculer beaucoup plus vite.
09:00Modéliser le vivant, effectivement, il y a cette dimension
09:04qui peut être un peu impressionnante, parce que nous, ça n'agit pas d'une voiture...
09:09Est-ce qu'on peut décrypter totalement notre, on va dire, notre amas de cellules biologiques finalement ?
09:15Alors, en fait, à la base de la recherche, on est capable de transformer aujourd'hui
09:19la recherche qui a été faite par ces scientifiques en modèle mathématique,
09:24et donc qui a cette correspondance.
09:25Donc vous imaginez des dizaines d'années de recherche qui, progressivement,
09:28sont transformées d'une certaine façon en jumeaux numériques,
09:31qu'on va ensuite informer par des données patients,
09:33et qui vont aider les pharmas, notamment, à mieux comprendre le fonctionnement de leur traitement.
09:37C'est ça vraiment la valeur, c'est mieux comprendre le traitement,
09:39si on comprend mieux, on est capable de prendre des meilleures décisions,
09:41notamment pour ces essais cliniques,
09:42et à la fin, potentiellement, avoir des traitements importants
09:45qui arrivent plus rapidement sur le marché.
09:46C'est ça l'objectif.
09:47Et dans les pathologies oculaires, les jumeaux numériques ont véritablement...
09:52Véritablement un intérêt.
09:54Un intérêt.
09:54Et un potentiel, on va dire.
09:56Un potentiel extrêmement important.
09:58Mais du coup, à une recherche sur des maladies, sur des pathologies,
10:00sur peut-être la correction, comme nous l'expliquait notre invité aussi ?
10:06Oui, alors surtout, en ce qui nous concerne, en tout cas nous,
10:08c'est le domaine de la physiopathologie, on va être dans le vivant,
10:11on va être dans les maladies de l'œil, plus précisément.
10:14Certaines maladies de l'œil ont évidemment un impact sur votre vue.
10:16Et ça, c'est des modèles qu'on peut développer et qui peuvent être informés
10:19de façon à aider les industriels à concevoir des meilleurs traitements
10:23et potentiellement, pourquoi pas, des meilleures lentilles
10:25ou des meilleurs verres dans le futur.
10:26Donc nous, on est au service de cette industrie aujourd'hui.
10:29Merci beaucoup, passionnant tout ça.
10:31Merci à tous les deux.
10:33Merci Sébastien Fricker, responsable modélisation de la vision
10:36et de la perception chez Essilor Luxottica.
10:38Et merci aussi à Grégoire Boutonnet d'être venu nous voir depuis Lyon,
10:41PDG de Nova in Silico.
10:43Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:44Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:45Très bien.
10:46Très bien.
10:46Très bien.
10:46Très bien.
10:46Très bien.
10:46Très bien.
10:46Très bien.
10:47Très bien.
10:47Très bien.
10:48Très bien.
10:48Très bien.
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10:49Très bien.
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