00:00Antonin André, on le disait, c'est vous qui avez réalisé cette interview de Nicolas Sarkozy au lendemain de l'annonce de sa condamnation.
00:08Un long entretien, une dizaine de pages. Est-ce qu'il ressentait le besoin de parler Nicolas Sarkozy ? Vous avez dû le convaincre ?
00:14Non, je pense qu'il avait besoin de s'exprimer et qu'il a fait le choix de la presse écrite parce qu'une interview dans la presse écrite vous permet quand même de maîtriser fortement votre parole.
00:23Sa déclaration à la sortie du tribunal était une déclaration extrêmement forte qui s'adressait à tous les Français.
00:28Et ensuite, je pense qu'il avait besoin d'avoir une expression qui soit à la fois maîtrisée, détaillée.
00:34Moins spontanée ?
00:35Oui, on est quand même dans une affaire judiciaire dans laquelle il y a encore des enjeux très lourds pour lui.
00:39C'est-à-dire qu'une possible incarcération, un procès en appel.
00:43Et donc, évidemment que pour s'exprimer, il a besoin d'un cadre dans lequel il garde une forme de maîtrise de temps et d'emploi des mots
00:51pour pouvoir s'exprimer, pour pouvoir exprimer exactement à la fois ce qu'il ressent
00:55et à la fois ce qu'il reproche ou ce qu'il conteste dans l'épreuve judiciaire qu'il accable.
01:01Et alors, comment vous l'avez senti ? D'abord, où s'est déroulée l'interview ?
01:04Dans les bureaux de Nicolas Sarkozy, Rudmy Roménil.
01:07C'est vrai que quand vous êtes juriste politique, moi j'avais déjà interviewé Nicolas Sarkozy,
01:11j'ai interviewé François Hollande, j'ai côtoyé Jacques Chirac.
01:14C'est des moments qui sont toujours un peu particuliers.
01:18Et là, évidemment, 24 heures après sa condamnation à de la prison ferme,
01:22on s'attend à trouver un homme qui, peu ou prou quand même, dans le cadre feutré de son bureau avec ses collaborateurs,
01:29peut montrer une forme d'affect ou d'abattement.
01:35Et en réalité, c'est tout l'inverse.
01:36C'est-à-dire que Nicolas Sarkozy, on en a eu la démonstration,
01:39vous entendez son pas décider dans le couloir,
01:41vous le voyez arriver avec son buste et ses épaules en avant,
01:44il vous serre la main, il vous accueille de façon très chaleureuse.
01:47Et en fait, on comprend assez vite, quand on s'assoit avec lui et qu'on commence l'entretien,
01:51que c'est un homme sur lequel plus vous frappez, plus vous attaquez,
01:55plus vous alimentez sa force et sa détermination.
01:59Et c'était, je dois le lire, je dois le reconnaître, assez impressionnant
02:02de voir à la fois la solidité, la précision de ses réponses
02:06et une forme de détermination qui émane de lui
02:09et qui est aussi un message adressé au juge.
02:12Il le dit d'ailleurs dans l'interview,
02:14vous ne m'atteindrez pas, vous ne me toucherez pas, je ne flancherai pas.
02:17Donc c'est ce qui ressortait, vous disiez, vous l'avez interviewé à plusieurs reprises.
02:21Donc là, finalement, et c'est vrai qu'on ne s'y attend pas,
02:24il semblait plus fort que d'habitude, plus sûr de lui.
02:28En fait, ce n'est pas totalement une surprise.
02:30Je connais Nicolas Sarkozy depuis assez longtemps
02:32pour avoir couvert sa campagne en 2007,
02:33l'avoir suivi quand il était à l'Elysée.
02:34C'est un animal politique, une force physique
02:39qui est assez rare dans le monde politique aujourd'hui
02:42et qui réagit lorsqu'on l'attaque par un surcroît de détermination et de force.
02:50Et c'est d'ailleurs le message qu'il dit au juge.
02:51Vous voulez m'abattre ?
02:53In fine, je prouverai mon innocence
02:54et tous les coups que vous me portez aujourd'hui,
02:57je m'en nourris pour ajuster ma riposte et démontrer mon innocence.
03:01On peut être pour ou contre Nicolas Sarkozy,
03:04on peut penser ce qu'on veut de cette affaire.
03:06Ce fait-là, cette donnée-là, on l'a mesuré
03:10et on l'a vraiment éprouvé lors de cette interview.
03:13Vous dites qu'il avait l'air combatif.
03:16Il y a eu une déclaration notamment qui nous a interpellés.
03:20C'est celle-ci quand il dit
03:21« Je m'attendais à tout, mais pas à cela, je le reconnais ».
03:25Oui.
03:25Il est tombé de haut ?
03:27Oui, et on peut le comprendre.
03:29Je vous dirais que moi, je ne suis pas un spécialiste des procès
03:33comme M. Valdéguier, comme M. Carmon-Cesse,
03:35donc je n'ai pas leur expertise.
03:37Mais lorsqu'on lit et qu'on assiste au prononcé du verdict,
03:42l'exécution provisoire qui envoie Nicolas Sarkozy en prison
03:46donne le sentiment d'un acharnement.
03:50Pourquoi ? Parce que quand on regarde les motifs
03:53qui motivent une exécution provisoire,
03:55vous avez le risque de troubles à l'ordre public
03:58qui est d'ailleurs invoqué dans le prononcé du verdict.
04:01Troubles à l'ordre public et maintenant Nicolas Sarkozy,
04:04on ne voit pas bien ce que cela signifie
04:05étant donné qu'il s'est présenté à toutes ses auditions.
04:08Il a répondu à toutes les sollicitations du parti financier.
04:10Donc c'est sur tout ça qu'il a choqué ?
04:11Oui. La gravité des faits, je rappelle que les deux principaux chefs d'accusation
04:15de corruption et de détournement de fonds publics
04:19sont abandonnés par le jugement.
04:22Donc le délit de fuite, on ne voit pas Nicolas Sarkozy
04:25qui est l'un des visages les plus connus aujourd'hui en France
04:28vouloir fuir vers l'étranger.
04:30Et en fait, cette exécution provisoire,
04:33toutes les personnalités qui étaient dans la salle,
04:35y compris les journalistes et on l'entend aussi sur les antennes
04:37d'éditorialistes, quel que soit leur bord politique,
04:40est incompréhensible et perçu,
04:42ou en tout cas alimente le sentiment d'un acharnement
04:44contre Nicolas Sarkozy.
04:45C'est-à-dire que les juges, innocents ou pas innocents,
04:48ce qu'ils veulent, c'est l'image d'un président de la République
04:51derrière des barreaux.
04:53Voilà ce que ça renvoie.
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