00:00Bonjour Frédéric Fasano, merci d'être sur notre plateau, directeur général adjoint de Matpharma.
00:05Vous avez mis au point un traitement pour lutter contre le rejet de greffe de moelle osseuse, c'est ça ?
00:09C'est tout à fait ça, alors évidemment on est dans un domaine technologique,
00:13donc Matpharma, depuis des années de travail dans ce domaine-là, est un leader mondial
00:19dans les thérapies dérivées du microbiote qui sont appliquées à l'oncologie,
00:24et plus spécifiquement de la maladie du greffon contre l'hôte,
00:27qui est une des complications qu'on observe quand on fait de la greffe de moelle osseuse.
00:31Sans être trop technique, mais pour nous expliquer un petit peu comment ça fonctionne ?
00:36Alors ça fonctionne simplement, quand on fait une greffe de moelle osseuse, on greffe des cellules souches,
00:42et ce qui est paradoxal c'est que l'organisme et ces cellules souches qui sont greffées
00:46peuvent réagir de façon exagérée, c'est une réaction immunitaire exagérée,
00:51et en fait notre produit réussit à moduler cette réaction immunitaire exagérée,
00:54et donc corrige les symptômes de la maladie et augmente la survie de ces patients.
00:59Donc on parle de patients qui sont atteints d'un cancer ?
01:01On parle de patients atteints de cancer liquide, de cancer du sang.
01:05Oui. Vous en êtes où là, le développement de ce médicament, de ce traitement ?
01:10Alors on en est, et ça a été le sujet des annonces faites sur les six derniers mois,
01:14en fait on en est à un stade avancé, puisque le dossier d'autorisation de mise sur le marché,
01:19donc d'AMM, dans le jargon du domaine, le dossier d'AMM a été soumis à l'agence européenne du médicament.
01:26Ce dossier c'est 55 000 pages, c'est 10 ans de travaux de recherche et développement,
01:31il a été déposé début juin, il est actuellement en cours d'évaluation,
01:34et potentiellement à la clé, il y a cette autorisation de mise sur le marché qu'on attend pour mi-2026.
01:39Alors vous êtes soutenu par la Banque européenne d'investissement,
01:42qui vous accompagne, un peu plus de 37 millions d'euros levés,
01:45c'est une annonce que vous avez faite il y a quelques jours.
01:48Comment ça se passe dans votre industrie aujourd'hui, dans l'industrie pharmaceutique,
01:52pour se faire financer ? Est-ce que c'est difficile en France, en Europe, de trouver les fonds ?
01:59Je dirais qu'on est dans un environnement qui est très sensible à l'incertitude.
02:03Et en ce moment il y en a pas mal.
02:04Et en ce moment il y en a pas mal pour différentes raisons,
02:07mais très sensible à l'incertitude parce que fondamentalement on finance des programmes de recherche et développement,
02:12on ne génère pas pendant un temps assez long de chiffre d'affaires.
02:15C'est au moment de la commercialisation d'un médicament qu'on va commencer à générer du chiffre d'affaires.
02:20Et donc il s'agit d'atteindre des jalons de valeur,
02:22donc c'est dérisquer ces programmes de recherche et développement
02:24qui permettent d'augmenter la valeur des sociétés,
02:28et donc en contrepartie d'avoir des financements,
02:30dont celui de la BEI.
02:31Il faut saluer la volonté de la BEI de soutenir des sociétés comme Matpharma,
02:35qui sont leaders dans leur domaine technologique.
02:37Vous vous attaquez à un marché qui, je l'imagine, est assez petit,
02:41des personnes qui sont dans cette situation-là,
02:45c'est ça, qui ont un cancer du sang et qui ont besoin d'un traitement
02:48pour que le griffon de moelle osseuse ne soit pas rejeté,
02:52si j'ai bien résumé.
02:53Absolument.
02:53Ça concerne combien de personnes ?
02:55Ça concerne, pour l'Europe entière, quelques milliers de personnes.
02:58On est dans notre marché cible,
03:02donc qualifié spécifiquement pour notre produit Mat13,
03:05qui est aussi dénommé Xerviteg.
03:08Il s'agit de 3000 patients en Europe.
03:10Bon, le fait que ça s'adresse à un marché,
03:12c'est un peu horrible de parler comme ça quand on parle de gens,
03:15mais enfin un marché qui est petit,
03:18ça rajoute de la difficulté pour vous ou pas,
03:19pour trouver des financements et puis pour être rentable ?
03:22Alors, ça rajoute de la difficulté,
03:24mais l'Europe a aussi mis en place des dispositifs d'accélération
03:28de ces thérapies innovantes,
03:30parce que souvent ce qui se passe,
03:31c'est qu'on manque de programmes de recherche dans les maladies rares,
03:34de façon générale,
03:35et donc on a cherché à incentiver, en mauvais français,
03:38ces programmes de R&D,
03:40de façon à trouver un business model et à rendre ces programmes rentables.
03:43C'est le cas aujourd'hui.
03:44Vous parlez de l'instabilité ambiante aujourd'hui,
03:48on a beaucoup évoqué les Etats-Unis aujourd'hui dans cette émission,
03:52puisque les droits de douane entrent en vigueur,
03:55notamment pour les industries qui exportent aux Etats-Unis,
04:0015%.
04:01C'est ça le problème aujourd'hui pour vous,
04:03si un jour vous décidez de vous attaquer au marché américain,
04:06en sachant que Donald Trump parle même de taxer à 250% la pharmacie,
04:11ou c'est d'autres soucis ?
04:13Alors je dirais que ce sera le problème dans le futur,
04:16parce qu'au moment où vous commercialisez,
04:18de la même façon on sera potentiellement assujetté à ces droits de douane.
04:22Pour une biotech en phase de recherche et développement,
04:25l'incertitude se situe aussi dans la politique de soutien à l'innovation,
04:30que traditionnellement les Etats-Unis ont menée en tant que leader mondial,
04:33et aujourd'hui on coupe des budgets de recherche et développement,
04:36on a des chercheurs américains qui sont un peu déboussolés
04:39parce qu'ils doivent faire face à cette incertitude-là.
04:42Au niveau de la Food and Drug Administration,
04:44l'agence du médicament aux Etats-Unis,
04:46également des remaniements ont été opérés,
04:48donc tout ça crée un climat d'incertitude.
04:51À nous de naviguer un peu dans cet espace-là,
04:53et de trouver notre chemin pour pouvoir travailler en collaboration avec la FDA,
04:57et réussir à amener notre produit aux patients américains.
04:59Donc c'est pas aujourd'hui que vous allez innover et faire de la R&D aux Etats-Unis ?
05:03Aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, la décision n'est pas prise,
05:09mais il est difficile pour une biotech de faire sans le marché d'Amérique du Nord,
05:13sans le marché des Etats-Unis,
05:14donc on y travaille et c'est la prochaine étape.
05:16Un mot de conclusion sur la bourse, puisque vous êtes coté à Euronext,
05:19est-ce que c'est toujours un bon levier de financement pour les biotechs ?
05:22Je regardais votre capitalisation, elle a baissé de 25% depuis le début de l'année.
05:27Difficile pour des biotechs,
05:29difficile pour des sociétés de haute technologie,
05:34simplement parce que, dans un climat d'incertitude,
05:37les sociétés de haute technologie pâtissent un peu de l'incertitude.
05:42Donc aujourd'hui, on est clairement sous-évalué en bourse,
05:44on a un potentiel et une valorisation de nos assets
05:48qui dépassent aujourd'hui la market cap.
05:51Mais vous y resterez ?
05:52Mais on va y rester et on va chercher à pérenniser notre business model
05:55en tant que société cotée en bourse,
05:57avec d'autres projets évidemment qui visent à augmenter la valeur de la société.
06:01Merci d'être venu nous parler de cette innovation
06:03que vous avez développée Frédéric Fasano,
06:05directeur général adjoint de Matpharma.
06:07Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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