00:00Bien qu'exprimé en degrés, le changement climatique est intimement lié au carbone.
00:22Car le réchauffement est un phénomène physique,
00:24directement piloté par l'accumulation de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.
00:27Il faut que les émissions planétaires baissent de 5% par an actuellement,
00:31si on veut tenir l'objectif de 2 degrés.
00:36Sachant que l'objectif 1,5 il déborde, malheureusement.
00:38Pour réduire suffisamment, il faut agir.
00:40Nous, nous n'avons plus le choix.
00:41Pour agir efficacement, il faut mesurer.
00:44The emissions gap is not an abstract notion.
00:47Et pour mesurer l'efficacité de nos actions, on a désormais recours à la comptabilité carbone.
00:52Toute la question étant de savoir qu'est-ce qu'on compte et pourquoi on le compte.
00:57En 1992, la communauté internationale s'est accordée sur un principe plutôt sensé
01:07qui consiste à demander aux États de se limiter aux émissions qui ont lieu sur leur propre sol.
01:12Dans le cadre de la Convention climat, on s'est limité aux émissions territoriales par pays
01:17parce que c'est les émissions sur lesquelles les pays peuvent rendre leurs engagements.
01:19On considère alors qu'un pays ne peut s'engager que sur les émissions dont il a la maîtrise.
01:24Et ceci dans la droite ligne du vieux principe de non-ingérence
01:28qui consacre la souveraineté des États sur leur territoire.
01:31Si vous avez par exemple un investissement étranger dans un site en France
01:34qui est soumis par exemple à la directive Céveso,
01:36ce n'est pas parce que le propriétaire est étranger que vous allez échapper à la directive.
01:39Ce n'est pas parce que l'investissement est étranger que vous échappez aux droits du travail français.
01:42Il s'agit donc d'une convention sur laquelle les pays se sont accordés
01:46pour à la fois rendre l'action plus efficace et rester fidèle aux traditions diplomatiques.
01:51Mais sur le plan conceptuel, voire même sur le plan de la justice climatique,
01:55cette approche reste assez limitante dans un monde où les échanges sont mondialisés.
01:59Ce qui a ouvert la voie à d'autres méthodes de calcul,
02:02parmi lesquelles la célèbre empreinte carbone,
02:04qui dépasse le territoire d'un pays pour se concentrer sur l'impact de sa consommation.
02:08L'empreinte carbone, c'est toutes les émissions dont le pays dépend
02:12pour vivre comme il vit.
02:13Ça veut dire que c'est à la fois les émissions domestiques,
02:15si je prends l'exemple de la France,
02:17les émissions françaises qui ont servi à faire des produits et services
02:19dont les Français bénéficient.
02:21Mais à cela, je rajoute les émissions indiennes, chinoises, brésiliennes,
02:25argentines, américaines et italiennes, et j'en passe les meilleures,
02:28qui auront également servi à faire des produits et services que les Français consomment.
02:31Donc dès que vous achetez un truc made in ailleurs,
02:33en fait, on a en France bénéficié des émissions qui ont été faites par un autre pays.
02:37Et donc le principe de l'empreinte carbone,
02:39c'est que vous rapatriez dans un même total
02:40les émissions qui ont lieu en France
02:42et qui servent à faire des produits et services
02:44qui vont alimenter la consommation finale des Français.
02:47Et vous ajoutez à ça les émissions ayant pris place hors de France
02:50qui ont également servi à faire les produits et services
02:52alimentant la consommation finale des Français.
02:59L'empreinte carbone offre une image plus complète
03:01de l'impact climatique de notre mode de vie.
03:04Elle révèle que la consommation française reste fortement carbonée
03:07et que les efforts pour réduire les émissions doivent passer par une transformation
03:11de nos habitudes collectives, mais aussi individuelles.
03:13L'empreinte carbone, je le redis, c'est toutes les émissions qui permettent à quelqu'un
03:17de vivre comme il vit. Une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit qu'il avait nécessairement
03:21la maîtrise sur la façon de baisser toutes ses émissions.
03:24Il y a une partie sur laquelle il a la maîtrise et une partie sur laquelle il n'a pas la maîtrise.
03:27Dans les actes de consommation, il y en a qui sont plus ou moins contraints, on va dire.
03:32Ça peut être contraint par des réalités physiques.
03:35Vous avez trouvé un boulot à 25 km de votre domicile, il faut pouvoir y aller.
03:38Mais vous avez quand même le choix pour aller à votre boulot,
03:41de prendre, si vous allez en voiture, une petite ou une grosse voiture.
03:43Ça, c'est quand même dans votre libre-arbitre.
03:45Or, l'empreinte carbone par habitant, centrée donc sur la consommation des individus,
03:50attribue l'entière responsabilité des émissions à l'usager final,
03:53créant d'une certaine façon une nouvelle injustice qui consiste à imputer,
03:57en tout cas moralement, une responsabilité à des actions
04:00sur lesquelles les ménages n'ont qu'une maîtrise partielle.
04:03Il y a en gros une moitié que vous pouvez faire vous,
04:06ça dépend vraiment de vos propres décisions, à technostructure constante, j'ai envie de dire.
04:10Changer votre régime alimentaire, ça dépend de vous.
04:13Si vous décidez de manger un peu moins de beefsteak et un peu plus de pois chiches,
04:16après, vous ne pouvez pas en avoir envie.
04:17Mais ça, c'est un autre problème.
04:18Mais je veux dire, ça dépend totalement de vous.
04:19Et ça ne nécessite pas d'investissement.
04:21Après, vous avez des choix qui dépendent de vous et qui nécessitent des investissements.
04:23Par exemple, changer de chauffage dans un logement dont vous êtes propriétaire,
04:26vous pouvez éventuellement avoir une limite sur les moyens d'investissement.
04:29Mais ça dépend totalement de vous.
04:31Et puis maintenant, pour les alternatives, en coût complet,
04:33c'est-à-dire si vous regardez en coût complet sur la durée,
04:34c'est à peu près dans les mêmes zones de prix que le mode fossile.
04:37Et puis, il y a des trucs qui ne dépendent pas de vous.
04:39Le chauffage de l'école ou vos enfants, ça, ça ne dépend pas de vous.
04:41Donc, ce qu'on dit, c'est qu'il y a une responsabilité partagée dans cette histoire.
04:45C'est-à-dire, ni on ne peut dire, moi, j'attends passivement que la société règle le problème pour moi,
04:49ni on ne peut dire, tout doit reposer sur les épaules du consommateur
04:52et il n'y a rien qui ne dépend de la société.
04:54On est dans un entre-deux avec le curseur qui penche un peu plus d'un côté,
04:57un peu plus de l'autre en fonction du sujet.
04:58La volonté individuelle peut faire beaucoup,
05:02mais elle ne suffirait donc pas à faire baisser les émissions autant qu'il le faudrait.
05:07Et un autre moyen de se rendre compte de l'importance des choix collectifs,
05:10donc de la volonté politique,
05:12revient à disséquer l'empreinte carbone française,
05:14composée de cinq postes qui ont quasiment la même importance.
05:17Si je prends l'empreinte carbone moyenne, en France,
05:20c'est à peu près 10 tonnes équivalent en CO2.
05:21Là-dedans, le premier poste qui va représenter quasiment un quart,
05:24c'est les transports.
05:25En gros, c'est 80 voitures, 20 avions et le reste, on ne très peu.
05:28Donc vous avez le logement.
05:29Dans le logement, vous avez le fait de faire construire.
05:31Quand vous faites construire votre logement,
05:33c'est plusieurs dizaines de tonnes de CO2 qui sont émises d'un seul coup.
05:35Vous avez ensuite son chauffage et éventuellement sa climatisation.
05:38Un troisième poste après, ça va être la nourriture,
05:40où là, on va dire les produits animaux, c'est plus de la moitié.
05:42Et le deuxième poste, c'est les poissons, les sodas, les alcools, le vin, etc.
05:47Après, vous avez un poste qui concerne les achats, tout ce qu'on achète.
05:50Les vêtements, les brosses à dents, les tables, les chaises,
05:54l'électronique évidemment, voilà.
05:56Et ça, ça fait un petit quart.
05:57Et enfin, vous avez un dernier poste qui représente les services publics.
06:00Donc ça, c'est aussi des choses dont vous bénéficiez.
06:02Simplement, vous le payez au travers de vos impôts.
06:03Et donc là-dedans, vous allez trouver l'enseignement secondaire,
06:05les universités, l'armée et le système de soins.
06:09Si on prend un peu de recul, depuis les années 90,
06:12la trajectoire de l'empreinte carbone de la France
06:14évolue différemment de celle des émissions domestiques.
06:17L'empreinte carbone par personne, elle a augmenté jusqu'au milieu des années 2000.
06:22Et depuis le milieu des années 2000, elle diminue très légèrement.
06:24Mais elle a diminué moins vite que les émissions domestiques.
06:28Ça reflète les dynamiques à l'œuvre dans la production et la consommation,
06:31et notamment le rôle des délocalisations.
06:33La raison pour laquelle l'empreinte carbone n'a pas baissé aussi vite que les émissions domestiques,
06:37c'est qu'il y a un effet de report.
06:38On importe de plus en plus d'émissions, on va dire,
06:40qui ont eu lieu ailleurs et qui sont contenues dans les produits et services fabriqués à l'étranger.
06:43Et tout ceci illustre des changements radicaux dans la comparaison entre pays,
06:47selon que l'on privilégie l'approche par territoire ou celle par la consommation,
06:51mais aussi et surtout selon qu'on les considère par pays ou qu'on les ramène par habitant.
06:56La Chine, c'est 30% des émissions mondiales, d'accord ?
06:58Mais si je descends au niveau de bassins de population qui sont d'une taille comparable à celle de la France,
07:03par paquet de 70 millions de Chinois,
07:06les émissions sont aussi de 1% des émissions mondiales.
07:09Donc est-ce qu'il faut que la Chine s'occupe des émissions ?
07:10Puisque par paquet de 70 millions, c'est 1% seulement.
07:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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