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  • il y a 4 mois
Ce vendredi 12 septembre, Christopher Dembik a reçu Mathieu Jolivet, journaliste BFM Business, dans la chronique Quand le monde s'affole dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.

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Transcription
00:00Tout pour investir, la masterclass, quand le monde s'affole.
00:04On se retrouve dans Tout pour investir, la masterclass.
00:07On va parler de géopolitique, et notamment puisque c'était une semaine
00:09qui était consacrée à la Banque Centrale Européenne.
00:12Mathieu Jolivier, bonjour, nous rejoint pour parler un peu justement
00:15comment la Banque Centrale Européenne a appréhendé au fur et à mesure
00:18toute cette question de géopolitique qui était un peu à l'écart précédemment, n'est-ce pas ?
00:22Exactement, je me suis replongé en fait dans le discours inaugural
00:25qui a été prononcé par Wim Deusemberg, le premier président de la BCE.
00:28C'était lors de sa création de la BCE en juin 1998.
00:32Et à l'époque, clairement, la géopolitique, elle arrive en arrière-plan.
00:36A l'époque, pendant ce premier mandat, tout va tourner autour de la stabilité des prix,
00:40ça c'est normal, c'est son mandat, autour de l'indépendance de la Banque Centrale,
00:43de la transparence, mais aussi autour de la confiance des citoyens.
00:48Ça c'est un enjeu qui est crucial au début parce que la BCE va préparer l'arrivée de l'euro.
00:52Et finalement, c'est intéressant de voir comment la BCE va gérer
00:56le premier grand choc géopolitique de son histoire,
00:59que sont les attentats du 11 septembre 2001.
01:02A l'époque, la BCE va parler de choc sécuritaire,
01:06mais n'emploiera pas le mot systémique.
01:09Et ce qu'il faut retenir aussi à l'époque, c'est que, ça c'est inédit aussi,
01:13le 11 septembre 2001, quelques heures après les attentats,
01:16le monde entier va assister à une coordination inédite
01:19entre la BCE et la Fed.
01:22Et ça c'est vraiment une première qui va surprendre les marchés.
01:26Ensemble, ils vont se caler, travailler main dans la main
01:29pour ajuster leurs décisions, baisser les taux ensemble,
01:33injecter des liquidités, rassurer les marchés.
01:36Et pourquoi le monde financier tout autour de la planète est surpris ?
01:40Parce qu'on a une époque où la BCE et la Fed sont totalement à contre-temps,
01:44ils ne sont absolument pas alignés.
01:46Et à l'époque, vous avez une Fed, rappelez-vous,
01:48qui a enchaîné des baisses des taux avant les attentats
01:50parce qu'elle voulait essayer d'éloigner une récession
01:52qui pointait le bout de son nez aux Etats-Unis.
01:54Et puis vous aviez une BCE, au contraire,
01:56qui était totalement obsédée par la stabilité des prix.
02:00Mais non, là, le choc sécuritaire a pris le devant,
02:02ils ont travaillé main dans la main.
02:04Donc ça, c'était intéressant à voir.
02:05Et l'autre grand choc géopolitique de ce premier mandat de la BCE,
02:09ça a été la guerre en Irak.
02:10Mais là encore, il faut relire le rapport annuel de la BCE en 2003.
02:14Ils vont parler d'un contexte extrêmement volatil,
02:18mais pas de risque systémique.
02:20Ce mot n'est toujours pas employé.
02:21Pendant ce premier mandat, on verra que la BCE sera exclusivement focalisée
02:25sur la macro, sur la stabilité des prix.
02:27Cette géopolitique, elle va arriver en deuxième rideau.
02:29C'est un peu la touche de la Bundesbank, finalement,
02:32qui n'a jamais initialement eu un focus très important sur la géopolitique.
02:36Et ce focus, c'était plutôt la stabilité des prix, non ?
02:39Exactement.
02:40Et une Bundesbank, on sait, qui est quand même hyper puissante
02:42au sein du conseil des gouverneurs de la BCE
02:45et qui imposait peut-être sa priorité macro sur la géopolitique.
02:50On a une ouverture un peu par la suite,
02:52parce qu'on a bien sûr Jean-Claude Trichet, français,
02:54qui arrive aux commandes.
02:55Ça change un peu peut-être en termes de géopolitique.
02:57Oui, alors là, c'est passionnant à suivre,
03:00parce que sous Jean-Claude Trichet,
03:01vous allez avoir deux chocs géopolitiques majeurs
03:04qui vont vraiment marquer un avant et un après.
03:06Et le premier choc, c'est un discours.
03:08Ce discours, il résonne aujourd'hui de manière saisissante,
03:12de manière sidérante.
03:13On est le 10 février 2007.
03:15C'est Vladimir Poutine.
03:17Il est à Munich, à la conférence sur la sécurité.
03:20Il s'exprime devant un parterre de dirigeants,
03:23dont Angela Merkel.
03:24Et ils sont tous médusés en l'écoutant.
03:26La Russie a pris de mille ans d'histoire,
03:33qui a pratiquement toujours eu le privilège
03:34de mener une politique étrangère indépendante.
03:37Nous n'allons pas changer cette tradition,
03:41même aujourd'hui.
03:43En même temps, nous voyons bien comment le monde a changé.
03:45Nous aimerions aussi avoir des partenaires responsables
03:47et indépendants,
03:50avec lesquels nous pourrions travailler ensemble
03:52pour construire un ordre mondial juste et démocratique,
03:56en y assurant la sécurité et la prospérité,
03:59non pas pour quelques privilégiés,
04:00mais pour tous.
04:04Ça, Christopher, on est en 2007.
04:06Ça va marquer une rupture fondamentale
04:08pour toutes les banques centrales.
04:09À partir de là, on peut se dire qu'on va basculer
04:12dans un monde qui va être beaucoup moins sûr,
04:13qui va être beaucoup plus brutal.
04:15En fait, Vladimir Poutine, là, en 2007,
04:17il est en train de raconter tout ce qui va se passer
04:20jusqu'à aujourd'hui.
04:21Si vous voulez comprendre pourquoi les drones russes
04:24violent l'espace aérien polonais il y a deux jours,
04:28si vous voulez comprendre pourquoi Xi Jinping
04:30s'affiche en photo à Tianjin
04:33avec Narendra Modi et avec Vladimir Poutine,
04:37il faut remonter à ce discours,
04:39et j'invite tout le monde à le réécouter,
04:40en 2007, de Vladimir Poutine.
04:42Il y avait une forme de naïveté à l'époque,
04:44puisque c'est 2007, juste avant la Géorgie.
04:46Je me souviens très bien que personne n'anticipait
04:47que ça puisse évoluer à ce niveau, finalement.
04:49Donc la Russie, c'était juste, elle essayait de reconstruire
04:51un peu son glacé stratégique.
04:52Une vraie naïveté.
04:53Vous savez, j'en parlais avec un ancien banquier central
04:55qui m'expliquait qu'avant ce discours,
05:00toutes les banques centrales occidentales
05:01étaient persuadées qu'elles naviguaient
05:03dans un monde qui était beaucoup plus sûr,
05:06beaucoup plus cordial,
05:07jusqu'à ce discours de 2007,
05:09où là, Poutine annonce sa nouvelle doctrine.
05:10C'est la fin d'un monde unipolaire
05:12qui est porté par les États-Unis.
05:13C'est l'avènement de ce monde multipolaire
05:15porté par ces nouvelles puissances.
05:17Et ça, c'est un vrai moment de bascule
05:18que les banquiers centraux vont se mettre à intégrer
05:21dans toutes leurs grilles d'analyse.
05:23C'est vraiment une entrée fracassante de la géopolitique
05:25dans l'analyse des banques centrales.
05:27Le deuxième choc géopolitique majeur
05:29sous le mandat de Jean-Claude Trichet,
05:31forcément, c'est la faillite de Lehman Brothers.
05:34À partir du moment où vous avez, en 2008,
05:37Henri Paulson, le secrétaire au Trésor,
05:39qui dit à Wall Street que l'État fédéral
05:41ne soutiendra pas Lehman Brothers,
05:43là, vous avez toute l'architecture financière
05:46dessinée par l'Occident
05:47qui s'effondre comme un château de cartes.
05:50Et pourquoi c'est un événement géopolitique ?
05:52Car à partir de ce moment-là,
05:54vous avez, finalement,
05:56c'est tout le crédit de l'Occident
06:00qui se retrouve abîmé aux yeux du reste du monde.
06:03Donc ça, c'est un événement géopolitique.
06:06Et depuis, vous aurez Jean-Claude Trichet
06:08qui n'aura de cesse de se battre
06:09pour lutter contre cette crise financière
06:11qui est la plus importante
06:12depuis la Seconde Guerre mondiale.
06:14Et vous verrez des mots apparaître
06:17et remonter dans tous les discours de la BCE.
06:20Ces mots, c'est systémique,
06:21turbulence mondiale,
06:23tension géopolitique,
06:24risque transfrontalier.
06:25Donc, vraiment, ça se traduit
06:26dans le vocable de la BCE.
06:28Et puis, alors, si vous me permettez
06:29le terme rupture,
06:30mais il y a la rupture quand même,
06:31Mario Draghi,
06:31je sais que sur les marchés financiers,
06:33on admire tous Mario Draghi.
06:34Mario Draghi a vraiment intégré
06:36complètement cette thématique.
06:38Bon, après, le contexte
06:38était effectivement favorable.
06:40Comment ça s'est matérialisé
06:41au niveau de la BCE,
06:42de ses décisions ?
06:43En fait, là, il faut revenir
06:45parce qu'on est en pleine crise
06:46des dettes souveraines
06:47quand Mario Draghi arrive.
06:49Donc là, il y a le feu au lac.
06:51Et il va à Londres
06:52le 26 juillet 2012.
06:53Là, il va faire cette sortie
06:55qui est restée dans les annales.
06:56Écoutez-le.
06:56Quand on parle de la fragilité
07:06de l'euro,
07:06de sa fragilité croissante
07:07et peut-être même
07:08d'une crise de l'euro,
07:10très souvent,
07:10les États sous-estiment
07:11la quantité de capital politique
07:13qui a été investi dans l'euro.
07:17Nous, nous le savons.
07:19À Francfort,
07:19je ne crois pas
07:20que nous soyons
07:20des observateurs impartiaux.
07:22Nous pensons que l'euro
07:23est irréversible.
07:24Et ce n'est pas un 20 mots
07:25car j'ai précédemment expliqué
07:27exactement quelles actions
07:28nous avons prises,
07:29que nous prenons
07:30et que nous prendrons
07:31pour le rendre irréversible.
07:35Il y a un autre message
07:36que je veux vous transmettre
07:39aujourd'hui.
07:42La BCE est prête
07:47à faire tout ce qu'il faudra
07:48pour préserver l'euro.
07:52Le samedi whatever it takes.
07:54Super Mario.
07:55Super Mario.
07:56En fait, là,
07:56en une seule phrase,
07:58vous avez Mario Draghi
07:59qui va sauver l'euro
08:00et qui va dire
08:01au reste du monde
08:02que la BCE,
08:03c'est le gardien du temple.
08:04Ça aussi,
08:05c'est un moment fondateur.
08:06Ce whatever it takes,
08:07c'est de la géopolitique
08:08car au moment
08:09où il prononce cette phrase,
08:11on est en 2012
08:11et vous avez
08:12toute la planète
08:14avec Chine et Etats-Unis
08:15en tête
08:15qui sont en train
08:16de nous regarder en Europe
08:17et qui se disent,
08:18qui commencent à s'interroger
08:19en se disant
08:20là,
08:21c'est peut-être la fin
08:22de la zone euro,
08:23c'est peut-être la fin
08:23du projet européen.
08:25On est dans ce contexte-là
08:26et en une seule phrase,
08:27il vient sauver l'euro.
08:28C'est vraiment
08:29le moment fondateur
08:30de la BCE
08:31sous son mandat.
08:32Et après,
08:32bien sûr,
08:32on a une continuation
08:34puisqu'on a encore
08:35un Français,
08:35une Française en l'occurrence,
08:36c'est Christine Lagarde.
08:37Alors là,
08:38il y a un petit changement.
08:39Il y a la Covid
08:39et le focus
08:41sur les écarts de taux,
08:42les fameuses prêts.
08:42c'est la fragmentation,
08:44le terme qui est à la mode
08:45avec la BCE
08:46sous Christine Lagarde.
08:47Exactement.
08:48Et il n'y a pas
08:48un seul discours
08:49depuis que Christine Lagarde
08:50est arrivée à la tête
08:51de la BCE,
08:52pas un seul discours
08:53sans qu'elle ne prononce
08:53ce mot fragmentation
08:54comme ici,
08:55à New York,
08:56on est en 2023.
08:56Le monde qui vient
09:04est multipolaire.
09:05Nous devons nous préparer
09:06à cette réalité.
09:08On prépare la réponse
09:09au bouleversement géopolitique
09:10avant la fragmentation,
09:12pas quand elle frappe.
09:18Ernest Hemingway a dit
09:19la fragmentation
09:20peut survenir
09:21de deux façons,
09:22progressivement,
09:23puis soudainement.
09:24La Banque centrale
09:26doit fournir
09:27de la stabilité
09:28à une époque
09:29où il n'y en a presque pas.
09:32Si t'es Hemingway
09:33qui parle de la fragmentation,
09:34ça c'est chic quand même.
09:35C'est quand même magnifique.
09:36Ça montre un niveau de culture
09:37en tout cas, oui.
09:38En tout cas,
09:38la fragmentation
09:39selon Christine Lagarde,
09:40c'est quoi ?
09:41C'est un monde
09:42qui désormais
09:43est divisé
09:43en quelques grands blocs
09:45qui chacun sont en train
09:46de se barricader,
09:47de se protéger.
09:48Dans ce monde,
09:49il faut composer
09:49avec l'imprévisibilité
09:51de Donald Trump
09:52et ça vu de la BCE,
09:53il faut bien voir
09:54que jamais
09:55on n'a vu
09:56une seule administration,
09:57en l'occurrence américaine,
09:58à elle seule
09:59provoquer autant
10:00de perturbations
10:01sur l'économie mondiale.
10:03Il faut aussi composer
10:03avec la guerre
10:04au Proche-Orient.
10:05Cette poussée de fièvre
10:06qu'il y a eu l'année dernière,
10:07qu'il y a eu il y a quelques mois,
10:09avec les États-Unis
10:10qui viennent directement
10:11en frontal
10:11bombarder l'Iran,
10:13ça,
10:13ça peut être
10:14un choc d'ordre systémique
10:15pour une banque centrale.
10:17Cette fragmentation,
10:18il faut composer
10:19avec la guerre
10:19à l'Est de l'Europe,
10:20avec la menace
10:20d'une invasion
10:21de Taïwan.
10:22Il faut bien avoir en tête
10:23qu'on navigue désormais
10:24dans un monde
10:25où les crises
10:26se superposent.
10:27Il y a 30 ans,
10:29on recensait
10:3030 conflits armés
10:31dans le monde,
10:32aujourd'hui,
10:32on en recense
10:33plus de 120.
10:34Donc,
10:35c'est un monde
10:35qui est fragmenté
10:37quatre fois plus
10:37en 30 ans.
10:38Donc,
10:38c'est un monde
10:38qui est fragmenté,
10:39qui est beaucoup plus brutal
10:40et c'est ce monde-là
10:42qui désormais
10:42est au cœur
10:43et est remonté
10:44et au cœur
10:45de la grille d'analyse
10:46de la Banque Centrale Européenne.
10:48Très, très loin,
10:48enfin,
10:49on est très très loin
10:50du vocable
10:51qu'il y avait
10:52sous Dieusenberg
10:53de la géopolitique
10:53arrivée au second plan.
10:54On a vraiment une évolution
10:56et c'est vrai
10:56que la Banque Centrale Européenne
10:57s'est imposée
10:57comme un socle
10:58et surtout,
10:59je pense qu'il est le plus compliqué
11:00de se faire la distinction
11:01entre le bruit du marché,
11:02c'est-à-dire
11:03qu'il se passe quelque chose
11:04en géopolitique
11:04et quel va être vraiment l'impact
11:06et surtout à quel niveau
11:06l'impact va se faire.
11:08Est-ce que c'est au ménage ?
11:09Est-ce que c'est à quel timing aussi ?
11:10Il faut reconnaître
11:11que la BCE
11:11en moins de 20 ans,
11:13un peu plus de 20 ans d'existence
11:14a pas mal réussi cette tâche.
11:16Merci beaucoup Mathieu,
11:17c'est un plaisir
11:18de vous retrouver
11:18pour cette première édition
11:19dans la Masterclass.
11:20On se retrouve vendredi prochain
11:22pour encore parler géopolitique.
11:24Merci encore.
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