00:00La French Tech avec Léa Benahim, nous recevons Delphine Charvin, PDG et cofondatrice d'Elkedonia.
00:04Bonjour, merci d'être avec nous sur le plateau de la matinale de l'économie.
00:08Elkedonia, c'est une start-up franco-belge qui a été lancée cette année.
00:11Vous voulez combattre la dépression. Qu'est-ce que vous développez concrètement ?
00:16Alors déjà, merci de me recevoir pour me donner l'opportunité de présenter Elkedonia.
00:21Donc ce qu'on veut développer, c'est un nouveau traitement antidépresseur,
00:24qui agisse vraiment différemment de ce qui existe aujourd'hui,
00:27pour répondre aux besoins des patients qui n'ont pas de solution thérapeutique.
00:31Donc comme vous le disiez, la dépression touche 300 millions de personnes dans le monde.
00:36Il y a un tiers des patients qui ne répondent pas au traitement qui existe.
00:40Et donc c'est à ces patients que l'on s'adresse par une approche vraiment différente,
00:44une cible qui n'a pas encore été évaluée en psychiatrie
00:47et pour laquelle on a des bonnes raisons de savoir qu'elle pourrait résoudre des problèmes.
00:53Quelle est la différence entre ce qui se fait maintenant et ce que vous vous proposez ?
00:57Alors nous, nous nous attaquons à la source du blocage de la neuroplasticité dans le cerveau.
01:03Donc ça, c'est un peu compliqué.
01:05Dans le cerveau d'un patient qui souffre de dépression,
01:08il y a des circuits qui sont bloqués,
01:10comme par exemple les circuits qui permettent de ressentir du plaisir.
01:13Donc les patients qui ont des dépressions ont ce qu'on appelle une anédonie.
01:17Donc ça, c'est une absence de plaisir,
01:20quelle que soit l'activité, même celle qui en procure d'habitude.
01:22Donc tous les patients ont de l'anédonie.
01:26Et plus l'anédonie est sévère, plus elle risque de mener au suicide.
01:30Donc là, pour ce symptôme en particulier, il faut agir vite.
01:33Et on est en manque de solutions.
01:36Donc nous, on a une cible qui s'appelle L-Quan,
01:38qui est un frein dans ces circuits de prise de plaisir.
01:42Et c'est un frein qui est nécessaire.
01:44Par exemple, quand on est exposé à un stress,
01:47on va avoir ce frein qui va se mettre en marche.
01:51Et ça, c'est une réponse normale.
01:52On ne ressent pas de plaisir dans une situation malveillante.
01:55Par contre, quand le stress est répété et qu'on développe une dépression,
01:58le frein reste bloqué.
02:00Et donc nous, ce qu'on propose, c'est de lever ce frein,
02:02de débloquer ce frein pour permettre la neuroplasticité de se remettre en place.
02:07Et cette molécule, c'est vous qui l'avez découverte
02:10ou elle existe déjà dans d'autres pays
02:12et vous allez la mettre en place en France ?
02:14Alors, on n'a pas encore de molécule.
02:16Par contre, ce qu'on a, c'est une cible,
02:17donc L-Quan, qui est validée,
02:18qui a été validée par les travaux de recherche du docteur Jocelyne Caboche.
02:21Quand vous dites une cible, c'est des patients cibles ?
02:24Non, ça veut dire dans le cerveau, sur quel mécanisme on veut agir.
02:28Donc ça, c'est ce qu'on appelle L-Quan.
02:31Et ça, c'est les travaux de recherche du docteur Jocelyne Caboche,
02:34qui est professeure émérite du CNRS,
02:36qui a démontré l'implication de ce nouveau mécanisme dans la dépression.
02:42Alors, vous en êtes où dans le développement, justement, de ce médicament ?
02:45Donc, nous, on en est au tout début.
02:47C'est-à-dire que ce mécanisme est bien connu grâce aux travaux de recherche.
02:51Maintenant, il faut qu'on développe une molécule chimique
02:54qui va avoir les bons effets et les bonnes propriétés
02:56pour devenir un médicament.
02:58Donc, c'est ce qu'on va s'attaquer à faire dans les prochaines années.
03:01Donc ça, ça va nous prendre environ trois ans.
03:04Et ensuite, il nous faudra encore un an d'études complémentaires
03:08avant de pouvoir aller chez l'homme.
03:10Donc, on espère des premiers essais cliniques d'ici 2029
03:13et une entrée chez les patients d'ici 2030
03:16pour une première preuve d'efficacité.
03:19Le problème souvent dans ces traitements,
03:21c'est le fait qu'ils soient addictifs,
03:25qu'ils aient beaucoup d'effets secondaires.
03:26Est-ce que vous allez travailler là-dessus ?
03:28Oui, tout à fait.
03:29Donc, c'est exactement notre angle d'attaque.
03:32Ce qu'on vit, c'est un traitement qui va agir rapidement.
03:35Donc, bien plus rapidement que ce qui existe.
03:37Aujourd'hui, il faut 4 à 6 semaines
03:38pour un traitement antidépresseur classique
03:41pour montrer un effet.
03:42Nous, on veut agir en quelques heures.
03:45Quelques heures ?
03:45Par rapport à un mois ?
03:47Oui, voilà.
03:49Et donc ça, on a des données pré-cliniques
03:50qui nous montrent que ça va être possible.
03:53Et notre deuxième angle d'attaque,
03:55c'est en effet d'avoir un mécanisme
03:57qui ne développe pas de dépendance
03:59et au contraire, qui peut même réverser
04:01les addictions lorsqu'elles sont établies.
04:04Vous avez élevé un peu plus de 11 millions d'euros
04:06au mois de juin pour développer ce traitement
04:08à action rapide.
04:11Qui sont vos investisseurs ?
04:13Donc, on a 8 investisseurs, tous européens.
04:17Donc, des Français, des Belges, Allemands, Italiens.
04:20Certains d'entre eux sont historiques,
04:22c'est-à-dire qu'ils connaissent le projet
04:23depuis le début puisqu'ils ont investi dans ArgoBio.
04:26ArgoBio, c'est un start-up studio
04:28dont est issu Elkhedonia.
04:30Donc, c'est le cas de Courma Partners,
04:32de BPI France, d'Angelini Ventures et ArgoBio
04:35qui investissent maintenant directement dans Elkhedonia.
04:38Et des nouveaux investisseurs,
04:40WeLife Science, donc de Wallonie, Entreprendre,
04:43Sambre Invest, Capital Grand Est et Karma Fund.
04:47J'imagine que pour le moment,
04:49dans les 5 ans à venir,
04:50vous voudriez le commercialiser en Europe ?
04:53Alors, la commercialisation viendra bien plus tard
04:56et d'ici là, il faudra certainement passer
04:58par une grosse pharma.
05:01Effectivement, notre première population cible,
05:04c'est l'Europe,
05:05mais il faudra aussi qu'on s'ouvre aux États-Unis
05:07et aux grands acteurs dans ce domaine.
05:12Mais ça, c'est pour plus tard,
05:13quand on s'approchera de la clinique.
05:15Et justement, vous allez viser le marché américain,
05:18mais j'imagine bien après l'Europe,
05:20comme vous l'avez dit.
05:22C'est un marché différent,
05:24c'est un marché plus sur le profit.
05:25Est-ce que vous devrez adapter votre traitement ?
05:28Est-ce que vous allez adapter votre commercialisation
05:29dans ce cas-là ?
05:30Alors, on ne pense pas,
05:31parce que justement,
05:32dans notre phase de préparation d'Elkhedonia,
05:34et ça, ça fait partie du travail qu'on faisait
05:35chez Argo Bio,
05:37on interview déjà tous les acteurs,
05:41qu'ils soient européens, américains,
05:43pour essayer justement de comprendre
05:44le besoin, les requêtes
05:47de tous ces acteurs importants à venir.
05:51Donc pour l'instant,
05:51on est sur des requêtes assez concordantes
05:54entre le marché européen et américain.
05:56Vous avez dit que vous trouveriez la monocule
05:58d'ici 2029-2030.
06:00Une commercialisation,
06:01ça prendrait combien de temps derrière ?
06:02Ça serait à quel horizon ?
06:03Donc ça, c'est pour avoir une preuve de concept
06:05chez les patients.
06:06Donc montrer qu'effectivement,
06:07il n'y a pas d'effet secondaire
06:08comme on les a nommés,
06:11et que c'est efficace.
06:12Ensuite, il faut trouver la bonne dose,
06:14donc phase 2B,
06:15ensuite phase 3,
06:16pour ouvrir sur un plus gros échantillon.
06:18Donc je pense que d'ici 10 ans,
06:20on pourra parler de commercialisation,
06:22mais pas avant.
06:22Ça fait beaucoup de levées de fonds,
06:24ça fait beaucoup d'argent,
06:25ça fait du temps long,
06:26comme tout développement de traitements,
06:28finalement.
06:29Vous savez évaluer à combien d'argent
06:32que vous aurez besoin pour aller jusque-là ?
06:34Donc là, on vient de lever 11 millions.
06:36Ce qu'on pense, c'est pour l'instant,
06:38notre plan, c'est d'avoir une deuxième levée de fonds
06:41d'ici 3 ans,
06:42qui sera aux alentours de 30-40 millions,
06:45pour nous aider à aller jusqu'à cette preuve de concept
06:47chez les patients,
06:48et ensuite proposer le projet à une pharma.
06:51Et dans votre business model,
06:53ce médicament,
06:54ce serait pour tout le monde ?
06:55Ce serait accessible au niveau des prix,
06:57simplement, à tous les patients ?
06:58Tout à fait,
06:59parce qu'aujourd'hui,
07:00on parle d'une pilule à prendre
07:02avec un verre d'eau à la maison,
07:04sans nécessiter d'être entourée
07:06par une équipe médicale
07:07pour recevoir le traitement,
07:08comme ça peut être le cas aujourd'hui
07:10pour certains des traitements existants.
07:12Merci beaucoup,
07:12Delphine Charvin,
07:14PDG et cofondatrice.
07:15Del Quedonia,
07:16qui s'attaque donc à la dépression.
07:18Merci d'être venue dans la matinale
07:19de l'économie.