00:01France en Terre, le 6-9
00:04Bonjour Yastan Yastan Pana, professeur de maladie, spécialiste de maladie infectieuse pardon, vous êtes l'un des plus grands spécialistes
00:12français de l'infectiologie, chef de service à l'hôpital Bichat à Paris.
00:16Au moins 4000 cas, 1800 décès déclarés mi-mai, la nouvelle épidémie d'Ebola s'intensifie encore cet été en
00:23République démocratique du Congo.
00:24Catastrophe sanitaire, humanitaire dont pour l'instant on ne voit pas le bout.
00:28L'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, alerte contre un développement exceptionnel.
00:33Cette épidémie, Yastan Yastan Pana, est-elle devenue hors de contrôle ?
00:37Oui, bonjour. Effectivement, cette épidémie qui s'est déclarée, qui a été déclarée mi-mai, mais qui probablement a commencé
00:48plus tôt, est une des plus grandes épidémies d'Ebola.
00:52Deuxième après celle de 2014-2016 en termes de nombre.
00:57Alors, effectivement, l'épidémie a été diagnostiquée tard, a été détectée tard.
01:05Les cas sont dépistés tard. On n'a pas un contact tracing, un traçage des contacts qui se fait de
01:13manière optimale.
01:15Ça veut dire que les chiffres sont sous-estimés sûrement, ceux que j'ai cités tout à l'heure ?
01:18Probablement plus estimés, tout ça parce que ça survient dans une zone de guerre, dans une zone d'insécurité où
01:26la coordination médicale est compliquée.
01:28Parce que pour cette souche, on n'a pas de traitement, on n'a pas de vaccin.
01:32Voilà, c'est peut-être ce qu'il faut rappeler, c'est que ce n'est pas la souche qu
01:35'on connaissait jusqu'à maintenant, la souche Jair, mais c'est un nouveau variant, entre guillemets, qui sévit depuis ce
01:41printemps.
01:41Voilà, effectivement, il y a, pour les épidémies d'Ebola, en RDC, République démocratique de Congo, il y a eu
01:4817, la plupart liées à une souche qui s'appelle Zahir.
01:52Alors, ce n'est pas un nouveau variant, c'est un variant qui a existé.
01:56On a eu déjà une épidémie en 2007, en 2012, en Ouganda et en République démocratique de Congo.
02:04Cette fois-ci, cette souche-là, pour le Zahir, on a développé des vaccins, on a développé des traitements.
02:10Là, on n'en a pas, c'est pour ça que la recherche est extrêmement importante aussi, pour mettre en
02:14place.
02:15Mais, j'insiste, le fait qu'il y ait une guerre est très important pour ne pas pouvoir, et donc,
02:23faire une trêve.
02:24Voilà, on est dans une région qui est très instable, dans l'est de la RDC, au cœur de violences
02:28chroniques.
02:29Et vous en parliez un peu, face à cette menace, les moyens de lutte sont donc clairement insuffisants.
02:35On parle de tests qui manquent, on parle d'hôpitaux débordés, de soignants qui tombent, eux aussi malades.
02:40Je crois qu'il y a eu au moins 150 cas déclarés parmi les soignants.
02:42Donc là, on est sur des moyens de lutte, clairement, à la peine.
02:46Oui, effectivement.
02:49Vous avez dit, il y a le directeur général de l'OMS et de l'Africa CDC qui ont été
02:55sur place il y a quelques jours.
02:58Il faut augmenter les tests diagnostiques, il faut protéger les soignants, vous l'avez dit, c'est extrêmement important.
03:03Ils sont en première ligne et il faut développer des traitements et des vaccins.
03:08La recherche est très importante, c'est pour ça que la NRS, maladie infectieuse et émergence, l'INSEM, l'Institut
03:13Pasteur, en France, sont en première ligne.
03:16Alors voilà, c'est peut-être la petite lueur d'espoir que vous pouvez nous apporter ce matin.
03:20Alors, on va prendre les choses les unes après les autres.
03:21D'abord, du côté des vaccins, il y a des candidats à vaccins à l'étude contre cette souche.
03:29Il y a des essais cliniques, je crois, qui ont commencé.
03:31Est-ce qu'on peut espérer le déploiement d'un vaccin à court terme ?
03:35Alors, il y a des vaccins spécifiques contre cette souche.
03:38Il y a effectivement deux études qui ont commencé au mois de juillet, mais c'est des phases 1.
03:43C'est pour évaluer qu'il n'y a pas de problème de sécurité pour les personnes vaccinées.
03:48Il y a aussi le vaccin, on a un vaccin qui est commercialisé pour l'Ebola Zaire, l'autre souche.
03:56Il y a aussi toute une discussion autour d'efficacité potentielle ou pas, qui serait moindre, mais qui serait peut
04:03-être efficace.
04:04Donc, aussi faire des essais cliniques pour ce vaccin.
04:08C'est-à-dire que le vaccin qu'on connaît jusqu'à maintenant, qui fonctionne sur la souche que l
04:12'on connaissait, l'OMS, oui, dit ces derniers jours, peut-être qu'on peut tenter le coup.
04:16Qu'on peut tester quand même sur cette souche-là. Il y a peut-être un degré d'efficacité. C
04:20'est un pari risqué quand même ?
04:22Alors, c'est effectivement les données. Pour l'instant, il n'y a pas de données suffisantes.
04:27Il y a des données précliniques, pas chez l'homme, qui montrent peut-être, peut-être chez l'animal, peut
04:31-être une efficacité qui serait moindre, mais qui a une efficacité potentielle.
04:36Mais ça, il faut l'évaluer aussi sur le terrain. Et c'est ce qui a été dit vendredi dernier
04:43par l'OMS pour éventuellement aussi évaluer ce vaccin.
04:46Avec sur place aussi pas mal de défiance vaccinale. C'est pour ça qu'il ne faut pas se rater,
04:52si je puis dire, quand on déploie un nouveau vaccin, un nouveau traitement.
04:55Alors, le problème de la confiance de la population, c'est vraiment très important. Pour qu'on réussisse un combat
05:04contre une épidémie, on a besoin de la population, de la communauté.
05:07Donc, effectivement, c'est un des éléments sur lesquels il faut travailler. Il faut faire attention de ne pas dire
05:12qu'un vaccin est efficace alors qu'il n'est pas efficace.
05:15Et la population le voit toujours. Et c'est pour ça qu'il faut prendre son temps, même si on
05:21n'a pas le temps, de faire les choses justes, des vaccins spécifiques.
05:25Des vaccins utilisés peut-être qui ont un impact sur la sévérité de la maladie.
05:29Donc, c'est des choses qu'on est en train de voir. Et aussi, le fait d'avoir un traitement.
05:34Donc, ça, c'est le deuxième élément où il y a deux essais cliniques actuellement en cours pour les patients,
05:42pour voir ce traitement de candidats traitement marche ou pas.
05:46Et un sur lequel la France, avec l'Institut...
05:48Ça, vous travaillez là-dessus à la tête de la NRS maladie infectieuse ?
05:51Voilà. Pour essayer, avec l'Institut national de recherche biomédicale à Kinshasa, en République démocratique de Congo, pour voir si
05:59donner un traitement aux patients, aux personnes exposées aux malades, peut empêcher la déclaration de maladie, le développement de la
06:08maladie.
06:09C'est pour les contacts. Et ça peut être aussi un outil très important pour améliorer le traçage des contacts.
06:15Alors, vous avez parlé de lueur d'espoir. Pour l'instant, c'est la recherche.
06:18Il n'y a pas de résultat encore ?
06:19On n'a pas encore de résultat. On peut commencer les inclusions au début juillet. On essaie d'aller vite
06:26pour essayer d'avoir des résultats rapidement, parce que c'est un élément majeur d'avoir aussi...
06:31De ce que vous connaissez de la dynamique de ces épidémies d'Ebola en Afrique, est-ce que celle-ci,
06:36qui est pour l'instant sur un développement exponentiel, on sait quand elle peut se terminer, quelle durée elle peut
06:43couvrir ?
06:43Malheureusement, tel qu'on est parti, c'est pour des mois. La dernière épidémie qu'il y a eu dans
06:48cette zone un peu plus bas, en RDC 2018-2020, a duré deux ans.
06:53Et pourtant, on avait un vaccin. Et là, pour l'instant, l'épidémie n'est pas contrôlée. Il faut mettre
07:02les efforts les plus importants pour le contrôler, mais ça peut durer.
07:05Alors justement, quel est votre regard sur l'aide internationale ? Parce qu'il y a des humanitaires qui pointent
07:10aussi les conséquences qu'ont pu avoir les baisses régulières d'aide internationale.
07:13Des occidentaux, on parle des Etats-Unis, des Européens. Quel est votre regard là-dessus ?
07:20Effectivement, on est dans un écosystème où il y a une baisse de financement, peut-être pour des bonnes raisons.
07:27Ce n'est pas à moi de juger de ça.
07:28Mais il faut savoir que la vie infectieuse, les maladies épidémiques, sont aussi des enjeux sécuritaires. Il est vraiment important
07:37de garder pour le monde entier, au niveau international, où que ça survienne.
07:42Et il est important aussi que l'Europe, la France, puissent investir dans l'avenir pour essayer de préparer à
07:52ces épidémies.
07:53Quel est le risque aujourd'hui ? On vous a déjà posé la question au printemps, je vous la repose.
07:56Quel est le risque aujourd'hui d'importation d'un tel virus en France ?
07:59Il y a eu un cas d'un médecin humanitaire qui a vite été guéri.
08:02Oui, il y a eu un cas au mois de juin d'un médecin humanitaire.
08:06Alors, pour ça, on peut prendre un peu l'exemple de 2014-2016, quand il y a eu une épidémie
08:13d'Ebola, où il y a eu 28 000 cas en Afrique de l'Ouest,
08:17où il y a eu 12 cas d'Ebola à l'extérieur de zones d'épidémie au niveau international.
08:25L'Ebola, ce n'est pas le Covid, la transmission, ce n'est pas respiratoire, c'est par contact.
08:32Là, on est dans une zone qui est malheureusement pour la population, une zone un peu éloignée, une zone de...
08:39Donc, la probabilité d'importation n'est pas importante, mais il existe.
08:45Plus largement, comme vous êtes spécialiste des virus, beaucoup moins grave et à une toute autre échelle, je voudrais qu
08:51'on reparle de l'antavirus,
08:52parce qu'on a eu ce nouveau cas la semaine dernière annoncé, ce touriste franco-argentin passé par la France,
08:58qui est aujourd'hui à l'isolement en Espagne.
08:59Est-ce que ce cas isolé à ce stade, trois mois après le foyer sur le bateau de croisière, il
09:05vous étonne ?
09:06Non, il ne m'étonne pas. Je voulais dire surtout que s'il n'y avait pas eu cette histoire
09:10de bateau-croisière, probablement on serait passé à côté de ce cas.
09:15Donc, le fait qu'on détecte ce cas montre aussi qu'on est beaucoup mieux en termes de préparation et
09:23en termes de détection des cas,
09:25parce que ce cas-là, il y a 100 cas d'antavirus à Andes, virus qui se transmet de l
09:32'homme à l'homme, il y a 100 cas en Argentine et en Chili.
09:36Donc, il est possible qu'on ait des cas à apporter en France. Ce qui est important, c'est pouvoir
09:41rapidement isoler ce qu'il y a fait cette fois-ci.
09:43Alors justement, j'en reviens à ce qui s'est passé ce printemps, est-ce que pour vous, la gestion
09:47de ce vieillet en Europe est un cas d'école de ce qu'il faudra faire à l'herbe de
09:53ce type ?
09:53Est-ce que là, on a appris de 2020 du Covid ?
09:56On apprend chaque fois.
09:57Il y a encore des défauts.
09:59Alors, ce n'est pas noir et blanc. Je pense qu'on s'améliore avec le temps. On ne peut
10:04jamais dire qu'on est sur son prêt.
10:07Mais ce qu'on peut dire, c'est qu'on est en train de s'améliorer avec ces différentes épidémies
10:11pour être mieux préparé.
10:13Avec l'impact du dérèglement climatique, on a détecté ces derniers jours dans le sud de la France des virus
10:17du Nil, de Dind, du Cungunya, des contaminations locales, si je ne me trompe pas.
10:21Donc là, on n'est pas en présence de cas importés. Ça, c'est la nouveauté récente.
10:25Alors, effectivement, là, vous parlez de la famille des arboviroses qui transmettent par des piqûres de moustiques.
10:33Avec le réchauffement, on a la présence de ces moustiques en métropole aussi, parce qu'il y avait en France,
10:39à la Réunion, aux Antilles.
10:41Oui, oui. Et on a aussi Ropole. Et donc, on a des cas, parce qu'il y a des personnes
10:46qui voyagent, ils sont piqués par des moustiques locales, qui piquent les personnes qui n'ont jamais voyagé.
10:52Donc, on a des cas qu'on n'a pas autochtones. Et là, on a eu au sud de la
10:56France des cas de West virus, qui sont des virus qui peuvent donner des encéphalites, notamment des atteintes neurologiques.
11:03On a eu des cas d'Ongonia l'année dernière, beaucoup d'année aussi. Donc, ça, c'est aussi...
11:10Et ça, il va falloir s'y préparer ? Ce n'est que le début, si je puis dire, avec
11:13le réchauffement climatique ?
11:14Alors, on est déjà en train de se préparer. On est déjà en train de se battre. Mais, effectivement, probablement,
11:23c'est une histoire qui commence.
11:25Merci beaucoup, Yazdan et Yazdan Pana. J'ai oublié une partie de la présentation tout à l'heure. Vous dirigez
11:28l'ANRS, maladie infectieuse émergente, et chef de service à l'hôpital Bichat à Paris.
11:33Bonne journée.
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