00:00Le grand entretien avec Raphaël Legendre, nous recevons Pascal Boulanger, président de la Fédération des promoteurs immobiliers.
00:05Merci beaucoup d'être en direct ce matin dans la matinale de l'économie.
00:09Évidemment, on va vous demander en premier lieu ce que vous avez pensé des annonces de François Bayrou avant hier soir.
00:14Votre secteur est en récession, vous le dites depuis des mois, et vous attendez du mouvement en faveur du gouvernement.
00:20Est-ce que vous avez vu des signes positifs ?
00:23Écoutez, d'abord bonjour. Merci à François Bayrou d'avoir fait le compte de ne pas continuer.
00:28On a vu des positifs dans la prise de confiance qu'il fallait vraiment, vraiment trouver des solutions pour que la dépense publique baisse.
00:39Je m'attendais à vrai dire à une refonte plus structurelle de l'État.
00:43C'est ce que j'ai dit tout à l'heure.
00:47Plutôt une médication à la tronçonne plutôt qu'à la pince à épiler.
00:53Bon, mais ça va dans mon sens.
00:54En ce qui concerne notre secteur, nous, on attend, et vous venez d'en parler il y a quelques minutes,
00:59le fameux statut du maître privé qui va relancer notre secteur, si c'est adopté,
01:04et qui relancera également l'économie.
01:06Ce secteur qui a touché du logement, moins 80% à part des années normales,
01:13c'est complètement délirant, qui sont cataclysmiques.
01:17Aujourd'hui, si on n'a pas ce statut, la catastrophe...
01:25Pascal Boulanger, on va vous rappeler, la liaison est un petit peu mauvaise.
01:28On va vous rappeler dans un instant par téléphone.
01:30C'est vrai qu'on attend des annonces, Raphaël Legendre, notamment pour le statut de bailleur privé.
01:35C'est ça qui est attendu par la fédération.
01:38Le secteur est en récession.
01:39Il faut relancer la construction.
01:41Il faut relancer les locations.
01:42On est bientôt au municipal, dans moins d'un an.
01:46Tout ça crée un contexte qui était déjà assez défavorable.
01:49Il y a énormément d'attentes autour de ce statut du bailleur privé, Sandra.
01:53Effectivement, un rapport a été remis il y a quelques semaines à Valérie Réta.
01:57On rappelle, le statut du bailleur privé, c'est davantage d'abattement pour les revenus locatifs.
02:02C'est un système d'amortissement beaucoup plus généré.
02:05Une véritable incitation fiscale, financière à investir dans le locatif.
02:11Le locatif qui en a terriblement besoin.
02:14C'est un système plutôt intelligent qui pourrait s'autofinancer.
02:18C'est-à-dire, sans argent public, on pourrait créer 90 000 logements.
02:22Et ça rapporterait 2 milliards de différentes recettes fiscales.
02:27Voilà, on va poser la question à Pascal Boulanger qui est avec nous.
02:31On vous entendait assez mal tout à l'heure.
02:34Et on parlait à l'instant de ce besoin, de ce statut du bailleur privé.
02:39Rappelez-nous à quel point ce serait intéressant pour les acteurs du secteur, Pascal Boulanger.
02:44Écoutez, depuis l'arrêt du Pinel, c'est-à-dire au 31 décembre, il n'y a plus rien pour l'investissement locatif.
02:50Et on a vu nos chiffres se diviser sur les investisseurs par 6.
02:53Diviser par 6.
02:54Donc, l'intérêt, c'est de relancer un dispositif.
02:59Et le système, le statut du bailleur privé permettrait d'amortir 5 % par an du bien, la valeur du bien.
03:07Pendant 20 ans, vous imaginez, on pourrait amortir totalement notre bien.
03:11On pourrait imputer, tel est noté dans le rapport parlementaire, on pourrait imputer les déficits fonciers,
03:18jusqu'à 40 000 euros par an, alors qu'aujourd'hui, ça s'est plafonné à 10 700.
03:23Et également, comme c'est considéré comme un outil de travail, ça pourrait être des logements locatifs,
03:28pourraient être sortis de l'IFI, de l'impôt sur la fortune immobilière.
03:31Donc, si on a un tel dispositif, bien évidemment, ça va relancer.
03:34On s'est bien rendu compte que quand il n'y avait pas de dispositif, il n'y avait pas de modèle économique.
03:39Les investisseurs institutionnels ne viennent pas dans le logement.
03:43Et sans dispositif, on a divisé par 6.
03:46Je viens de vous le dire, par rapport à une année normale, les investisseurs privés.
03:50Donc, il n'y a plus de système.
03:52En plus, ce dispositif rapporte à Bercy un logement neuf vendu, c'est en moyenne 50 000 euros de TVA.
03:58Si on en fait au moins 60 000 de plus, voire 90 000, vous avez vite fait le calcul.
04:03On parle de quelques milliards, 4 ou 5 milliards par an.
04:05Donc, voilà, il faut relancer tout de suite ce système pour ne pas effondrer un secteur complètement à la dérive.
04:12Ça veut dire, Pascal Boulanger, que parce qu'on est quand même dans un environnement de rigueur,
04:16François Bayrou a annoncé 44 milliards d'euros d'économie.
04:19Ça veut dire que dans les échos que vous pouvez avoir à droite et à gauche,
04:24ce statut du bailleur privé n'est pas remis en cause dans le projet de loi de finances ?
04:30D'abord, je ne suis pas dans le secret des dieux.
04:32Mais un petit peu quand même, je pense que du côté de Matignon, on est très favorables au statut du bailleur.
04:39Madame l'État, au ministère du Logement, bien évidemment, l'a poussé, l'a demandé.
04:42Il n'y a zéro doute.
04:44Quant à Bercy, vous savez, à Bercy, il y a une ambiguïté.
04:49Nous, on considère que ça va rapporter plus que ça ne coûte,
04:52sauf que les gens qui comptent ce que ça coûte ne sont pas les mêmes à Bercy que ceux qui regardent ce que ça rapporte.
04:57Oui, ce n'est pas les mêmes modes de calcul, bien sûr.
05:00Donc certains disent, il y a un manque à gagner.
05:02Oui, mais il y a un manque à gagner.
05:04Nous, les entrepreneurs, quand on investit, on investit d'abord avant de rapporter les fruits.
05:08C'est ce qu'on explique à Bercy.
05:10Attendez, oui, ça va rentrer un peu moins de fiscalité, mais il y a beaucoup plus de TVA qui va rentrer.
05:16Donc vous allez avoir de fiscalité sur les revenus foncés, c'est évident, mais vous allez avoir bien plus de TVA.
05:21Donc c'est gagnant-gagnant.
05:22Il n'y a pas de perdant dans ce système.
05:24Et comme vous l'avez dit dans votre reportage, les salariés ne trouvent plus à se loger.
05:28C'est une grande crème du MEDEF.
05:29Les étudiants renoncent à leurs études parce qu'ils n'ont pas de logement.
05:32Et puis nous, on annonce avec l'Alliance 300 000 emplois perdus et on va tout doucement.
05:38Tout doucement, tous les jours, on perd des dizaines et des centaines d'emplois.
05:41Donc qu'est-ce qu'on fait ?
05:43Vous êtes sur un fil, très clairement, d'autant que l'année prochaine, il y a les municipales.
05:47On sait que ce n'est pas une période favorable à la construction.
05:50Comment on fait pour tenir alors que la demande explose ?
05:52Vous l'avez dit, et que l'offre n'est pas suffisante.
05:55Alors, la demande pour l'instant, c'est pas tout à fait ça.
05:58Le besoin était énorme.
06:00La demande s'est fortement ralentie parce qu'il n'y a pas de modèle économique.
06:04Et de toute façon, je l'ai déjà dit sur votre antenne,
06:06le jour où on arrivera à satisfaire cette demande ou la demande repartira,
06:11le jour même, je dirais que j'ai un problème d'offre.
06:12Parce que comme vous l'avez dit, il y a les élections municipales.
06:15Les maires sont quand même en grande partie réticents à ce niveau de la famille de construire.
06:19Et donc aujourd'hui, comme il n'y a pas beaucoup de nouveaux projets, c'est pas très grave.
06:23Mais comme on sait que la demande va repartir, le jour où la demande repartira,
06:27le lendemain matin, je vous dirais, j'ai pas assez d'offres.
06:29Donc on est vraiment dans une crise multisectoriale.
06:31Est-ce qu'on n'a pas une amélioration, Pascal Boulanger ?
06:33Quand même, les taux ont baissé.
06:34On a vu que les projets de construction neufs,
06:38dans les maisons individuelles, mais aussi dans les résidences principales,
06:43quand même repartent un petit peu à la hausse.
06:44Est-ce que sur le marché locatif, on n'observe pas une petite détente du côté de l'offre ?
06:50Alors, je vais vous répondre très clairement.
06:52On fait en moyenne 50% nous, hormis ce que nous vendons aux bailleurs sociaux,
06:57on fait à peu près 50% aux propriétaires occupants et 50% aux propriétaires investisseurs.
07:03Les propriétaires occupants, on a vu depuis quelques mois, depuis un semestre environ,
07:08une remontée de 10-15%.
07:09Par contre, on a vu l'arrêt complet, l'arrêt complet quasiment.
07:16Il y a une normale, on fait 60-65 000 ventes aux propriétaires investisseurs.
07:22Et cette année, on est parti pour en faire 5-6 000.
07:24Donc vous voyez que le chiffre est cataclysmique.
07:27Donc on a vu un arrêt complet d'un investisseur
07:31qui n'est pas compensé par la légère reprise sur les propriétaires occupants.
07:35– Écoutez, j'ai envie de vous demander
07:40qu'est-ce que vous attendez plus largement de l'automne ?
07:44Les Français ont de l'argent, les Français ont de l'épargne.
07:47Donc il faut des mesures concrètes pour relancer votre secteur ?
07:50– Oui, parce qu'on attend tout simplement sans voir le statut du bailleur privé.
07:54S'il est adopté tel qu'il a été proposé par les parlementaires d'Aubresse et Causson,
07:59il nous va bien.
07:59Je l'ai fait savoir au Premier ministre quand il m'a reçu.
08:03Je l'ai fait savoir un peu partout.
08:05Je l'ai fait savoir grâce à votre antenne et tout.
08:06Je vous remercie.
08:07Ça va repartir.
08:08S'il n'y a pas ça, c'est la chronique d'une mort annoncée, d'une profession.
08:13– Il a parlé simplification, François Bayrou aussi,
08:15lors de son intervention sur le budget.
08:18Est-ce qu'il serait aussi possible éventuellement
08:21de pousser quelques mesures de simplification
08:24sur toutes les normes et les contraintes
08:27qui s'empilent sur l'immobilier ?
08:29– Moi, je suis dans les instances de la Fédération des Promoteurs
08:31depuis très longtemps.
08:33Chaque ministre qui arrive nous demande la liste des mesures
08:36que l'on pourrait simplifier tout de suite.
08:38Et nous, nous avons une liste toute faite
08:40de 52, 53 mesures, je ne sais plus très bien,
08:44que nous donnons.
08:45Et ces mesures ne coûtent rien.
08:46Elles rapportent, elles peuvent très facilement simplifier.
08:50À chaque fois, on nous dit oui.
08:51En plus, la simplification de ces mesures,
08:53ce n'est pas par voie législative,
08:54parce que là, il n'y a pas de majorité,
08:55on peut très bien le faire par voie réglementaire.
08:57Et je sais que Mme Valérie Létard s'y attaque,
09:01mais pour l'instant, je n'ai pas vraiment vu
09:02de réelles mesures de simplification.
09:03Merci beaucoup, Pascal Boulanger,
09:05d'avoir été avec nous ce matin,
09:06président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers.
Commentaires