- il y a 3 mois
Chaque week-end, Emilie Broussouloux vous accompagne de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00Encore, mais il faut absolument que l'on parle aussi de l'actualité internationale.
00:04Oui, parce que ça bouge aussi du côté de Washington.
00:07On va retrouver donc Donald Trump qui joue une fois de plus les faiseurs de paix.
00:11Le président américain est en ce moment en route pour le continent asiatique.
00:16Sur ces images, il embarque à bord du Air Force One.
00:19Il entame une tournée express en Malaisie, au Japon, en Corée du Sud,
00:24avec deux temps forts, une rencontre cruciale avec le président chinois Xi Jinping
00:29et peut-être une reprise de contact historique avec Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen.
00:34Écoutez, Donald Trump, c'était-il il y a quelques heures.
00:38Nous avons imposé des sanctions très sévères à la Russie.
00:41Je pense que ces sanctions vont être, vous savez, très dures, très fortes.
00:45Mais j'aimerais que la Chine nous aide.
00:47J'ai des très bonnes relations avec le président Xi.
00:49Nous allons nous rencontrer, ce sera une bonne rencontre.
00:52Je suis presque sûr que ce sera une excellente rencontre, peut-être même une rencontre formidable.
00:57Mais je pense que nous allons conclure de bonnes affaires.
01:00L'un des sujets dont nous discuterons est la situation entre la Russie et l'Ukraine,
01:03où 7000 personnes sont tuées chaque semaine.
01:05Des soldats, et nous en parlerons certainement.
01:08Lui aussi aimerait que cela cesse.
01:10Et pour en parler, Rocaïa Diallo est resté avec nous.
01:14On est aussi avec Pierre Picard.
01:15Bonsoir.
01:16Bonsoir.
01:16Docteur en géopolitique de l'Université de Paris 8, spécialiste de la Chine.
01:20Merci beaucoup d'être avec nous.
01:22Ronald Atto, bonsoir.
01:23Bonsoir.
01:23Vous êtes professeur de relations internationales à Sciences Po.
01:26Et Bertrand Gallichet, bonsoir.
01:28Bonsoir.
01:28Grand reporter et spécialiste des relations internationales.
01:32Pour qu'on comprenne bien l'enjeu, qu'est-ce qui se joue là, en ce moment,
01:36dans ce déplacement de Donald Trump en Asie, et notamment en Chine ?
01:40Alors, il y a plusieurs choses.
01:41Pour ce qui est de la Chine, il y a évidemment ce qui a été évoqué,
01:45c'est-à-dire la question des droits de douane,
01:47puisque vous savez que Donald Trump menace la Chine de sanctions.
01:53Si Pékin ne se plie pas aux injonctions qui ont été imposées par Washington
01:59au moment où il a finalement mis en place des droits de douane de façon unilatérale
02:06avec quasiment le monde entier.
02:08Ça, je pense que c'est quelque chose qui peut se négocier à l'occasion de ce voyage.
02:13Ça a été préparé, naturellement, ils ne vont pas arriver avec une feuille blanche
02:17et puis discuter entre eux.
02:19Mais à la marge, il y a aussi d'autres sujets qui peuvent être évoqués,
02:24notamment sur des questions qui sont liées à de la géopolitique,
02:29plus généralement avec des relations avec des pays tiers.
02:32Je pense notamment au Moyen-Orient, mais aussi, par exemple, avec l'Amérique du Sud.
02:36On a beaucoup parlé du Venezuela ces derniers temps.
02:38Et vous savez que le Venezuela entretient avec la Chine des relations privilégiées.
02:44On sait qu'il veut aussi mettre fin à la guerre en Ukraine.
02:48Il s'est beaucoup positionné en faiseur de paix, Pierre Piccard.
02:52Est-ce qu'on sait quelle est la position de la Chine aujourd'hui ?
02:55La Chine a une position infirmée en tant que leader commercial et économique
03:00et la deuxième puissance économique mondiale.
03:03Donc, on peut dire que ce voyage va être crucial,
03:07pas uniquement pour les relations sino-américaines,
03:10mais également pour la croissance dans le monde.
03:13Outre la tentation et le désir de Donald Trump
03:16d'essayer de négocier, notamment lors des sommets de la PEC et de l'ASEAN,
03:24de finaliser l'accord de paix entre le Cambodge et la Thaïlande,
03:28il y a bon nombre de sujets économiques, notamment sur les terres rares,
03:32sur le fait que les entreprises chinoises soient mieux accueillies aux États-Unis,
03:37que les entreprises américaines soient elles-mêmes mieux accueillies en Chine,
03:43notamment, et des enjeux économiques pour les États-Unis qui sont importants,
03:48notamment le fait de pouvoir exporter du soja à partir des États-Unis
03:56pour les exportations chinoises, mais également les terres rares,
04:01car si l'Amérique aujourd'hui a des terres rares,
04:04elle sait un petit peu moins bien les transformer.
04:08Donc, il va y avoir des négociations à haut niveau
04:10qui concerneront quelque part indirectement également l'Europe.
04:15L'Europe, donc, qui est également un peu spectateur
04:18dans ce spectacle que l'on va assister, mais c'est un voyage important.
04:22On commence à avoir un peu l'habitude de l'Europe qui reste spectatrice.
04:28Si je peux me dire, sur les terres rares, c'est vrai que c'est vraiment important
04:32et c'est un levier de négociation très important pour la Chine.
04:34Les terres rares, ce sont ces minéraux qui servent vraiment à tout aujourd'hui,
04:38de l'électronique, aux voitures, aux matériels militaires.
04:41Et en fait, la Chine, parce qu'en fait, ce sont des terres qui ne sont pas rares,
04:45contrairement à leur nom, mais qui sont très difficiles à extraire.
04:47Et en fait, la Chine en extrait 90% et en contrôle 70%.
04:50Ça veut dire qu'elle a un levier énorme vis-à-vis des États-Unis
04:53parce qu'effectivement, tous les pays, en particulier les États-Unis,
04:56ont besoin de ces minéraux pour continuer à fonctionner.
04:58Donc, ce n'est pas quelque chose de secondaire.
05:00C'est vrai que Donald Trump avait ce levier avec la taxation au passage de frontières,
05:05mais ces terres rares, ça reste vraiment un avantage extrêmement conséquent pour les Chinois.
05:09Mais alors, comment est-ce que vous interprétez plus globalement ce déplacement de Donald Trump ?
05:13Vous qui analysez beaucoup, justement, les moindres faits et gestes du président américain.
05:19Le fait est qu'il ne peut pas compter sans, effectivement, soigner ses relations avec la Chine.
05:24Effectivement, la Chine est proche de la Russie.
05:25Puis après, il y a tout le sud global qui sait...
05:29Enfin, on a vu à quel point le conflit entre la Russe et l'Ukraine a révélé, quand même,
05:33de la part d'un certain nombre de pays, que finalement, ce qui nous apparaissait comme un conflit
05:39qui était positionné par rapport à certaines valeurs qu'on défend en termes de droits humains,
05:43n'apparaissait pas comme étant la même priorité pour d'autres pays.
05:46Et donc, pour ce déplacement, il est aussi important parce que les pays asiatiques,
05:51enfin, en cas la Chine en particulier et la Russie,
05:53ce sont aussi des pays qui ont des relations extrêmement, comment dire, positives
05:58avec des pays africains, avec les pays d'Amérique du Sud,
06:01sachant que ce qui se passe actuellement entre le Venezuela et les États-Unis,
06:04où effectivement, les côtes vénézuéennes ont été bombardées,
06:07qu'il y a eu des dizaines de morts,
06:08qui sont accusées par Donald Trump d'être des narco-trafiquants,
06:11mais pour beaucoup, ce sont des pêcheurs,
06:13eh bien, ça le met dans une position quand même assez tendue avec un certain nombre de pays.
06:15Donc, c'est aussi une manière de comprendre qu'il y a un rééquilibrage
06:19en termes de relations internationales
06:20et que Donald Trump n'est plus dans la position
06:22et peut simplement s'imposer de manière aussi unilatérale.
06:26Oui, il a aussi évoqué une éventuelle reprise de contact historique
06:30avec le leader nord-coréen.
06:32Je vous propose juste de l'écouter,
06:33après je vous fais réagir dessus.
06:34Écoutez, c'était Donald Trump, il y a quelques heures, toujours.
06:39En Corée du Sud, prévoyez-vous de rencontrer Kim Jong-un à la zone démilitarisée ?
06:43Je le ferai s'il m'avait contacté.
06:45La dernière fois que je l'ai rencontré,
06:47j'ai annoncé sur Internet que je venais en Corée du Sud.
06:50S'il souhaite me rencontrer, je suis ouvert.
06:53Bien sûr.
06:54Lors de ce voyage ?
06:56Oui, j'y suis ouvert.
06:58Si vous voulez le faire savoir, j'y suis ouvert.
07:01Vous savez, ils n'ont pas beaucoup de réseaux téléphoniques,
07:04ils ont beaucoup d'armes nucléaires, mais pas de réseaux.
07:08Donc j'y suis ouvert.
07:09J'ai d'excellentes relations avec lui.
07:11Il sait probablement que je viens.
07:13Mais si vous voulez le faire savoir, je suis ouvert.
07:16Est-ce que c'est très rassurant de se dire qu'il a de très bonnes relations avec le dictateur nord-coréen ?
07:21Non, on se souvient, je pense, de la rencontre de Shangri-La, il me semble, en 2019,
07:27où rien n'en est sorti, en fait.
07:30Il a rencontré Kim Jong-un.
07:32Et finalement, le programme nucléaire nord-coréen s'est poursuivi
07:35comme s'il n'y avait pas eu de rencontre avec le président américain.
07:38Je pense qu'il y a aussi, ce qui est important de noter ici,
07:42c'est que le voyage a aussi pour but de faire un arrêt au Japon et en Corée du Sud,
07:46comme on vient de voir.
07:48C'est deux pays qui ont besoin, je pense, d'être rassurés
07:50à propos de ce qu'on appelle la dissuasion élargie américaine.
07:54Donc il n'y a pas que la Chine, je pense, dans le voyage.
07:58C'est toute une tournée asiatique.
08:01En Malaisie, au Japon, en Corée du Sud, en Chine,
08:05et puis éventuellement, peut-être pas en Corée du Nord,
08:08enfin, si, sans doute, s'il veut rencontrer Kim Jong-un.
08:11Ça sera à la frontière, dans la zone démilitarisée, probablement, si ça a lieu.
08:16Il y a quand même deux rendez-vous importants qu'il faut signaler.
08:18C'est celui de l'ASEAN et celui de l'APEC.
08:20L'ASEAN, c'est l'Asie du Sud-Est, c'est une dizaine de pays.
08:24L'APEC, c'est l'Asie Pacifique, c'est un peu plus grand.
08:27C'est les pays... Il y a une vingtaine, dont la Chine, notamment.
08:32Donc, à chaque fois, ça veut dire qu'il y a quand même, je dirais,
08:36un peu un déplacement du centre de gravité mondial vers cette zone,
08:41qui est une zone qui connaît une extrêmement forte croissance
08:44et où il y a des problématiques géopolitiques très fortes.
08:48Et je crois que le fait que Trump y aille, au-delà toujours de son souhait
08:52de conquérir quelques points supplémentaires pour le prix Nobel,
08:56ça dit quelque chose de son intérêt.
08:58On sait que la question chinoise et l'Asie Pacifique,
09:04c'est devenu majeur pour les États-Unis.
09:06Mais alors, que cherche-t-il à faire, finalement,
09:09en tentant de rencontrer Kim Jong-un ?
09:11C'est ça aussi, parce que, vous le disiez à juste titre,
09:14M. Ato, ça n'a pas changé grand-chose la dernière fois qu'il l'a rencontré.
09:17Le leader nord-coréen joue un rôle également
09:20dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
09:23Donc, il y a peut-être là aussi des moyens...
09:25On sait que les soldats nord-coréens sont présents en ce moment, en Ukraine.
09:29Et puis, n'oublions pas que si Vladimir Poutine n'est pas présent,
09:33on ne le sait pas encore, mais normalement, non,
09:36il est non pas membre, mais il est associé à l'ASEAN
09:40et il est également membre de l'APEC.
09:43Donc, on voit bien là qu'on a un plateau international
09:47où toutes les discussions sont ouvertes.
09:49Et puis, c'est vrai que lorsqu'il l'avait rencontré,
09:52parce qu'il l'a rencontré à plusieurs reprises lors de son précédent mandat,
09:54l'enjeu, c'était aussi la dissuasion nucléaire,
09:57essayer de faire en sorte que la Corée du Nord renonce à sa force nucléaire.
10:02Et aujourd'hui, il semble qu'il n'en ait plus question.
10:03Parce que quand on pose la question à Donald Trump,
10:05il dit, oui, de fait, ils ont du matériel nucléaire
10:08et on a l'impression que ce n'est plus vraiment une possibilité,
10:11en tout cas une option qui est sur la table,
10:12que de convaincre la Corée du Nord que de renoncer à son armement.
10:15Donc, peut-être qu'il y a aussi un rapport de force
10:16qui s'est infléchi entre le premier et le deuxième mandat de Donald Trump.
10:19La Corée du Nord est beaucoup plus puissante maintenant militairement
10:24qu'en 2019.
10:25Et ça, c'est indéniable.
10:27Et Trump ne peut pas passer sous silence
10:29le fait que justement la Corée du Nord a continué
10:31à développer son arsenal nucléaire
10:33avec des missiles à longue portée
10:35qui peuvent facilement atteindre les États-Unis aujourd'hui.
10:38Donc, je pense qu'il y a aussi ce côté,
10:40essayer d'entrer dans un dialogue avec Kim Jong-un.
10:43Je ne suis pas convaincu que ça donnera de meilleurs résultats qu'en 2019.
10:46Et d'ailleurs, Trump, dans l'avion, a fait une déclaration
10:50qui pourrait correspondre à ce que souhaite le dictateur nord-coréen
10:54qui exige toujours pour une rencontre
10:57que les États-Unis reconnaissent Kim Jong-un
11:00comme une puissance nucléaire.
11:02Et quand on a posé la question à Trump,
11:03il a dit oui, écoutez, ils ont beaucoup d'armes nucléaires.
11:06C'est une réponse à la Trump, donc sur un ton un peu enfantin.
11:08Donc, ça veut dire quoi ? Il a voté en touche ?
11:10On peut considérer qu'en quelque sorte,
11:12en quelque sorte, c'est une puissance nucléaire.
11:14Donc, peut-être que ça satisfera Kim Jong-un
11:17et qu'on peut imaginer qu'il y aura une nouvelle rencontre,
11:19mais qui certainement, effectivement, ne débouchera sur rien du tout.
11:23Donc, en gros, c'est opération séduction
11:25si jamais il tente d'aller en Corée du Nord.
11:28Et peut-être rassurer les Coréens du Sud et le Japon
11:30qui sont aux premières loges en cas de conflit avec la Corée du Nord.
11:34Donc, moi, je pense que c'est vraiment symbolique, plus qu'autre chose.
11:39Et pour Trump, comme il dit, faire de la bonne télé.
11:41On suivra ça de près, évidemment, sur BFM TV.
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